CONSTANCE — CONSTANT
Chromoboio des roU de Sidlê% drae VArt dé vériâer Us dates, V partie, XVlli, IU. - Artaud de Mootor, Histoire des souverains pontifes, III. 79. - MoçrapkU des femsmes célèbres. - Steaondl, Hist. des rép. Uai.
* cohstahcio ( Francisco Solano), médecin et diplomate portugais, né à Lisbonne, en 1777, mort à Paris, le 23 décembre 1846. Fils amé de Manuel Constancio, professeur d'anatomie et chirurgien du roi de Portugal, il lut désigné, avec six antres de ses eompatriotes , pour aller étudier la médecine dans les pays étrangers, et il arma vers la fin de 1791 en Angleterre , où il se livra avec îèle à l'étude de l'anatomie. Biais la science médicale n'absorbait pas seule sa pensée; la révolution française occupait alors tous les esprits, et le jeune étudiant, plein d'enthoBsiasme pour la France, se mit mal avec le gouvernement britannique, alors en guerre avec ses voisin». Cette circonstance lui rendant impossible un plus long séjour en Angleterre, il dut quitter ce pays, après y avoir obtenu toutefois le titre de docteur; puis il visita l'Allemagne et la France, et rentra à Lisbonne, où il s'employa à propager la vaccine, qui conuneneait à être connue (1799). Mais les Français ayant envahi le Portugal, il voyagea jusqu'en 1816 ; il se fixa ensuite à Paris, où il publia une série d'ouvrages, dont la plupart , et notamment les Annale$ des science*, ont eu un succès mérité. Nommé en 1820 agent diplomatique du Portugal à Paris , et l'année suivante ininistre à Washington, il se rendit à ce poste, qu'il ne garda que jusqu'en 1829, ne voulant pas servir le gouvernement absolu qui venait de se rétablir à Lisbonne. Revenu à Paris, vers 1832, il ne s'y occupa pins jusqu'à sa mort que de médecine et de littérature.
On doit à cet écrivain laborieux une foule d 'ouvrages, dont void la liste à peu près complète : le Revenant, journal écrit en anglais; Edimbourg, 1796 et 1796; — la Revue de Londres; 1796; — Watson refuted, ou réfutation de la réponse que Vevéque Uandaff Watson a faite au Siècle de la raison, de Thomas Payne; Edimbourg, 1797 (la seconde partie de cet ouvrage est restée manuscrite); — FObservador iusitano in Paris; 1816, ouvrage périodique; — Annaes dos sâencias, ouvrage périodique, écrit ea collaboration de deux de ses compatriotes; Paris, 1818-1821 ; — Conspeetus des pharmacopées de Dublin, d'Edimbourg, de tendres et de Paris; avec H. Desportes; Paris, 1820, m-18; — des Principes de V économie politique et de V impôt, traduit de Ricardo; Paris, 1820; — Principes £ économie politique considérés sous le rapport de leur application publique, traduit de Malthus; Paris, 1820, 2 vol. in- 1 8 •> — Recherches sur la population, traduit de W. Godwin; Paris, 1820; — Grammaire franco-portugaise; Paris, 1827; — Remontrances des négociants du Brésil contre les insultes faites au pavillon portugais; — Nova grammatica da lingua franceza, etc.; Paris, 1831, in-12; — Grammatica
analgtiea da lingua portugue%a; Paris, 1831, in-12; — • Nouvelle grammaire portugaise à Fusage des Français; Paris, 1832, in-12; — . Bistoria do Brazil; Paris, 1838, 2 vol. in-8°; — Novo diccionario portatil; Paris, 1841, 2 vol. in-16; — la Grande-Bretagne en 1840 et 1841 ; Paris, 1842 ; — C Esprit des Revues angtaises; 1841, journal mensuel ;— ifuotw dicdonario critico da lingua portugue%a; Paris, 1844, 1 vol. Le reste de ses œuvres se compose : d'un précis de la révolution française depuis 1 709 jusqu'à la révolution de 1830 (en portugais) ; d'un dictionnaire anglo-portugais; de mémoires sur la fièvre jaune et la fièvre puerpérale ; d'un traité sur les rapports existant entre la langue égyptienne et les langues de source arabique, ainsi que celles de la famille sanscritique; enfin, d'un grand nombre d'articles littéraires, critiques, politiques, scientifiques, biographiques, soit traduits, soit originaux, insérés dans la Revue américaine, la Revue trimestrielle, les journaux de médecine, la Biographie des contemporains, le Contemporain, etc.
Jaune Lapossb.
Biographie «aie. dm contesnporméns. — Moniteur dm 1» décembre 1SW. - Quérard, la France littéraire, t. II, p. m, et t. III, page M.
CONSTANT 00 CONSTAN8 I (FtavHtS JU-
lius), le plus jeune des trois fils de Constantin le Grand et de Fausta, mort en 360. Il reçut de bonne heure de son père le gouvernement de miyrie occidentale, de l'Italie et de l'Afrique; plus tard, lors du partage de l'empire, en 337, les mêmes provinces tombèrent dans son lot. Après avoir résisté avec succès à la violence et à la trahison de son frère Constantin, qui avait envahi ses États en 340, en même temps qu'à avait trouvé la mort dans cette expédition, Constant resta maître de tout l'ouest; il s'abandonna alors à toute la fougue des passions , même les plus dépravées. Opendant, on doit reconnaître qu'il accorda sa protection à l'Église. Pendant qu'il était occupé dans la Gaule, à un de ses plaisirs favoris, la chasse, il apprit que Magnence s'était révolté , entraînant l'année à sa suite, et que des émissaires étaient en route pour lui donner la mort H tenta alors de se sauver en Espagne ; mais il fut atteint près d'Elne ( Helena, autrefois Illyberis ) par la cavalerie de l'usurpateur. Abandonné de tous, excepté d'un Franc appelé Laniogaise, il fut massacré dans une chapelle où il s'était réfugié, à ce que rapportent quelques auteurs.
Aorellus Victor, de Cm*., XL! ; Epit., XLI. - Rntrope. Y, i. - Zoslae, II, «a. - Zooms, XIII, 6. - Lebeau, Hist. du Bas- Empire, II.
CONSTANT OU CONSTANS II (Flavius He-
radius), empereur d'Orient, fils amé de l'empereur Constantin III et de l'impératrice Grégoria, né le 7 novembre 630, mort le 15 juillet 668.', Il s'appelait d'abord Heraclius. En 641, après la mort de son père, le trône fut occupé par Heradeonas, frère de Constantin m. He-
CONSTANT
racleonas, qui n'était qu'an instrument entre les mains de sa mère, l'ambitieuse Martine, s'attira la haine du peuple, et provoqua une révolte dirigée par le césar Valentin. Celui-ci força Heracieonas d'associer son neveu à l'empire, et le jeune empereur prit à cette occasion le nom de Constantin, qu'il changea bientôt pour celui de Constant. Non content de ce résultat, Valentin proclama Constant seul empereur. Heracleonas et Martine, faits prisonniers, furent conduits en exil, après avoir été mutilés. Constant monta sur le trône au mois d'août 641. Trop jeune pour gouverner, il abandonna l'autorité à Va* lentin. Celui-ci parait avoir été le même qu'un certain Valentinien qui se révolta en 644 et fut tué dans les rues de Constantinople.
Le règne de Constant II est remarquable par les pertes qu'éprouva l'empire, attaqué par les Arabes et les Lombards. Après tontes les villes d'Egypte, Alexandrie fut prise par Amrou, général du khalife Omar, le 22 décembre 640 (an 20 de l'hégire). Désirant recouvrera tout prix cette ville, l'une des plus Importantes possessions de l'empire, Constant prépara une grande expédition, et envoya jusqu'en Chine demander des^secours à l'empereur TaïTsoung contre les Arabes, leurs communs ennemis. Ceux-ci en effet, non contents d'envahir l'Empire Romain, ravageaient les provinces chinoises du Turkestan. Mous retracerons ranidement/d'après les annales du Céleste Empire, ce remarquable épisode de la diplomatie byzantine : « L'histoire chinoise, dit M. Pauthier, rapporte que l'année qui correspond à 643 de notre ère, Po-to-li, roi de Foulin, envoya une ambassade à l'empereur Tai-Tsoung. Les mémoires de géographie de la dynastie des Thang, et d'autres ouvrages chinois, nous enseignent que Fourni est le nom plus moderne de Ta-thsin (la grande Chine), ou de l'Empire Romain. Cet empire, disent-ils, est éloigné de la cour de Chine de quarante-mille li. Au sud il confine au royaume de Po-sse (la Perse); c'est un grand royaume, qui a de grandes armées et beaucoup de villes. La capitale est belle et très-étendue. Le palais du roi est vaste et magnifique. L'histoire chinoise ajoute que les maliométans devinrent puissants, et que leur général battit l'armée de Foulin (romaine) ; on fit la paix, et les Romains payèrent tribut aux mahoraétans. » L'Empire Romain dont il est ici question est celui de Byzance; les événements auxquels il est fait allusion appartiennent aux dernières années d'Heraclius. Le nom de Po-to-li parait être la transcription chinoise de celui de Valentin, césar et peut-être régent, pendant les premières années du règne de Constant. Cette ambassade n'eut d'ailleurs, à ce qu'il semble, aucun résultat. Déjà, depuis quelques années, des moines syriaques avaient prêché le christianisme en Chine et établi certains rapports entre deux empires séparés par d'aussi longues distances; mais ces rapports ne devin-
rent jamais intimes, et les Chinois ne défendirent point contre les Arabes les débris de l'Empire Romain. Lorsque Manuel, commandant des forces impériales, se présenta devant Alexandrie avec une puissante flotte, les habitants de cette ville se soulevèrent contre leur gouverneur arabe, Othman, et le général de Constant II put s'emparer de la ville, en 646 ; mais il ne s'y maintint que peu de; temps. Amrou accourut avec des troupes nombreuses , enleva Alexandrie d'assaut, et força Manuel de se rembarquer. Alexandrie fut en partie détruite et pour toujours enlevée à l'empire grec. Encouragé par les sucées d'Amrou, le khalife Othman ordonna & Abri- Allah, nommé récemment gouverneur d'Egypte, d'envahir les provinces grecques de l'Afrique septentrionale. Abd-Allab exécuta avec bonheur une partie de ce projet. Grégoire, gouverneur impérial de l'Afrique, rat défait et tué. Les Grées cédèrent Tripoli aux vainqueurs, et payèrent tribut pour les autres provinces impériales. Ce traité, dicté par la nécessité, mais conclu sans le consentement de l'empereur, ne Ait pas approuvé par celui-ci. Constant II punit sévèrement les officiers qui avaient traité avec les mahométans, et conçut contre ses sujets africains des ressentiments dont il leur donna des preii. ves dix-sept ans plus tard. Pendant que Abd- Allah s'emparait de Tripoli, Moawlali,qni fut depuis khalife, achevait de soumettre la Syrie , oo quelques places peu considérables tenaient encore pour les Romains. Après avoir terminé la conquête de cette province, Il passa dans IHe de Cypre avec une flotte de dix-sept cents barques, ravagea l'Ile, et prit la capitale, nommée alors ConstantJa (ancienne Salamine); elle fut saccagée et entièrement détruite. Moawiah imposa aux habitants un tribut annuel de 7,200 pièces d'or : c'était la moitié de ce que 111c payait à l'empereur. Cette conquête ne fut pas de longue durée. Au bout de deux ans, une flotte romaine, chargée de troupes et commandée . par Carooriiès, chambellan de Constantin, chassa les Sarrasins, et reprit l'Ile de Oypre. Les Arabes firent aussi de grands progrès dans la CIHcie et dans l'Isaurte, qui furent ravagées par Blzr, un des meilleurs généraux roahométans. Pendant que les pins belles provinces de l'empire devenaient ainsi la proie des khalifes, Constant ne s'occupait qu'à protéger le monothéllsme et à persécuter la foi orthodoxe. Il défendit de discuter sur les sujets religieux. Cet édtt, qui aurait été raisonnable s'il n'avait pas eu pour but de faire triompher le monothélisme, est connu sous le nom de typu*. n créa de nouvelles difficultés, bien loin de mettre fin aux anciennes, fut rejeté par le pape et en général par toutes les églises ditalie, et contribua beaucoup à ruiner l'empereur dans l'opinion publique. Ses sujets manifestèrent hautement leur mépris pour le caractère du prince , et les gouverneurs des provinces éloignées se rendirent presque tadépen-
CONSTANT
dants du pouvoir central. Une révolte ouverte, conduite par Pasognathe, éclata en Arménie, et cette province parvint à se soustraire pour quelque temps au gouvernement de Byzance. En 648, une trêve de deux ans rot conclue entre les Arabes et Constant. Après avoir profité de cette trêve pourcooquérlr la Nubie et l'Abyssinie, Abd- AUah renouvela les hostilités, en 651, et envoya une expédition contre la Sicile, tandis que Moawiah jetait la terreur dans tout l'Empire d'Orient, par la prise de Rhodes. Un des plus curieux débris de l'art grec, le fameux colosse de Rhodes, fut vendu par les Arabes à un juif d*Édesse. (Voy. Cbares de Lindb. )
La chute de Rhodes ne put enlever Constant à ses ridicules et odieuses occupations théologjqoes. Il voulut forcer les Italiens à recevoir son tyjwj, quoique ce décret eût été condamné par le pape Martin 1er. Théodore Calliopas, exarque impérial en Italie, se rendit à Rome par Tordre de l'empereur, et fit enlever, le 17 juin 653, le pape, qui fut conduit à Messine , puis dans l'Ile de Naxos, et enfin, en 654, à Constanttnople. Il y rutjagéy condamné comme coupable d'avoir entretenu une correspondance avec les infidèles , accablé de mauvais traitements et exilé à Cherion dans la Chersonèse Taurique, où H mourut, le 16 septembre 655. Beaucoup d'autres évoques orthodoxes furent également persécutés , entre autre» saint Maxime, qui mourut exilé dans le Caucase, en 662.
En 655 la guerre avec les Arabes prit des proportions alarmantes. Moawiah, alors gouverneur de Syrie, équipa une flotte dont il donna le commandementtà Aboul-Awar, pendant que lui-même marchait sur Césarée, pour s'avancer ensuite jusqu'au Bosphore. Dans ce danger, Constant laissa le commandement de Constantinople à son 61s Constantin, et s'avança lui-même à la rencontre de la flotte ennemie. La bataille qui s'engagea sur les cotes de Lycie Ait acharnée et longtemps douteuse. Les Grecs s'étaient précipités les premiers sur les vaisseaux de leurs ennemis, espérant remporter une victoire facile; nais ils furent reçus avec vigueur, et plusieurs de leurs bâtiments légers furent mis en pièces par l'éperon tranchant des longues barques arabes. Bientôt plusieurs navires des musulmans s'attachèrent an vaisseau sur lequel était l'étendard impérial , et si Constant II n'eût pas été, par le dévouement des siens, transporté à bord' d'nn autre bâtiment, qui s'enfuit au'plus vite vers Constantinople, il aurait été amené prisonnier à Dama*. L'empire grec semblait perdu ; mais Otbman fut assassiné, en 655. Les troubles qui raivtrent la mort du khalife empêchèrent Moawiah de poursuivre le cours de ses succès. A peine se vit-il seul maître de l'empire, qu'il Niugea à recommencer contre les Grecs une lutte dont il avait eu jusque alors tout l'avantage ; mais il rat encore une fois distrait de (ses projets de conquête par la révolte du fils d'Ali ,
Hassan, qui prit le titre de khalife et se maintint indépendant à Coufah jusqu'en 668. Constant, délivré des Arabes par les dissensions intestines de ces redoutables conquérants , fit avec succès la guerre aux nations slaves établies au sud et au nord du Danube. En 661 Constant fit mettre à mort son frère Théodose. Les raisons de ce crime sont restées inconnues. Théodose, qui était entré dans les ordres, ne pouvait être un rival pour son frère, et la haine de celui-ci tenait probablement à des différences d'opinions au sujet du monothétisme. Constant ressentit de son fratricide des remords qui allaient presque jusqu'à la démence. Sans cesse il croyait voir devant lui son frère lui tendant une coupe de sang et lui disant : « Bois, frère, bols. » Ne pouvant plus supporter une ville qui lui rappelait son crime, il résolut de quitter Constantinople et de fixer sa résidence en Italie. Les affaires politiques de ce pays auraient suffi pour y appeler l'empereur, quand même il n'aurait pas été écarté de Constantinople par ses remords.
Dès 641, Rotbaris, roi des Lombards, attaqua les possessions impériales du nord de l'Italie, et en conquit une grande partie. Un de ses successeurs, Grimoald , résolut d'enlever aux Grecs ntalie méridionale, où ils possédaient encore les duchés de Rome, de Napies et les deux Calabres. La Sicile, la Sardaigne et la Corse appartenaient aussi à l'empire grec. L'autorité impériale en Italie rat ébranlée par l'absurde typus; mais d'un autre côté les dissensions des ducs et des principaux seigneurs lombards offraient une occasion favorable de relever l'Empire Romain et de reprendre les projets entrepris cent ans auparavant par Justmien et si glorieusement achevés par son général Narsès. Constant résolut non-seulement d'imiter Justmien , mais de faire encore une fols de Rome le centre de l'Empire Romain. Cette résolution causa une surprise générale ; car depuis la chute de l'Empire d'Occident, aucun empereur n'avait établi, même temporairement, sa résidence en Italie. Mais à toutes les objections Constant répondit que « la mère méritait plus de considération que la fille ». Il équipa donc une flotte, et, s'étant embarqué, vers la fin de l'année 662, avec ses trésors, il envoya l'ordre à l'impératrice et à ses trois fils, Constantin Pogonat, Heraclius et Tibère, qu'il avait déclarés césars en 659, de venir le rejoindre. Mais André, son chambellan , et Théodore de Colones soulevèrent le peuple, qui empêcha la famille impériale d'aller rejoindre Constant. Ce refiis ne le retarda pas d'un moment; il monta sur le tillac de son vaisseau, cracha contre la ville, et fit sur-le-champ mettre à la voile. Après avoir passé à Athènes le reste de l'hiver et nommé son fils Constantin gouverneur de Constantinople, il partit pour l'Italie. Tl arriva à Rome le 5 juillet 663, et y séjourna peu de jours. Le pape Yitalien alla audevant de lui à la tète de son clergé, à deux
CONSTANT
Hem» de la ville , et le conduisit à l'église de Saint-Pierre, où l'empereur laissa on riche présent Il visita ensuite Sainte-Marie-Majeure, où U laissa encore une offrande; le lendemain, il se rendit de nouveau à Saint-Pierre avec tonte son année, il y entendit la messe, et mit sur l'aotel une pièce d'étoffe d'or. Le dimanche suivant, il entendit aussi la messe à Saint-Pierre. Après le sacriâce, l'empereur et le pane s'embrassèrent et se dirent adieu. C'était le douzième jour depuis l'arrivée de Constant. Jusque là ce prince n'avait donné que des marques de dévotion et d'une pieuse libéralité. Mais les Lombards venaient de battre récemment son arrière-garde à Naples, et Constant, qui n'espérait plus les soumettre, abandonna lldée de se fixer à Rome. Avant de partir il pilla les églises, reprit les présents qu'il avait donnés, et enleva tout ce qu'il y avait de plus précieux dans la ville. On lui avait proposé d'orner le Panthéon disposé en église en 608, sous Bonilace, avec la permission de Phocas ; mais Constant aima mieux le dépouiller de toutes les tuiles de métal dont cet édifice était couvert. Ces violences, plus coupables que celles qu'on pouvait reprocher aux Goths et aux Vandales, furent les seuls exploits de Constant U se rendit avec ses richesses à Syracuse, où fl redoubla d'avarice et de cruauté. Beaucoup de Siciliens, poussés au désespoir, s'enfuirent en Syrie, et particulièrement à Damas, où ils adoptèrent la religion mahométane. Moawiah, profitant de l'absence de Constant, recommença ses invasions dans les provinces grecques.
L'empereur, non content d'épuiser par ses vexations la Sicile, la Calabre, la Sardaigne, voulut étendre ses rapines jusque sur l'Afrique. Il profita du moment où Moawiah était occupé en 605 dans la partie orientale du knalifat. A cette époque les provinces grecques de l'Afrique étaient gouvernées par un chef presque indépendant, que l'historien arabe Nowaïri appelle Djenaha, nom qui parait être la transcription arabe du mot GennadiuB. Celui-ci reçut de l'empereur l'ordre de lui payer une somme aussi forte que celle qu'il payait aux Arabes à titre de rançon. C'était, disait Constant, pour punir les Africains d'avoir, sans son consentement, traité dix-sept ans auparavant avec Abd -Allah. Outré d'une si injuste prétention , Djenaha chassa, de sa propre autorité, l'envoyé de l'empereur; mais le peuple, qui n'osait pas encore* en venir à une révolte ouverte, prononça la déchéance de Djenaha , et éleva à sa place El-Attilioun, appellation arabe qui parait être une altération du mot Attilius. Djenaha, ne pouvant se résoudre à céder le pouvoir sans résistance, eut la funeste idée d'appeler les Arabes an secours de son ambition déçue, et passa en Syrie, où il décida sans peine le khalife à une nouvelle invasion. L'armée expéditionnaire, commandée par Moawiah-ben-Khodaïdj.
pénétra dans la Cyrénaique. Constant, informé des dangers qui menaçaient l'Afrique , venait
d'y envoyer une armée de trente nulle hommes, qui prit terre à Sabaratha, ville voisine de Djekmla. Les Grecs avaient à peine achevé leur débarquement, qu'ils furent attaqués par h cavalerie arabe, et forcés, après avoir perds beaucoup de monde, de se rembarquer précipitamment. Quelques jours après, Djetoula fut prise d'assaut Les Arabes se trouvèrent ainsi maîtres de l'Afrique jusqu'à la Mauritanie, tandis que tes Lombards étendaient leurs conq«iét£& en Italie.
Depuis six ans Constant vivait à Syracuse, plongé dans la débauche, ne s'occupant de ses États que pour les miner par de cruelles exactions. Enfin, le 15 juillet 666, pendant qu'il était dans le bain, l'officier qui le servait, nommé André, fils du patrice Troïras, prit un vase avec lequel on versait de l'eau, en déchargea un coup violent sur la tête de l'empereur, et s'enfuit Les gardes de Constant, étonnés de ce qu'il restait si longtemps dans le bain, entrèrent et le trouvèrent noyé dans l'ean mêlée avec son sang. Il avait régné vingt-sept ans et en avait vécu trente-huit U laissa trois fils, Constantin IV, Poguoat, qui lui succéda Heracims et Tibère. Le nom de la femme de Constant II n'est pas connu.
TMoptaanea, p, SIS. édlt de Paria. - CéArèac. p. 4», édlt de Pari*. - Zonaras, vol. U, p. 87, éd. de Paris. - Glyeaa, p. iTT, édlt. de Paria. — Pbtlon de Brzanee. Ubellus de iêptem erbU tpectacuUs; édlt. d*Oreuf. Letpitg, 1816. — Paal Diacre, de GeeUt Lmgobewdcrum, IV, •l, etc., ; V, 6-18, 80. - AboUéda, VUa Mohammedi ; p. io*.. éd. Retake; annales, p. 68, éd. Retake. — Histoire du Bat- Empire, L XI. — Noël Des Verger», Arabie, dans Wnivert pittoresque.— Pautbter, Chine, dans l'Cnivert pittoresque.- Smith, Dictionarw o/ çrerk and roman biographe. - Lebeau , Hlst. do Bas-Bmotre.
♦constant (Germain ), jurisconsulte français, vivait dans la seconde moitié do dix-septième siècle. On a de lui ; Traité de la cour des monnaies et de l'étendue de sa juridiction; Paris, 1658, in-fol.
Dav. dément, Bibt. cur., t. VU.
♦constant ( Grégoire-Théophile),méàeàii français, né àMormoiron, en 1803, mort à Paris, en mai 1837. H commença son éducation à Carpentras, et l'acheva au séminaire d'Avignon. Il avait d'abord été destiné à la carrière ecclésiastique; mais il préféra la médecine, et vint en suivre les cours à Paris. La modicité de sa fortune l'obligea de donner des leçons de mathématiques pour subvenir aux (rais de ses études; cependant il rat reçu docteur en 1833. En 1835 il présenta à la Faculté de Paris un mémoire Sur les maladies du jeune âge, qui lui valut le prix Montyon. En 1836 il adressa un travail Sur la méningite tuberculeuse chez les enfants; un nouveau prix lui fut décerné. H écrivait dans la Lancette française, le Journal de Thérapeutique, la Gazette médicale , et préparait un ouvrage étendu sur les maladies de la seconde enfance, lorsqu'il mourut, d'une affection de poitrine.
Biographie médical». - BarJaTeJ, Dictionnaire de Paucluse,
CONSTANT
•cohotaHT (Jacques), médecin suisse, mort à f.«iqnnn«t m 1730. On a de lui : Compendium pharmacie helveticx ; Génère, 1677 ; — Medicina Helvetiorum; 1677, in-12 ;--Iemery, Cursus chemicus, latinitate donatus; 1681, in-12; — les Médecin, chirurgien et apothicaire charitables , suivi d'un Traité de la peste;Lyon, 1683, 3 vol. in-80;— Atrium medicinx helvetias, cum observatkmibus rarissimes ; Genève, 1691 ;— Essai de la pharmacopée des Suisses; Berne, 1709, in-12.
Sembler, Hist. Utt. de Genève, 11, SIS.
constant ( Pierre ), jurisconsulte et poète français, né à Langres, en 1560, vivait à Djjon en 1595. La Croix du Maine l'appelle homme docte et gentil poète français. On a de lui : la République des abeilles ; Paris, 1582, in-4°; une seconde édition est intitulée : les Abeilles et leur état royal; 1600, in-8° ; il n'existe de changements que dans le titre ; — le grand Échec de Guyonville et de ses adhérents devant ChasteauvUlain , poème; 1589, in-12;— Invectives contre le parricide attenté sur le roi Henri IV; Paris, 1595, in-8°; réimprimé dans les Mémoires de Condé, tome Y, édition de 1743; — la Cause des guerres civiles de France; Paris, 1597, in-8°; — de l'Excellence et dignité des rois, dédié au roi Henri IV ; Paris, 1598, in-12; — Discours sur rentrée deM.de Blerencour, gouverneur de Langres, en vers français; Langres, 1603, in-4*.
Mémoires de Condé, VI. - La Croix do Maine et do Ventter, BiôlioUL françaises, II, S6f , et ▼. ISS.
constant (Prudent), poète français, né à Langres, vivait en 1617. On a de lui : Le grand avant- Messie, M. saint Jean-Baptiste, avec sa nativité, vie et décollation , poème; Langres, 1601, in-12; — Institutions philosophiques de Crassot, avec une préface; Paris, 1617, in-8*.
CataL de ta MM. impér.
constant db bbbbcqub (David), philosophe suisse, né à Genève en 1638, mort à Lausanne, le 27 février 1733. Il acheva ses études en Allemagne, en Hollande et en France Ko* Masesius, Coccejus, Hornbeck, Herebord, Dafllé Moins et Amyrault , avec lesquels il se lia d'amitié. De retour à Lausanne, en 1658, il se consacra à l'Église, et fut nommé pasteur à Goppet en 1664. En 1674 il devint principal du collège de Lausanne , en 1684 professeur de grec, et en 1703 professeur de théologie. On a de lui : F Ame du Monde, ou traité de la providence; Leyde, 1679, in-12; — Florus, cum notis philologicis et historicis; Genève, 1684, in-12 ; — Brasmi Colloquia, cum notis ; ibid. ; — Abrégé de Politique ; Cologne, 1686. Bayle et Fabrichis parlent avec éloges de cet ouvrage ainsi que du suivant : Cicero, de Officiis , Amicitia et Paradoxa, et Somno Scipionis, cum notis; Genève, 1688, in-80; — Systemaethicotheologicum; Lausanne, 1689, in-8*; — Tran-
situsper mare Rubrum; Genève, 1690, in-4° ; — Dissertationes de uxore Lothi, Rubo Mosis et Serpente xneo; Lausanne, 1693, in-4° ; — Dissertatio de zelo, in-4°.
Oratio funeàrU Davidis Constant. - Mutara ketveticmm. - Bayie, Lettres. - Seneblcr, Histoire littéraire d§ Genève, III, tn.
COMSTAHT DB bbbbcqub ( Samuel ), littérateur suisse, petit-fils du précédent, né à Lausanne, en 1729, mort près de cette ville, en 1800. n fût d'abord officier en Hollande, et servit sous les ordres de son père, général au service de ce pays. La connaissance intime de Voltaire décida Constant à se consacrer à la littérature. Son goût pour l'étude ne rempècha pourtant pas de jouer un rôle actif dans les troubles de Genève, terminés, en 1792, par l'intervention française.' Depuis cette époque , il vécut dans la retraite. Ses principaux ouvrages sont : Instructions de morale à l'usage des enfants qui commencent à parler; Londres, 1785, in-80; i-an^nn^ et Paris, 1799, in-8° , avec des additions. C'est un catéchisme de morale à l'usage de toutes les classes; — Camille, ou lettres de deux filles de ce siècle; Paris, 1785, 4 vol. in-12, et Maêstricht( Lausanne), 1786, 4vol. in-12: ce roman eut plusieurs éditions. — Laure de Germosan, ou lettres de quelques personnes de Suisse ; Paris, 1787, 7 vol. in-12; — le Mari sentimental, ou le mariage comme il y en a quelquesuns; Genève et Paris, 1787, in-12; — les Dernières pensées du roi de Prusse ( Frédéric II) écrites de sa main; Berlin (Genève), 1787, in-12, et Paris, 1806, in-8* ; — Recueil de pièces dialoguées, ou guenilles dramatiques ramassées dans une petite ville de Suisse; Genève et Paris, 1787, 2 vol. in-8°, contenant le Mendiant vertueux, drame en cinq actes et en vers ; le Mannequin, comédie, cinq actes; le Médecin de la montagne, proverbe; le Médecin suisseallemand, proverbe; les Rentes viagères, proverbe; le Proverbe des pensionnaires; Dialogue des Anges. Ce Recueil a été réimprimé, sous le titre de Théâtre de société, pièces de comédie qui se jouent dans les sociétés de la Suisse; Paris , 1791. — Abrégé de V histoire juive; — Traité de la religion naturelle, etc. Dictionnaire de te Suisse, article Genève. -Seneblcr, Histoire littéraire de Genève, in, SU,
GonsTAirr db bbbbcqub (Henri-Benjamin), célèbre pnbhcisto, de la famille des précédents , né à Lausanne , le 25 octobre 1767, mort à Paris, le 10 décembre 1830. Son père, Juste- Louis Constant de Rebeeque, qui rat en correspondance avec Voltaire , était colonel d'un régiment suisse au service de Hollande. Élevé jusqu'à treize ans dans la maison paternelle? le jeune Constant fut mis ensuite à l'université d'Oxford, y resta peu, apprit toutefois l'anglais, et vint continuer ses études à l'université d*Erlangen, en Allemagne. Revenu à seke ans près de son père, au temps où le canton de V*nd dé-
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fendait son indépendance contre le sénat de Berne, il entendit maudire l'aristocratie, et garda tonte 8a vie ces impressions de son adolescence. Bientôt, envoyé à l'université d'Edimbourg, il y puisa les principes de la philosophie écossaise , et s'unit d'amitié avec des hommes devenus depuis illustres comme lui, Makintosh, De Laing, Wilde, Graham, Erskine. Ses cours terminés, il Tint à Paris, logea chez Suard, et se lia, sous ses auspices, avec La Harpe, Marmontel, en un mot avec les principaux littérateurs de l'école philosophique du dix-huitième siècle. C'est dans tour société qu'il conçut, à dixneuf ans, le projet d'écrire l'histoire du polythéisme. Heureusement pour sa gloire, quelques erreurs de jeunesse vinrent le distraire de ce travail , pour lequel il n'était pas mûr encore. Rappelé à Bruxelles par son père, a parcourut l'Allemagne, visita Jean de Mikller, Kant, il connut Gibbon à Lausanne, et contracta dans leur commerce le goût d'une vie studieuse. Après un nouveau voyage à Paris, il vint habiter Brunswick , où son père lui avait fait obtenir un emploi de chambellan , s'y maria, et continua d'y résider pendant quelques années.
Ce fut en 1795 que Benjamin Constant revint en France; c'est aussi de cette époque que date le commencement de sa carrière politique, il s'unit au parti républicain modéré, qui voulait , en répudiant les excès de la révolution, en conserver tes conquêtes. Une brochure qu'il publia en 1796, de la Fore» du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s'y rallier, le fit connaître et distinguer. Chénier, Louvet, Dannou devinrent ses amis. D'autres écrits polémiques, quelques articles de journaux, une réclamation portée à la barre du Conseil des Cinq- Cents en faveur de ses coreligionnaires exilés, étendirent sa réputation naissante. Cependant la contre-révolution s'organisait ; ses nombreux partisans se rassemblaient au club de Clichy : pour en balancer llnfluenee, un autre club, le Cercle constitutionnel, ou club de Salut, s'était formé à l'hôtel deSalm; Talleyrand le dirigeait, Mmede Staël l'appuyait de l'autorité de son nom et de sa conversation brillante. Lié d'intimité avec sa célèbre compatriote, Benjamin Constant devint bientôt l'orateur de ces réunions, également ennemies du terrorisme et de l'ancien régime, et dont l'influence se signala par la nomination de Talleyrand au ministère des relation» extérieures. Le 18 fructidor (1797 ) termina cette lutte, et fut suivi de luttes nouvelles qu'à son tour termina le 18 brumaire. Ce fut vers cette époque ( 1799 ) qu'il fit paraître un ouvrage remarquable sur les Suites de la contre-révolution de 1660 en Angleterre. B. Constant entra au Tribunat (décembre 1799 ), et prit part à cette opposition généreuse, mais peut-être intempestive, que le pays, fatigué, ne comprit pas, dont s'irrita un pouvoir eu position de tout oser, et qui compromit U liberté par son ardeur à la défendre. Il fut com-
pris dans l'élimination qui frappa l'élite de cette assemblée (mars 1802 ).
L'opposition, bannie de la tribune, avait trouvé un asile dans le salon de M™6 de Staël, où se réunissaient, avec Benjamin Constant, les Barante, les Brogtie, les Montmorency, les Jancourt Napoléon ne voulut pas l'y souffrir: M"* de Staël et son ami durent quitter la France (vers 1803). B. Constant, réfugié à Weimar, y rencontra les hautes notabilités de la littérature allemande, Goethe, Wieland, Schiller, dont les entretiens lui firent naître l'idée de transporter dans notre langue l'imposante création de Wallenstein. Cette traduction , estimable et consciencieuse, laisse pourtant à désirer plus de couleur et d'éclat poétique : le discours préliminaire a paru supérieur, bien que la critiqué y ait signalé une teinte un peu trop forte de germanisme. Peut-être ici la critique n'avait-elle pas tout-à-feit tort; car les littératures, comme les langues et les peuples, ont leurs divers génies, qu'il ne faut ni méconnaître ni violenter. Plus tard, B. Constant composa le roman d'Adolphe et l'épisode de Cécile, qu'il en détacha, craignant d'en diviser l'intérêt. Bientôt, Hiuê à Goettingne, il y épousa en secondes noces M™ de Hardenberg, d'une famille distinguée du Hanovre.
Les événements de 1814 rouvrirent à Benjamin Constant, ainsi qu'à M111* de Staël, les portes de la France. Une charte promulguée , la promesse d'institutions libérales le rattachèrent d'abord au gouvernement des Bourbons; car Benjamin Constant, éclectique en fait d'organisation sociale, comme la plupart des hommes d'une haute portée, n'excluait aucune forme de gouvernement, pourvu qu'elle fût compatible avec la liberté ; et le républicain de 1 795 ne crut pas trahir ses principes en les plaçant, en 1814, sous la garantie d'une royauté constitutionnelle. Malheureusement les promesses de la Restauration étaient peu sincères. Les princes rappelés d'exil ne furent pas longtemps à prouver qu'Us n'avaient rien appris ni rien oublié. La charte proclamait la liberté delà presse : l'une des premières lois proposées aux chambres fut une loi de censure. Fidèle à ses doctrines, B. Constant la combattit, et la combattit en vain. Cependant, lorsque, élancé de 111e d'Elbe, Napoléon remit le pied sur la terre de France, Benjamin Constant crut voir le despotisme y redescendre avec lui. Oubliant les fautes du gouvernement royal , il écrivit en sa faveur dans le Journal des Débats : le 19 mars 1815 il y attaquait avec véhémence l'empereur et son système; le 20 mars l'empereur entrait aux Tuileries. Constant s'éloigna ; bientôt, rassuré par ses amis, il revint, vit l'empereur, et sortit de cette conférence avec le titre de conseiller d'État. Ce revirement subit étomv. généralement, et beaucoup de personnes le blâmèrent comme un acte d'ambition et versatilité ; B. Constant allégua pour le justifier qu'au-dessus des gouvernements , qui passent , il y a une
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patrie, qui demeure et qu'il faut servir. Constant avait de» débuts, mais des défaut* d'artiste; il notait ai vénal ni servi!*; il se rallia, et ne se vendit point. Dans tes conférences où fut discuté Yaete additionnel, il opina dans le sens le plus libérai. Après le désastre de Waterloo, il passa en Angleterre, et revint en France lorsque la premier* fureur dea réactions commença à se calmer. La tendance rétrograde de la seconde Restauration le jeta décidément dans l'opposition. Une loi de circonstance, celle de novembre 1816, renfermait contre la presse des dispositions exorbitantes, dont le ministère public exagérait encore la rigueur par la violence de ses réquisitoires. Benjamin Constant, dans une première brochure, s'éleva en termes pleins d'une élégante ironie contre l'intempérance oratoire des accusations; dans une seconde, il posa les vrais principes de la législation répressive de la presse et ceux de la responsabilité ministérielle. Ce que Voltaire avait mit pour les Calas et les Sirven, Ben* iamin Constant le fit alors pour WilfridRegnauit, qu'une inimitié puissante avait fiât condamner comme assassin ; deux lettres 4 M. Odilon Barrot, puissantes de logique et poignantes de sarcasme, parurent prouver l'innocence de ce malheureux, et le dérobèrent à l'écnafaud. En même temps l'auteur de ces lettres écrivait dans le Mercure, journal longtemps tout littéraire, et qui alors avait ouvert ses colonnes à la politique , dans l'intérêt de la cause libérale. D'habiles écrivains, MM. Jay , Etienne, Tiasot, Aignan, Lacretelle, Jouy, travaillaient avec lui à ce recueil; gênés par la censure , ils fondèrent ensemble la Minerve, journal d'opposition, qui, par les formes semi-périodiques de sa publication , échappait à lmqnisiUon censoriale. Leur entreprise eut un succès immense. Benjamin Constant, qui rédigeait pour la Minerve les articles relatifs aux débats de la chambre, prit aussi cette occasion d'expliquer, dans une série de Lettre* sur les cent Jour$, les motifs de sa conduite à cette époque. C'est encore vers ce temps que Benjamin Constant réunît et publia, sous le titre de Cour* de politique constitutionnelle , divers écrits , déjà connus pour la plupart , et dans lesquels l'ingénieux publiciste exposait, avec autant de justesse que de lucidité, le nsécanisme de la monarchie représentative et les principes généraux de l'organisation sociale. Un peu pins tard , il répandait sur ces hantes questions des lumières nouvelles, en commentant le livre de Filangieri ( Paris, 1822, 2 parties in-**).
Tant de titres appelaient Benjamin Constant à la tribune nationale. L'instant était propice ; depuis l'ordonnance du s septembre 181», l'opinion libérale , auparavant étouffée, eouuntnçait à se faire jour dans tes élections. Candidat au collège de in Seine, en concurrence avec M. Ternaux (1818), Constant manqua son élection de quelque» voix; dans les premiers mois de l'année suivante, il fut élu par le département de la
Sarthe. Alors s'ouvrit pour l'infatigable publiciste une nouvelle et brillante carrière. Orateur politique, écrivain, journaliste, on le vit constamment plaider à la tribune, dans plusieurs pamphlets remarquables, dans les colonnes de la Renommée et bientôt après dans celles du Courrier^ la cause de la liberté. En 1819, lorsqu'un moment le gouvernement sembla vouloir seviéconcilier avec elle, il soutint, en s'eflbrçant de l'amender encore, le projet de loi sur la presse , conçu par M. de Broglie, présenté par M. de Serre. Loisqueeusuite une reaction s'opéra, et que de nouvelles lois d'exception furent proposées, il éleva la voix contre elles, et se distingua surtout dans la discussion de la loi contre la liberté individuelle, par une série d'amendements habilement combinés, dont le rejet successif devint la critique la plus sanglante de la mesure que la majorités'apprètait à sanctionner. Cette mesure n'était qu'un prélude aux attaques préparées contrôla loi électorale ( 1819) : c'était snr ce dernier terrain que la lutte allait surtout s'engager. L'instant arriva ; quelques intTnbres'vle la gauche voulaient transiger avec le ministère, pour éviter que le pouvoir ne passât entre des mains plus hostiles ; Benjamin Constant rot d'un autre avis, et refusa toute concession. On sait les violences que se permirent alors contre les principaux membres du coté gauche les jeunes gardes du corps : plusieurs députés furent insultés et même menacés, et le pouvoir, qui n'osa ni réprimer ni punir ces attentats, passa, non peut-être sans raison, pour les avoir encouragés. Benjamin Constant, contre lequel ils étaient dirigés en partie , s'unit à Laifilte pour les dénoncer à la France. Témoin, quelque temps après, dans le procès des événements de juin, Ù sut, par un détour ingénieox, éluder les entraves que la partialité d'un magistrat voulait mettre a la manifestation de la vérité.
Cependant la loi du double vol* avait passé, en dépit de la charte, et le gouvernement, fidèle à ses sympathies originelles, se précipitait plus ouvertement que jamais dans les voies' de la contre-révolution. A mesure que ses tendances se révélaient, des associations s'organisaient pour y résister ; des conspirations s'ourdissaient : plusieurs membres du coté gauche s'y engagèrent; quant à Benjamin Constant, il ne consentit jamais à dépasser les limites d'une opposition cunstitutionnelle. Malgré cette modération, ses talents et son influence le désignaient l'un des premiers aux ressentiments de la faction de l'ancien régime. En 1820 il se voyait investi, à Sanmur, par de jeunes forcenés de l'école de cavalerie; en 1822, à Poitiers, un procureur général le signalait, ainsi que La layette et Laffitte, aux vengeances du pouvoir, dans un réquisitoire furibond, dont les députés outragés demandèrent en vain justice.
Toujours réélu, malgré les fraudes électorales : en 1824, par le collège électoral de la Seine ; en
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1827, par le même et par celui d'arrondissement de Strasbourg, pour lequel il opta, Benjamin Constant ne cessa de lutter avec une active persévérance contre les mauvais penchants qui dirigeaient la Restauration. H s'éleva contre la guerre d'Espagne, contre la loi de tendance, contre celles du sacrilège et du droit d'aînesse, contre ce projet monstrueux qui voulait étouffer la liberté de la presse, et que son auteur vantait comme une loi de Justice et d'amour. Point d'occasion, pour peu qu'elle eut d'importance, dans laquelle il ne prit la parole; la liste de ses discours, s'il était possible ici de la donner, serait une histoire complète de quinze ans de combats pour la conquête du gouvernement constitutionnel.
Jusqu'en 1830 Benjamin Constant, tout en combattant les erreurs àes Bourbons, n'avait point d'invincible répugnance pour leurs personnes : il eut consenti à les voir régner sur la France s'ils eussent voulu consentir eux-mêmes à régner pour la France; et même, après l'avènement de Charles X, ce rut Constant qui prépara l'accueil favorable fait à ce prince dans les départements de l'Alsace, qu'il était allé visiter. Enfin, éclata la conspiration contre la constitution du pays, et dès lors il n'y eut plus de conciliation possible, car il n'y eut plus de confiance possible. Quand parurent les ordonnances du 25 juillet 1830, Benjamin Constant, dont la santé dépérissait depuis longtemps, était à la campagne et venait de subir une opération douloureuse. Cest en cet état qu'il reçut ce billet de Lafayette : « B se joue ici un jeu terrible; nos têtes servent d'enjeu : apportez la vôtre! » Constant accourut, prit part au péril et à la victoire. Il fit partie de la majorité qui déféra la couronne au lieutenant général du royaume ; lui-même fut investi de la présidence du conseil d'État. Depuis, dans les débats de la chambre, il continua de parler et de voter pour l'application large des principes de la révolution. Sa voix ne tut pas toujours entendue : il en ressentit quelque amertume. Vers le même temps il s'était présenté à l'Académie française; nul assurément n'était plus digne d'y prendre place : une intrigue l'en écarta. Cet échec lui fut sensible; peut-étreces chagrins bâtèrent-Us l'effet de sa maladie. Il expira le 8 décembre 1830, à l'âge de soixante-trois ans. 11 y eut un peu d'effervescence à ses funérailles : lorsque le cercueil sortit du temple protestant de Sainte-Marie ( rue Saint- Antoine), des jeunes gens voulurent s'en emparer pour le porter au Panthéon. On les apaisa, en leur rappelant que c'était à la loi seule à décerner de tels honneurs; mais lorsque cette loi fut proposée â la tribune par un collègue de Benjamin Constant, elle trouva de l'opposition dans la chambre, et depuis les choses sont restées là.
Après le 7 août, Benjamin Constant avait cru pouvoir accepter les bienfaits du roi Louis- Philippe, et ne s'en était point caché. Un jour, il causait au Palais-Royal avec M. Laffitte;
le roi vint â lui : « Vous avez, lui dit-il , nul « pour la liberté des sacrifices au-dessus de vet « forces; cette cause nous est commune, et « c'est avec joie que je viendrai à votre secours. « — Sire, répondit Constant , j'accepte; maïs la « liberté passe avant la reconnaissance : je veux « rester indépendant, et si votre gouvernement « lait des fautes, je serai le premier à rallier « l'opposition. — C'est ainsi que je l'entends , » répliqua le roi. Certes, un don offert et accepté dans de pareils termes honore celui qui le dispense et n'abaisse point celui qui le reçoit.
Ne voulant pas interrompre le récit de la vie politique de B. Constant, nous n'avons point encore parlé du plus important de ses ouvrages, de celui qu'il regardait comme son principal titre littéraire, et dont la coinpoeition avait occupé la plus grande partie de sa vie. On a vu que dans sa jeunesse B. Constant avait pensé à Cure l'histoire do polythéisme. Épris alors des idées philosophiques du dix-huitième siècle, il ne voyait dans ce travail qu'un texte à des attaques contre le christianisme. L'âge modifia ses idées ; il compléta ses études, leur donna une direction nouvelle, et entreprit son ouvrage sur ia Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements. Le premier volume de cette grande composition a paru en 1824'; il a été suivi de quatre autres. Des vues saines, appuyées sur des recherches immenses, une foule d'aperçus ingénieux assignent à cet ouvrage un rang élevé ; en distinguant le sentiment religieux de la forme religieuse, en montrant l'un immuable et universel , l'autre variable et perfectible, l'auteur a fait faire un pas important à la science. Plusieurs ont pourtant regretté de ne trouver que de la sagacité et de l'érudition dans un sujet qui semblait appeler la haute éloquence. En général;, le style de B. Constant est moûts remarquable par la vigueur et la correction que par la finesse , l'urbanité , par une aliondaiiee ingénieuse et par une clarté presque voltairienne. C'est aussi ce rare talent d'éclairer les questions qui constitue son principal mérite comme publiciste. B. Constant a peu'inventé ; mais mil n'a su plusde choses, n'a fait entre elles un choix plus judicieux , n'a rendu la science plus accessible à toutes les intelligences. Cest a lui surtout qu'appartient l'honneur d'avoir enseigné à la France le gouvernement représentatif. On lui doit un autre éloge : c'est de n'avoir jamais séparé la politique de l'humanité et de la justice. Sous ce rapport sa doctrine est supérieure à celle du Contrat social lui-même. Cependant, lorsque B. Constant a combattu Rousseau, ce n'a pas toujours été avec bonheur : quelquefois il lui fait une guerre de mots , quelquefois il n'a pas évidemment raison sur les choses. Peut-être aussi , dans les théories politiques, a-t-il fait une trop large part à l'individualisme. Ici B. Constant a corrigé un excès de Rousseau par un excès contraire : nous voyons trop, par.ee qui se passe depuis quelques
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années, combien te principe de Vind MduaUsme , étendu an delà de certaines limites , déprave et dissout la société. Mais lorsque 6. Constant écrivait, la France venait de subir la double dictature de la Convention et de l'empire, et le sentiment de l'indépendance individuelle devait être d'autant pins puissant qu'il avait été plus comprimé.
La nature ne semblait pas avoir voulu faire de Constant un orateur : son organe était sec, sa prononciation saccadée et viciée par un sussoiement désagréable ; sa taille était haute, élancée , mais sans grâce , son geste anguleux, et, dans les dix ou douze dernières années de sa vie, un accident lui avait imposé l'usage de la béquille ; seulement, des cheveux blonds et bouclés accompagnaient assez heureusement une figure qui avait dû être belle, mais qu'avaient fatiguée les veilles et le travail. Son talent triompha des disgrâces de la nature : il devint l'un des plus redoutables athlètes de nos débats parlementaires, non par le talent de l'improvisation, qu'il posséda tard et jamais d'une manière éminente', mais par une réunion bien rare des qualités qui constituent l'écrivain orateur : vaste instruction, fécondité prodigieuse, finesse d'aperçus, puissance d'argumentation , bonheur d'à-propos, élocution élégante et lucide , hardie avec adresse, incisive avec urbanité. A ces dons se joignait une étonnante facilité de travail ; une nuit lui suffisait pour composer un excellent discours , et la rapidité de sa composition , pourtant si soignée , remplaçait h demi la soudaineté de l'improvisation oratoire. Toutefois, la force de caractère n'était point chez Benjamin Constant au niveau des qualités de l'esprit ; sa carrière présente des variations et des inconséquences qui avec sa passion du jeu et la gêne permanente qui en était la suite, ont nui à la .considération du brillant chef de parti et de réminent pubtidste.
Voici la liste des ouvrages de Benjamin Constant : des Effets de la terreur; 1797, in-8° ; — de la Force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s'y rallier ; Strasbourg, 1 797, in- 8* ; — des Réactions politiques ; 1797 ; — des Suites de la contre-révolution de 1660 en Angleterre; Paris, 1799; — Discours , prononcé au cercle constitutionnel, pour la plantation de V arbre de la liberté , le 30 fructidor an V; Paris, 1797, in-8° ; — Walstein, tragédie imitée de Schiller; Paris, 1809, in- 8°; — Adolphe, anecdote trouvée dans les papiers iïun inconnu; 1816, 1824, 1845; —de l'Esprit de conquête et de l'usurpation dans leur rapport avec la civilisation européenne; Hanovre, 1813, et Paris, 1 8 1 4 ; — Réflexions sur les constitutions, la distribution des pouvoirs et les garanties dans une monarchie constitutionnelle; Paris, 1814, in-8°;— delà Liberté des brochures, etc.; Paris, 1814,in-8° ; — dela Responsabilité des ministres ; 1815 ; — Principes de politique applicables à tous les gouvernehoc?, biocr. céirén. — t. ».
ments représentâtes; 1815, in-8°; —Annales de la session de 1817 àl818; Paris, 1818, in-8°, en collaboration avec M. Camille de Saint-Aubin ; — de la Doctrine politique qui peut réunir les partis en France; 1817, in-8°;— Considérations sur le projet de loir elat\f aux élections, adopté par la chambre des députés ; Paris, 1817, in-8° ;
— Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle, terminée, par une table analytique, ou cours de politique constitutionnelle; Paris, 1817-1820, 4 vol. in-8% et 1836, 2 voL in-8° ; — Élections de 1 81 8 ; Paris, même année ;
— Entretien d'un électeur avec lui-même; Paris, 1817 et 1818; — de la Dissolution de la chambre des députés ; Paris, 1820, in-8°; — Auxauteurs delà Renommée; Paris, 1820,in-8°;
— Lettre à M. le marquis de Latour-Maubourg, ministre de la guerre, sur ce qui s'est passé à Saumur les 7 et S octobre 1820 ; Paris, même année ; — Lettre à M. Goyet, électeur de la Sarthe; Paris, 1820, in-8°; — Lettres à M. Charles Durand, avocat, en réponse aux questions contenues dans la troisième partie de son ouvrage intitulé : Marseille, Nîmes et ses environs; Paris, 1818, in-8° ; — Lettre à M. Odilon Barrât, avocat, sur le procès de Laine, serrurier, entraîné au crime de fausse monnaie par un agent de la gendarmerie et condamné à mort; Paris, 1818, in-8° ; — Lettres à M. Odilon Barrot, avocat, etc., sur V affaire de WUfrid Regnault; Paris, 1818, in-8°;
— de V Appel en calomnie de M. le marquis de Blosseville contre WUfrid Regnault; Paris, 1818,in-8°; —Trois lettres à messieurs les habitants du département de la Sarthe; Paris, 1819-1826; — Mémoires sur les Cent Jours enformede lettres; Paris, 1820, in-8°; — des Motifs qui ont dicté le nouveau projet de loi sur les élections; Paris, 1820, in-8°; — Pièces relatives à la saisie des lettres et papiers dans le domicile de MM. Goyer et Pas* çuier, etc.; Paris, 1820, in-8°; —delà Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements; Paris, 1824-31, 5 vol.in-8° ; — A messieurs les électeurs du département de la Sarthe; Paris, 1822, in-8°; — Appel aux nations chrétiennes en faveur des Grecs; Paris, 1825; — du Christianisme; Paris, 1825, in-8° (Extrait de P Encyclopédie moderne);
— Discours de M. Benjamin Constant à la chambre des députés ; Paris, 1828, 2 vol. in-8°; — Mélanges de littérature et de politique; Paris, 1829, in-8°; — du Polythéisme romain considéré dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion chrétienne; Paris, 1838, 2 vol. in-8° (ouvrage posthume). [M. A. Bervtlle, dans YEnc. des g. du m., avec quesques additions bibliographiques.]
Lerar, Jnn. hist. -De Va ol» belle, mst. dis dêvxRest.
— Lamartine, Hist. de la Rest. - Chateanbriaod, Mém.