CONSTANT — CONSTANTIN
MO
d'ovin Tombe, - I.oata Blanc, HiêU * tfix «m. — De ConnenlD, le Livre du orateurs. — Sainte-Beuve, Rev. du Deux-Mondes, 1844-41. — Biogr. de* contemporains.
constanti ou constanzio (Antonio), en latin corstahtius, savant italien, né à Fano, en 1430, mort en 1490. n professait les belleslettres, et eut pour disciple le poète Octave CléophUe. D mourut de la douleur que lui causa le pillage et llncendie de ses manuscrits et de sa bibliothèque lors de la prise de Mondolfl par Laurent de Médicls. On a de lui : Epigrammaium libellas, odx III, epistote IV, orattones nuptiales VIILprœlectiones IV, orattones Vit, Ângelicasalutatio; Fano, i502,in-4*; — Commentaires sur Ovide et ses Fastes; Tusculum, 1527, in-4°, et Fano, 1502, in-4° : celui sur Ovide a pour titre : Disceptatio pulchra an Ovidius plures filias habuerit? an Perilla fuerit ejusfilia ? an tertia uxor ei soli nupserit. Constanti, dans ses Bpigrammata, a donné, sous forme de lettre, une description très-remarquable de la girafe; il a le premier signalé l'organisation particulière des cornes de cet animal.
Merlus Valeriaoos, de In/clicUaU litteratorutn. - De Saint-Léger, Journal des savants, Juillet 1784.
* constanti ( Giacomo ), poète italien , nati de Fano, vivait en 1 508. Il professa les humanités à Pesaro. H était à Castet-Oandolfo lorsque Laurent de Médicis prit cette place ; cet événement fit mourir Constanti de chagrin. On a de lui : Opuscula varia et Bpicedium in Thadseam matrem; Fano, 1502; — Collectaneorum hecatostys : in loin Ovidii sarritiones, annotationutn ultra centum; in ejusdem Métamorphoses assumenta annotationum supra ter centum; Fano, 1508, in-4°.
Jdcher, Allg. Gel.-Uxl*.
constanti A (Flavia Valeria Constantia), appelée aussi Constantina, fille de Constance Chlore et de sa seconde femme, Théodore, née en Gaule ou en Bretagne, après 292 et avant 306, morte entre 328 et 330. Demi-sœur de Constantin le Grand, elle épousa, en 313, C. Valerius Licinianus Lidnius Augustiis, empereur d'Orient La guerre s'engagea entre les deux beaux-frères en 323. Licinlus, complètement défait à Chrysopolis ( maintenant Scutari), s'enfuit à Nicomédie, on il fut bientôt assiégé par le vainqueur. Pour sauver la vie de son mari, qui ne pouvait ni s'échapper ni se défendre, Constantia se rendit au camp de son frère, et obtint la grâce de Lidnius. Mais la clémence de Constantin ne fut pas de longue durée, et Licinius fut mis à mort. Cet acte n'altéra pas l'amitié qui existait entre le frère et la sœur. Celle-ci, qui avait été baptisée par le pape Sylvestre, finit par adopter les croyances ariennes. Lorsque Arius fut exilé à la suite du concile de Nicée, Constantia, alors mourante, intercéda pour lui, et obtint de l'empereur Constantin qu'il serait rappelé. Elle eut de Lidnius un fils nommé Flavius Licinianus Lidnius Csssar.
PhUostorgue, 1, *. - Théophane, p. 9, tr, éd. Paris. —
BufélM, Jftot «ce/., X, S. -Sozime, I, t. - Zoilaie. u,
P.17/JS.
constantia (Flavia Maxima), femme de Gratien, née en 362 , morte en 383. Fille posthume de l'empereur Constance II et de Faustine, sa troisième femme, elle tomba, ainsi que sa mère, aux mains du rebelle Procôpe, qui traîna ses captives dans toutes ses expéditions. EU 375, pendant qu'elle allait rejoindre son fiancé, la jeune empereur Gratien , die fut surprise par les Quades, qui venaient d'envahir rfByrie. Meeenia, gouverneur de cette province, délivra la princesse, et la conduisit à Sfrmium. Elle mourut avant son mari , et sans laisser d'enfante.
Ammlen Marcedln. XXI, 1S; XXV, 7,9; XXIX, s.
Constantin, pape, né en Syrie, mort à Rome, le 8 avril 715. n fut élu le 25 mars, en remplacement de Sisinnius. L'empereur JastmJen le manda à Constantinople, afin de l'entretenir des affaires ecclésiastiques. Constantin quitta Rome le 5 octobre 710, et rejoignit l'empereur à ïtkomédie. Il y fut reçu avec de grandes marques d'affection et de respect. Justinien l'entretint du concile in Trullo, dont Constantin accepta une partie des canons. Il retourna ensuite en Italie. Justinien ayant été assassiné en 712, Phihppîque Bardane, nouvel empereur, envoya au pape les , actes du pseudo-concile de Constantinople qu condamnaient le sixième concile général et réta* blissaient la doctrine des monothéKstes. Constantin rejeta ces actes, et engagea le peuple romain à ne pas reconnaître un prince hérétique. Il défendit de se servir du titre d'empereur dans les actes publics et de mettre sur le» monnaies son image, puisqu'il refusaHd'honerercelles des saints. Anastase n, étant arrivé ensuite an pouvoir, envoya à Constantin une profession de foi profondément catholique. Constantin s'empressa de l'accueillir, et la paix fut rétablie entre le trône et le saint-siége. Ce pontife fit beaucoup de promotions dans son clergé : en un seule ordination, il créa soixante-quatre éveques,dii prêtres et deux diacres.
Platlna, Historia de vitls pontifieum, f» «M. - Cedrène, Chronic. - Barooliia, Afsnaiu. - Mortrt, Grand dictionnaire historique. — Dotn Cellier, Histoire du auteurs sacrés et ecclésiastiques, XVI II, 40.— Chronologie des papes, dans XArt de vérifier le* dates, III, «st. - Richard et Glraoi, BibUathèque sacrée, — Artm4 et Monter, Histoire du souverains pontifes, I, ta.
Constantin (Tibère), anti-pape, vivait en 769. Il n'attendit pas la mort de saint Paul 1" pour s'emparer du pouvoir papal. Il fut élu (767) par l'influence tyrannique de son frère, Toton, Teuton, ou Soton-Toto, duc de Nepi, qui l'instaila à main armée. Constantin était laïque ; U prit le diaconat, dédaigna la prêtrise, se fit ordonner évéque par George, évoque de Preneste, et ensuite consacrer pape parce George, assisté d'Eustrase, évéque d'Albano, et de Citonat, évoque de Porto. Peu de temps après, un autre intrus, Philippe, abbé de Saint-Vito et prètraardinal, se fit proclamer à son tour. Il excita une sédition, dans laquelle Toton fut tué. Constantin dut se
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réfugier avec son autre frère, Pasaif , dans l'oratoire de aalot Céeaire. Philippe Ait chassé le jour même de son intrusion, et le peuple arracha Constantin de sa retraite, le promena à cheval •or une selle de femme, et te confina dans le monastère de Ctellea-Neuves, d'où 11 le tira quelques jours après pour lui crever les yeux. Le 6 août 768» Etienne IV fut nommé et reconnu régulièrement souverain pontife. Au mois d'avril 769 un osncila tut convoqué dans SainWeande Latran : il y fat décidé qu'aucun sujet ne pouvait être élevé à la papauté si préalablement il n'avait été ordonné prêtre ou diacre. L'élection de Constantin fut donc annulée, et hn-meme condamné à passer le reste de ses jours dans un monastère. Pendant son usurpation, il avait créé huit évêques , huit prêtres et quatre diacres, qui ne forent pas confirmée. Les lettres de cet anti-pape ont été publiées par le jésuite Gretser, Ingolstadt, 1613, in-4°, et par Duchesne, dans sa Collection des historiens de France.
Piétina, rUaponti/Uum, — Barontus, Jwtusles, tel.
- Morérl, Grand dictionnaire historique. - CAronotogte historique des papes, dans Y Art de vérifier les dates, III. m.- Blohard et Gtraod, Bibliothèque sacrée-
- Artaud de Monter, Histoire des souverains ponti/es, l. *«.
A. Empereurs d'Orient.
COXgTAXTIH OU GOHsYrAKTIXUS (CataS
Flavius Valerius ÂureUus Claudius) (1), surnommé le Grand, empereur d'Orient, naquit à Naissu8, dans la Dacie, en 274 environ, et moorutàNioornédie, le 22 mai 337. H était fils aîné de Constance Chlore et d'Hélène, femme d'une naissance obscure. Sa première éducation fut l'exemple de son père, qui lui enseigna la modération. Constance, ayant été nommé césar, se vit obligé de répudier Hélène, etde se séparer de son fils, qui dut se rendre comme otage à la cour de Dioctétien. Constantin avait alors dix-neuf ans. Si le séjour à cette cour pouvait offrir pour lui quelques dangers» il s'y forma au moins de bonne heure an rôle difficile des hommes qui sont appelés è gouverner les nations.
Par son courage et sa soumission, il gagna la faveur de Dioctétien, qui le nomma tribun de premier ordre et remmena avec lui en Egypte, en 296. Sous Galerius, il combattit les Perses, auxquels on enleva cinq provinces, entre le Tigre et l'Euphrate, en 297. Prudent et réservé, il évita de se rendre suspect aux auteurs des édita de persécution contre les chrétiens , quoiqu'il commençât dès lors à partager les croyances de «es proscrits. Plein de bravoure, bien fait de corps, habile dans tous les exercices, affable et généreux envers les soldats, le jeune Constantin ne tarda pas, àrai-
(l) 11 n'est pas dès m naissance cette pompeuse série de noms. Son père aralt obtenu ceux de Falerius Aure> lies ion de son association à L'empire sons Dioctétien ; et qnant à ceni de Flavius Claudius, Constantin ne les prit que pins tard, afin de constater sa descendance, par "on père, de l'empereur Flavius Claudius tl, ratoqoeur dès Goths.
son de ces qualités, qui le rendaient populaire dans l'armée, è s'attirer la haine des empereurs et des césars, surtout de Galerius. Dioctétien et maximien Hercule ayant abdiqué, Constance et Galerius revêtirent la pourpre, et furent salués augustes. Mais Galerius ne voulut jamais, quoique ce fut l'usage, que le fils de son collègue prit le titre de césar; il nomma è sa place Maximin, frère de sa femme, qui avait commencé par être pâtre. Cet acte fit murmurer les troupes, et montra clairement à Constantin tout ce qu'il avait à redouter de Galerius. Ombrageux, jaloux , celui-ci retint auprès de lui Constantin, sous différents prétextes et malgré les demandes réitérées de Constance. Dans les guerres contre les barbares, il ne cessait d'exposer Constantin aux avant* 'postes. Un jour il le force de terrasser dans l'arène un lion furieux ; un autre jour il l'envoie combattre seul un chef barbare, d'une stature effrayante. Constantin court droit à l'ennemi, le terrasse, et, le traînant par les cheveux, l'emmène tout tremblant aux pieds de son général. Ainsi, tandis que son père haï assurait l'héritage de l'Occident, Constantin préparait de loin la conquête de l'Orient La crainte d'indisposer trop ouvertement son collègue, d'attirer contre lui ses armes victorieuses et de donner à ses propres troupes un sujet de mécontentement, détermina enfin Galerius à permettre à Constantin d'aller rejoindre *on père. Constantin, redoutant la mobilité soupçonneuse de Galerius, se bêta de fuir, et eut soin, afindenepasétreatteint, défaire tuer ou estropier les chevaux qu'il laissait derrière lui. Cette précaution ne fut pas inutile : le lendemain Galerius révoqua l'ordre de départ ; mais apprenant que Constantin était parti la veille et avait donne heures d'avance, il entra dans une grande fureur, et la rage impuissante du tyran n'eut que le regret de n'avoir pas osé commettre un attentat. Constantin rejoignit son père à Boulogne-sur-Mer, franchit avec lui le détroit, et le suivit dans plusieurs expéditions dirigées contre les Pietés et les Calédoniens. Constance mourut à York, en 306; mais avant de rendre le dernier soupir, . il fit une des dispositions politiques les plus importantes de cette époque, et que son fils, malheureusement pour l'empire, ne suivit pas, plus tard : ce fut d'ordonner que ses autres enfanta, qui étaient encore fort jeunes et qu'il avait eus de Theodora, demeureraient simples particuliers, tandis que Constantin seul régulerait C'est du moins ce que nous apprennent Libanius, Eusèbe, Julien et Lactance. Proclamé auguste par l'armée de son père, Constantin refusa de revêtir la pourpre, et se contenta de prendre le titre de césar. Lorsque, suivant l'usage, on présenta les images de Constantin , couronnées de lauriers, à l'empereur Galerius, celui-ci fut tenté de les mire jeter dans les flammes avec le messager; mais craignant que ses propres soldats ne se déclarassent pour Constantin , il consentit
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à proclamer césar Phomme qu'il détestait le plus et à laisser sous son autorité les Génies, l'Espagne et l'Angleterre.
Constantin dissimula cette fois encore son mécontentement, et pendant les six années sui- Tantes Q resta comme étranger à ce qui se passait dans les trois autres parties de l'empire. 11 visita toutes ses provinces, encourageant l'agriculture, affranchissant les villes, obérées et désertes, âes impôts dont elles étaient frappées, méritant le nom de restaurateur de la ville d'Autan, pour y avoir rétabli une administration régulière, laissant, à l'exemple de son père, sans exécution les édits contre les chrétiens. Les Francs ne cessaient d'attaquer l'empire; il vainquit dans les Gaules leurs rois Ascaric et Kegaise, qu'il livra aux bêtes dans les amphithéâtres, passa le Rhin, construisit un pont à Cologne , repoussa les barbares, établit partout sur les bords du fleuve des châteaux forts, et sut imposer aux ennemis de l'Empire Romain la terreur de son nom. Ce fut pour célébrer ces triomphes contre les barbares qu'A institua à Trêves les jeux Franciques, dans lesquels on livraitaux bâtes les prisonniers francs, dont la sauvage énergie devant la mort étonnna toujours les Romains.
Cependant Galerins, qui résidait en Orient, semblait, à l'exemple des empereurs de cette époque de décadence, ne jouir du pouvoir que pour satisfaire ses passions. Ayant voulu , afin de remplir ses trésors, augmenter les inqtôts et faire le recensement des biens dans la ville de Rome, il excita contre lui tous les citoyens. Maxence vivait alors obscurément, dans ses
Propriétés, près de là, dans la Lucanie; il était Is de l'empereur Maximien, qui avait abdiqué Je pouvoir en même temps que Dioclétien. Profitant de l'effervescence des populations et irrité d'ailleurs de n'avoir pas été nommé césar avec Constantin, Maxence souleva Rome contre Galerius , se fit proclamer empereur par les prétoriens, et, pour se donner un appui solide parmi les soldats, il appela auprès de lui son père Maximien, qui reprit la pourpre (en 306).
Contre Maxence, Galerius envoie Sévère, sa créature, qu'il avait revêtu du titre d'auguste. Celui-ci, dont l'armée était composée de Romains et de soldats maures, qui tous avaient servi sous Maximien, se voit abandonné d'une partie de ses troupes; les largesses de Maxence gagnent le reste. Obligé de se rendre sous la condition qu'il serait traité avec honneur, Sévère ( voy . ce nom ) fut bientôt forcé de se faire ouvrir les veines, dans un endroit nommé les Trois-Hôtelteries (Très Tabernœ). Galerius marche à son tour contre Rome, pour venger son lieutenant, menaçant d'égorger le sénat, d'exterminer le peuple et de ruiner la ville; mais la défection de ses troupes le contraint lui-même à fuir honteusement : il regagne la Pannonie en saccageant et ruinant tout sur son passage. Cependant Maximien s'étant rendu auprès de Constantin, lui avait fait
épouser sa fille Fausta ( Constantin était veuf de Minerva, dont il avait eu Crispus); puis, Tayaut proclamé auguste , il avait essayé, mais en vain, de le faire passer en Italie, pour tomber avec lui sur Galerius, fugitif, et achever sa débite. A Rome, la discorde s'étant élevée entre le père et te fils, Maximien futchassé par Maxence. Empereur sans empire, ne trouvant aucune provincequi voulût reconnaître son autorité, conspirant partout pour ressaisir la puissance, qui lui échappait sans cesse, banni de la cour de Galerius, le vieux Maximien vint dans les Gaules chercher un asile auprès de son gendre, quilui donna une hospitalité digne d'un souverain , et lui fit'partager les honneurs du pouvoir. Maximien paya Constantin de la plus noire ingratitude : pendant que celui-ci était occupé à combattre les Francs, il souleva ses propres troupes avec les trésors quH lui avait enlevés, répandit le bruit de sa mort, et se fit proclamer empereur à Arles. Une victoire et un pardon furent toute la vengeance de Constantin; mais le repos ne pouvait plus convenir à cet homme ambitieux. Incapable de reconnaissance , Maximien complota d'assassiner son gendre : il fit part de son projet à sa fille; Fausta en prévint Constantin, qui apparut avec toute sa cour devant Maximien, au moment où celui-ci venait d'assassiner, dans le lit de l'empereur, un eunuque qu'il avait pris pour son gendre. La mesure était comble. Constantin força Maximien Hercule à s'étrangler lui-même ( 310).
En Orient, l'élévation de Licrâius à la place de Sévère avait poussé Maximin à la rébellion. Galerius, forcé de lui laisser prendre le titre d'auguste, mourut deux ans après, d'une effroyable maladie, en demandant des prières aux chrétiens. A sa mort, la guerre qui avait éclaté entre Licinius et Maximin ne fut suspendue que par un traité de partage. Le tyran Maxence , qui avait inondé de sang et pillé l'Afrique, en punition de la révolte d'Alexandre, son lieutenant, renouvelait depuis cinq ans toutes les horreurs des Caligula et des Héliogabale. Il osa s'attaquer à Constantin, sous le prétexte du meurtre de son père, qu'il avait lui-même traité en ennemi. Avant de commencer la guerre, Constantin s'assura des dispositions favorables de Licinius en lui promettant la main de sa sœur, Constantia. Ce fut vers cette époque qu'il se décida à embrasser ouvertement le christianisme.
Selon Eusèbe, ou selon Constantin lui-même (Eusèbe assure le tenir de sa bouche), Constantin aperçut, étant à la tête de son armée , un peu après l'heure de midi, une croix éclatante au ciel; sur cette croix étaient écrits ces mots : év Tourcp vuu/joeiç, tu vaincras par ce signe. La nuit suivante, il vit en songe le fils de Dieu tenant ce signe entre ses mains, et lui ordonnant d'en faire faire un semblable et de s'en servir comme d'une enseigne dans les batailles. Constantin se hâta d'obéir à cette vision céleste. Les métaux les plus rares, les pierres les plus précieuses or-
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aèrent cet étendard, formé d'unecroix, au-dessus de laquelle, dans une couronne d'or, se trouvaient les deux premières lettres du nom du Christ ; il fut appelé labarum ou labonttn. On ne sait rien de certain sur le lieu ou était Constantin quand il vit cette croix lumineuse ; selon un savant moderne, qui a suivi en cela la tradition de l'église de Besançon , ce fut entre le Rhin et le Danube, près de Brisach. Telle est la légende populaire qui est arrivée jusqu'à nous. — Aucun auteur païen ne fait mention deces prodiges, non plus que du labarum et des croix mises (1) dès ce temps-là sur les étendards des légions. Mais cette omission, volontaire peut-être, ne détruit pas le fait important de la conversion de Constantin et de sa famille au christianisme. Au reste, on peut fort bien supposer que l'intelligence naturelle de Constantin, entraîné déjà vers la religion nouvelle par la sympathie avouée que lui portait son père Constance Chlore; que les exemples de courage et de fidélité donnes par les soldats chrétiens de son armée; que les entretiens continuels des philosophes de sa cour, pénétrés de la beauté des dogmes nouveaux ; et par-dessus tout , que ce pressentimentqui pousse les hommes d'un véritable génie ambitieux à deviner où réside la force de l'avenir, afin d'en être l'expression, et servir, à leur insu, d'ins truments aux courants d'idées régénératrices; on peut bien supposer, disons-nous, que toutes ces causes humaines, les seules peut-être que l'histoire devrait enregistrer, ont plus contribué que l'apparition de la croix à faire de Constantin le premier empereur chrétien ( en 31 1 ).
Pendant que ses flottes vont occuper les ports de l'Italie, il passe du Rhin aux Alpes avec une telle rapidité qu'il arrive devant Suse tandis qu'on le croyait au fond des Gaules : il s'empare de cette vifie, et marche sur Turin. Dans la plaine de cette ville se présente un grand corps de troupes , dont la cavalerie, toute couverte de fer, hommes et chevaux , semblait invulnérable. Constantin ordonne à sou armée d'ouvrir ses rangs, laisse passer cette cavalerie, qui n'avait de force qu'en ligue droite, puis la fait enfermer et attaquer à grands coups de masse d'armes. On assomme, on écrase sur leur selle les malheureux cavaliers , sans qu'ils puissent ni se mouvoir pour se défendre , ni se relever quand ils sont abattus (2). Turin, Milan, Vérone lui ouvrent leurs portes ; il défait près de cette dernière ville, après un combat sanglant, où il court les plus grands dangers, une autre armée de Maxence, commandée par un de ses plus habiles généraux, Ruricius Pompeianus, préfet du prétoire, et ne s'arrête qu'à deux milles de
(1) Lactance, Sozomène, Porphyrras Optatlanus, saint Grégoire de Naxlance, ne disent rien de cette apparition de la croix, ou n'en parlent que comme d'un songe de Constantin.
(t) On croit reconnaître déjà dans cette cavalerie d'élite, et pesamment armée, les cherallers bardés de fer do moyen âge.
Borne. Maxence , excité par le peuple aux jeux du cirque, enhardi d'un autre coté par ses magiciens, qui lui avaient prédit que ce jour-là, 28 octobre 312, l'ennemi des Romains devait périr, sortit enfin de cette ville, et vint, à quelque distance du pont Milvius, offrir la bataille. La victoire ne fut point infidèle aux drapeaux de Constantin ; l'armée de Maxence prit la fuite dans un affreux désordre ; le pont Milvius s'enfonça sous les fuyards : Maxence, chargé d'une pesante cuirasse, péritlui-memedans les flots, avec un grand nombre de soldats. Sa tète fut apportée à Constantin et promenée dans les rues de Rome, qui reconnut le vainqueur pour son maître. L'Afrique et les provinces suivirent cet exemple.
Maître de Rome, Constantin prouva qu'il n'était pas moins habile administrateur que bon général. H rétablit l'ordre et la justice dans tout l'empire, et se conduisit avec la plus grande modération envers des villes conquises. Contre l'usage barbare de cette époque, usage qu'avaient suivi ses prédécesseurs, il respecta la vie et les biens des citoyens vaincus. H alla jusqu'à refuser de recevoir les rapports des délateurs, dont la cupidité ou des vengeances particulières ne cessaient d'entourer les chefs de l'État H se contenta de casser la milice prétorienne, cettegarde pour laquelle Séjan avait créé un camp près de Rome, et qui n'avait cessé d'employer à l'égard des empereurs le rôle que jouèrent plus tard les janissaires dans l'Empire Ottoman.
Cette conduite lui attira l'admiration et la sympathie de toutes les classes. Les sénateurs les plus hostiles aux idées nouvelles, ainsi que tous les fonctionnaires influents , vinrent , à l'exemple de l'empereur, se prosterner devant les étendards de la croix. Constantin s'entoura des évoques et de tous les personnages dont les talents dirigeaient la nouvelle Église. Il leur fit de larges présents, accorda aux ecclésiastiques de Rome certains privilèges, tels que l'exemption d'impôts et de diverses fonctions onéreuses ; il donna le palais de Latran au pape Melchiade on Miltiade, et construisit plusieurs églises. Les classes moyennes et le peuple ne furent point oubliés. H maria des jeunes filles nobles mais pauvres à des hommes devenus riches, et leur donna des dots. Il fit remettre des vivres et des vêtements au peuple, et recevait tout le monde aveegénérosité, ayant pour maxime que personne ne devait se retirer triste après avoir eu le bonheur de voir son souverain.
Presque aussitôt après la chute de Maxence, il s'allia à Licinius, et signa un édit universel de tolérance en faveur des chrétiens (313). Bientôt Maximin prend les armes contre Licinius; il est vaincu, et meurt dans d'atroces douleurs, causées par le# poison qu'il avait pris. licinius, maître de tout l'Orient, se faisait détester par ses fureurs sanguinaires. Il tue tout à la fois les enfants de Maximin , le fils de Sévère, le fils de Galerius, son bienfaiteur, ainsi que la femme et
cowsTAirriN
la befle-roère de ce même Galerius, Pane fille, Tanlre veuve de Dioctétien. Le rupture ne tarda pas à éclater entre les deux empereurs. Constantin, dit-on, avait découvert une conjuration que tramait contre lui son beau-frère Bassianua, à l'instigation de Licinius, qui avait lait abattre les statues de son rival dans la petite ville d'Emone; c'était à cette [époque une déclaration de guerre et le commencement des hostilités. Plus tard, des conseillers l'ayant exhorté à punir des séditieux pour avoir jeté des pierres contre ses statues, Constantin leur répondit : Je ne me sens point blessé. Cependant, une pareille injure de la part d'un beau-frère, qui partageait avec lui l'empire du monde , devait lui être sensible. 11 marcha contre Licinius, le vainquit à Cibalis, puis à Mardis dans la Thraoe. Presque sans armée , sans trésors, Licinius demanda la paix, en déposant Valens, son générai qu'il avait créé césar, malgré Constantin, et pour se faire un appui «entre lui. Quelques jours après, il fit mettre à mort ce malheureux instrument de son ambition. Licinius céda laDalmatie, la Pannonie, la Dacie, la Macédoine et la Grèce à son heureux rival, qui devint maître ainsi de la frontière du Danube, Jusqu'à laThrace, et de presque toutes les nations les plus belliqueuses (314). Resserré en Asie, Licinius pouvait à peine mettre le pied en Europe. Quelques années après , trois césars furent nommés ; deux en Occident : Crispus et Constantin le jeune, fils de Constantin; un en Orient : Licinianus, fils de Licinus. Par ce traité, les inimitiés restèrent contenues plutôt qu'assoupies, jusqu'à Tan 323. Ce rat pendant ces années de paix, et tandis qu'il était en Grèce, que Constantin publia des édite inspirés par un sentiment vraiment humain, bien rare parmi les empereurs, et qui marquèrent en quelque sorte la transition de l'esprit paten à l'esprit chrétien. Il défendit de marquer sur le front les personnes condamnées aux mines ou à se battre comme gladiateurs ; il supprima le supplice de la croix, qui jusque alors avait été très-commun ; il défendit de casser les jambes aux esclaves. H ordonna aux employés du fisc de prendre sur le trésor public ou sur le domaine du prince ce qui serait nécessaire pour nourrir les enfants pauvres, que leurs parents étaient toujours disposés à vendre ; il défendit, sons peine de mort, de saisir pour dettes les valets et les animaux qui servent au labourage, ou d'enlever une femme de sa maison. 11 transporta aux évéques et aux prêtres le droit d'affranchir les esclaves dans l'église et devant le peuple, droit qui n'appartenait qu'aux préteurs et aux consuls ; 0 alla jusqu'à ordonner que si quelqu'un faisait appel au jugement d'un évoque, le juge civil serait obligé de renvoyer au prélat l'affaire, et que la décision de l'évêque eût l'autorité de la chose jugée : c'était, disait-il , afin d'abréger les a/laires et de prévenir les chicanes. Il supprima les amendes dont étaient frappés les hommes non mariés, exempta de la torture les débiteurs du fisc , favorisa les testa-
ments, infligea des peines sévères aux tuteurs qui abusaient de leurs pupilles , fit des lois en faveur des enfants naturels, et voulut qu'on célébrât le dimanche par le repos ; Il n'excepta de cette disposition que les cultivateurs.
La paix ne pouvait durer longtemps entre deux empereurs qui représentaient deux principes opposés : l'un, se faisant l'expression du passé, défendait avec violence la société païenne , et amassait sur lui la haine de tous par ses perseentions incessantes contre les chrétiens ; l'autre, sentant la force nouvelle qui accélérait la marche du monde, s'en était fait le représentant. Sous l'inspiration de ces idées de progrès, Constantin ne cessait, par des lois de morale publique et bienfaisantes pour les peuples, d'adoucir la législation romaine dans ses dispositions contraires au développement social et à l'humanité.
Les Goths avaient franchi le Danube, qui était leur limite, et porté leurs ravages en niyrie et jusque dans la Mésie et dans la Thrace. Constantin marcha contre enx, les contraignit d'abandonner leur butin , leur imposa des conditions humiliantes, et délivra même les provinces de Licinius. Irrité de ce qu'il appelait une violation de son territoire, Licinius mit sur pied des forces considérables, fit consulter l'oracle d'Apollon, qui lui répondit par deux vers d'Homère dont voici le sens : « Vieillard , il ne t'appartient pas de combattre de jeunes guerriers : tes forces sont épuisées, le grand âge t'accable. » Constantin, de son côté, se prépara à la bataille par des actes de piété et la prière. Il avait une chapelle desservie par des prêtres qu'il appelait les gardes de son âme. Chaque légion avait sa chapelle et des ministres particuliers (1). La bataille s'engagea dans les plaines d'Andrinople. Vaincu, Licinius s'enmit à Byzance; Constantin l'y l'assiégea, tandis que son fils Crispus, qui commandait sa flotte, après avoir battu Abantus sur mer, vint rejoindre son père devant Byzance. De cette ville, où il craignait d'être forcé, Licinius passa le détroit, et alla attendre son heureux rival & Mysopolis. Le sort des armes ne lui fut pas plus favorable : sans armées sans trésor, réfugié à Nlcomédie , il consentit à reconnaître pour maître celui qu'il n'avait pu souffrir comme collègue. Constantia, sa femme et sœur de Constantin, obtint la grâce de son mari : il fut relégué à Thessalonique, où l'on ne manqua pas de prétexte pour se défaire de lui quelque temps après (en 324). On peut dire que Licinius entraînait dans sa chute le polythéisme lui-même, dont il était en quelque sorte le dernier représentant. Les uns racontent sa mort comme la punition d'une nouvelle trahison; les autres en font un crime à Constantin. Pour adoucir l'odieux d'une si noire perfidie, quelques-
(1) On peut considérer cette Institution comme le premier exemple des aumôniers de régiment. Au reste, ils ne faisaient que succéder aux ministres du paganisme qui, dans chaque armée , consultaient le sort aranl de iirrer bataille.
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uds ajoutent que Constantin sa vit farce par las soldats mâtinés à lui oter la via. Udnius avait occupé l'empire environ seize ans. U n'y eut plus de partage. Par sa mort et par celle de Martinien que IJelnius avait créé césar, et qui après sa défaite fut abandonné aux soldats de Constantin, celui-ci resta seul maître de tout l'empire, et recueillit l'héritage de pins de dix empereurs.
Ici se termine en quelque sorte la carrière militaire de Constantin ; le reste de son existence se passa à combattre l'idolâtrie: H fit renverser, avec prudence il est vrai, les statues des divinités sans nombre adorées dans tout l'empire, encouragea le changement de religion , honora de sa protection spéciale les païens qui embrassaient le christianisme; fit élever partout des églises au nouveau culte; envoya aux évèques les plus renommés des dons de toutes- natures pour être distribués aux pauvres ; il eut surtout à calmer les fureurs allumées par les schismes entre les différentes Églises. Ces schismes devinrent pour les peuples une nouvelle source de persécutions, de désordres et de meurtres, l'ardeur et l'opiniâtreté formant les principaux caractères des discussions de cette nature.
Arius, depuis quelques années, avait troublé, par son schisme, toute l'Église d'Afrique et d'Orient II est cité devant le concile de Nioée (en 325). Près de trois cent vingt évèques y arrivent de toutes tes parties de l'empire. Constantin donne à cette réunion la plus grande solennité en y assistant lui-même. Les évèques, naguère fugitifs ou martyrs, sont conviés à un festin magnifique dans le palais impérial. Après etaq semaines de controverse, la majeure partie des évèques firent une profession de foi qu'on appela la foi de Nicée, et dont le caractère principal consista a reconnaître la consubstantialité , en opposition avec la dc^ne professée par Arius. Les évèques retournèrent ensuite chez eux, comblés des dons de l'empereur et défrayés de toutes les dépenses de leur voyage.
L'année suivante Constantin célébra ses vicennales à Rome ; mais la Joie de ces fêtes Ait 'de courte durée. Maximien avait laissé auprès de son gendre sa fille Fausta, qui devait être le mauvais génie de l'empereur. Elle accusa Crispus, que Constantin avait eu de Minerva, sa première femme, de tentatives incestueuses, et le jeune héros, qui avait contribué si glorieusement à la défaite de Lldnius, fut sacrifié. On le conduisit à Pola, en Istrie, où H «ot la tète tranchée ; il avait h peine trente ans. Sidonfog dit qu'on le fit mourir par le poison. Sa mort Fut un deuil et une consternation pour tout l'empire; elle ne tarda pas à être vengée. Averti des désordres de Fausta, qu'Hélène poursuivait de ses reproches, Constantin, également aveugle dans sa colère contre sa femme et contre wn fils , la fit étouffer dans une étuve. Beaucoup d'amis, d'officiers ou de courtisans furent enveloppés dans cette terrible vengeance. Le
jeune Ueinjtaus,qui n'avait dm encore douze ans, et dont les bonnes qualités semblaient dignes d'un meiUcur sort, perdit alors la vie, sans qu'on en pût pénétrer le motif. Ces exécutions firent horreur et soulevèrent l'indignation. Borne, surtout, n'épargna à Constantin ni les nuMfction* ni les injures. On trouva affichés aux portes du palais deux vers satiriques où l'on rappelait la mémoire de Néron :
Saturai tares tecta qui* reqalmt ?
Cette ville païenne voyait en Constantin , non plus le vainqueur de Maxence, mais le protecteur des chrétiens, le grand-pontife trop peu zélé pour tes dieux du Capitole, peut-être déjà le continuateur des projets de Dioctétien sur l'Orient. Constantin, et quelques historiens veulent bien lui en mire honneur, ne crut pas devoir châtier les murmures par le massacre; mais il sortit de Rome, et n'y rentra jamais (326).
Loin d'être abattu par les chagrins ou aflaibti par l'âge, Constantin sembla s'animer d'une activité nouvelle : on le vit se porter de la frontière du Danube, à celle du Rhin, battre les barbares, Francs, Goths, Sarmates, et du milieu de tant de voyages et d'expéditions guerrières poursuivre la réforme d'une administration qui embrassait le monde, l'érection d'une capitale qui.allait changer la face de l'empire et le développement d'une révolution religieuse qui mettait en'jnouvement et l'Europe, et l'Afrique, et l'Asie. On dirait que, n'ayant fait jusqu'à ce moment que se préparer, il agissait maintenant dans toute la plénitude de sa puissance. L'examen réfléchi et impartial de la conduite de ce prince ne permet guère d'adopter à son égard to ugement d'Aurelius Victor : « 11 se montra dix ans excellent prince, douce autres brigand, les neufs derniers dissipateur. » Ce fut vers cette époque qu'Hélène, étant à Jérusalem, découvrit, en faisant (aire des fouilles près du aaint-sépulcre» la croix du Christ. Constantin partagea ce trésor du culte nouveau, en envoya une partie à Rome, et garda l'autre, qull fit dans la suite enfermer dans sa statue posée sur une colonne de porphyre à Constantinople.
Depuis quelques années Constantin songeait à établir ailleurs qu'à Rome le siège de son empire. A l'exemple de César, il avait eu l'idée de transporter à Troie, dont le souvenir fut toujours cher aux Romains, toutes les splendeurs de Rome. U avait même commencé à tracer l'enceinte de cette ville, quand une vision céleste , selon Sozomène, lui fit abandonner l'entreprise, et préférer la position de Bysance. Lorsqu'il traça, suivant les rites anciens, le sillon d'enceinte de sa ville, on s'étonnait de le voir l'étendre énormément : « Je m'arrêterai, dit-il , quand celui qui marche devant moi me l'ordonnera ». Le terrain, semblable à celui de Rome, se partageait en sept collines. Constantin y fit élever un capitole , construire des palais magnifiques, des aqueducs, des thermes, des por-
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tiques, on arsenal, deux grands édifices pour tes assemblées du sénat, deux antres bâtiments, qui serraient de trésor, nn hippodrome, des églises, des écoles célèbres et des bibliothèques: Deux grandes places faisaient une des principales beautés de la ville ; au milieu de Tune d'elles, appelée Augustéon , entourée de portiques à deux rangs de colonnes, se trouvait le militaire <Por. Un volume ne suffirait pas pour la description des monuments, des statues, dont Constantin embellit la capitale de son empire. Par une loi gravée sur une colonne de marbre dans la place nommée le Stratège,^ donna À sa ville le nom de Constantinople. Cette seconde Rome égala si elle n'éclipsa pas la splendeur delà première. Un grand nombre.de gens de mérite y suivirent la cour, et se firent récompenser leurs talents et leurs services. La dédicace de Constantinople fut célébrée le 11 mai 330. Les évéques et le clergé sanctifièrent par des prières le berceau de la nouvelle ville. Il est à remarquer que, d'après les anciennes médailles de Byzance, le croissant fut toujours un symbole attaché à cette ville, n y eut bien un sénat à Constantinople, mais ce sénat, qui n'eut aucune part v au gouvernement, ne jouit jamais de beaucoup de considération. La puissance de Constantin et celle de ses successeurs, étant sans contrepoids, fut absolue, et ne dépendit plus désormais que des révolutions populaires. Tout ce qui tenait au bien-être du peuple ne cessa d'être le ont de l'attention des empereurs. Pour suffire à la subsistance de la multitude d'habitants qui afflua à Constantinople, Constantin ordonna que la flotte d'Alexandrie chargée de porter du blé à Rome fût employée à l'avenir à nourrir sa capitale. C'était au préfet d'Egypte à y faire arriver avant la fin du mois d'août la qaantité de blé nécessaire; il en répondait sur ses propres biens. On donnait an peuple , indépendamment d'antres provisions, quatre-vingt mille mesures de blé par jour. Parmi les institutions qui durent assurer la reconnaissance du peuple à Constantin, il faut compter la création d'une compagnie dont les membres étaient au wng des clercs, et qui était chargée de présider gratuitement aux funérailles des pauvres. Cette institution épargnait aux malheureux une douleur de plus , et la sépulture de ceux qui mouraient dans l'indigence n'était plus pour leurs enfants un surcroit de dommage. Ces employés étaient appelés decani, lecticarii, copiâtes (I).
A cette époque se rapportent tous les actes de réorganisation de l'empire romain. Dioctétien avait déjà divisé l'empire en quatre départements ; Constantin établit aussi quatre préfectures du prétoire (Italie, Gaule, Dlyrie, Orient). Mais sa
(l) Dans sa hante sollicitude pour les classes pauvres, l'empereur Napoléon III a rétabli, sous le nom de ministres des dernières prières, cette Institution, qui satisfait ce que l'homme a dans l'âme de plus sacré et de plus religieux, le culte des morts.
grande innovation fut la séparation définitive, absolue, du pouvoir militaire et de l'autorité civile. Les provinces devinrent moins étendues et plus nombreuses. Entre les gouverneurs et les préfets du prétoire il y eut une autorité intermédiaire, celle des vicarii ou vicaires, dont le ressort comprenait plusieurs provinces dans un même diocèse et qui relevaient immédiatement des préfets. Constantin divisait les offices et multipliait les degrés de la hiérarchie pour balancer la prépondérance politique des magistratures souveraines. La direction générale des troupes, qui appartenait aux préfets du prétoire, fut confiée à deux commandants nouveaux, l'un pour l'infanterie, l'autre pour la cavalerie ; le nombre des légions fut augmenté, et le nombre des soldats dans chacune diminué en proportion Cde 6 000 à 1,000). De nouveaux emplois de tribuns furent créés; on rendait ainsi plus difficiles les révoltes des corps. Constantin plaça des garnisons dans les villes, et institua une gradation dans le service militaire : garde impériale (domestici), troupes palatines ou présentâtes dans l'intérieur, troupes des frontières; celles-ci étaient commandées par des ducs (duces), dignité supérieure à celle de tribun : ils possédaient en toute franchise, avec droit de les faire passer à leurs héritiers, les terres limitrophes des barbares (1). Quelques-uns de ces commandants de frontières furent honorés par Constantin du titre de comte (cornes), plus élevé alors que celui de duc. Les comtes étaient d'ancienne institution (2). Constantin, qui connaissait le faible des hommes, imagina une hiérarchie nobiliaire; il créa les titres à'illustris, de spectabilis, d'egregitis, de per/ectissimus, et au-dessus de tous celui de nobilissimus. Ce titre fut affecté aux fils de l'empereur qui n'avaient pas encore celui de césar. C'était une grande affaire de bien ranger tous ces noms dans sa tête, et une faute impardonnable de les confondre. H en résulta que le style se hérissa d'épHhètes enflées et se chargea d'une politesse exagérée.
Mais de tous les changements qui s'opérèrent sous ce règne, le plus important par ses résultats fut l'affranchissement d'abord, puis l'intronisation du christianisme. Constantin comprit que l'insurrection chrétienne, n'ayant pu être étouffée par la puissance des empereurs, devait à la fin conquérir l'empire. H y avait vie et avenir dans le christianisme, dépérissement dans l'idolâtrie. Seulement l'idolâtrie était encore trop enracinée chez les peuples pour qu'il ne fût pas dangereux de rompre brusquement avec le passé. Constantin, ainsi que nous l'avons dit, favorisait les chefs de la nouvelle Église; il entretenait des
(1) Ces terres s'appelaient Mndjfcw, et c'est, selon an grand nombre d'auteurs, le plus ancien modèle des flefs-
(1) Dès le temps d'Auguste, on Toit des sénateurs cb©|. sis par le prince pour raccompagner dans ses Tojages et pour lui servir de conseil. On les appelait comités Jugusti, ce qui ne désignait qu'un emploi. On en lit plus tard une dignité.
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correspondances arec tes saints et lesgrands docteurs, il écrivait à saint Antoine, caché dans les déserts de la Thébaide, le traitait, lui et les évêques, avec la plus grande déférence; mais il ne se démit pas du pontificat qui lui attribuait la juridiction suprême en matière de religion païenne (1). i C'est comme grand-pontife qu'il ferme des temples scandaleux, qu'il interdit les sacrifices nocturnes et l'introduction des aruspices dans les maisons particulières. On vanta son empressement à conserver la paix de l'Église et la pureté de la foi par ses discours et par ses écrits; cependant son orthodoxie faillit quelquefois : il protégea Arius pendant un temps et condamna Anastase. Appartenant ainsi tour à tour à la foi de Nicée et au schisme d 'Arius, tout en se trompant sur le dogme, il ne dévia jamais de sa politique :toote dissidence qui troublait l'ordre était réprimée. Jamais son pouvoir ne fut sacrifié à sa croyance, toujours sa croyance fut utile à son pouvoir. Dans les premiers temps de sa conversion, il affichait peu les pratiques extérieures du culte chrétien, mais H aimait à paraître inspiré. On sait que lors de la guerre contre Licinius, fl fit porter dans son camp un tabernacle où il s'enfermait avant la bataille; il en sortait tout à coup rayonnant de joie, affermissant ainsi la confiance des soldats chrétiens de son armée, et en imposant aux païens par une opinion de puissance surnaturelle. Il commençait sa soixantième-quatrième année, et comptait trente-etun ans de règne, lorsqu'on allant porter luimême, à la tète de ses troupes, une réponse à Sapor, roi des Perses, qui lui avait fait redemander les cinq provinces que Narsès vaincu avait été contraint d'abandonner aux Romains, à l'occident du Tigre, il tomba malade à Nfcomédie , et y mourut , entouré d'évèques et avec tous les signes d'une profonde résignation. Il avait été baptisé par Eusèbe, qui était Arien.
Son corps fut porté à Constantinople, dans un cercueil d'or, couvert de pourpre et déposé dans l'église des Apôtres. Ce fut un deuil général dans tout l'empire. Les païens, comme c'était l'usage, le placèrent au nombre de ces mêmes dieux qu'il avait abattus, et, par un mélange bizarre , plusieurs de ses médailles portent le titre de dieu avec le monogramme du Christ. L'Église lui rendit le plus grand honneur : elle a fait de lui un saint. Son culte ainsi que celui d'Hélène ont passé jusqu'en Moscovie; les nouveaux Grecs lui donnent ordinairement le titre d'égal aux Apôtres.
On a fait à Constantin le même reproche qu'à César, c'est-à-dire d'avoir élevé des barbares à de hantes dignités. On oublie que l'ancienne verra romaine n'existait plus, et que l'empire devait
(i) H est à remarquer qDe les chefs qui gouvernèrent cet empire de ConstanUoople eurent de tout temps, sous l'autorité des empereur» grecs comme sons l'autorité do sultans, le double pouvoir spirituel et temporel. C'est même à ce double titre que le ezar Nicolas «Tait osé revendiquer l'héritage de Constantin.
la continuation de sa gloire et de sa grandeur à ce même sang barbare rallié à sa cause. Mais la postérité a le droit de demander compte à Constantin des spectacles de captifs dévorés par les bêtes féroces, de la mort de son fils Crispus, condamné huroemment, et de celle du jeune Lkanius, actes dont il aurait dû, dans l'intérêt de sa propre gloire, chercher à se justifier au tribunal de l'histoire. Cependant, ce n'est pas sans motif que la postérité a décerné à Constantin le surnom de Grand.: elle a considéré en lui le guerrier toujours vainqueur par son génie, le monarque qui, après un demi-siècle d'anarchie et de guerres civiles, sut toujours se faire obéir du plus grand empire qu'on vit jamais sur la terre; enfin , la postérité voit en lui l'auteur de l'une des révolutions politiques et morales qui ont eu l'influence la plus étendue et la plus durable sur les destinées du genre humain. Il ruina l'idolâtrie avec les mêmes précautions et la même habileté qu'Auguste employa à détruire la liberté. Les discussions religieuses, auxquelles il donna trop d'attention, furent pour son nouvel empire , tout autant que les excès du pouvoir absolu , une cause de décadence et -de ruine. On a observé qu'aucun des frères de Constantin ne se souleva contre lui. Cet esprit de modération, presque unique dans l'histoire d'alors» est attribué avec raison à l'éducation que leur fit donner, l'empereur, leur frère aîné. H en chargea le clergé chrétien , et celui-ci sut leur inspirer vis-à-vis du pouvoir le respect et l'obéissance qu'on n'avait point encore remarqués parmi les princes élevés dans le paganisme.
Le plus grand reproche, reproche politique, que l'on puisse faire, selon nous , à Constantin, c'est de n'avoir pas suivi l'exemple de Constance, son père; c'est de n'avoir pu se résoudre à priver de la souveraineté aucun de ses trois fils. Et cependant jamais prince n'avait eu autant d'occasions d'éprouver combien la multitude des césars avait été onéreuse et fatale à l'empire romain.
Sous le règne de Constantin les monnaies des empereursd'Orient commencèrentà être frappées à Constantinople. Sous son quatrième consulat, an commencement de l'année 315, on trouve encore la légende Solis invicto comiti, qui le proclame le compagnon invincible du Soleil. Sur ces pièces, Constantin a la tête entourée de rayons, et est représenté comme le Soleil ou Apollon. Il est le premier que l'on voie sur le3 médailles la tête ceinte d'un diadème orné de pierreries; jusqu'à lui les empereurs portaient une couronne de laurier. Les titres les plus fastueux que les médailles donnent à Constantin sont ceux de libérateur de l'univers , restaurateur de la liberté , vainqueur de toutes les nations, toujours victorieux, gloire du siècle, etc. Sur quelques pièces, il est nommé exsuper ator, c'est-à-dire s'élevant au-dessus de tous; sur d'autres, conservateur de son Afrique, conservateur de sa Carthage (sum
Africx, Carthaginis stue). Plusieurs mers sont consacrés au génie, au courage, à la sagesse du prince. Quelques médailles portent la légende Dafne Constantiniana, que l'on explique par, un château fort, nommé Daphné, que Constantin ' fit construire en Mésie , sur les rives du Danube (voir Procop., de jEdific., 1. IV, c. 7. p. 83).
Les médailles de Constantin sont nombreuses , mais surtout en petit bronze. A Paris, le Cabinet impérial des médailles en possède 20 en or, 50 en argent, autant en moyen bronze, 5 en grand bronze, toutes arec quelques légères différences. C'est à dater du règne de Constantin que l'art numismatique commence à décliner sensiblement- A. de Curton.
Aromlen MareeUlo, XIV-XXI, - Zoalme, H, III.- Agathlas, IV. - Basèbe.rtto Comtantini IV. - Butrope. XV. — Llbanlas, Oral, I1I-X. — Zooaras, xift. — Tlllemont, Hist. des emp. - Lebeau, MM. du Bas -Empire ( annotée par Saint-Martin). — Gibbon, Décline and fait of the Aman Empire. - Vogt. Hist. Ut. Constant. Magni ; Hambourg, itbo.
'cokstantin (Constantinus), second fils de Constance Chlore, et l'atné des enfants que ce prince eut de sa seconde femme, mort probablement en 337. L'existence de ce Constantin, mentionnée seulement par Zooaras, a été quelquefois révoquée en doute. Cependant comme Constance, au témoignage de Julien, mit deux de ses oncles à mort, il faut admettre que Constantin le Grand avait trois frères, Hannibalien, mort avant lui, Constance et Constantin, qui lui survécurent. En effet, on voit clairement par un passage de Philostorgue que Constantin le Grand à l'époque de sa mort avait plus d'un frère vivant. H est extrêmement probable que Constantin fut compris dans le massacre des descendants de Constance Chlore, exécuté par la garnison de Constantinople, à l'instigation ou du consentement de Constance.
Zonaras, vol. I, p. su, édit. do Parla. - Julien, Bpitt. ad pop. Mhen. - PnUostorgue, II J *. - $m\tb, Diction, o/ treek and roman Hooraphp.
CONSTANTIN II (ClaudiUS FlaViUS JUlius),
surnommé le Jeune, empereur romain, second fils de Constantin le Grand , et le premier qu'il eut de sa seconde femme, Fausta, né à Arles en Gaule, le 7 août 316, tué près d'Aquilée, an mois d'avril 340. Dès 310 il rat créé césar avec son frère aîné, Crispus, et le jeune Licinius; il fut plusieurs fois revêtu du consulat. Nommé gouverneur de la Gaule, de la Bretagne et de l'Espagne , en 335, il garda ces provinces après la mort de son père, en 337, et y ajouta une partie de l'Afrique. Aîné des fils survivants de Constantin, il reçut quelques marques de respect de la part de ses frères ; mais il n'exerça sur eux aucune suprématie. Mécontent de sa part d'héritage, il réclama de son frère le reste de l'Afrique et l'administration en commun de l'Italie. Constant n'y consentit pas, et son refus devint le signal de la guerre civile. Constantin envahit l'Italie, et rencontra près d'Aquilée Constant, qui arrivait de Dacie. Les soldats de ce dernier
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prirent la fuite; mais c'était une rase de guerre. Tandis que Constantin les poursuivait imprudemment, il fut enveloppé et tué. Son corps, jeté d'abord dans l'Alsa, fut retrouvé au bout de quelques jours, et enseveli avec les honneurs dus à son rang. Un auteur inconnu prononça sur sa mort une monodie qui a été publiée par Havercamp dans son édition d1 Butrope. Marié deux * fois, Constantin ne laissa pas d'enfants. Ses deux femmes, dont les noms sont inconnus, moururent probablement avant lui.
Zostme, U. - Zonarat, XIII. - Bnséfee, V Ua Comst**tini, IV, 40-49.
Constantin m (Flavius Heraclius), surnommé le nouveau Constantin, empereur d'Orient, fils de l'empereur Heraclius et de sa première femme, Ëudoxie, né au mois de mai 6i2, mort le 22 juin 641.11 partagea le trône avec son demi-frère Heracleonas, conformément aux volontés d'Heraclius; mais au bout de cent-trois jours do règne il mourut, probablement empoisonné par sa belle-mère, Martine. Il eut pour successeur Heracleonas. Constantin s'était distingué dans la guerre contre les Perses, et il était aimé du peuple ; mais il ne marqua son règne que par un odieux sacrilège : son ministre Philagrhis lui conseilla de faire retirer du tombeau d'Heraclius une couronne d'or de grand prix, qu'on avait ensevelie avec ce prince. Le chambellan Callinicus n'exécuta qn'avec douleur une si triste commission : il trouva le cadavre d'Heraclius déjà décomposé ; la couronne était tellement adhérente à la tête, qu'il fallut enlever avec elle une partie des cheveux. Elle pesait soixante-dix livres.
Théophané, p. Ml, S7I, éd. d« Parla. - Cédrene, p. 4M. éd. de Parts, - Zonaras, vol. H, p. 71, st, éd. 4e Parts. - Qljcaa, éd. de Parti. ~ Lebeau; Histoire du Bas-Empire, t. XI.
Constantin !▼ ( Flavius ), surnommé Pogonat, ou le barbu, empereur d'Orient, fils aîné de Constant n, né en 648, mort en 685. Il monta sur le trône en 668, avec ses deux frères Tibère et Heraclius, après la mort de Constant H, qui venait d'être assassiné en Sicile. Les meurtriers de ce prince, probablement très-puissants, et d'accord avec l'armée grecque stationnée en Sicile, élurent pour empereur un Arménien nommé Mixizus, Mecentius eu Mezzetius (1). Pour réprimer cette révolte, Constantin fit des préparatifs considérables ; et se présenta devant Syracuse au commencement du printemps de 669. Tout plia devant lui. n fit mettre à mort Mizizus et les principaux rebelles, parmi lesquels on remarquait le patrice Justinien, homme longtemps vertueux, que la haine des vices de son mettre avait rendu
(i) « Je crois qu'il s'agit Ici d'un prtnoe arménien de la race des IGnountens nommé Mejej dans ta langue. Ce nom n'est conna que dans la taroUle dea Gnoontena. Je pense que ce prince était le fila on le peUt-flla dn général «u même nom qol aratt rendu' de grande aerrlcea a Heraclius dans son expédition de Perse, ot qui avale été chargera gouvernement de l'Arménie romaine. » (Salât- Martin, note sur Lebeau, Hist. AaUjrsa-Anp., I. LX1, 1.)
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criminel. Germain, fils de Justimen, rat mutilé, et devint dans la suite patriarche de Constantinople. Après avoir passé quelque temps à Syracuse, Constantin partit pour Bysance, emportant arec lui le corps de son père. A peine avaitil levé l'ancre, que la flotte arabe, probablement appelée en Sicile parles rebelles , parut devant Syracuse. La ville rat prise et en partie détruite. Les richesses, les statues que Constant n y avait entassées après les avoir enlevées de Rome, furent transportées à Alexandrie. Les troupes grecques d'Asie se révoltèrent peu après le retour de l'empereur, à la fin de 669 ou au commencement de l'année suivante. Les soldats se rendirent de toutes parts à Chrysopolis, et demandèrent que la puissance souveraine rot également partagée entre les trois frères ; la raison qu'ils en donnaient était singulière : « flous adorons, disaient-ils, les trois personnes de la sainte Trinité ; nous voulons être gouvernés sur la terre comme nous le sommes dans le ciel : il nous faut trois empereurs, v pour apaiser cette ridicule sédition, ii suffit de faire pendre quelques mutins. L'empereur ne punit point ses frères, quoiqu'ils fussent probablement les instigateurs de la révolte ; il leur laissa même le titre d'auguste, mais il ne leur donna aucune autorité. Vers le même temps une armée arabe, commandée par Okbah et Dinar, envahit ce qui restait aux Grecs en Afrique. Après avoir horriblement ravagé la Mauritanie, les Arabes pénétrèrent jusqu'à l'océan Atlantique. Les Grecs et les Berbères, poussés au désespoir, se réunirent sous le commandement d'un chef indigène , nommé Kussileh, et massacrèrent les mahométans presque jusqu'au dernier. Cette victoire ne tourna point au profit de l'empire, et Kussileh s'empara du pouvoir suprême. En 671, les Arabes équipèrent une flotte puissante, dans l'intention de faire le siège de Constantinople. JQs conquirent Smyrne et presque tontes les lies de l'archipel grec, et commencèrent le blocus de Constantinople au printemps de 672. Effrayés des préparatifs qui menaçaient leur capitale, les Grecs réunirent tous leurs moyens de défense : ils en cherchèrent aussi de nouveaux. C'est à cette occasion, dit-on, qu'un habitant d'Héliopolis , nommé Callinicus , vint apporter à Constantinople l'invention du feu grégeois (1), composition meurtrière, qui consumait de ses flammes inextinguibles hommes , vaisseaux, édifices. Cette arme nouvelle retarda de quelques siècles la chute de l'empiregrec. L'armée navale des Arabes occupait le vaste contour qui s'étend depuis la Porte-Dorée au couchant jusqu'au promontoire qui termine la Corne-d'Or, et qu'on appelle aujourd'hui la pointe du sérail ; et les troupes de débarquement, placées à la base du triangle qui regarde la Thrace, renouvelaient sans cesse leur attaque contre les murailles.
(0 M. F. Hoefer a fait connaître, dans ion Histoire de ta Chimie (t. J, p. m* «t sal?.; la véritable composition <ta tcu grégeote.
Jamais les Arabes n'avaient apporté plus d'acharnement dans le combat. Les terribles engins employés par les Grecs, ce feu qui traversait les airs avec l'éclat de la foudre, ne pouvaient les décourager. Chaque année, au retour du printemps, ils pressaient la ville de leurs lignes formidables, puis dès que les brouillards de la mer Noire leur annonçaient les frimats ils se retiraient dans le port de Cyzique. Le siège dura sept ans. Jerid, le fils aîné de Moawiah, y vint en personne. Découragés enfin par l'inutilité de tant d'efforts, les Arabes repassèrent les Dardanelles sur ceux de leurs vaisseaux que le feu grégeois n'avait pas détruits , tandis que leur armée de terre re prenait, sous la conduite de Sofian, la route de Syrie. Cette double retraite, à en croire les historiens grecs, fut également malheureuse. La flotte, battue par la tempête sur les cotes de la Pamphylie, fut brisée contre des écueils, et une armée envoyée par Constantin à la poursuite de Sofian tailla en pièces les troupes arabes. Moawiah se hâta de faire la paix, et consentit, si Ton en croit Théophane, à payer tribut à l'empire. Chaque année il devait envoyer à Constantinople trois mille livres d'or, accorder la liberté à cinquante captifs, et donner pour les écuries de l'empereur cinquante chevaux de la race la plus estimée. Bien que les conditions de ce traité ne soient pas avérées, il est sûr du moins que Constantin TV arrêta l'invasion arabe, et prolongea de plusieurs siècles la durée de l'empire grec. Moins heureux au nord qu'à l'orient, fi fut forcé de céder aux Bulgares les provinces situées au sud du Danube.
En 680 Constantin rassembla à Constantinople le sixième concile général ; les erreurs du monothélisme furent condamnées, et la paix fut rendue à l'Église. En 681 Heracllus et Tibère, frères de l'empereur, forent privés de la dignité d'auguste , que Constantin conféra à son fils Justinien. Nous ne savons rien des cinq dernières années du règne de Constantin. Son fils Justinien II lui succéda.
Outre les guerres qui signalèrent le règne de Constantin IV, l'administration de l'empire éprouva vers le même temps une modification importante. Jusqu'aux incursions des Sarrasins, l'Empire Romain avait été divisé en grands gouvernements, dont un seul contenait plusieurs provinces. On voit encore du temps de Justinien toute l'Asie Mineure gouvernée par un seul proconsul ; un seul préfet commandait les troupes dans cette vaste étendue. Mais les invasions des Arabes exigèrent la création de plusieurs corps de troupes toujours prêts à courir à la première alarme. Ces corps, nommés thèmes ((tépara), du mot grec 6ipa, position, étalent commandés par des chefs indépendants les uns des autres. On donna ensuite le nom de thèmes aux provinces dans lesquelles les troupes étaient cantonner s ; FEmpire Romain fut divisé en vingt-neuf thèmes t dont dix-sept étaient contenus dans
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la partie orientale depuis les cotes de l'Archipel jusqu'à l'Euphrate ; et douze dans la partie occidentale, depuis Cherson, dans le Bosphore cimmérien, jusqu'en Sicile. L'époque précise de ce changement n'est pas bien connue; il se fit dans l'intervalle qui s'écoula depuis les dernières années d'Heractius jusqu'à la fin du règne de Constantin Pogonat
Cédrèoe, p. 4S6, éd. de Parte. - Zonaraa, vol. Il, p. m, édit de Paris.— Gly cas, p. 978, éd. de Paris. — Théophane, p. S89. — Paul Diacre, de Gestis Longobard. — Smith, DictUmary of greek and roman biography, — Lébeao , Histoire du Bai-Empire, 1. LXI.
Constantin v, surnommé copeonyme (Koitptovu^o;), parce qu'au moment de son baptême il salit les fonts baptismaux, empereur d'Orient, en 741, filsde Léon l'Isaurienetde l'impératrice Marie, né à Gonstantinople, en 718, mort à Sélymbrie, le 14 septembre 775. Les commencements de son règne furent troublés par la révolte d'Artabaze ou Artavasdes. La chute de cet usurpateur, en 743, causa un vif chagrin au pape Zacharie, qui l'avait reconnu. Ce pontife ne trouva pas dans Constantin la même déférence ni la même orthodoxie. L'empereur, iconoclaste violent, fit condamner le culte des images dans un concile tenu à Constantinople en 754; il anathématisa Jean Damascène, fit mettre à mort Constantin, patriarche de Constantinople, et beaucoup de prélats éminents qui s'étaient déclarés pour le culte des images. Ces odieuses et ridicules persécutions hâtaient la dissolution de l'empire, attaqué d'un côté par les Arabes, de l'autre par les Lombards et les Francs. En 751, Eutychius, exarque de Ravenne, fut chassé par Astaulph, roi des Lombards, qui réunit la province de Ravenne aux autres possessions lombardes, et mit ainsi fin à l'exarchat, qui durait depuis cent quatre-vingt-cinq ans. La guerre éclata entre Astaulph et Pépin le Bref, roi des Francs ; ce dernier s'empara de l'exarchat, et en fit présent au pape Etienne U, le premier pontife qui ait eu un domaine temporel, puisque le duché de Rome dépendait encore de l'empire d'Orient Constantin envoya des ambassadeurs à Pépin, à Astaulph, au pape, pour demander la restitution de l'exarchat; mais ses {réclamations, plus ou moins fondées, restèrent sans effet, parce qu'elles ne s'appuyaient pas sur une force armée imposante. Les troupes grecques étaient alors engagées dans des guerres désastreuses avec les Arabes, qui ravageaient la Pamphylie, la Cilicie et l'Isaurie, avec les Esclavons, qui conquéraient les provinces grecques, avec les Bulgares, qui s'avancèrentplusieurs fois jusqu'aux portes de Constantinople. Ceux-ci furent, de tous les ennemis de l'empire, les seuls qui essuyèrent des revers. Complètement battus en 763, ils conservèrent leurs conquêtes au sud du Danube, mais cessèrent pendant quelque temps de menacer Constantinople. Après l'avènement de Charlemagne, Constantin, abandonnant l'espoir qu'il avait longtemps nourri de reprendre Ravenne, joignit les possessions grecques
de l'Italie méridionale à l'Ile de Sicile, et plaça toutes ces provinces sous l'autorité do patrice ou gouverneur général de la Sicile. La partie continentale du gouvernement, ou thème de Sicile, prit lenomde seconde SkileySiciUasecunda, d'où est venu le nom de Deux-Siciles, que porte encore aujourd'hui le royaume de Napies. En 774, l'empire fut encore une fois envahi par les Bulgares, sous les ordres de leur roi Téleric Constantin, qui, avec beaucoup de vices, ne manquait pas de talents militaires, marcha contre les barbares, à la tête de quatre-vingt mille hommes , tailla en pièces l'armée bulgare , qui assiégeait déjà Berzélie, enleva un grand nombre de prisonniers, et revint dans sa capitale chargé de dépouilles. Il rentra à Constantinople dans le pompeux appareil d'un triomphe, se vantant d'avoir exécuté un si glorieux exploit sans qu'il en eût coûté à l'empire une goutte de sang. Non content de cette vengeance, il mit en mer Tannée suivante une nombreuse flotte , sur laquelle il fit embarquer douze mille chevaux. Pour lui, il prit la route de terre avec le reste de sa cavalerie. A la hauteur de Mésembrie, la flotte essuya une furieuse tempête , et l'empereur revint à Constantinople sans avoir vu le pays ennemi. Pour effacer la honte de cette expédition manquée, Constantin se remit en campagne l'année suivante; mais à peine avait-il passé Arcadiopolis, éloignée de Constantinople d'environ vingt-cinq lieues, qu'il fut obligé de revenir sur ses pas. Des ulcères qu'il avait aux jambes s'enflammèrent, et lui causèrent une fièvre ardente. H se fit porter à Sélymbrie, où il 8'emharqua pour Constantinople. U expira à bord du vaisseau, au pied du château de Strongyle. On dit qu'en mourant il exprima quelques remords de ses crimes. Il fut enseveli dans l'église des Saints-Apôtres; mais, quatre-vingts ans après, Michel III, qui rétablit le culte des images, fit déterrer ses os, et les fit brûler dans une place de Constantinople destinée aux supplices des meurtriers.
Constantin V gouverna l'empire avec une certaine habileté, et le défendit quelquefois avec succès ; mais il fut cruel, débauché et fanatique. Ses vices, trop nombreux, firent complètement oublier ce qu'il pouvait avoir de bonnes qualités. Voici le portrait que Lebeau trace de ce prince d'après tes historiens byzantins : « Élevé dans l'impiété , à laquelle son caractère bouillant et emporté ajoutait l'audace et l'insolence, il défendit de donner le nom de saints à ceux que l'Église invoquait sous ce titre, de rendre aucun honneur à leurs reliques, d'implorer leur intercession, disant qu'ils n'avaient aucun pouvoir, et que la sainte Vierge elle-même , digne à la vérité de respect pendant qu'elle portait dans son sein le Sauveur du monde , ne différait en rien des autres femmes, depuis son enfantement. Pour insinuer ce blasphème, il se servait d'une image grossière et impie, montrant à tes
CONSTANTIN
courtisans une bourse remplie d'or : « Vous l'estimez beaucoup , » leur disait- il , et la 'vidant ensuite , « maintenant, ajoutait-il, tous n'en faîtes plus aucun cas. » 11 achevait de profaner les églises , et s'il y restait encore sur les murailles quelque pieuse représentation échappée aux recherches de Léon, il la faisait effacer, pour y peindre des chasses et des courses de chars. Passionné pour les chevaux, et aussi dépravé dans ses goûts que dans ses mœurs, il né trouvait point de parfum plus agréable que la fiente et l'urine de cheval ; il s'en faisait, dit-on, frotter tous les jours, et ses favoris n'auraient osé approcher de sa personne sans s'être parfumés de cette odeur; c'est ce qui lui fit donner le surnom de Caimllin ( KafaXXîvoç ). Abandonné aux plus infâmes débauches, il ne pouvait souffrir la pureté de la vie religieuse; il détruisait les monastères et persécutait les moines. Les prisons en étaient remplies ; l'habit noir, qui les distinguait alors, lui était en horreur. Fort contre Dieu seul, faible dans tout le reste, il se livrait aux plus noires superstitions. Nourri dès l'enfance- dans les sombres mystères delà magie, il invoquait les démons par des sacrifices nocturnes; il consultait les entrailles des victimes; an songe, un sinistre présage le faisaient pâlir d'effroi; il n'était ni chrétien, ni juif, ni païen; sa religion était un monstre composé de toutes les autres sans en représenter aucune. »
Constantin V se maria trois fois, d'abord avec Irène, fille du kliagan ou khan des Khazars, puis avec une dame appelée Marie, et enfin avec Eudoxie Mehssène. Il eut pour successeur son fils amé, Léon IV, né d'Irène. Constantin V fit restaurer le magnifique aqueduc de Constantinople, bâti par Valens et détruit par les barjttres sous le règne d'HeracHus.
Théophue, p. SM, éd. de Paris. — Cédrène, p. «9, édit. de Paris, — Gljcas, p. ISS. éd. de Paris. — Zooins, voL H, p. 1M, éd. de Paris. - Lebeaa, Histoire du Bas-Bmpire.
constant» ti (Flavius) , empereur d'Orient, fils de Léon IV et d'Irène, né en 771, mort vers 797. H n'avait pas encore dix ans, lorsqu'il succéda à son père, en 780 ; l'empire fut gouverné par sa mère, Irène , femme de génie, mais ambitieuse et cruelle. Le règne de Constantin VI n'est qu'une suite de guerres, de crimes, <fe dissensions intestines, de querelles religieuses. Elpidus , gouverneur de la Sicile , se révolta en 780 , soit pour s'emparer lui-même du h^ne, soit pour y placer un des quatre oncles paternels du jeune empereur. L'eunuque Théodore, général habile , battit le rebelle dans plusieurs rencontres, en 782, et Elpide s'enfuit avec ses trésors chez les Arabes en Afrique, où il fut k*tté jusqu'à sa mort avec les égards dus à un empereur. La puissance des Arabes devenait chaque jour plus redoutable. Irène essaya de les contenir, et dirigea contre eux une armée de 90,000 hommes, commandée par le patrice Lachanodracon , gouverneur des provinces qui for-
maient le thème des Thracésiens , c'est-à-dire de la petite Phrygic , de la Lydie et de llonie. Si l'on en croit Théophane, les Grecs furent vainqueurs, et obligèrent leurs ennemis à repasser en désordre les défilés qui séparaient la Citide de la Syrie. Haroun-et-Keschid, fils du khalife El-Mahdi, accourut de l'Aderbaidjan pour venger cette défaite. H rassembla 95,000 soldats, que les chroniqueurs byzantins appellent maurophores ( vêtus de noir), à cause de la couleur noire adoptée par les Abassides, et résolut de traverser l'Asie Mineure pour aller porter la guerre sous les murailles de Constantinople. Après avoir dispersé quelques corps de troupes grecques , il arriva sur les rives du Bosphore, et des fenêtres de son palais de Blaquerne. Irène put voir les feux du camp d'Haroun. Pendant ce temps , un fort détachement de l'armée arabe entra en Lydie, où Lachanodracon disposait encore d'une force de 30,000 hommes. La victoire, longtemps disputée dans les plaines de Darène, resta aux musulmans. Irène dut subir les dures conditions du vainqueur. Il fallut que celte orgueilleuse princesse, après avoir perdu i>4,000 soldats , soumit l'empire à un tribut annuel de 70,000 dinars, fournit à l'armée ennemie des guides , des provisions pour le retour, et la vit traîner à sa suite 6,000 prisonniers, 20,000 bêtes de somme, 100,000 têtes de bétail.
La guerre éclata de nouveau entre les Grecs et les Arabes au bout de quelques années, et continua avec des alternatives de succès et de revers jusqu'à la fin du règne de Constantin VI. Ce prince perdit en 790 la moitié de sa flotte dans le golfe d'Attalia , mais il battit les Arabes sur terre. H fut aussi victorieux dans une guerre contre les Esclavons, qui venaient de conquérir toute la Grèce, et qui furent repoussés par Staurachis, en 784. Dès l'enfance Constantin avait été fiancé à Kotrude, fille de Charlemagne ; mais les disputes qui s'élevèrent entre les Grecs et les Franks, au sujet des provinces grecques en Italie, empêchèrent cette alliance. Constantin se maria avec une jeune dame arménienne nommée Marie, qu'il répudia trois ans plus tard, pour épouser Théodote. En 787, la secte des iconoclastes fut condamnée dans le septième concile généra] , tenu à Nicée, et le culte des images fut restauré dans l'empire. Quand Constantin fut en état de s'occuper de l'administration de l'empire, le pouvoir d'Irène diminua sans qu'elle cessât d'être la véritable souveraine. Le jeune empereur, sorti de tutelle, voulut s'affranchir de ce joug, et résolut de faire arrêter sa mère; mais ce dessein fut découvert. Les amis de Constantin furent sévèrement punis, et lui-même reçut des mains de sa mère le châtiment des enfants. Exaspéré de cet outrage, le jeune empereur eut recours aux gardes arméniens , et les trouvant bien disposés pour lui, il se saisit d'Irène, et la confina dans un palais, où elle fut traitée avec égards, mais privée de ses domestiques et des moyens d'intriguer.
CONSTANTIN
Irène, accoutumée à commander, se consumait dans la retraite. Elle parvint à se réconcilier avec son fils, qui lui rendit le titre d'impératrice, le 15 janvier 792, quinze mois après l'en avoir dépouillée. La garde arménienne se montra indignée de cette récondUatk». Sans se préoccuper de ce mécontentement, le jeune empereur entreprit une expédition contre les Bulgares. Emporté par l'ardeur de la jeunesse , enivré des prédictions d'un astrologue qui lui promettait la victoire, il alla, sans précaution et en désordre, attaquer les barbares. Son imprudente crédulité lui conta cher. Outre la perte d'an grand nombre d'autres soldats, il laissa sut la place presque toutes les troupes de sa maison. On compta parmi les morts Lachnnodracon, le meilleur général de l'empire, et l'astrotogne Pancratius, on Pakrad, qui avait précipité son maître dans ce malheur. Cette sanglante défaite, qui ne pouvait être attribuée qu'à l'imprudence de l'empereur, provoqua une conspiration militaire. Les quatre ondes de Constantin s'entendirent pour lui enlever la couronne. Le complot, découvert par Irène et l'eunuque Staurace, fut sévèrement puni. Ricéphore, un des oncles de l'empereur, eut les yeux crevés , et les trais autres eurent In langue coupée. Tous, après avoir été forcés de se mire moines, furent bannis, et moururent dans l'obscurité. Constantin lit aussi aveugler Alexis, chef de la garde anuenienne. Les auteurs grecs remarquent, comme un effet sensible de la justice divine, que dnq ans après, dans le même mois d'août et le même jour de samedi, Irène fit subir à son fils le même châtiment qui! avait fait souffrir à ses oncles.
Cependant, la réconciliation du fils et de la mère n'était pas sincère de la part de celle-ci. Au mois de septembre suivant , Constantin , accompagné de sa mère, fit le voyage dePruse en BHhynie pour y prendre les bains. H y était depuis un mois lorsqu'il apprit que Théodote, sa nouvelle femme, était accouchée d'un fils. H partit snHe-charop pour Constantinople , laissant sa mère a Prose avec toute sa maison. Irène profita de cette absence pour travailler sourdement à gagner les officiers de lanceur et ceux des troupes. Le complot formé, elle revint à Constantinople attendre une occasion favorable. Constantin, uniquement occupé des charmes de Théodote, marcha pendant' huit mois au milieu des pièges que lui tendait sa mère sans en apercevoir aucun. Au mois de mars 797, H sortit de Constantinople avec 20,000 hommes de troupes choisies pour aller combattre les Arabes; mais il ne put ou n'osa pas en venir aux mains avec eux, et reprit le chemin de Constantinople. Le 17 juin, après le spectacle du cirque, l'empereur revenait au palais de Saint-Maman, lorsqu'une troupe de conjurés fondit sur lui pour se saisir de sa personne. H s'échappa de leurs mains , se jeta dans une barque, et se dirigea vers la Phrygie. Mais R s'arrêta a Triton, sur la
Propontide, pour attendre Théodote. Elle bu amena plusieurs seigneurs et officiers, qu'elle croyait fidèles, et qui étaient complices d'Irène. CeUe-ei, effrayée d'apprendre que son fils rassemblait des troupes , songeait déjà à demander grâce. Avant d'en venir à cette extrémité , elle menaça les traîtres qui environnaient Constantin de les dénoncer, s'Ùs ne trouvaient moyen an pus tôt de lui livrer l'empereur. Les conspirateurs se saisirent de Constantin le soir, pendant qu'il faisait sa prière, et le transportèrent à Constantinople, où ils arrivèrent, le samedi 19 août, de grand matin. Constantin eut les yeux crevée par l'ordre de sa mère. Zonaras et Cédrène prétendent qu'il ne mourut pas de ce cruel supplice et survécut même à Irène. Cette opinion est peu vraisemblable, bien qu'elle ait été adoptée par Lebeau. Léon, fils unique de Constantin, mourut quelque temps avant le désastre de son père; Euphrosyne et Irène , filles de l'empereur, moururent sans postérité. Constantin VI fut le dernier prince de la dynastie isaurienne.
TbéophiM, p. ISt, édll de Paris. - Cédrène, p. 4M. édIC de Paris. — Zonaras, fol. II, p. M, édtt. de Paris. — Joël, p. 178, édlt de Parts. - Ûlycas, p. Mi, édtt. de Parla. — Smith, Mctionarp of greêk and rottum Hognpisf . — Lebeae, Hiitoir* au Bo*-Bwptr*, L LXVL
oonnTAjrnji vu , dit Porphyroçénète, efnpereur de Constantinople, né en 905, mort le 15 novembre 959. Il succéda, le 11 mai 911 , à son père Léon le Sage ou le Philosophe. Il eut pour tuteurs d'abord son oncle Alexandre, ensuite sa mère Zoé, et enfin Romain Lécapène, général habile, mais d'une extraction obscure. Lécapène s'étant fiait proclamer empereur, le 17 décembre 919, prit sur lui tous les soins comme toute l'autorité du gouvernement, éleva à la dignité impériale ses trois fils Christophe, Etienne et Constantin, fit épouser sa Wft Hélène à Constantin Porpfayrogénète, et laissa son jeune collègue , d'un caractère doux et timide , passer obscurément ses jours dans des études pour lesquelles fl avait toujours montré sinon une aptitude remarquable, du goût très-prononcé. Dessinateur habile, qu'on pouvait l'être de son temps, composait des ouvrages historiques et des chants d'église; il était connaisseur en areiitteeture, en sculpture, dans la fonte et la fabrique des métaux. Quelques historiens vont jusqu'à aflhrmer que, pendant sa longue minorité, Constantin Porphyrogénète, pour subvenir à ses besoins, était quelquefois réduit à vendre des peintures qu'il avait enéeutées lui-même; et suivant la remarque de Gibbon , « si réellement U aecnit son mince revenu par la vente de ses tableaux, sans que le nom de l'artiste en ait augmenté la valeur, il eut des talents dont peu de prince* pourraient , comme lui, ee faire une ressource dans l'adversité ». Main, Romain Lécapène fut détrôné par ses propres fils, le 10 décembre 944 , et le mois suivant, ceux-ci après avoir relégué leur père dans Plie de Proie, furent à leur.tour
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arrêtés et enfermés dans on monastère par le parti qui défendait les droits dn souverain légitime. Maître alors de l'empire, à l'âge de quarante ans, mais sans expérience et sans vigueur, Constantin continua à s'occuper de ses études. Tandis que, par sa protection et son exemple, il s'efforçait à faire refleurir les sciences, 11m» pératrice Hélène et quelques favoris eurent tout le pouvoir. Il mourut regretté de ses sujets, malgré sa faiblesse, et empoisonné , à ce qu'on prétend, par son fils Romain le Jeune, qui lui succéda.
Parmi les nombreux ouvrages qu'A a laissés, nous ne ctterons que les suivants : deux livret des Thèmes ou provinces de l'Empire d'Orient tel qull était au dixième siècle de notre ère. « On aurait pu se flatter, dit Gibbon, que cette espèce de géographie raisonnée, composée parle souverain lui-même , nous offrirait les détails authentiques que le gouvernement seul peut obtenir, tels que la population de la capitale et des provinces, la quotité des impôts et des revenus, le nombre des sujets et des étrangers qui servaient sous le drapeau impérial ; mais on n'y trouve que trop souvent une érudition, fausse ou hors de propos, quelques traditions fabuleuses sur l'origine des villes, et de mangues épigranv mes, empruntées à la poésie antique, sur les vices de leurs habitants. » Le premier Hvre des Thèmes a été publié, avec la version latine de Vulcanius, à Leyde, 1588, in-8°; le second, avec la version de Fréd. Mord , à Paris, 1609, in-8°; l'ouvrage complet a été reproduit par Meursius dans un recueil intitulé : Constantini Porphyrogenneti Opéra, Leyde, 1817, tn-8°; et par Banduri dans son Impertam orientale, Paris, 1711 , in-fol., avec un commentaire et une carte de Guillaume de llsle ; il existe une réimpression de cet ouvrage, Venise, 1729, in-fol. ; — un Traité Sur V administration de V Empire, divisé en 53 chapitres et dédié par l'empereur à son fils Romain le Jeune. C'est le plos important de tous les écrits de Constantin Porphyrogenète. Loin d'imiter le style emphatique qui était alors en usage , l'auteur, avec une simplicité nue et sans prétention, donne des détails curieux sur l'origine , les intérêts politiques et les forces des peuples qui bordaient l'Empire du coté de l'Adriatique, du Danube, du PonVEuxin et de llSuphrate. On y aperçoit sans doute des traces de la crédulité et de l'ignorance du dixième siècle; mais si on n'a égard qu'aux laits importants qui y sont rapportes, et qu'on chercherait vainement ailleurs, ce traité pourrait, sous divers rapports, être comparé aux ouvrages d'Hérodote , de Strabon, de Pansanias et d'Ammien Marcellin. Il a été successivement publié par Meursius, Leyde, 1810 et 1617, m-8°; par Banduri , dans YImperium orientale, 171 1, et à Venise, 1729, in-fol. ; mais il attend encore un éditeur versé dans les antiquités des peuples slavens et dans rhistoire de
l'Arménie; — une We de l'empereur Basile le Macédonien , aïeul de Constantin , donnée d'abord par Léon Aliatius et ensuite pa^Coinbefis , Paria, 1885, in-fol., dans le corps des Historiens byzantins, parmi les écrivains qui font suite à la chronique de Théophane; — Deux traités Sur la tactique, imprimés dans le sixième volume des œuvres de Meursius. — Constantin est encore auteur, du moins en très-grande partie, d'un ouvrage Sur le cérémonial de la cour impériale de Constantinople, dont on doit In pobbcatk»àJ.-J.R«s4e;Leipsig,1751etl754, en) vol. in-fol. C'est par ses ordres qu'ont été rédigés deux recueils connus sous le titre de Géo* paniques etd'Hipptatriques : l'un, publié pour la dernière fois par J.-N. Nid», Leipzig, 1781 , m-8°, se compose d'extraits d'auteurs anciens qui avaient écrit sur l'agriculture; l'autre est une compilation oè les préceptes de dix-sept .médecins vétérinaires, parmi lesquels se trouve Magna de Carthage, sont classés par ordre de matières en 139 chapitres. Il n'existe qu'une seule édition, asses fautive, du texte grec des Hippiatriques, Baie, 81m. Grynssus, 1537, in-4°. Constantin fit mire aussi une Collection de Vies des saints, par Siméon le Métaphràste; un Abrégé de la théorie médicale, par Théophane Ifoanus, dont J.-Ét Bernard a donné une bonne édition, Gotha, 1794,2 vol. m-8° ; et une nouvelle révision des Basiliques. Mais le plus important ouvrage rédigé par ses ordres fut une espèce d'encyclopédie, où un certain Théodose le Petit, aidé de plusieurs collaborateurs, avait rassemblé, sous 53 titres, tout ce qui lui avait paru le plus mémorable dans les compositions historiques des anciens. De ces titres ou sections, deux seulement lurent publiées, la vingtseptième et |la cinquantième ; elles sont intitulées : des Ambassades et des Vertus et des vices. Henri de Valois a fait connaître cette dernière, Paris, 1834, in-4°; la première, imprimée plusieurs fois, est fort importante, parce qu'elle renferme des fragments considérables de plusieurs historiens grecs que nous n'avons plus, tels qu'Herennéus, Dexippe, Priscus, Malchus de Philadelphie, Pierre le patricien, Ménandre le Protecteur; il en existe une excellente édition , donnée par MM. Bekker et Niebuhr, Bonn, 1829, in-8° , parmi la série des historiens byzantins publiée dans cette ville. Depuis , M. Angelo Mai, à qui on doit tant de découvertes intéressantes et inattendues, a trouvé dans un manuscrit palimpseste de la bibtiothèque du Vatican une troisième section intitulée : des Sentences, 11 l'a fait paraître, avec une version latine et un savant commentaire, dans le tome H de son recueil : Scriptorum veterum nova eolleùtio ; Rome, 1827, in-4°. On y trouve des fragments fort étendus d'écrivains perdus en entier ou en partie, au nombre desquels sont Polybe, Diodore de Sicile., Anpien, Dion Cassius, Iamblique, Dexippe, Eunape et Ménandre. Enfin, une
CONSTANTIN
quatrième section, des Embûches, fut décou» Yerte vers 1843, par M. E. Miller, dans un manuscrit delà bibliothèque de rEscnrial. Comme la précédente, cette section renferme également des fragments de Polybe, de Diodore de Sicile, de Denys d'Haltearnasse ; mais eUecontient aussi de longs extraits de deux ouvrages perdus de Nicolas Damascène, confident d'Hérode le Grand, roi de Judée. L'un de ces ouvrages était une vie de l'empereur Auguste ; l'autre une Histoire universelle, où Damascène avait mis à profit et quelquefois transcrit textuellement des auteurs plus anciens, tels que Ctésias, Hellanicus, Xauthus de Sardes, Ephore et Dinon. Tous les extraits provenant du manucritde l'Escurial ont été publiés, avec une version latine et des notes savantes, par M. Charles Mûller, dans les Fragmenta historicorum grxcorum, volumes n et m; Paris, 1848 et 1849, grand in-8°. Ces volumes font partie de la Bibliothèque des auteurs grecs imprimée par M. Ambroise-Firmin Didot; mais les extraits de la biographie d'Auguste ont été aussi publiés séparément par un philologue distingué, sous le titre : Nicolas de Damas; Vie de César, fragment récemment découvert. Nouvelle édition par N. Piccolos, D. M., suivie (Pobservations sur tous les fragments du même auteur; Paris, 1 850„in-8°.Dan8 cette édition, le texte grec est accompagné d'une traduction française, aussi fidèle qu'élégante, dont on est redevable à M. Alfred Didot, fils de M. Ambroise-Fïrmin. [Hase, dans VEnc. des g. du m., avec des addit. de l'auteur. J
FabT\*\u3,Bibliothecaçratca,l. VIII, p,l, édlt deHarles. — Hanke, de Byscmtinarum rerum scriptoritms, 1877, p. Ml. - Lelchlus. de rita et rébus gestis Coiut. Porphyr.y Leipzig, 17*4, in-**. - Hoflm«my, Lexieon WbUographicwn, U 1, p. Il*8t>.
Constantin vin, empereur d'Orient, fils de Bomain Lécapène, mort en 946. Associé à l'empire par son père, il refusa de prendre part à la conspiration qui renversa ce prince en 944 ; mais après le succès du complot, il se hâta d'en profiter, et partagea le trône avec son frère Etienne et Constantin Porphyrogénète. Les trois princes ne vécurent pas longtemps en bonne intelligence, et Constantin Porphyrogénète se débarrassa de ses deux collègues. Pendant qu'Etienne, conduit d'abord dans 111e de. Proconèse, puis à Rhodes, et enfin à Mitylène, survivait dix-neuf ans à sa déposition , Constantin rat d'abord relégué à Ténédos, ensuite à Samothrace. Plus impétueux qu'Etienne, il tenta plusieurs fois de s'enfuir, et crut enfin s'échapper en tuant l'écuyer Nicétas, chargé de le garder. Mais les autres gardes vengèrent la mort de leur capitaine en le massacrant lui-même. Constantin laissa un fils nommé Romain, qui vivait encore sous le règne de Zimiscès.
Lebeao, Histoire du Bas-Empire, L XIII et XIV.
Constantin ix , empereur d'Orient, né en 961, morten 1028. Fils de l'empereur Romain U, il commença à régner en 976, avec son frère aîné,
Basile II; mais, livré à la paresse et aux plaisirs, il ne prit aucune part à l'administration de l'empire. A la mort de Basile, en 1023, Constantin IX resta seul empereur. Mais heureusement pour ses sujets, il ne garda pas longtemps une couronne qu'il était indigne de porter, et mourut après trois ans d'un règne troublé par les incursions des Arabes et par une déplorable administration. Constantin IX fut le dernier prince de la dynastie macédonienne. H eut pour successeur son gendre Romain Argyre.
Lebeao, Histoire dm Bms-Empire.V.LXXVll.
Constantin x, surnommé Monomaque, empereur d'Orient, né d'une simple Camille patricienne, vers 1000, mort en 1054. Son surnom lui fut donné à cause de son courage militaire. Veuf d'une première femme, il épousa une nièce de l'empereur Romain Argyre , et ce mariage lui procura un libre accès auprès de l'impératrice Zoé. H se fit aimer de cette princesse voluptueuse. Relégué à Mitylène, sous le règne de Michel le PapbJagonien, il vivait depuis sept ans dans cet exil, lorsque Zoé, qui gouvernait alors l'empire avec sa sœur Theodora, le rappela pour lui donner le gouvernement de la Grèce. Cette princesse, âgée de soixante-deux ans, offrit sa main à Constantin Monomaque, en 1042, et permit à celui-ci de garder sa maltresse, jeune et belle veuve d'une haute naissance et du nom de Sclérène. Les deux dames, réunies dans le même palais, vécurent dans la meilleure intelligence, et Constantin X, en montant sur le trône, conféra à Sclérène la dignité iïaugusta. Bientôt après, George Maniacès, qui pour prix de ses victoires contre les Arabes avait été chargé de défendre contre les Normands et les Lombards ce que l'empire possédait encore en Italie, se révolta, et, après avoir guerroyé quelque temps en Italie, passa la mer Adriatique, et marcha sur Constantinople à travers la Bulgarie. Un assassin délivra l'empereur de ce redoutable adversaire. Maniacès fut tué au milieu de son camp, par une main inconnue. Un danger plus grand encore menaça l'empire en 1043. Les Russes entrèrent avec une puissante flotte dans le Bosphore; mais ils furent vaincus dans une sanglante bataille, et perdirent beaucoup de leurs vaisseaux. Une partie 'de leur armée, obligée de prendre par terre le chemin de la Russie , fut arrêtée près de Varna par Catacaton, gouverneur de cette province. Celui-ci fit un grand carnage des Russes, et en envoya huit cents prisonniers à Constantinople. Ce guerrier, aussi vigilant que brave ethardi,lesavait déjà fort maltraités à leur premier passage, lorsqu'en voguant vers Constantinople ils avaient fait une descente sur cette cote. En 1047, Constantin, occupé à une expédition contre les Arabes , apprit que Tornidus, un de ses parents, avait pris la pourpre impériale et assiégeait Constantinople. L'empereur, accourant à la défense de sa capitale, écrasa les forces des rebelles dans une bataille décisive. Torni-
CONSTANTIN
dus, pris par les vainqueurs, fut aveuglé et confiné dans un monastère. Constantin ne fut pas moins heureux contre Cacique, roi d'Arménie etdlbérie. Ce vassal, qui essayait de se rendre indépendant, ne put résister aux armes impériales , et fut réduit à implorer la clémence de Constantin. H fut privé de son royaume, mais il obtint la vie et la liberté, et alla passer le reste de ses jours en Cappadoce, dans les somptueux domaines qui lui avaient été assignés par la munificence impériale. Liberté et l'Arménie devinrent des provinces de l'empire grec.
Pendant que Constantin étendait à l'orient les limites de son empire , la Thrace et la Macédoine étaient ravagées par les Petcbenègues ou Patzinaces. Ces barbares, qui occupaient les vastes plaines comprises entre les embouchures du Borysthène et celles du Danube, surpassaient de beaucoup les Grecs par les qualités militaires; ils auraient alors probablement conquis les provinces qu'ils n'avaient fait que ravager josque là, s'ils n'avaient trouvé dans les Warengiens ou Normands, gardes du corps de l'empereur, de redoutables adversaires, qui rejetèrent les Petcbenègues au delà du Danube et h» forcèrent de demander la paix, en 1053. A la même époque les Normands faisaient de grands progrès en Italie; et ils finirent par conquérir toutes les provinces que les empereurs grecs possédaient encore en Italie. L'année suivante , en 1054 , commença le grand schisme qui amena une rupture complète entre les Églises grecque et romaine, et mit fin à l'autorité des papes en Orient. Constantin mourut cette année même, avant que cette déplorable révolution religieuse fût entièrement accomplie.
« Ce prince, dit Lebeau , contribua beaucoup à précipiter la décadence de l'empire, quoiqu'il en eut étendu les bornes du coté de l'Arménie, partie par les armes , partie par des négociations avec les seigneurs du pays. Mais l'indigence à laquelle le réduisirent ses largesses inconsidérées l'obligea de licencier l'armée dlbérie, composée de cinquante mille hommes. Il s'imagina gagner beaucoup en s'épargnant l'entretien de ces troupes, et en attirant à son trésor les revenus de ce pays. Mais cet argent se dissipa comme le reste en vaines dépenses, et la frontière resta ouverte aux incursions des Turcs. Quelques auteurs lui font un mérite d'une sorte de bassesse dans un souverain. Il était, disentils, humble et modeste jusqu'à s'abaisser dans ses lettresan-dessousdu Soudan d'Egypte , qui en devenait plus fier et en prenait avantage pour s'emparer des lies qui se trouvaient à sa bienséance. H fit bâtir des hôpitaux, des monastères. H augmenta les revenus de Sainte-Sophie: on n'y célébrait auparavant le saint sacrifice que les samedis et les dimanches ; il y assigna des rétributions pour le (aire célébrer tous les jours. 0 enrichit cette église de vases précieux et de magnifiques ornements : actions louables en ellee -mêmes, hom-
HOUV. BIOGR. CÉWÉR. — T. XI.
mages très-agréables sans doute aux yeux du Créateur, quand ils n'entraînent pas l'oppression de ses créatures, et que pour suppléer à ces pieuses libéralités un prince n'est pas forcé de se soutenir par des exactions injustes. » — Après la mort de Constantin , le trône fut occupé pat l'impératrice Theodora.
Cédrène , p. TM , éd. de Paris. — Paellas, dans Zonaras, voL II, p. 147, édlt de Paris. — Glycas, p. Si», éd. de Parts. - Joël . p. ISS, éd. de Paris. - Smith. DUtUmant of grmk and roman biooraphg. — Lebeau, Histoire du Bot-Empire, I. LXXVIII.
consTAN tin xi, surnommé Dmcoi, empereur d'Orient, né d'un famille patricienne, vers 1007, mortjen 10ë7. L'empereur Isaac l*r Comnène,qui abdiqua en 1059, regardant Constantin Ducas comme le plus honnête homme de l'empire, le désigna pour so n successeur, au préjudice de ses propres enfants. Mais l'événement prouva qu'on pouvait être un sujet fidèle et un honnête homme sans être pour cela un bon empereur. Quelques années avant d'arriver lui-même à l'empire, Constantin avait favorisé de toutes ses forces l'avénement de Michel VI « Stratiotique; puis il avait quitté ce parti pour suivre celui dlsaac Cornnene. Constantin XI fut couronné empereur le jour de Noël 1059, sans aucune opposition. Jean Comnène, qui seul aurait pu lui disputer l'empire, s'était empressé de quitter Constantinople. Le nouvel empereur manquait d'énergie; il n'avait que les qualités d'un simple particulier. JLe peuple s'attendait à des mesures vigoureuses contre les barbares, qui attaquaient l'empire de tous les cotés; mais au lieu de proclamations belliqueuses, Constantin adressa au peuple un long discours sur l'équité qui doit régler toutes les actions d'un prince, car il était grand discoureur, et il aurait, disait-il, préféré la couronne de l'éloquence à la couronne impériale. On ne peut dire qu'il eût beaucoup gagné ou perdu au change', car ces deux couronnes étaient aussi avilies l'une que l'autre. Constantin, ayant considérablement réduit son armée, pour des motifs d'économie, vit l'empire soudainement envahi en 1064 par les Uzes, horde tartare établie d'abord dans le Captcbac. Ces barbares, si l'on s'en rapporte aux historiens byzantins, étaient au nombre de six à sept cent mille. Zonaras les réduit à soixante mille, ce qui n'est pas plus vraisemblable, puisque c'était une émigration de la nation entière, hommes, femmes, enfants. Après avoir traversé le Danube sur des outres ou dans des canots qu'ils creusèrent eux-mêmes , ils tombèrent sur les troupes grecques et bulgares, qui voulaient leur disputer le passage , les taillèrent en pièces, firent prisonniers Basile Apocope et Nicéphore Botoniate, qui commandaient en qualité de gouverneurs du pays, et inondèrent les provinces situées au sud du Danube. Un détachement de leur armée traversa la Macédoine, et pénétra jqsqu'à Thessalonique. Heureusement pour l'empire, la peste se mit parmi les envahisseurs, et la contagion, se joignant à un hiver très-rigoureux, força
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les barbares à repasser le Danube. Pendant qu'ils ravageaient les provinces grecques, l'empereur; poussé à bout par les clameurs de ses sujets, mais voulant rester fidèle à son système de ne jamais mettre une armée en campagne, marcha seul à la rencontre des Uzes avec cent cinquante cavaliers. Il est difficile d'imaginer ce qu'il se promettait d'une pareille entreprise. Il ordonna d'abord un jeûne de plusieurs jours , fit faire des prières publiques , assista loi- même aux processions avec toutes les marques de la plus sincère pénitence. Il partit ensuite avec sa petite troupe, et s'avança jusqu'à Chérebacques, où il appnt la retraite des ennemis. Vers le même temps les TurcsSeljoukfdes attaquaient avec plus de succès les provinces grecques de l'Asie; les Normands continuaient presque sans obstacle la conquête de la Pouille et de la Galabre. Constantin donna le titre d'auguste à ses trois fils, encore enfants, Michel , Andronic et Constantin , et voulut qu'ils régnassent conjointement, sous la régence de leur mère, Eudoxie. Mais cette princesse, incapable de régner seule, épousa Romain Diogène, qui fut le véritable successeur de Constantin. Constantin XI, avant d'arriver au trône, avait donné des preuves de talents militaires ; il commença son règne par le rappel de tous les exilés, et, dans la distribution des dignités, il ne fit aucune distinction entre les sénateurs et tes simples citoyens ; mais ses bonnes qualités étaient altérées par la faiblesse et la bizarrerie. Son tète pour la justice dégénérait en petitesse : toujours enveloppé de chicanes et de procédures, il perdait de vue les affaires militaires et les grandes parties du gouvernement. Il avait mis tes plaidoiries tellement à la mode, que les gens de guerre se faisaient avocats.
TsyllUès, p. 818, éd. de Paris. — fcettus, dam Zoftar&s, vol. !i, p..t7t, éd. de Paris. - Glycaa, p. «M éd. de Parla. — Htoèphore Bryenne, p. 19, éd. de Paria. — Smith, Dietionary of grtek and roman bioçraphy. - Lcbeau , Histoire dtmBaS'Bmpire , I. LXX1X.
Constantin xu uUCAs, empereur d'Orient, le plus jeune fils de Constantin XI Ducas, régna de 1067 à 1078. Il succéda à son père en 1067, avec ses frères Michel et Andronic, sous la régence de leur mère, Eudoxie, qui épousa Romain III Diogène et le fit empereur. Après la prise de Romain par les Turcs, en 1071, Constantin et ses frères furent proclamés empereurs; mais l'autorité réelle appartenait à Michel, l'aîné des fils de Constantin XI. Constantin XII fut relégué dans un cloître par l'usurpateur Nicéphorelll Botoniate. Sa fin n'est pas bien connue, Selon quelques historiens, il mourut l'année même de sa déposition, des suites des cruelles tortures auxquelles il fut soumis; d'après les autres, il périt en 1082, dans une bataille entre l'empereur Alexis 1er et Robert Guiscard. Anne Comnène l'appelle Constanlius.
Lcbcan, Histoire du Bas-Empire, I. LXXX- Smith, Dictionary of çreek and roman biographf.
CONSTANTIN XIII, PALÉOLOGUB, SUr- '
nommé i&ttyûsw, dernier empereur ffOrienL né en 1394, mort te M mai 145». Quatrième fils de Manuel ri Paléologne, il monta sur le trône en 1448, après la mort de son frère aîné Jean vn. H épousa d'abord Théodore, fille de Leonardo, comtede Toeco, seigneur du Péloponnèse, et après la mort de celle-d, Catherine, fille de Noteras Paléologne Catelusràs» prince de Lesbos. Il n'eut d'enfants d'aucune de ses deux femmes. Constantin fut d'abord despote d'une petite contrée qui restait à l'empire grec dans la Chersooèse Taurique. Il fut ensuite chargé par son frère Jean VII de gouverner dans te Péloponnèse une petite principauté, 4ju1! détendit courageusement contre les Turcs. Après la mort de Jean VTI, tes autres fils de Manuel H, Demetrius, Constantin et Thomas, avaient des droits an trône; les vœux du peuple y appelaient Constantin, qui se trouvait encore dans le Péloponnèse. O prince hésita longtemps avant d'accepter une couronne qu'il craignait de ne* pas pouvoir défendre contre les Turcs. Ceux-ci avaient réduit peu à peu rempire byzantin à la seule ville de Constanlinople et à un petit nombre de places maritimes dans les îles de la Grèce. Dans cet embarras, Constantin envoya l'historien Phranza au sultan Amurat II. Il demandait pour régner le consentement du sultan ; celui-ci te donna, et Constantin s'étant rendu aussitôt à Constan&nopte, se fit reconnaître empereur, et dédommagea set frères en leur abandonnant la principauté du Péloponnèse. Les commencements de son règne furent tranquilles; mais Amurat mourut en 1450, et son fils, l'ambitieux Mahomet II n'hérita pas de ses sentiments pacifiques h l'égard de l'empereur de Constantinople. Cependant tes premières relations entre les deux souverains furent amicales. Constantin se hâta d'envoyer à Andrinople un ambassadeur pour complimenter le sultan. Mahomet, qui se trouvait engagé dans une guerre contre Ibrahim-Bey, prince de Caramanle, reçut l'ambassadeur grec avec les plus grandes marques de bienveillance, promit de maintenir la paix accordée par son père à l'empereur, et de payer même une somme ite trois cent mille aspres, destinée à Fentretten du petitfils de Soliman, le prince Orkhatt, retenu prisonnier à Constantinople par la politique des Paléologues. Mahomet se mit peu eu peine de tenir ses promesses, et Constantin eut l'imprudence de les lui rappeler. Des ambassadeurs grecs vinrent demander le payement de la pension d'Orkhan ; ils menacèrent de remettre ce prince en liberté, et même de soutenir ses prétentions, si te double delà somme convenue ne leur était compté sur-le-champ. Mahomet crut devoir dissimuler encore : la mise eu Kbertt d'Orkhan pouvait faire renaître la guerre dvite qui avait suivi la mort d'Amurat; en conséquence, les députés furent renvoyés avec de grandes promesses, que Mahomet se proposait bien de ne pas tenir. Il commença presque au*-
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sitôt après les préparatifo du siège de Constantinople, en taisant bâtir un fort «or la rire européenne du Bosphore, et en détruisant les moissons des Grecs. En même temps, Il faisait fondre à Andrlnople , par les soins d'an Dace ou d'an Hongrois nommé Urbain, des canons d'un calibre supérieur à tout ce qu'on avait tu jusque là. Mahomet, après avoir pris Mésembrie, Anohialos, Byton, et quelques autres villes qui restaient encore à l'empire grec, parut le 6 avril 1453 sous les remparts de Constantinople , à la tète d'une armée de deux cent cinquante-huit mille hommes, tramant après loi des pièces d'artillerie dont la plus forte lançait des boulets de 1,200 livres. Constantinople était défendu par les Grecs et par de nombreux auxiliaires appartenant aux république* de Gènes, de Venise et à d'antres nations franques. La flotte turque, plus nombreuse que celle des chrétiens, était bien inférieure quant à la construction des vaisseaux et à l'habileté des équipages. Ce siège mémorable appartient moins à la biographie de Constantin qu'à l'histoire des Grecs et à celle des Ottomans. On peut en lire le récit détaillé dans Gibbon, dans Ancillon, dans de Hammer. La lutte, commencée le 6 avril, continua jusqu'au 29 mai. De sinistres prédictions en avaient annoncé llssue. Cependant, malgré Pardenr qui les animait et leur supériorité numérique , les musulmans, à l'instant de donner l'assaut, furent arrêtés par une nouvelle qui répandit l'effroi dans leurs rangs : le bruit coomt qu'une armée, composée de Hongrois et d'Italiens venait secourir Constantinople. Les assiégeants, découragés, restèrent deux jours dans l'inaction; mais un météore ayant paru dans le ciel , ils regardèrent ce phénomène comme un signe de la protection divine. Cent cinquante mille hommes cernèrent la vule du côté de la terre; une flotte formidable la bloqua par mer. Le lendemain, 29 mai, au point du jour, les batteries des assiégeants commencèrent à jouer. Plusieurs heures du combat le plus opiniâtre s'écoulèrent sans que la victoire se décidât : aux efforts inouïs des Ottomans les Grecs opposaient le courage du désespoir ; le terrible feu grégeois embrasait les navires; une grêle de flèches et de pierres tombaient sur tes assaillants. Cinquante d'entre eux ayant pénétré dans la ville par la porte nommée Cercoporta (1), que par une négligence inconcevable on avait oublié de fermer, les Grecs, épouvantés, se précipitent vers le rivage septentrional; les soldats qui le gardaient en ferment les portes, et jettent les clefs à la uer. Les fuyards se réfugient alors dans l'église de Sainte-Sophie ; mais les portes du temple
tt) Deux portes 4e ta ville, ta porte Dorm et ta porte C»cepoHa> avalent été anciennement aérées, d'après me prophétie annonçant que les vainques» entreraient P" là dans Constantinople. Cette tradition s'est même conservée ehex Ici mnsatmans; 1h sont persuadés à leur ••or qoe les chrétiens s'empareront an Jonr de SUmbol en passant par la porte Dorée, qui donne dans l'enceinte *« Sept Tours.
tombent sous la hache des vainqueurs. Constantin, qui combattait snr la brèche, voyant la déroute des siens, se précipita au milieu des Ottomans, en disant : Il vaut miens mourir que vivre. Entouré d'une foule de janissaires, il s'écria : Ne reste-t-il pas un chrétien pour me couper la tête? et il tomba percé de coups par les Turcs, qui ne le connaissaient pas. Son cadavre, reconnaissable à des brodequins de pourpre parsemés d'aigles d'or, lut retrouvé parmi les morts. Sa tète, coupée par l'ordre du vainqueur, rot placée d'abord sur la colonne de porphyre qui s'élevait snr la place de YAuçusteum. Un des premiers actes de Mahomet n fut de consacrer au cuite musulman l'église de Sainte-Sophie. Le jour même de son entrée triomphale, il s'arrêta devant cette église, descendit de cheval, la visita en détail , en témoignant la plus vive admiration pour cette superbe basilique, et taa de sa propre main un Turc qui brisait le marbre du pavé. La prise de Constantinople arriva once cent vingt-cinq ans après sa reconstruction par Constantin le Grand. Assiégée vingt-neuf fois depuis sa fondation, prise sept fois, elle devint, en 1453, la capitale de l'empire ottoman. « A partir de ce moment, dit un biographe anglais, la barbarie s'abattit sur l'Orient ; mais les lettres, fuyant les rives dn Bosphore, trouvèrent une nouvelle patrie sur les bords de l'Arno et du Tibre. 11 s'est écoulé quatre siècles depuis que les prières des musulmans ont été offertes pour la première Ibis dans l'église de Sainte-Sophie; mais tonte la puissance et toute la gloire des sultans n'a pas suffi pour étouffer dans le cœur des Grecs leurs croyances chrétiennes, le souvenir de leur grandeur passée, et le sentiment de leur nationalité. »
Phranses, Un. III. — Docas, c. as. — Cnalcocoadvle, Ub. VU. - Leonardos Chlensls, Uist. Constant, a T*rc. erpugnatse ( ouvrage publié pour la première rois à Nuremberg, 1SU, in**). — Gibbon, Dtchne and fait ofthe Roman Bmpir*. - Ameilnon, Continwmtion de l'Histoire du Bat- Empire de Lebean. — De Hammer, Getchicàte des Osmanichen Reiches.— Smith, Dictionary of çreek and roman biooraphf.
gonstantih {Constantinut) , tyran ou usurpateur de la Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne, mort en 411. Au commencement du cinquième siècle de notre ère , sous l'empereur Honorius, il était simple soldat dans l'armée romaine stationnée en Bretagne. Ces troupes se révoltèrent en 407, et choisirent pour empereur un certain Marco», qu'ils massacrèrent bientôt après. Gratlen, le second empereur de leur façon, ne tarda pas à subir le même sort, et les soldats revêtirent de la pourpre Constantin, un de leurs camarades. Us n'avaient d'autre motif pour faire ce choix que la vénération qui s'attachait au nom de Constantin. Quoique médiocrement préparé aux devoirs du rang suprême , Constantin comprit que pour éviter le sort de ses prédécesseurs, il fallait occuper l'armée à des affaires sérieuses. Il passa donc en Gaule, et débarqua à Boulogne. Cette grande province de l'empire rat