‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 28 sur 133 · COLLATIN - COLLÉ · texte numérisé non relu

COLLATIN - COLLÉ

Superbe fut détrôné et la république établie, en l'an 509 avant l'ère chrétienne. Collatin fut un des consuls avec Brutus. Comme il était de la famille des princes déchus , il devint suspect au peuple; d'après le conseil de son collègue et d'autres personnages , il résigna ses fonctions , et quitta Rome, n alla se fixer à Lavinium, et P.Valerius Poplicola fut élu consul à sa place.

Tlto-I.iTe, 1, 17-60 ; II, ». — Mon Caaaltia, Frac., s», éd. tletmar. - Océroo, de Rep^ II, ». - dé Qff., III, io. — Deoyi d'Hallcarnaue, IV, 64.

coLLATics ( Pierre-Apollonius ) , prêtre et poète italien, natif de Novarre, vivait à la fin du quinzième siècle. On a de lui : de Bversione urbis Jérusalem carmen heroicum; Milan, 1461, in-8°; réimprimé sous ce titre : Apollonius, de Excidio hierosolymitano; Paris, 1 540, in-8°; Anvers, 1586, in -8* : le sujet de ce poème est la destruction de Jérusalem sous Vespasien : il est écrit avec une élégance qui prouve que l'auteur était nourri de la lecture des anciens ; ainsi on ne doit pas être surpris qu'il y ait fait un fréquent usage de la mythologie ; — Fastorum majorutn UbeUus; MOan, 1492, in-8° : c'est moins un poème qu'une suite d'odes ou dliymmes sur les fêtes principales de l'année ; ~ Heroicum carmen de duello Davidis et Golïx , elegix et epigrammata; ibid., 1692, in-4° : ce poème, réimprimé plusieurs fois, a été publié avec quelques autres pièces inédites d'Apollonius par les soins de Laz.-Aug. Cotta, qui l'a fait précéder de quelques recherches sur l'auteur.

Fabrldus, Biblioth. lot. média xtatit. - Bayle, Met. historique.

cohh* (Rqfaellinodal), peintre italien, né en 1490, à Colle, près Borgo-San-Sepolcro, en Toscane, mort à Home, en 1530. H fut élève de Raphaël, et aida Jules Romain dans beaucoup des travaux qu'il exécuta après la mort de leur maître commun à Rome et à Mantoue. Les principaux ouvrages de Rafaellino dal Celle se voient à Città di CasteHo, à Borgo-San-Sepolcro, à Gubbio, à Urbin, à Cagli , etc. ; quelques-uns sont d'une telle beauté qu'ils ont pu être attribués à Raphaël lui-même. H était d'une si grande modestie qn'après avoir été collaborateur de Raphaël et de Jules Romain, il ne dédaigna pas de travailler sous la direction de Vasari, qui comme peintre lui était bien inférieur. 11 tint pendant quelques années à Borgo-San-Sepolcro une école d'où sortirent des artistes distingués.

Vasari, Vite. - Lanzl. Stcria pitterica.

collé (Charles), chansonnier et auteur dramatique français, né à Paris, en 1709, mort le 3 novembre 1783. Son père était procureur du roi au Chatelet, et trésorier de la chancellerie du palais : le fils, qui se sentait peu de goût pour les lois et pour la chicane, aima mieux cultiver la chanson et la comédie : il y gagna plus de gloire et peut-être autant d'argent, car la poésie ne l'empêchait pas d'être positif, et il savait à merveille allier l'intérêt au plaisir. Ce

fut dès sa première jeunesse qu'il commença à montrer son penchant pour la poésie légère, et surtout pour le théâtre : il n'avait pas encore dix ans que déjà son père le menait assez souvent an Théâtre-Français, et il raconte lui-même qu'A n'entrait jamais dans la salle sans qu'il lui prit un frisson de joie. Il se délectait dans la lecture de no* vieux auteurs, dont la malicieuse bonhomie lui plaisait extrêmement. MarotetLa Fontaine, Chapelle et Molière le séduisaient par leur naturel, leur simplicité, leur gaieté vive et franche; il avait sans cesse à la bouche les couplets tes plus joyeux et les mieux tournés, surtout ceux de Jean Ileguanier, bien oublié aujourd'hui, mais qui était alors un des rois de la chanson. On avait placé le jeune Collé dans l'étude d'un notaire, son parent; mais il parait que ses saillies et son enjouement avaient gagné le notaire même, et qu'on trouvait plus souvent sur son pupitre Rabelais que la Coutume de Paris. U entra ensuite en qualité de secrétaire auprès de M. de Meulan, receveur général des finances; mais ces arides occupations ne purent le détourner de la poésie, pas plus qu'elles n'en avaient détourné Despréanx, Crébillon et bien d'autres. Vers l'âge de dix-sept ans, il se lia avec Piron, puis avec Gallet, chez qui il rencontra Panard, son inséparable ; ces trois hommes étaient des gens d'esprit et d'excellents chansonniers en même temps que de joyeux convives : leur commerce acheva de déterminer sa vocation littéraire, si ce n'est pas là un terme trop solennel en parlant de Collé. À force de partager leurs parties de plaisir, d'écouter les improvisations piquantes qu'As laissaient volontiers échapper au dessert , et de rivaliser lui-même avec eux, au cabaret, en bons mots et en gais refrains, il sentit s'éveiller en lui ce génie de la chanson populaire, dont Béranger, de nos jours, a trouvé le secret. Toutefois, se défiant de lui-même et désespérant d'atteindre à la hauteur de ceux qu'il avait pris pour modèles, il s'était d'abord réduit à ne faire que des amphigouris, genre illustré par Scarron, et il dépensa longtemps sans fruit sa verve et son esprit à composer des pièces dont le plus grand mérite consistait à être totalement incompréhensibles, à moins qu'on n'admette, comme il le dit lui-même, que c'était une parodie de toute espèce de poésie; il alla même jusqu'à faire une tragédie bouffonne, intitulée Cocatrix , tout entière en pur galimatias (1). Mais Crébillon fils, son ami, le détourna d'un genre si peu digne de lui, et lui fit composer sa première chanson raisonnable.

En 1729, Collé fut avec Piron , Crébillon fils et Gallet, le fondateur de ce Caveau, qu'on doit regarder comme l'académie de la chanson en i France. Ces messieurs se réunissaient souvent

(1) Il aratt été précédé dans cette tentative par no j certain Rozlcrs- Beau lieu , qui en 1638 trait tait dans ce genre une tragl comédie en cinq actes, en vers, qu'il arait nommée le Galimatias. j

COLLE

chez Gaflet, qui, en sa qualité d'homme établi et d'épicier, était plus à même de les recevoir convenablement et de les bien traiter. Pourtant, an jour, Piron, Crébillon fils et Collé voulurent à leur' tour traiter leur ami commun ; et cette fois la réunion eut lieu chez Landel , dont l'établissement était connu dans Paris sous le nom de Caveau. Pour donner plus de solennité à cette fêle extraordinaire , ils invitèrent quelques nouveaux convives , Fuzelier, Saurin , Salle, et même Crébillon père, qui était sans préjugés sur le choix de ses relations habituelles, et oubliait volontiers dans la vie commune la dignité de la muse tragique. Enfin, ils lurent si charmés de cette réunion amicale, qu'au dessert, dans on moment d'expansion , ils votèrent d'enthousiasme la constitution définitive- de leur société , et décidèrent qu'Us renouvelleraient régulièrement cette fête tous les mois. Ils compléterait leur cadre, en s'adjoignant plusieurs autres collègues, parmi lesquels il faut citer le moraliste et romancier Duclos, Helvétius, r/Hsrioçnffe Montcrif, Gentil-Bernard, Rameau et Boucher; on admettait aussi aux séances quelques amateurs choisis avec soin, et chacun en entrant devait déposer à la porte son amourpropre et ses prétentions d'auteur. Collé tenait on des premiers rangs dans cette société, où l'on raltivait de concert les lettres et la gastronomie, et où la chanson surtout s'épanouissait avec la Terre et l'esprit des convives; dans cette académie familière, où le bon sens se cachait volontiers sous les formes de l'épigramme , et où, tout eo bavant sec, on se donnait d'excellentes leçons de goût et des conseils enjoués , mais judicieux et sévères. Nul mieux que Collé ne savait payer son contingent en couplets, et il fut, avec Crébillon fils et Piron , l'âme vivante et joyeuse du Caveau , jusqu'à l'année 1739, où celui-ci rat dissous, par suite de la dispersion de plusieurs de ses membres et de la tiédeur de plusieurs autres , sans parler du désagrément qu'avait fait éprouver à la société la sotte hauteur de quelques seigneurs venus pour assister aune de ses séances. Quelques années après, le duc d'Orléans, ce brave doc qui ne songeait qu'à perdre son temps le plus joyeusement possible, l'appela à lui, sur le bruit de sa réputation ; il le nomma même plus tard son lecteur et son secrétaire ordinaire : c'était à peu près une sinécure , mais elle lui rapportait d'assez gros appointements. En songeant à Collé, le duc avait surtout voulu avoir m auteur dramatique à sa disposition, car il excellait à jouer la comédie, et il s'acquittait à merveille des rôles de valet et de paysan. Collé, pendant plus de vingt ans , composa pour lui et pour sa cour son Théâtre de Société, &aos compter quelques parades imprimées dans le Théâtre des boulevards. Toutes ces pièces, dont quelques-unes passèrent sur des scènes pudiques , sont d'une gaieté originale et franche, d'un entrain spirituel et comique, mais qui

tombe presque toujours dans la licence et la gravelure. La Xérité dans le vin, qui était une des pièces de prédilection de l'auteur, peut passer pour un vrai modèle du genre : la scène d'ivresse surtout, entre l'abbé et le président, est excessivement plaisante. On peut citer encore le Galant escroc et la Tête à perruque. Biais quel monde et quelles mœurs ! Aussi les éditeurs préviennent-ils naïvement que ces pièces, étant du genre libre, ne peuvent être jouées en public. Collé puisait presque tous ses sujets dans les contes de La Fontaine et de Crébillon fils ; je ne sais s'il s'inspirait aussi des comédies de Dancourt, que ses vaudevilles rappellent souvent par leur vive allure, par les personnages qu'ils mettent en scène et les caractères qu'ils peignent. Heureusement le duc d'Orléans n'était pas homme à s'effrayer d'un tableau trop libre , et sa cour n'était pas plus scrupuleuse que lui : l'esprit faisait passer les plus étranges écarts de rimaguiatioo ; le tout était de donner aux choses un tour agréable et de gazer à demi les .gravelures, pour les rendre plus ingénieuses et de meilleur ton. Quant à la décence, elle aurait passé pour une pruderie ennuyeuse aux yeux de ces hommes, qui avaient grandi au milieu des orgies de la régence et de la frivole immoralité du règne de Louis XV. La comédie avait perdu sa devise ; ils ne lui demandaient plus d'instruire et de redresser les mœurs , mais de les amuser au contraire par une peinture errante et fidèle de la société d'alors; ils ne voulaient pas être inquiétés dans la jouissance de leurs vices élégants, mais ils souffraient qu'on leur présentât le miroir, et même qu'on les fit rire en raillant leurs propres travers, pourvu qu'on raillât encore plus les ridicules du peuple et de la bourgeoisie. Collé répondit si bien à l'attente de son protecteur, que celui-ci, pour lui témoigner sa satisfaction, lui fit obtenir dans les sous-fermes un intérêt qui vint augmenter encore son aisance, déjà fort passable pour un poète. Mais bientôt, peu content de ces triomphes intimes, il éleva plus haut son ambition, et en 1763 il fit jouer au Théâtre-Français Dupuis et Desronais, comédie en vers libres, dont il avait tiré le fond des Illustres Français, de Chasles, comme il eut soin de l'indiquer loyalement luimême. C'est une pièce à la façon de Térence, c'est-à-dire une espèce de comédie larmoyante, où, par un bizarre contraste, ce joyeux écrivain, dont tes folies avaient excité si longtemps la bonne humeur des petites cours de Bagnolet et de Sainte-Assise, a mesuré parcimonieusement la gaieté, et s'est borné à faire sourire les gens d'esprit, capables d'apprécier les plus délicates nuances. Toutefois, ce drame est très-intéressant, parce que les sentiments en sont vrais , que la donnée en est originale , sans sortir de la nature, et le dialogue toujours naturel et parfois éloquent , quoique manquant un peu de vivacité et d'éuergie , parce qu'enfin à une grande simplicité de plan il réunit des situations souvent

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piquantes, et surtout des caractères fort bien développés et mis adroitement en contraste , de façon à se faire ressortir l'un par l'autre. Seulement, on peut lui reprocher mie versification négligée, diffuse et trop pea poétique. Son style, qui était naturellement plein de verve et de choix dans les sujets plaisants, perdait beaucoup de ces qualités précieuses en abordant des domaines plus sérieux. Qui jamais eût cru que Collé dût faire des comédies sentimentales, surtout après avoir maintes fois manifesté son aversion pour ce genre, qu'il attaqua dans ses chansons et dans son Journal historique? Qui eût cru qu'il dût marcher sur les traces du révérend'père La Chaussée, dont il s'est raillé souvent de si bon cœur? Qui eût pensé surtout qu'il dût réussir dans cette tentative ? Il y réussit pourtant; car sa gaieté n'excluait pas un fonds de sensibi lité réelle; son drame obtint un succès légitime, et resta même longtemps au répertoire.

Ce triomphe rat suivi d'une chute : sa comédie intitulée la Veuve, jouée! en 1771, n'eut qu'une seule représentation et n'en méritait guère davantage : c'est une pièce froide , d'un style à la fois plat, prétentieux et même peu correct. Mais il se releva en 1774 par sa Partie de chasse de Henri IV, qui, composée depuis longtemps et jouée déjà sur tous les théâtres de société et dans plusieurs villes de province, ne put apparaître que cette année-là sur le Théâtre- Français; elle y obtint un succès qui dédommagea amplement l'auteur du long retard que lai avaient imposé les scrupules de l'autorité. Ce qui a donné à Collé l'idée de la Partie de chasse , c'est la pièce de l'Anglais Dodsley intitulée : le Roi et le Meunier de Mansfield, dont Sedaine a tiré aussi le Roi et le Fermier; mais il y a pris fort peu de chose. On connaît cette charmante comédie, pleine à la fois de gateté et de sentiment, telle qu'il la fallait pour mettre en scène cette physionomie populaire du bon roi Henri : c'est un petit chef-d 'oeuvre, où se détachent surtout les simples et franches figures de Margot et de Lucas, de Michaud le gardechasse et de sa fille Catau; on y est charmé et attendri en même temps. Le premier acte, qui forme comme une pièce à part, est d'un ton très-noble, et arrive même jusqu'à l'éloquence, lors de la réconciliation de Sully et du roi : les incidents sont bien amenés ; chaque scène a son intérêt particulier dans l'intérêt général. L'aisance du dialogue, le naturel et la vérité des sentiments, l'habile peinture des caractères, la naïveté, souvent exquise, des détails font aisément pardonner les défauts du plan, qui manque un peu d'en3emble et d'unité. Si Collé avait fait beaucoup d'ouvrages pareils, sa place serait marquée bien au-dessus des vaudevillistes ordinaires, et il mériterait d'être compté parmi les plus charmants écrivains du théâtre français.

Ce n'était pas pour le public, mais pour la récréation de ses amis et du duc d'Orléans, qu'il

avait composé ces deux pièces. Quoiqu'il fût déjà connu dans les sociétés les plus élégantes par des amphigouris, par de délicieux couplets et par ses Muettes théâtrales , sa modestie , sa défiance de lui-même, son insouciance de la gloire et la connaissance qu'il avait des difficultés de l'art dramatique rempêchaient d'affronter les périls d'une représentation publique. H fallut l'insistance de quelques-uns de ses protecteurs, et surtout les encouragements et les sollicitations de sa femme pour l'y décider; car Collé, qui avait éprouvé plus d'une fois la justesse de son jugement et la délicatesse de ses critiques, avait beaucoup de confiance en ses conseils, et il la consultait avec fruit sur ses ouvrages, comme Malherbe, L'Estonie et MoKère consultaient, diton, leurs servantes.

Mais à coté et même au-dessus de ses vaudevilles, dé ses parades, de ses proverbes, de ses parodies, il faut citer ses chansons, qui sont encore après tout son premier titre de gloire. C'est surtout comme chansonnier que son nom vit encore aujourd'hui. Collé est pour nous un des premiers représentants de ce genre, si français; il est bien de cette vive race gauloise qui devait produire après lui les Désaugiers et les Béranger. Le dix-huitième siècle, comme on sait, fut l'âge d'or des chansonniers ; on chantait à la ville, on chantait à la cour, on chantait au Caveau ; abbés, chevaliers, épiciers, Bernis, Boufflers, Gallet, tout le monde s'égayait en joyeux refrains, en petits vers galants, et les flonflons faisaient de tous cotés sonner leurs grelots, comme on disait alors : ce n'étaient que couplets gaillards et gaillards vaudevilles. Malgré la dissolution de son académie chantante, qui du reste se reforma en 1759, Collé continua à faire des chansons, dont la plupart sont pleines de verve, d'enjouement et d'originalité : il s'entendait comme pas un à manier cette langue pittoresque et légère que parlaient les épicuriens du caveau, à assouplir le rhythme, à couper le vers d'une manière ingénieuse, à ramener adroitement le refrain , à donner à la pensée un tour piquant et vif : mais il y a dans son recueil des pièces plus qu'erotiques, et qui dépassent de beaucoup les bornes de la liberté qu'on accorde même a la chanson badine. Il n'était pas dans le caractère de Collé de se faire le pédagogue et le censeur austère des vices du temps ; il aima mieux s'en faire le peintre trop exact et parfois le spirituel frondeur : ses chansons, aussi bien que ses vaudevilles, sont comme de petites médailles où toute l'époque est frappée. Néanmoins, outre ses refrains galants et bachiques, il en composa d'autres, d'un but plus relevé; et l'on trouve dans ses œuvres des couplets tour à tour satiriques et patriotiques, où il prend à partie les travers et les ridicules, préconise ses théories et ses préjugés, attaque ce qu'il regarde comme de mauvais genres en littérature et célèbre les événements populaires et nationaux : c'est ainsi qu'en

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1756, Ion de ta conquête de Minorque, il fit sa fameuse chanson sur ta prise du Port-Maton, qui courut toutes les rues et lui valut une pension royate de 600 livres. On le voit, Collé n'eut pas à se plaindre de la fortune» qui le traita toujours avec faveur; et son caractère, naturellement jovial et porté à ta belle humeur, contribua sans doute encore à en faire un des poètes les plus heureux et les plus satisfaits.

Mais sur ta fin de sa vie cette félicité fut troublée par la mort de sa femme, qu'il aimait beaucoup et qu'il avait en quelque sorte associée à as travaux littéraires ; déjà ta mort de ta plupart de ses vieux amis avait commencé à lui porter les premiers coups , car l'inaouciance de son esprit n'avait pas passé jusqu'à son ocrai ; cette nouvelle perte, plus grande pour lui que tontes les autres, le fit tomber dans une mélancolie profonde, qui abrégea ses jours. U mourut le 3 novembre 1783, à l'Age de soixante-quinze ans. — Collé, malgré ses suonès et sa renommée, était modeste et sans prétention , toujours prêt à faire bon maiché de la valeur de ses œuvres et d'en reconnaître la frivolité. Son caractère était doux, bienveillant, amical dans le commerce ordinaire de la vie', ce qui ne l'empêcha pas d'avoir des antipathies et des inimitiés assez prononcées. Je ne parle pas de la guerre à outrance qu'il déclara dans ses écrits à rOpéra-Goroique (1) et à la comédie larmoyante, quoiqu'il ait lui-même travaillé dans ces deux genres : c'est là une guerre assez inoflensive; mais, comme son ami Piron, il détestait Voltaire, et il ne laissait pas passer l'occasion de lui décocher quelque couplet malin, fl a fait un commentaire de Corneille, pour avoir le plaisir de le contredire, et dans son Journal historiqi/e il critique les pièces de Voltaire à cœur-joie, et il enregistre avec volupté toutes les épigrammes de l'auteur de la Métrotnanie contre son ennemi. Ce n'est pas là le seul coup que la publication de ce journal ait porté à la réputation de placidité et de bonhomie qu'on avait faite au chansonnier, et que ses contemporains, Grimm aussi bien que les autres, se plaisaient à hri accorder d'un consentement à peu près unanime. Il faut croire qu'il réservait tout son fiel pour l'épancher à huis-clos dans cet écrit et s'y dédommager largement de son indulgence, de sa bonne humeur habituelle. Pendant vingt-quatre ans, de 1758 à 1782, Collé se fit clandestinement l'historien satirique de la société littéraire d'alors, et se renferma chaque soir dans son cabinet pour y tracer jour par jour la chronique maligne et scandaleuse de ses alentours. Il se constitua le Tallemant de cette petite cour qu'il amusait, de ces auteurs qui étaient ses amis, ses camarades, ses convives. Sans doute les jugements qu'il porte sont souvent vrais et justes , il y montre plus d'une fois des sentiments dont on

■1) H a même fait no opéra-comique : VU* tonnante, tout exprèi pour tourner ce genre de spectacle en ridicule.

doit kmer la noblesse et l'élévation; mais on y voudrait moins d'amertume et d'àcreté, moins d'acharnement de mauvais goût contre certains auteurs, par exemple contre La Harpe; on regrette de l'y voir ainsi flétrir de sang-froid ou du moins railler cruellement ceux qui le protégeaient et qu'il faisait semblant d'aimer, de l'y voir s'armer d'une si impitoyable satire contre ces vices qui, après tout, le taisaient vivre* Pourquoi en rire et les flatterie jour, s'il se réservait de les attaquer si rigoureusement le soir? Du moins, avec plus de mesure , il n'eût pas encouru le i «proche, mal fondé , je- le crois, de haine et de jalousie.

Mais, malgré son esprit, Collé n'était pas de taille à faire un Saint-Simon. Il était plus à son aise dans ses vaudevilles et ses chansons, dont ta gaieté a tait comme autant de types amusants, qui dérideraient le plus morose, C'est là en effet le premier mérite de ses œuvres que cette gaieté de bon aloi, qui n'est pas plus l'extra vagante bouffonnerie d'un d'Assoucy burlesque, qu'elle n'est ta plaisanterie prétentieuse et raffinée de CrébUlon fils ou de Marivaux. Cousin de Kegnard, il soutint dignement cette parenté, dangereuse pour un écrivain, et Ton peut sans crainte citer la Vérité dans le vin et les deux derniers actes de la Partie de chasse de Henri IV à côté des plus joyeux passages des Folies amoureuses et du Légataire universel. Pourquoi faut-il qu'il se soit cru obligé d'appeler au secours de sa gaieté et de sa verve une licence dont il avait moins besoin que tout autre, et qui rendra toujours ses ouvrages répréhensibles non-seulement aux yeux des honnêtes gens, mais même à ceux des littérateurs ! Du moins, comme CrébUlon fils, il présenta ce singulier contraste d'un homme immoral dans ses écrits, tandis que ses mœurs et sa conduite privée étaient non pas sans doute tout à fait irréprochables, mais dignes d'estime, du témoignage de tous ses contemporains , même les moins suspects de flatterie.

Le Théâtre de société de Ch. Collé a été publié en 2 vol. in-8*, 1768, Paris, et réimprimé en 3 vol. in-12, 1777 : le troisième volume de cette dernière édition renferme un grand nombre de ses chansons. Il avait retouché quelques anciennes pièces, qu'on a imprimées séparément; ce sont : la Mère coquette de Quinault, où il n'avait changé que le caractère du marquis ; le Menteur de Corneille, FAndrienne de Baron, l'£sprit follet de Hauteroche, et le Jaloux honteux de rétre, de Dnfresny . Le Recueil complet des chansons de Collé a été publié en 1807; Paris, 1 vol. in- 18, et son Journal historique, de 1805 à 1807 ; Paris, 3 vol. itt-8*. H a donné lui-même en tête de cet ouvrage la liste complète de tout ce qu'il a écrit. Collé a laissé en outre quelques manuscrits. Victor Fournel.

Corrupondance de Grtidta. — Mercure de France do 7 février 1784. —Mémoires de Pallsaot. -Journal hUtorique de Colié. - Notice un éditeurs à la tête du ThëOr tre choisi de Collé , 178», s vol. ln-18. — Tableau hitto-

COLLÉ — COLLEONI

rigué de Fesprit et du caractère Jet littératurei françaises, par Talllefer. article Collé. - A. Barbier. Notice sur la vie et Us ouvrages de Ch. Colle\ en tète de l'édition du Journal historique.

colle (Jean), médecin italien, né à BeUuno, en 1558, mort à Padone, en 1630. n exerça pendant quinze ans sa profession àTenise, fat pendant vingt-trois ans premier médecin du duc dlJrbin, et occupa ensuite la première chaire de médecine à Padone. On a de lui : Medicina practica, stoe methodus cognoscendorum et curandorum omnium affectuum malignorum et pestilen* Hum; ibid., 1617, in-fol.; — de Idea et theatro imitatricium et imitaoilium ad omnes intellectus facilitâtes, scientias et art es, libri au- /ici ; Pesaro, 1618, in-fol.; — de Mérbiê malignis; Padoue, 1620, in-fol.; — Slucidarium anatamieumet chirurgicum, ex Grxcis, Arabibus, Latinis selectum; una cum commentants in quarti libri Avicennœ fen tertiam, etc.; Venise, 1621, in-fol.; on estime le commentaire sur le 4e livre d'Avicenne ; — Cosmitor medicxus triplex, in quo exercttatio totius artis medicx,etc.; ibid., 1621, in-fol.; — de Cognitu difficilibus in praxi, ex libella Hippocratis de Insomnies et ex lions Avenxoaris, per cornmentaria et sententias dilucidata; ibid., 1626, in-4°; — Methodus facile parandijucunda, tuta et nova medicamenta, et ejus applicatio advenus chymicos; de Vita et se» nectute longius protrahenda ; de Alexiphar* macis ckymicis adversus omnia venera, net non de antiqua morbi gallici natura, ejus que symptomatibus, notitia et medela singulari; de AUca, cirrhis, capillorum agglomeratione et ejus antiqua origine; de Fascina dignoscendo et curando.; ibid., 1628, in-4°.

Tumaalol, Eloçia. — Von d<:r Ltnden, de ScriptorQms medici*. - Papadopoll, Hiit CwmnasU Patavint.

colle (Jean-Théodore), général fiançais, né à Lorquin (Meurthe), le 17 mai 1734, mort à Nancy, le 23 septembre 1807. Enrôlé volontaire ( 1 ** avril 1 753) dans le régiment de la Dauphine, devenu le 94e régiment d'infanterie, il fit la guerre de Hanovre (dite de sept ans ), et se distingua à l'affaire d'Ensdorflf, où, criblé de blessures, il fut fait prisonnier. Rendu à la liberté, il obtint (août 1768) une pension de 300 livres sur le trésor royal, le grade de capitaine le 12 novembre 1770, et fut nommé chevalier de Saint-Louis le 19 août 1781. Successivement lieutenant colonel en second du 77e et colonel (5 février 1793), il servit en qualité de général de brigade (19 mai suivant) à l'armée du Rhin. Bientôt destitué (11 octobre 1793), sur le motif que son fils, qui avait suivi ses amis dans l'émigration, servait en qualité de sous-lieutenant au régiment de Heese- Darmstadt, Colle, par la protection du général Landremont et celle des représentants du peuple Blaux, Gomaire, Viquy, obtint sa réintégration, et rat successivement envoyé à l'armée des côtes de Cherbourg ainsi qu'à celle des cotes de Brest, en qualité de chef de l'état-major du

général en chef Hédouville. Ses nombreuses blessures ne lui permettant plus de faire un service actif, il ratenvoyé à Lunéville pour prendre le commandement de la 4* division militaire. Mis àlaretraite(22dé<îembrel801),ilobtint(25iûûrs 1803) de Bonaparte, alors premier consul, d'être employé en qualité d'inspecteur aux revues. Ce général est mort dans l'exercice de ses Jonctions. A. Sauaat.

Archives de la guerre. - Coarcdles, DUt. de* yen. franc.

collenuccio (Pandolphe), littérateur, historien et jurisconsulte italien, natif de Pesaro, mort le 11 juillet 1504. 11 occupa la place de podestatdans plusieurs villes des États de Venise, ' et se montra orateur éloquent et négociateur habile dans les missions diplomatiques dont il fut chargé. Il s'était retiré à Pesaro, où il espé^ raftterminerpaisiblement ses jours, lorsque Jean Sforce, alors maître de cette ville, le fit arrêter et étrangler en prison, sous prétexte qu'il entretenait une correspondance sécrète avee César Borgia. Coilenuccio a laissé plusieurs ouvrages de différents genres, qui prouvent la variété de ses connaissances. Le plus remarquable a pour titre : Abrégé de l'histoire de Naples, depuis soO| origine jusqu'en 1459, en italien; Venise, 1539, ra-8°; continué par Mambrino Roseo jusqu'en 1513, ibid., 1557, in-8°, et parTommaso Costo iusqu'en 1G10, ibid., 1613, 3 vol., in-4°. L'histoire de Coneniiccio a été traduite en latin , en français et en espagnol. Ses autres ouvrages sont : Plinianadefensio, adversus Nieol. Leoni- ^ ceni accusationem ; Ferrare, vers 1493, in-4°; * — Agenorix; Daventer, 1497, in-4* ; — Apologi quatuor : Agenoria, Misopenes, Alithia, Bombarda; Strasbourg, 1511, in-4°; — la comédie de Jacob et Joseph, en italien ; Venise, 1623, in-8°; — une traduction italienne de V Amphitryon de Plante; ibid., 1530, in-S*; — un traité Sur V éducation des anciens, en italien ; Vérone,x 1542, in-8°;— Quelques poésies italiennes insérées dans Ji vers recueils ; — quatre dialogues moraux, dont l'un a été traduit en français, sous le titre de Dialogue de la tête et du bonnet ; Paris , 1 543, in-4° ; — un traité Sur la vipère ; — * des Remarques sur les plantes de Pline, insérées ' dans le 6e livre de YBerbarum vivx icônes, de Brunfels.

Gaddtaa, deScriptor. eeclesiasticis. — Paul Jotc, Eloçia. - Fabriclas, Biblioth. latina medix eelatis. - Glnguené, Hist. litt. d'Italie, 111, U2; VI, 18.

colleoni (Jérôme), savant italien, néon 1742, à Corregio, mort le 18 mars 1777. Il cultiva les belles-lettres, la philosophie, les mathématiques, les langues anciennes, et remplit les premiers emplois dans sa patrie. On a de lui : Notizie degli scrittori più celebri che hanno illustrato la patria loro di Corregio, etc.; Guastalla, 1776, in-4°.

Tlpaldo, Biografta degli Itallani iltustri, t III, p. 76.

COLLEONI. Voy. CO LEONI.

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