‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 29 sur 133 · COLLERYE — COLLET · texte numérisé non relu

COLLERYE — COLLET

GOLLUYB(jto$rer db), Voy. Roger.

* collbschi ( François ), savant théologien italien, mort en 1746. On a de loi : Dissertazione délia letteratura de* sacerdoti antichi; dans les Maccolta Caloger., t. 34 ; — Dissertazione suite posté degli antichi ; Florence , 1746, in-4° ; — Dissertasione delta religione degli Indiani.

Addnng, snppl. à JOcber, Mlgem. Gelehrten-Lexicon.

*collksson ( FincenO, jttriMonsulte français, Tirait dans la seconde moitié du dix-septième siècle. On a de lui : Valerii Martialis Epiçrammata, paraphrasi et notis variorum, adusum Delphini; Paris, 1680, in-4°; arec des additions; Amsterdam, 1701, 1719, gr. in-8°,et Venise, 1739,in-4°.

Afelong, rappt. à Jucher, jtUoem. Gelekrt.-Uxicon.

collet (Claude). Voy. Colet.

coliat (Joseph), contre-amiral français, né aille Bourbon, le 29 novembre 1768, morte Toulon, le 20 octobre 1828. H s'embarqua comme volontaire en 1790 , fut nommé enseigne le 3 octobre 1793, lieutenant au mois de décembre 1797, capitaine de frégate le 24 septembre 1803 , et reçut le commandement de la Minerve en 1806. Dans la journée du 24 septembre, il eut à combattre trois vaisseaux anglais , et après la plus héroïque résistance , il fut forcé de se rendre. 11 resta prisonnier en Angleterre jusqu'en 1811. Dans l'intervalle, il avait été nommé capitaine de vaisseau, le 12 juillet 1808 ; et à son retour il fut appelé au commandement de V Auguste, de 80 canons. S se signala au siège d'Anvers au mois de février 1814, fut chargé en 1827 du blocus d'Alger, et promu au grade de contre-amiral le 2 mars 1828.

ÀrcMves de la marine. — ■eDaeqain, Biographie maritime.

collet (Philibert), jurisconsulte et botaniste français, né en 1643, à Chàtillon - lcs- Dombes, mort dans la même ville, le 30 mars 1718. Il quitta le noviciat des jésuites, dans lequel il était entré à l'âge de seize ans, et voyagea en Angleterre. A son retour en France , il devint avocat au parlement de Bourgogne, et substitut du procureur générai au parlement de Bombes. Ses principaux ouvrages sont : Traité des excommunications; Dijon, 1683, in- 12 ; — Traité des usures; Lyon, 1690, in-8°; Paris, 1693, io-8°; — Préface du dictionnaire de mathématique*. d'Ozanam; 1691, in-4°; — Entretiens sur les dixmes, aumônes et autres libéralités faites à V Église; Lyon, 1691, in-12; Paris, 1693, in-12;— Historia rattonis; Lyon, 1695, in-12; — Entretiens sur la clôture religieuse ; Dijon, 1697, in-12; — Deux Lettres concernant V histoire de Dombes; in-4°; — Commentaires sur les statuts de Bresse; Lyon, 1698, in-fol.; — Deux Lettres à M. Bonnet Bourdelot sur l'histoire des plantes de Ttturnefurt; 1697, in-12; — Catalogue des plantes que Von trouve autour de la ville, de ïhhjv. Bioca. cÉtrên. — t. xi.

Dijon; Dijon, 1702, in-12. Collet a encore laissé quelques ouvrages manuscrits.

Papillon, Fie de Collet, dans le 1. 111 des Mémoires de littérature, par le P. Desaaolets. - Mcéron, Mémoires, t. m, p. ass.

collet (Pierre), théologien français, né à Ternay, près Montoire (Loir-et-Cher), le 6 septembre 1693, mort à Paris, le 6 octobre 1770. Dès sa jeunesse il s'engagea chez les frères de Saint-Lazare , et professa la théologie dans plusieurs maisons de leur ordre. Il fut ensuite principal du collège des Bons- Enfants. Voici le jugement porté par l'abbé Feller sur ses ouvrages : « n avait dans la conversation de l'esprit et du feu; on remarque ces deux qualités dans quelques-uns de ses livres. H mêle quelquefois la plaisanterie aux sujets les plus sérieux ; mais ses railleries ne sont guère à leur place. » Bien que cette critique soit fondée, les livres de Collet ont joui de son vivant, et même longtemps après sa mort, d'une assez grande renommée. En voici la liste détaillée : Dissertatio scholastica de quinque Jansenii propositionibus ; Paris, 1730, in-12; — Traité des dispenses en général; Paris, 1742, 2 vol. in-12 (autres éditions : Paris, 1746, 1752, 1758, 1759, 1777, 1788, 1828; Avignon, 1829); — Institutiones théologies, quas ad usum seminariorum e prxlectionibus Tournelyanis contraxitP. Collet; Paris, 1744, 1756, in-12; — Institutiones theologim, moralis, quas ad usum seminariorum e propriis suis prxlectionibus contraxit P. Collet; Paris, 1758, 6 vol. in-12 (cinquième édition; on ignore la date des précédentes); — Institutiones theologix scholasticœ, quas ad usum seminariorum e propriis suis prœlectionibus contraxit P. Collet; Lyon, 1765,

1767, 1768, 2 vol. in-12; Paris, 1775; — Lettres critiques sur différents points d'histoire et de dogme , par le prieur de Saint-Edme ; Paris, 1744, in*0; Turin, 1751, in-12; — Vie de saint Vincent de Paul; Nancy, 1748, 2 vol. in-4°; Paris, 1818, 4 vol. in-8°, avec quelques écrits de saint Vincent de Paul; — Examen et résolution des principales difficultés qui se rencontrent dans la célébration des saints mystères; Paris, 1752, 1753, 1754, 1756,

1768, in-12; — Le même ouvrage, sous le titre de Traité des saints Mystères; Avignon, 1816, 1828, 2 vol. in-12; Paris, 1817, 1823, 1828, 1838, .2 vol. in-12 ; — On y trouve joint à toutes les éditions : les Cérémonies de la messe basse, exposées selon les rubriques du Missel romain; — Vie de Henri-Marie Boudon, archidiacre cPÉvreux; Paris, 1754, 2 vol. in-12 ;

— Traité des devoirs d'un pasteur qui veut se sauver en sauvant son peuple; Paris et Avignon, 1757, in-12; Paris, 1758, 1759, 1760, 1821 ; à quelques éditions de ce traité on a joint : Bibliothèque d'un jeune ecclésiastique;

— Instructions et prières à Vusage des offi* ciersde maison, des domestiques , etc., etc,

COLLET - COLLETÉT

Paris, 1758, in-18; — Traité historique, dogmatique et pratique des indulgences et du Jubilé; Paris, 1759, 1770, 2 ou 3 vol. bH2; quatre éditions d'un extrait de cet ouvrage ont été publiées en 1826, in-32, sous le titre de : Instructions pour le saint temps du Jubilé; — Vie abrégée de M. Boudon; Paris, 1762, in-12 ; — Traité des devoirs des gens du monde et surtout des chefs de famille; Paris, 1763, in-12; — Sermons pour tes retraites, avec des discours ecclésiastiques, des panégyriques, etc., etc.; Lyon et Paris, 1763, 1764, 2 roi. in-12 ; — Lettre d'un théologien au R. P. A. de £. (Antoine de Gasquet), ou Von examine si les hérétiques sont excommuniés de droit divin; Bruxelles, 1763, In-12; — Vie abrégée de saint Vincent de Paul; Paris, 1764, 1816, 1818, 1822, in-12; 1826, in- 18; Lyon, 1825, in-12; — Traité des devoirs de la vie religieuse ; Lyon, 1765; Paris, 1773, 2 roi. in-12; — Récit des principales circonstances de la maladie de feu monseigneur le Dauphin; Paris, 1766, h*4ô; — Histoires édifiantes pour servir de lecture aux jeunes personnes de Vun et de Poutre sexe; Paris, 1767, in-12 (nouvelle édition, corrigée et augmentée des Histoires édifiantes de Duché de Vansy); — Abrégé du Dictionnaire des cas de conscience de M. de Pontas; Paris, 1764, 2 toi. in-4°; — Vie de saint Jean de la Croix; Turin, 1769, in-12 -,— Viede la vénérable Louise de Marillac, fondatrice de la compagnie des Sœurs de la charité; Paris, 1769, in-12 (nouvelle édition, corrigée et augmentée de la Vie de M. Legras de l'abbé Gobilton ) ; — Méditations pour servir aux retraites annuelles; Paris, 1769, in-12 ; — V Écolier chrétien; Lyon, 1769, n-12; — la Dévotion au sacré corur de Jésus établie et réduite en pratique; Paris, 1770, in-12; — Traité des etorcismes de l'Église; Paris, 1770, in-12; — Instructions sur les devoirs des gens de la campagne; Paris, 1770, in-12; — Vie de la vénérable mère victoire Fornari, de la mère Magdeleine tomellini Centurion et d'Ét. Centurion; Paris, 1771, in-12 ; — Vie de Colette Boellet et de Philippe, duchesse de Gueldres; Paris, 1771, fai-12; ~ Vie de M. Queriolet; Paris , 1771 , in-12 : à la fin de ce volume : Histoire abrégée de M. P. Ragot, curé de la paroisse du Crucifix au Mans.

N. Desp«rtest Bibliogr. du Haine. — B. Haaréau; Hi$t. Mt. du Maine, t. IV.

collets* (Guillaume), poète français, né à Paris, le 12 mars 1598, mort le il février 1659. II était Tatoé de vingt-quatre enfants. Dès le collège, à en croire ses biographes, il montra pour la poésie un penchant qui ne se démentit pas plus tard ; on prétend même qull y composa des vers qui lui valurent l'approbation du sévère Malherbe. Au sortir du collège, il étudia le droit, et se fit recevoir avocat au parlement; mais il ne

paraît pas qu'il ait jamais plaidé, sans doute parée qull avait un embarras de langue qui le ftisait bredouiller, comme il nous rapprend lui-même. H se lia bientôt Avec des James gens, des beaux-esprits, comme 0 y eu avait tant «lors, qui menaient de front la débauche et là poésie : ce fut là ce qui acheva de déterminer aa vocation; et, laissant de côté un état pour lequel il ne se sentait pas né, il entra résolument dans la carrière des lettres* Il n'y fat pas très-heureux d'abord; car de ses premiers ouvrages, tes uns en* rent pende succès, les autres, par leur licence, lui attirèrent de fâcheux embarras. Néanmoins, qtfofqueasses jeune encore, H lut on des premiers membres de l'Académie française, et il prit sa part des travaux de la société naissante; on a le discours qu'il y prononça en 1636, sur l'éloquence et Pimitation des anciens, an milieu des applaudissements les pins vifc et les plus mérités; il y peint l'éloquence en poète encore plus qu'en orateur, et conseille aux écrivains modernes de s'inspirer des grands modèles , tout en excluant l'imitation servilt, qu'il y tourne en ridicule dans les termes les plus ingénieux,

OoUetet fut un des amis et des protégés de Richelieu. Celui-ci, qui, malgré sa robe et son titre de cardinal, avait un penchant excessif pour les représentations dramatiques, le poussa vers le théâtre, sans consulter son goût et son aptitude, comme il y avait déjà poussé Desmarets et bien d'antres. CoUetet eut la faiblesse d'écouter ses conseils» et il composa à lui seul, en 1642, Cymindê, ou les deux victimes, tragi-comédie dans ce genre faussement sentimental et romanesque qu'avait mis en vogue le succès récent de la divine Astre*. Le cardinal , qui était aussi pauvre homme de lettres que grand politique, s'attendrit beancottp à la représentation de cette pièce; il fallait assurément y mettre de la bonne volonté. Quelques-uns prétendent que Cpminde avait d'abord été composée en prose par l'abbé d'Aubignac, et que CoUetet n'avait fait que la traduire en vers ; c'est une question d'assez miace importance, et nul des deux n'a rien à gagner à la paternité de cette œuvre.

Ce n'est malheureusement pas la seule pièce dramatique dont il se soft rendu coupable , car il était du nombre des cinq auteurs que Richelieu avait réunis pour travailler au théâtre sous son inspiration personnelle; souvent même, pour exécuter ses plans, 0 distribuait un acte à chacun d'eux , et par ce moyen la pièce se trouvait fabriquée en un mois, manière étrange, mais expéditive, de mener à bien une entreprise dramatique. Ce fut ainsi que CoUetet eut part h l'Aveugle de Smyrne, et aux Tuileries, dont il avait fait le prologue. On sait avec quelle munificence le cardinal hri témoigna son admiration pour quelques vers de ce morceau. « M. CoUetet m'a assuré, dit Pélisson, que lui ayant porté le prologue des uilerles, il s'arrêta partico»

COLtÊTET

Rarement sur deux V ers de la description do carré d'eau en cet eûdroH :

U case faumeetrr de la bourbe de l'eau, D'une Tott eoroaée et d'an battement d'allé Aotaar le aenar* qui bagua eoprée d'éliej

et qu'après avoir écouté tout le reste, Il lut dama de sa propre main cinquante pistolet, avec ces paroles obligeantes : que c'était seulement pour ces deux vers, qull avait trouvés si beaux, et que le roi n'était pas assez riche ponr payer tout le reste. » Pauvre cardinal! mais heureux Oolletet f H faudrait remonter jusqu'à Virgile pour trouver d'antres vers aussi chèrement payés. « M. Oolletet ajoute encore une chose assez plaisante, continue PéHsson. Dans ce passage que Je viens de rapporter, an lieu de : La cane f humecter de la bourbe de Peau, le cardinal voulut lui persuader de mettre : Barboter dans la bourbe de Veau. Il s'en défendit, comme trouvant ce mot trop bas ; et» non content de ce qoU mi en dit sur l'heure* étant de retour à son logis , H toi écrivit une lettre sur ce sujet, pour lui en parler peut-être avec plus de liberté. Le cardinal achevait de la lire lorsqu'à survint qodques-uns de ses courtisans, qui lui firent cornpameat sur je né sais quel heureux succès des armes dn roi, et loi dirent que rien ne pouvait résister à Son Énrfncocs, Vous vous trompez , leur répondit-il en riant, et je trouve dans Paris même des personnes qui me résistent. Et comme on In a demandé quelles étaient dono ces person* ses si aodacieoses : « GoUetet, dk>i); car après avoir combatte hier avec moi sur on mot, il ne se rend pas encore, et voila une grande lettre qu'a vient de m'en écrire. » Les courtisans dorent s'indigner fort de tant d'audace; heureusement Richelieu était bon prince pour ses auteurs (avons.

Coiletet eut plusieurs bonnes fortunes pareillee dans sa vie de poète. Loret raconte dans sa Gazette qu'il obtint ime eglantine aux Jeux floraux. Beaucoup de grands seigneurs kri firent de riches cadeaux, et François de Gondi , archevêque de Rouen, lui donna, en retour d'un hymne à la Vierge, un Apollon d'argent, dont il a souvent parié dans ses vers. Il remplissait des charges non-seulement honorables, mais très-rucratives, ce qu'il a toujours para préférer de beaucoup : ainsi le diancetter Seguier, qui était devenu son Mécène après la mort dn cardinal, lui fit avoir la place d'avocat an conseil : à tout cela 11 faut joindre la pension régulière dont iljoutt pendant plusieurs années comme étant un des cinq auteurs. Aussi possédahVfl des terres importantes aux environs de Paris : Q avait même une maison de campagne, ce pauvre poète; sa maison de ville avait antrefois appartenu à Ronsard, et 11 n'en faudrait pas plus pour nous prouver qu'elle devait être belle et riche, quand même nous n'aurions pas le sonnet où U l'a chantée lui-même. Ne vous laissez donc pas trop prendre à ces plaintes contre la pauvreté qui reviennent continuellement dans ses

vers, comme on refrain monotone : H oublie qu'il nous a parlé tout à l'heure de ses terres, de ses maisons, des présents dont on l'a comblé ; et sans s'apercevoir de cette naïve contradiction, il crie famine à qui veut l'entendre. Écoutez-le se lamenter d'un ton plaisamment indigné :

Certes, 11 faut avoir l'esprit bien de travers Pour rat?re maintenant les Muses i la trace; Lee tnewei qu'eues sort mettent à ta testée Ceux à fat ftears seerete eat été déooavert». Dépôts qae j'ai trouvé la fooutae des vers, Le bien s'enfuit de mol, le malheur ne pourchasse Je a/et poar aMewatf que les état da Pâmasse , Bl ■• al poar tout «mari qae des I

C'est peu assurément, même pour un poète. Ailleurs il y retient encore :

Toujours la pauvreté leur dénonce la guerre...; dit-il en parlant des favoris d'Apollon:

UJe ae les repaie que de ? aioe fumée, Bt leur Muse en effet eat toujours affamée. Ainsi je me plaignais de ce siècle pervers, Booteox d'avoir aaas fruit composé taot «a vers.

Vraiment il semblerait , à l'entendre, qu'il n'était pas plus riche que son gueux de fils. Ce sont là des lamentations de poète, qui peut-être avaient quelque fondement quand il les écrivait dans un de ses premiers ouvrages, mais qu'il eut le tort de répéter trop souvent parla suite, avec aussi peu de dignité. La dignité ! qui s'en souciait dans ces temps de mendicité littéraire, où chaque poète se mettait à la solde d'un grand personnage, pour échanger des louanges ou des dédicaces contre de l'argent comptant? Plus que tout autre peut-être, Coiletet s'était fait une douce habitude de ce petit trafic , et il montre sans pudeur dans ses vers une avidité qui va jusqu'à la bassesse : il étale ses calculs, comme si c'était chose toute simple, et ne craint pas de se plaindre maintes fols qu'on ne l'a pas assez largement payé, n est vrai qull estimait fort haut la valeur de ses vers : Richelieu l'avait gâté ; mais les admirateurs si généreux sont bien rares. Dans sa vanité naïve, il se mettait sans façon tantôt sur la même ligne que les rois, tantôt an rang des demi-dieux : on conçoit alors qu'il se plaignit de recevoir trop peu d'offrandes. Mais bientôt la fortune se chargea de donner raison à ses plaintes : les troubles dn temps achevèrent ce qu'avait commencé son incondotte, et il se trouva réduit sur la fin de ses jours à une misère qull eût pu sans mentir cette fois déplorer dans ses poésies.

Tout dénote dans Coiletet le même défaut d'élévation morale. Sans délicatesse dans son genre de vie, ni dans le choix de sa société ordinaire, il épousa successivement trois serrantes, d'abord Marie Prunelle, servante de son père, puis la servante de Marie Prunelle, puis Claudine Le Nain, servante de son frère, qui était jolie et avait de l'esprit, mais n'était pas un modèle de vertu. A ta suite de ce mariage, toute la famille de sa femme vint s'établir dans sa maison, qui se trouva dès lors transformée, sll

GOLLETET

faut en croire les médisances de Tallemant des Réaux, en une espèce de cabaret, où Ton chopinait nuit et jour. Colletet devait être là dans son élément, lui qui avait agréablement i aillé, dans un de ses sonnets, un poète beuveur d'eau, et avait chanté le Poète yvrongne, dans une longue pièce de vers, pleine d'un* lyrisme attendrissant. Claudine elle-même, dit-on, tenait tète aux. convives. Aussi l'aima-t-il par-dessus ses autres femmes, et lui fit-il une espèce d'immortalité, aussi grande qu'il la lui pouvait faire : il la célébra en un livre de sonnets, intitulé : les Amours de Claudine, sans compter toutes les autres pièces en son honneur, où il chante ses louanges avec tous les raffinements de la passion la plus juvénile, quoiqu'il approchât alors de la vieillesse ; il y va même souvent jusqu'au ridicule et jusqu'à l'extravagance. Ce ne fut pas sa faute si on ne la compte pas aujourd'hui parmi les muses, avec Saphoet Corinne; car il composait sous son nom des vers qu'elle récitait ellemême fort bien en compagnie, comme les fruits de sa propre veine , et qu'il insérait dans ses ouvrages. Tallemant, qui aime peu notre poète, ne manque pas de dire qu'elle fait mieux les vers que lui : voyez la prévention! Quand Colletet se sentit sur le point de mourir, il eut la présence d'esprit de composer sous le nom de Claudine une pièce où elle déclarait qu'elle déposait sa plume dans le tomlicau de son mari ; mais on ne s'y laissa pas prendre, et La Fontaine entre autres, qui avait, disent quelques-uns, à se venger des rigueurs de la belle veuve, fit à ce sujet une jolie épigramme qui porta le coup fatal à sa réputation poétique.

Colletet mourut le 11 février 1659 suivant la plupart des biographes, le 19 selon Moréri dans son Dictionnaire historique, et François Colletet dans son Abrégé des Annales de Paris; ses amis durent se cotiser pour payer les frais de son enterrement. Il laissait un fils, à qui il avait appris à composer des vers, et qui en abusa pour devenir un fort méchant poète : ce fils a lait beaucoup de tort à la réputation de son père, car on les a tous deux confondus bien des fois. Combien n'est-il pas de personnes pour qui Guillaume Colletet, membre de l'Académie française, est le même que le pauvre diable dont Boileau s'est si cruellement moqué ! Mais c'était un poète fort supérieur à son fils, si l'on veut bien ne pas le juger d'après ses pièces de théâtre, qui sont les plus mauvaises de ses œuvres. Il était assez savant, et très-versé surtout dans la connaissance de la vieille poésie. Par le goût et par le style, comme un assez grand nombre de ses contemporains, il se rattache au siècle précédent, à la forte et libre génération de Ronsard, et non à l'école scrupuleuse et grammairienne de Malherbe. Sa fécondité n'était pas cette noble et îlasque abondance qui n'est que la pire des stérilités, mais une fécondité laborieuse, quj n'excluait ni la verve ni l'originalité ;

la facilité se joignait en général chez lui à l'esprit, et parfois à la grâce. Son vers est souvent riche de rime et ferme de facture ; il a peu, du moins dans ses bons morceaux , de ces lieux communs, de ces remplissages languissants qu'on trouve en si grand nombre chez les rimeurs d'alors : il tombe plutôt dans la recherche, car son goût est loin d'être toujours sûr. Plusieurs de ses descriptions, pour être un peu enflées, n'en sont pas moins remarquables : il n'y recule point devant une certaine trivialité de détails, ni même devant une grotesque énergie de couleur, pour mieux animer ses vers et leur donner une allure plus vivante et plus pittoresque. On connaît la cane s1 humectant de la bourbe de Veau; en voici un plus frappant exemple, que j 'emprunte à la pièce qui a pour titre : le Mépris des champs :

Là, la ne pourrais voir que quelque humeur bourrue, Que des bœufs accouplés au joug d'une charrue. Que les flancs écorehés des stériles sillons, Que des pores et des boucs, des vers, des papillons, Que des Uoias souilles* d'une bâte gluante, Que des mornes étangs pleins de bourbe puante,.. Que le cri des grillons, que le chant des btbouz, Qu'un beuglement dobosufs, qu'un hurlement de Etc. [loups,

Mais ce n'est là qu'une palinodie, et Colletet a été mieux inspiré dans la pièce intitulée : Désir des champs, que je voudrais pouvoir citer ici , tant elle respire l'amour et le sentiment de la nature : rien de plus frais et de plus gracieux que quelques-uns de ses vers ; le mouvement qui la termine, malgré des incorrections et un peu d'emphase, est digne d'être remarqué. L'auteur demande aux Muses de le transporter dans les champs :

SI tous ares été mon unique espérance, SI Je n'ai point suItI les pas de l'Ignorance, SI vos seules faveurs ont chatouillé mes sens, SI J'ai toujours aimé tos plaisirs Innocents, Si, méprisant le soin des richesses du monde, J'ai puisé mes trésors dans le sein de votre onde, SI les peuples m'ont vu préférer mille fols L'ombre dé vos lauriers aux couronnes des rois, SI Je n'ai point haï le vain nom de poète, Muses, octroyez-mol le don que Je souhaite. Venez me retirer de la Tille et du bruit, Que Je puisse fuir le monde qui me sultl etc.

Si plusieurs de ses épigrammes sont sans force et sans sel, si quelques autres sont puérilement recherchées dans leur nullité prétentieuse, il y en a plus encore peut-être qui sont vives et spirituelles, et pourraient avantageusement figurer dans une anthologie française. On aimait beaucoup les pointes alors : Colletet en a mis souvent dans ses épigrammes ; on les lui pardonnerait sans peine si elles étaient toutes aussi ingénieuses et aussi piquantes que celle-ci,qu*il adresse à un poète lasetf :

Qui fait des vers comme un Catulle Vit rarement comme un Caton.

Il y a ainsi plusieurs de ses pièces qui mériteraient d'être sauvées du naufrage de ses œuvres. — Mais en voilà assez pour montrer que Colletet ne fut pas un poète tout à fait sans valeur et pour

COLLETET — COLLEVITJLE

justifier le jugement de Furetière, qui dans sa Nouvelle allégorique, lui donne un rang honorable parmi les écrivains, sinon pour faire admettre Jes éloges de quelques-uns de ses contemporains, qui l'ont placé beaucoup trop haut, et même de plusieurs étrangers illustres, qui, comme le docte Heinsius, voyaient en lui on poète éminent

Ses principaux ouvrages sont : Désespoir amoureux; Paris, in- 12, 1622 : c'est tout simplement une traduction de YAlexiade du père François Rémond, jésuite; — Divertissements; Paris, in-8°, 1631 et 1633 : ce recueil, curieux à plus d'un titre, est divisé en six parties; il touche à peu près à tous les genres de poésie, depuis les sonnets, qui y sont en fort grand nombre, en trop grand nombre même, jusqu'au poème épique, ou du moins à ce que l'auteur appelle festueiisement de ce nom; — le Banquet des poètes ; 1646, in-8° ; — Épier aminés, avec un discours sur Fépigramme, qui est excellent pour le fond; 1653, in-12; — Poésies diverses; ln-12 , 1656 ; — un Traité de la poésie morale et sentencieuse, qui est loin d'être sans mérite et où il a su répandre de l'attrait et de l'intérêt; 1657, in-12 ; — un autre Sur le Sonnet; 1G58, in-12 : c'est le meilleur que nous ayons sur cette matière, dont il traite à fond la théorie; on y reconnaît l'homme qui avait fait une étude spéciale de ce genre de poésie et qui Pavait cultivé avec amour, le poète qui revendiquait comme une gloire l'invention du sonnet à bouts rimes ; — un autre Sur le Poème bucolique et VÈglogue, qui se recommande par sa clarté et même son utilité; 1658, in-12. On voit que ces traités formaient pour ainsi dire tout un Art poétique; aussi ont-ils été réunis sous ce titre, en 1658, avec le discours qu'il avait autrefois prononcé à l'Académie sur V éloquence et Vimilation des anciens. Colletet a fait aussi un assez grand nombre de traductions, entre autres celles des Aventures d'Ismène et d'Isménie, d'Eustbamios, et du poème de V Enfantement de la Vierge, par Sannazar. H mut croire qu'il n'avait pas à se louer de ses succès de traducteur, car il fit imprimer en 1658 un Discours contre la traduction, en vers bien tournés, et souYent fort plaisants et fort spirituels. 11 a laissé en outre quelques manuscrits, parmi lesquels son Histoire des poètes français , dont on a prétendu, mais sans preuves suffisantes, que La Monnoye avait largement profité : cet ouvrage renfermait environ quatre cents vies ; et même, s'il faut en croire le Père Lelong, il y aurait écrit la sienne, après toutes les autres. M. Sainte-Beuve en a souvent profité pour son Tableau de la Poésie française au seizième siècle. ' Victor Fourrel.

Pdluon, HisL de r Académie. - Morérl, Dict - Tal- »oot des Beaux. Historiettes. - T. do Tllict, Parnasse français, - Baillet, Jugements des savants, t. III et V de l'éd. in-*». - Gonjet. Bibliothèque franc., U I et II. - iïuUdu Thédtr Franc., par le* frères FirMcL

collbtta (Pierre), historien italien, né à Naples, en 1775, mort à Florence, le 11 novembre 1833. Il combattit pour la république, et son zèle n'aurait pas échappé à l'échafaud si un faux certificat , procuré par la tendresse de ses parents, n'était venu le délivrer de la mort. Après avoir quitté la milice, il se fit ingénieur. En 1806, au moment de l'invasion française, il fut un de ceux qui eurent le principal mérite dans l'institution de cette garde nationale qui a rendu tant de services. Collette aida par ses conseils à la conquête de Capri; en 1812 fl fut nommé général et en même temps directeur des ponts et chaussées. Dans cet emploi, fl rendit d'importants services à son pays, en commençant et en exécutant même de grands et utiles travaux. En 1813 directeur en chef du génie militaire, en 1814 conseiller d'État , en 1815 combattant les Autrichiens au bord du Panaro et signant la capitulation de Casalanza; après la restauration, craint et soupçonné, mais toujours employé; au moment de la révolution de 1820, envoyé en Sicile pour apaiser les troubles, puis ministre de la guerre depuis le 26 février jusqu'au 23 mars 1821; emprisonné par Canosa, il fut enfin exilé à Brûnn, au pied du SpieUberg» d'où il put se retirer à Florence. C'est là qu'il entreprit et acheva son Histoire du Royaume de Naples, en la reprenant où Giannone l'avait laissée, et en la suivant jusqu'à la mort de Fer- ' dinand IV. Lorsqu'il s'était mis à l'œuvre, il ne connaissait pas l'art d'écrire : en rédigeant son livre, il étudia la langue et le style. Il est remarquable qu'à l'âge de cinquante ans il ait pu en même temps se faire écolier et écrivain; écrivain quelquefois incorrect, quelquefois lourd, mais par moments chaleureux, précis, abondant. Entièrement dévoué au régime français, il laisse facilement apercevoir ses habitudes, ses tendances de servilité vaniteuse ; il mésonnait son pays, il juge mal l'influence de Pinva&ion étrangère, les carbonari, le peuple. Sa chaleur vient de l'esprit, et non de l'Aine; c'est souvent de la vanité bien plus que de l'amour : en racontant les malheurs d'une nation, fl pense trop à lui-même, à sa phrase ; il vise à l'effet. — C'était un talent vrai, mais gâté par des affections et des ingénuités fort plaisantes. Son ouvrage parut après sa mort, et obtint un succès qui ne nous parait pas devoir durer. La librairie Ladvocat en a publié une traduction française, mite sur la quatrième édition italienne, sous ce titre : Histoire du royaume de Naples depuis Charles VII jusqu'à Ferdinand /F, 1734 à 1826; trad. par Charles Lefêvre et L. B...; Paris, 1835, 4 vol. in-8°.

Tlptldo, Biograf. degli Ital. Ukutiri, t. III, p. tS9.

gollktille (Anne-Hyacinthe Geillb de Sàint-Lécer, plus connue sous le nom de), romancière française, née à Paris, le 26 mars 1761, morte dans la mémo ville, le 18 septembre 1824. Jeune encore, elle annonça d'heureu.

G0LLEV1LLE — COLLIER

les dépositions pour le» lettre*. Outre quelques pièces de vers insérées dans les journaux et dans les Almanachs des Mutes, on a d'elle : lettres du chevalier de Saint-Âlme et de mademoiselle de Melcourt; Paris, 1781, in-12; — Alexandrine, ou V amour est une vertu ; Amsterdam ( Paris), 1782, 2 vol. in-12; — les Deux Sœurs, comédie; ibid., 1784, in-8°;— le Bouquet du pare de famille ; ibid., 1787, in-8°; — Sophie et iïMrvillê; ibid., comédie; 1788, in-8° j — Madame de if..,., ou la rentière; ibid., 1803, 4 roi. in-12; ~ Victoire de Marligues, ou la suite de la Rentière; ibid., 1804, 4 vol. in-12; — Salut à messieurs les maris f ou Rose et lÀnsval;û>ià., 1810, in- 12.

Jferbler, Dictionnaire des ouvragée anonymes, — Mahul, Annuaire nécrologique.— Biblioth. des romans, ■ovembre 17SI, et Juin 17S7.

golli-ricci ( Louis-Léonard-Gaspard Vbnahcb, baron oc), général plémontais, né à Alexandrie (Piémont), le 23 mars 1780. Il fit les campagnes de 1792 h 1796 contre les Français, dans les armées de Nice et de Tanaro sons le duc d'Aoste et les généraux Strassoldo et de Wins. En 1793 il avait concouru à la reprise des vallées du Var et de Tlnée, et était parvenu à opérer dans la vallée de la Stura sa jonction avec de Wins. Le 18 avril 1794, après l'enlèvement des postes de Tanarda et de Tanarella par les Français, fJolH mit beaucoup d'habileté à couvrir la retraite de Tannée piémontaise par le col de Fenestrelles. Blessé le 6 novembre suivant, en enlevant la redoute de L'Argentière, il le fut encore le 22 juin 1795 en forçant les camps de Oaressio. Défait à Mondovi par Sérurier, le 22 avril 1796, il sut repasser si à propos rEMerro, que le lendemain 11 anéantissait le général Stengel et sa cavalerie légère. En 1798, Golli réduisit )es insurgés de Carino et de Montfcrrat. Le 12 décembre 1798, lors de l'occupation du Piémont, GolU prit rang dans l'année française comme adjudant-commandant chef d'état~major. Nommé général de brigade le 29 avril suivant, il servit sous Joubert et Moreau à l'armée d'Italie, dont il commanda l'arrière-garde depuis Bfovi jusqu'à Pasturana. A cette dernière affaire (15 août 1799), il reçut un coup de fou, deux coups de baïonnette et fut fait prisonnier par les Autrichiens. Ayant été échangé, il fut promu général de division le 14 septembre 1802, et prit sa retraite le 21 mars 1806, époque ou il fat nommé commandeur de la Légion d'honneur. On a toujours accusé Oolli de manquer d'activité et de n'avoir jamais tiré parti des avantages remportés sur l'ennemi. Se bornant à une guerre défensive, aucun de ses succès ne produisit de résultat important ; mais on doit ajouter que ses défaites n'avaient pas non plus de suites sérieuses, tant il mettait de prudence dans ses manœuvres. Son nom figure sur l'arc de triomphe de l'Étoile, côté sud.

Biographie moderne. - Moulé, Pioraphie des célébritéi militaire»,

GOLLI BUS, OU plutôt COLLE OU COLLI

(Bippolyte), jurisconsulte suisse, d'origine italienne , né h Zurich, le 20 février 1561 , mort le 21 février 1612. Après avoir professé le droit à Heideiberg et à Baie, il devint chancelier du prince d'Anhalt, qui l'employa dans diverses négociations. Ona de lui : Princeps consiliarius palatinus, sive aulicus et nobilis, avec des augmentations de Naurath; Francfort, 1670, in-8° ; — Sacramenta urbium , avec des notes de Naurath; ibid., 1671, in-8° ;—Commentaria ad titul. ff. de Regulis juris.

Adam. VUm ervditorum.

'collier (Arthur), théologien et philosophe anglais, né en 1680, à Langdorf-Magna, communément appelé Steeple-Langdorf, près de Sarum , dans le comté de Wilts, Tua des comtés de l'intérieur de l'Angleterre proprement dite (chef- lieu, Salisbury); mort en ce même lieu, en 1732. A l'âge de dix-sept ans , en juillet 1697 , il avait été envoyée l'université d'Oxford. En 1704 il obtint la transmission du bénéfice ecclésiastique attaché à la rectorerie de Langdorf, qu'avait gérée son père, et demeura dans ces fonctions jusqu'à l'époque de sa mort. On a d'Arthur Collier des compositions théologiques et des écrits philosophiques. Ces ouvrages, d'abord peu répandus en Angleterre , et devenus si rares au temps de Reid, que ce philosophe assure n'avoir jamais vu qu'un seul exemplaire du Clavis univer salis, lequel se trouvait à l'université de Glaacow1, ont été réimprimés en 1837, dans un recueil qui a pour titre : Traités de Métaphysique par des philosophes anglais du dix-huitième siècle, préparés pour Vimpression par feu le révérend Samuel Parx; 1 volume in-8°. Robert Benson y a joint un volume in-8°, qui a pour titre : Mémoires sur la vie et les écrits du révérend Arthur Collief, recteur de Langdorf-Magna, dans le eomté de Wilts, depuis Vannée du Seigneur 1704 jusqu'à Vannée du Seigneur 1 732, avec quelques documents sur sa famille; Londres, 1837, Les ouvrages théologiques de Collier, sont les suivants : Logologg, ou traité sur le Xoyo;, en sept sermons, relatifs aux versets 1, 2, 3 et 14 de saint Jean, avec un appendice sur le même sujet; — Spécimen d'une vraie philosophie, ou discours sur le 1er verset du 1er chapitre de la Genèse : L'auteur y aboutit à cette conclusion , que la véritable interprétation de ce verset équivaut à la même chose que si Moïse eût dit : In mente creavit Peus; en d'autres termes, que Vesprit, Came, la pensée, est précisément cet àpxrj , dans lequel la Genèse dit que Dieu a créé le ciel et la terre. — En philosophie, Arthur Collier est auteur d'un traité écrit en anglais, et intitulé : Clavis univer salis (clef universelle), ou nouvelle recherche sur la vérité, contenant une démonstration de la non-existence ou de Vimpossibilité du monde matériel; Londres, 1713, avec cette épigraphie : « Yulgl assensus et approbatio

COLLIER

enta materiaro diffirilem est certum argumeu • turo falsitatis istius opinionis cui assentltur. » (Malebranche, deJnqulrendaverUatet\.Ul,) Il avait préludé à cette publication par deux Essais, composés en 1712» mais laissé* en manuscrit, l'un Sur la substance et l'accident, l'autre intitulé Clavis philosophiez II s'était même dès l'année 1708 essayé à traiter la question sur laquelle 0 devait un jour composer son grand ouvrage, ainsi qu'il apparaît par un manuscrit trouvé dans ses papiers , portant la date de janvier 1708, et contenant l'esquisse d'un Essai, an trois chapitres , sur la question de a* voir sfl y a, oui on non, un monde visible extérieur. Ce lot la publication du Çlavis unkver salis qui fonda la réputation philosophique d'Arthur Couler. L'Mranpté de la thèse qui s'y trouvait soutenue dut attirer sur eet ouvrage l'attention des penseurs. Une doctrine nouvelle venait se poser, qui contredisait le» notions les plu» vulgaires du sens commun, en prétendant démon-* trer, non pas seulement la noo-eiistenee, mais nême l'hnpossttxJité du monde extérieur. « La question que j'aborde, dit Collier en son Introductm, est sommairement ceUe-ej ; £xi»te~t-il quelque chose qui soit le monde extérieur? Le titre que je donne à mon livre suffira , je pense, pour avertir mes lecteurs que la négative ost la réponse que je me propose d'apporter à rette question. * Qu'on n'aille pas croire toutefois que Collier, sur les traces des béates et des Mégari. que*, répudie le témoignage des sens. Bien an contraire, fl en appelle invariablement a leur autorité. H estime que l'existence du monde visible est susceptible de le pins rigoureuse démonstration , et que rien, sauf notre propre existence, n'est d'une évidence pins simple j mais fl soutient en même temps que de ce que ces choses sont visibles il ne suit pas qu'elles soient indépendantes de l'esprit ou de le faculté de l'Ame qui les perçoit Et il conclut qne, bien que le monde visible existe, cependant son existence n'a ries d'absolu, mais est toute relative an sujet de b connaissance, c'esfcà-dire à notre esprit on à notre âme («4**4 or tout). Ce peu de lignes, «traites soit de l'introduction, soit dn corps même de l'ouvrage, contiennent l'esprit et le fond de tonte la thèse de Collier sur l'extériorité. Son livre eet divisé en deux parties principales. La première contient la solution de ces trois points, qui donnent Mon à autant de sections du chapitre Ier : Le monde visible est-il extérieur on non? — L'apparence d'extériorité dans les objets visibles n'est pas une preuve d'extériorité réelle. — Les objets visibles, tels qu'ils sont, ne sont pas extérieurs. — Vient ensuite, comme fin de cette première partie, no second chapitre , contenant les objections que Collier se pose à lui-même, et les réponses qu'il y apporte. Dans la seconde partie du traité se trouve posée et résolue, à la manière de l'auteur, cette thèse : qu'il n'y a pas de monde exté-

rieur, et qu'un monde extérieur est impossible. Collier apporte à l'appui de cette thèse neuf arguments. Le cadre de ce travail s'oppose à ce que nous lesexposions ici en détail ; mais nous indiquerons le huitième et le neuvième argument, qui sont les principaux. Dans le huitième, Collier prétend établir une connexion logique entre l'existence d'un monde extérieur et la non-spiritualité de l'Être divin : « Si un tel monde extérieur existe, dit-il , on ne peut le concevoir, à moins de concevoir Dieu lui-même comme étendu, ce qui est absurde. » Son argument neuvième et dernier s'appuie sur certaines autorités philosophiques , qu'il interprète à sa manière. C'est ainsi qu'il cite ce passage de Baronius (Metaph.) ; « Materia non est in prœdicamentOjidest non habet proprie dictum genus » ; et ce passage de saint Augustin (Confess., c. 7) : « Materia est infime omnium rerum, etprope nihil » j et enfin, ce passage de Porphyre (lib. de Oçcasionib., c. 21 ) : « Materia prima ex se est incorporea neque, intellectus neque, anima neque; quapropter, neque ens, sed venwp non ens. » Quant à l'argument par lequel, dans la sect. H du chap. 1er de la première partie, il a essayé d'établir que l'apparence d'extériorité dans les choses visibles n'est pas une preuve d'extériorité réelle, voici comment il s'en explique ailleurs encore, dans une lettre à Salomon Low : « Le titre de ma seconde section est celui-ci, que l'extériorité apparente des objets visibles n'est pas une preuve de leur extériorité réelle. Je le prouve par l'argument tiré de certains objets visibles ou apparents, qui, bien que reconnus pour n'être pas réellement extérieurs, nous semblent aussi extérieurs que quoi que ce soit, Voici, du reste, l'argument en forme : Si un objet visible, qui parait extérieur, ne l'est pas en réalité, on peut dire qne l'extériorité apparente d'un objet n'est pas une preuve d'extériorité réelle. Or, tel ou tel objet visible nous semble extérieur sans l'être en effet. Donc, l'apparence d'extériorité dans un objet visible n'est pas une preuve d'extériorité réelle. » Tous les arguments auxquels a recours Arthur Collier pour soutenir son étrange thèse sont analogues à celui que nous venons de citer. L'auteur les expose successivement, sous des formes toutes 8colastiques, et consacre des sections spéciales à la réfutation des objections, n écrit en homme persuadé de la vérité des propositions qu'il avance ; et , dans son étrange et naïve conviction , le bon recteur de Langdorf parait s'étonner beaucoup qu'il y ait des gens qui puissent regarder le monde extérieur comme une réalité. Il est impossible de méconnaître l'analogie qui existe entre le système de CoHier et celui de Berkeley, dont les écrits avaient précédéde quelques années la publication du Clavis universalis, sans que Collier toutefois paraisse en avoir en connaissance. Le recteur de Langdorf va plus loin encore que l'évoque de Cloyne. Car ce dernier s'était borné à prétendre que nous n'avons au-

COLLIER

cun moyen légitime d'acquérir la certitude de l'existence d'un monde extérieur, tandis que Collier soutient hardiment que cette existence d'un monde extérieui est impossible. Ces deux thèses, bien que celle de Collier soit d'une métaphysique plus hardie encore que celle de Berkeley, ont une base commune, à savoir le mépris du sens commun et le scepticisme à l'endroit du monde matériel. Comme elles apparurent presqu'en même temps, sans qu'on puisse dire que l'un de ces deux philosophes se soit inspiré des écrits de l'autre, il faut qu'il y ait eu dans le mouvement philosophique de leur époque quelque chose qui détermina cette apparition. Elle se trouvait préparée en effet par les grands systèmes métaphysiques, enfantés tant en France qu'eu Angleterre, par le dix-septième siècle. Descartes avait fait peser sur le monde extérieur un scepticisme qu'il s'efforçait ensuite , mais trop tard, de convertir en croyance , moyennant un appel à la véracité divine. Malebranche, disciple de Descartes, n'avait cessé de conseiller la défiance envers le témoignage des sens. Loin de les considérer comme des avenues par lesquelles nous arrive la connaissance, il les répudie comme guides dans la poursuite de la vérité. H fait observer qu'il nous arrive si fréquemment de croire voir des choses qui n'ont jamais existé, qu'il n'est pas légitime de conclure de l'apparence à l'existence extérieure, et qu'il n'y a point de connexion nécessaire entre l'idée d'un objet telle qu'elle est en notre esprit et l'existence extérieure de cet objet. Enfin, la théorie de l'idée-image était toute-puissante à cette époque, et son adoption devait tôt ou tard , et par une pente irrésistible, conduire la philosophie au scepticisme à l'endroit du monde extérieur, attendu que l'interposition constante de l'image entre l'esprit et l'objet s'opposait invinciblement à ce que l'esprit pût atteindre l'objet lui-même, en même temps que rien ne garantissait à l'esprit la conformité de l'image avec l'objet. Telles nous paraissent les causes générales dont l'action dut amener en philosophie le scepticisme à l'endroit de la réalité du monde matériel. Les théories de Berkeley et de Collier sont donc en germe dans celles de Descartes, de Malebranche, et surtout dans la doctrine de l'idée représentative. » Un fait, d'aiDeurs, qui ne permet pas de mettre en doute l'influence que la philosophie idéaliste du dix-septième siècle exerça sur l'esprit d'Arthur Collier, c'est qu'on trouva dans ses papiers un grand nombre d'extraits de Descartes et de Malebranche, recueillis de sa main et de celle de son jeune frère William, avec qui il avait fait une partie de ses études. Indépendamment de cette influence extérieure qui entraînait Collier vers l'idéalisme, il parait avoir, comme Berkeley, obéi à certains sentiments religieux, et s'être persuadé que son système portait un coup décisif au matérialisme. « Il croit, dit Reid, sa doctrine très-utile, surtout à

la religion, et il en fait usage pour mettre fin à la controverse de la présence réelle dans l'Eucharistie. » Une telle persuasion ne pouvait avoir rien de légitime. La cause de la religion et celle du spiritualisme n'ont rien à gagner à se voir défendues par des doctrines aussi opposées au sens commun que le sont celles de Berkeley et de Collier. Au lieu d'affermir les vérités religieuses ou philosophiques, une telle dépense d'esprit ne serait propre qu'à les compromettre. C. Mallet.

Reid, Essais sur les/acuités intellectuelles de r homme, Basai II, chip. x. — Robert Blnson. Traités métaphysiques des philosophes anglais du dix-huitième siècle, 1 roi. in-8» ; Lond., 1887, etc. - Mémoires sur, la vie et les écrits du révérend Arthur Collier, recteur de Longdorf -Magna, dans le comté de WiVU, I voL ln-8°, Lond., 1837. - Bdinburgh-review, n« 188, Juin 1U9.

collier (Jérémie), théologien anglais, né à Stow-Qui, le 23 soptembre 1650, mort le 26 avril 1726. H rot élevé par les soins de son père, qui dirigeait une école à Ipswich ; de là il fut envoyé à Cambridge, en 1669; il fut admis dans cette université comme étudiant pauvre. En 1676 il fut ordonné diacre par Guning, évoque d'Ely et prêtre l'année suivante, par Compton, évêque de Londres. Il remplit ensuite dans plusieurs localités l'office de prédicateur, puis il fut appelé à une chaire de professeur à l'école de droit de Gray's Inn de Londres. La révolution de 1688 lui enleva cet emploi, qu'il eût conservé s'il avait pu se décider à prêter serment de fidélité à Guillaume III. Il alla plus loin; il combattit par écrit les partisans de ce prince, ce qui lui valut d'être incarcéré pendant quelque temps. Cependant il persista jusqu'à la fin dans son rôle de non-conformiste. Son amour de la vérité égalait son érudition. Ses principaux ouvrages sont Ecclesiastical history ofGreatBritain, chiefly of Englandjrom the flrst planting of christianity to the reign of king Charle II, with a brie/ account of religion in Ireland; Londres, 1708-1714, - Essays upon several moral subjects; Londres, 169M709, 3 vol. in-8* ; — a Short view of the immorality and profaneness of the english stage; Londres, 1798, in-8"; — the Ancien C and modem stage survey'd; 1699, in-8°; — a Translation ofthe ninth, tenth, eleventh and twelfthboohsofSleidanfs Commentaries; 1689, in-4°; — une traduction avec addition de nouveaux articles du Grand Dictionnaire deMoréri sous ce titre : the Great historical, geogra' phical and poetieal dktionary; 1701, 2 vol. ; 1705, 3 vol.; 1721, 4 vol. Cette augmentation successive de volumes témoigne du succès de cette publication.

Rose, New biog. diet. - Cbaufepfc, Met, hist.

'collier (John-Payne), littérateur et critique anglais, né à Londres, le 11 janvier 1789 Fils d'un journaliste, il entra lui-même dans la carrière du journalisme, et devint l'un des rédacteurs du Mornxng-Chronicle et l'un des collaborateurs les plus féconds de toutes ces reviews, de tous ces magazines, qui pullulent en Angle-

Page 1