‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus recules jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 106 sur 118 · CUVE · texte numérisé non relu

CUVE

trée reconnaissaient pour mattre suprême le Grand-Mogol, dont le nizam (;Yice-roi}) gouYemait le Dékan. Cliye arriva malade et sans argent,, après une traversée d'un an. Violent, impétueux «t querelleur, il se fit des ennemis. Sa pénurie le força de s'endetter. Par la négligence avec laquelle il remplissait ses fonctions , il s'attira la colère de ses supérieurs , qui deux ou trois fois voulurent le chasser. 11 essaya de se tuer. LV morce du pistolet n'ayant pas pris feu, il.recom mença, et ne réussit pas mieux. Il se mit alors à examiner le pistolet, et ayant reconnu que rien, n'y manquait, il rejeta l'arme loin de lui, en s'écriant : « C'est bien ; il faut vivre, U parait que j'ai quelque chose à faire au monde. »

La France était alors en guerre avec l'Angleterre. En 1746 Madras fut pris par La Bourdonnaye , gouverneur de l'Ile-de-France. Ce général permit aux Anglais de rester prisonniers sur parole jusqu'à ce qu'ils eussent réuni la rançon convenue. Mais Dupleix, général en dief des forces françaises dans l'Inde, refusa de ratifier les conditions acceptées par La Bourdonnaye, et dégagea ainsi les Anglais de leur parole. Clive, déguisé en Maure, s'enfuit avec quelques-uns de ses compatriotes. Il se réfugia dans le fort Saint- Davkl , à peu de distance de Madras. Brûlant du désir de se distinguer, il quitta l'administration civile, et entra dans l'armée comme lieutenant, en 1747. Pendant les deux premières années il ne trouva Toccasion de faire aucune action d'éclat; mais il se fit remarquer de ses chefs par une résolution à toute épreuve et une grande exactitude à remplir ses devoirs militaires. En 1749, un prince de Tanjore, du nom de Sakadji, détrôné par un de ses frères , implora l'aide des Anglais, et leur offrit, eu retour de leurs services, la forteresse et la province de Devicotah. Après avoir fait sans succès une première tentative contre cette place,' les Anglaiè dirigèrent sur Devicotah une nouvelle.expédition, sous les ordres du major Laurence. Clive demanda à monter h l'assaut à la tête de trente-quatre Anglais et de sept cents cipayes. Les cipayes ayant pris la fuite , Clive, seul avec les Anglais , continua d'avancer ; mais, assailli par un corps nombreux de cavalerie, il fut obligé de battre en retraite, et revint vers les siens accompagné seulement de trois hommes. Lorsqu'une nouvelle colonne d'assaut, toute composée d'Européens , s'élanca sur la brèche. Clive se plaça encore au premier rang, et contribua ainsi puissamment à la prise de Devicotah. La paix fut bientôt après conclue avec le rajah de Tanjore. Clive, rentrant dans l'administration civile, obtint, grâce à l'amitié du major Laur^ce, la place Lucrative de commissaire des troupes britanniques. Pendant son .second; séjour à Madras, il fut atteint d'une fièvre nerveuse Cette maladie lui causa un tel abattement, qu'il ne pouvait souffrir de rester seul un moment. Même après sa guérison , il continua d'être sujet à de grands affoissements

d'esprit, dans les intervalles de ses andadeases entreprises.

Dupleix faisait alors de vastes conquêtes an profit de la France. Appuyant de tontes ses €omi Mirzapha mung, subadhar du Dékan , il obtint de ce prince le titre de nabab de toutes les contrées situées au sud de la Kistnah , c'est-à-dire d'un territoire égal en superficie à celui de la France, et fit caler à la Compagnie française des Indes plusieurs districts autour de Pondichéry, de Karical et de Masulipatam. A la vue des proportions colossales que prenait la puissance française , les Anglais étaient dans la coq»temation et semblaient frappés de stupeur. Cet esprit d'audace et de résolution qui chez eax n'éclate jamais mieux que dans les revers semblait les avoir abandonnés. Leur allié Mohammed-Ali, intrépide et obstiné compétiteur de Chanda-Sahib, que Dupleix avait établi nabab du Camatique, se voyait assiégé par son rival, dans Tritchinopoly, et ne cessait d'invoquer le secours des Anglais; ceux-ci, comprenant qu'il ne leur restait plus d'autre chance pour coigorer la ruine complète de leurs affaires dans l'Inde, se décidèrent à diriger sur Tritchinopoly, vers la fin de janvier 1752, un corps de 200 Européens et de 800 cipayes. Chanda-Sahib, de son côté, s'était mis en campagne à la tête de 8,000 hommes , dont 800 Français. Il battit les Anglais, leur enleva tous les forts qu'ils occupaient , et les poussa jusque sous le canon de Tritchinopoly, seul abri qui leur parût suffisant contre l'ennemi et contre leurs propres terreurs. Ce fut à ce moment désespéré que se révéla l'homme qui devait fonder l'empire indo-britannique.

Clive, qui venait de reprendra du service avec le grade de capitaine', péiaétra dans le conseil de la régence , et parvint non sans peine à s'y faire entendre. « Nous ne pouvons pins nous défendre, dit-il; prenons l'ofTensive. Pendant que Chanda-Sahib nous poursuit à Tritchinopoly, prenons-lui Arcot, sat capitale. » On lui donna trois cents cipayes, deux cents soldats, et pour officiers des commis qui n'avaient point vu le feu . Il marcha sur Arcot, continua sa route malgré un orage épouvantable, et entra sans coup fétu dans la forteresse. Mais il était plus facile de s'emparer de oette place que de s'y maintenir. Quelques murailles de bouc desséchée, des fossés sans eau , des soldats épuisés , que le climat décimait, telles étaient les faibles ressources que Clive avait à sa disposition. Il soutint cependant un long siège, repoussa victorieusement l'assaot de Rajah-Sahib, fils de Chanda-Sahib, et força l'ennemi à lever le siège. Ayant reçu un renfort de 250 hommes de troupes anglaises et de 700 cipayes, il livra bataille aux Français , fut vainqueur, et rasa la ville de Fatihabad ( la cité de U victoire), qui avait été constniite par Dupleix. Mais ces succès seraient restés stériles si le gouvernement français, pour obtenir la paix de l'Angleterre, n'eût sacrifié Dupleix. Celui qui en

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