CHRESTIEN
Voltaire qui après sa mort a ftit VÉpUrt à Voltaire, du même auteur; ce n'est pas, enii, le vieillard de Femey qui a traduit dn naie en français l'épttre de Lomonossof sur le verre, traduction peut-être supérieure à l'original. \m vers du comte Chouvalof suffiraient à la gloira d'un homme qui ne prétendrait qu'à celle de la poésie. » Pendant son séjour à Paris , œ seigneur russe avait fait une profonde étiHle de la langue et de la littérature françaises; il était lié avec Voltaire, et il correspondait aussi avec La Harpe, Chamfort, Helvétius, Marmoatd. On lai a attribué une grande part dans la rédaction de VAntidote (voy, CA-mcaniE il'). Après avoir joui de la faveur d'Elisabeth, il fut nonnnié mm Catherine II membre dn conseil de l'empire cl sénateur, et il organisa les banque» publiques.
Lé? èqne. Hisi, de RusHe.
* CHOUTALOP ( Paul'Andréievitch ), tils de précédent, né vers 1775, mortà Saint-Pélersboorg, en 1833. n fîit lieutenant général et adjudant général de l'empereur. Il se forma à l'école de Souvarof, se distingua à l'assaut de Praga, et reçut une grave blessure en franchissant le Sainl-Gothard. 11 Ait général à vingt-cinq ans. I>ans la guerre de Finlande, il Ait le premier qui mit le pied sur le sol de la Suède ; et l'audace avec laquelle il surprit et fit prisonnier huit mille Suédois, en traversant la glace, lui valut le grade de lieutenant général. Dans la campagne de 1813, i fut constamment près de la personne de l'empereur Alexandre : ce souverain, connaifwuit ses talents diplomatiques, le cliargea d'entrer ennégoefations avec le duc de Vicence, et en 1814 il l'envoya à Blois pour ramener Marie-Louise à sou père. Il accompagna aussi, au nom de In Russie, l'empereur Napoléon dans son exil à 111e d'Elbe, et le préserva , dans le midi, des outrages que des furieux lui prodiguaient. Il laissa deux fils. Les Mémoires qu'il a rédigés n'ont pas vu le Jour. [Enc, des g. du m.]
CenvtrsationS'Lexieon,
CHEBSTIBIf ou CHEBSTIBHS DB TftOTBS,
poète français, mort de 1195 à 1198 (1). On n'a pas de détails sur sa vie. Seulement on sait qui! écrivit beaucoup et fut l'un des romancier» les plus féconds et les plus estimés de son temps. Plusieurs de ses ouvrages sont dédiés à Philippe d'Alsace, comte de Flandre ; ce qui ferait croirs qu'il fut attaché à ce prince. Ses contemporains et les écrivains du siècle suivant le louèrent beanooup, et dans une pièce conservée à In BIMiothèqne impériale on voit le cas tout particulier que fiiisait de lui Huon de Méry, religieux de l'abbaye de Saint-Germain. Chrestien de Troye^t avait en effet de l'invention, de la conduite et du style. Quelques-uns de ses ouvrages soot connus ; on lui en a attribué d'autres, qui ne paraissent pas être de lui. Six de ses romans nous
(1) TeUe ett U date que donne VHUtokrt lUtermin. Xoqoetort, dant la BiograpkU imivtrsiilr, a plaac la mort dt Qpvatlen de Troyes à l'an iiti.
GHR£STI£
soDt panrenas; ils sont intttolés : Irec et Énicte (1) ; — Perceval le Gallois (1) ; — le Chevalier au Uon; — le roman de Cligetj chevalier de la Table ronde (3) ; — Lancelot du lac ou de la Charette (4) j — Guillaume d*Angieierre (5) ; — deux antres romans : Tristan, ou le roi Marc et la reine Yseult, et le Chevalier à Vespée ne se sont plus reU'ouvés. On a attribué k tort àChrestien de Troyes la continuation da roman des Chevaliers de la Table ronde, n n'est pas certain non plus qu*il ait écrit les romans de Troyes , de Parthénopex de Biais et âe'Blanchandin, les deux derniers particu- Kèreroent. Les ouvrages qui ont survécu au cours des siècles donnent , malgré la difficulté qni résulte d'une langue en quelque sorte à sa naissance, des détails qui font connaître Yé\ioifoeoù le romancier écrivait; il sera donc utile de donner de courts extraits de quelques-uns d'entre aux.
Roman d*Irec et d*Énide. Il contient à peu près sept mille vers, et fut probablement le début de Fauteur. Quoique le roi Artus y figure, que l'artion se passé en grande partie en Angleterre, et que le dénouement ait lieu en Bretagne , ce n'est pas un roman de la Table ronde dans le SCDS convenu du mot, et c'est sans doute dans son Imagination que le poète puisa cette fable. On y trouve les incidents habituels des romans de chevalerie : amours et prouesses , défense da feSUe contre le fort, ot>stacles surmontés par la Taleor on la prudence du héros , et surtout fréquente intervention de la féerie et du merveilleux. Le chapitre où le |K>ëte raconte le départ de la fiancée Énide avec Éroc est un des plus graeieuK du poème. La séparation est décrite iVfme manière toudiante.
U pèn et la mère altreri ( également )
La Macnt soveni el menu ;
De plorer ne m «ont Itou :
Al départir plore li mère,
l*lore 11 pacelle et 11 père :
Tel nC usons tei est natoret,
Tex tu 9iUéê de uofeture.
Plorer les faisolt 11 pillés,
Bt la donçon et l'amlstlén
Qa'Us avolanC de lor eofant.
CJb auCra passage, que nous reproduisons d'apièa les auteurs de V Histoire littéraire, est une amie d'épitbalame, un peu hardi peut-être, quoiqee renfermé dans les limites nécessaires; il a de la gr*ce et de la fraîcheur. Les deux époux sont entrés dans la cliambre nuptiale :
* Après le mewage des lels Vient la dviçor, f|ni moott valt luieU.
Des baisers qui an or airaleot; AiNlal (toii« fleux ) eele doiçor assalent Bt lors eoers dedeos en abolvrent,
11) BW. imp., OMoascrtU n>* «mt et 7518. '
(D MinfrlU »•• M.t7, Bibl. imp, i Si et 71 , DM. de FjtrâenMt, fonds de Can^.
(t) MaMtscrlt n* 76tii, lUbi., imp.; et fonds dr Caogé , MM. é0 VJnêmal, ■•• n H 71.
(4) MibL éê fJrtenal, manoadrlt n« 7t, fonds de
(S) Haaascrtt n* 1961, BibL imp*
Si qu'à peine s'en dessolvrent.
Dei balaiera f u U prlmiers lens,
Kt l'Ainor, qui est entre-deui,
Flst la pucelc plus hardie,
Que rien ne s'est acoardle ;
Tôt sofrl, quanque 11 grevast.
Alnçols qu'ele se relcyast,
Ot perdu le nom do pocele ;
Al roaUn fu dame novele (i).
Dans le roman de Cligès ou <l6 C/i{7<;/,Chrestien de Troyes débute par la liste des ouvrages qu'il a composés jusque alors. Quant au roman en lui-même, il est assez développé. Dans un probguc, qui vient ensuite, Alexandre, fils dhm empereur grec, est armé chevalier par le roi Artus. La reine Genoivre donne à cette occasion au jeune prince une cotte d'armes , qui
Es coslures n'avoit qn fil
Ne fust d*or ou d'argeut al main ;
Al coudre avoU mises ses mains.
Sore d'Amors, ou sœur d*amour, maîtresse du jeune Grec, avait mis de ses cheveux dans ce présent de la reine. Ainsi encouragé et plein d'es- |)oir, le nouveau chevalier fait des pnxliges de valeur, et obtient en récompense la main de Sore d'Amors. De ce mariage naquit Cligès , le héros du roman, et qui à son tour passe par toutes les aventures qui doivent remplir la vie d'un chevalier. Cependant, on y voit des incidents peu ordinaires : une jeune fille, Fi^ce, é|X)usé(^ contre son gré par un prince qu'elle hait, tandis qu'elle aime Cligès, neveu 4le son mari ; la nourrice de Fénice, dévouée aux jeimes amants, donne au féroce époux un breuvage (]Di lui fait prendre l'ombre pour la réalité, si bien que Fénice reste vierge. La complaisante nourrice fait plus ; elle donne un autre breuvage à la jeime lilie, et la plonge dans une léthargie ({ui, après plusieurs autres incidents , la fait |»as>ser |iour morte, et Cligès la peut ainsi enlever. Quand enfin leur retraite est découverte , le trépas de Toncle de Cligès, venu tout à propos, permet aii\ jeunes amants de s'unir dans un amour sans fin.
Quant à la nourrice , loin d'être récompensée, son iNMivoir surnaturel la rendait quelque peu suspecte, et Cligès, devenu empereur, la relègue à Constantinople.
Tus Jors l'a fait garder en cambre Plus por paor que pur le halle.
« Trait remarquable, dit V Histoire lit libraire , et assez fin, qui, dans sa tournure naïve, prouve que si Chrestien de Troyes éi:rivait bien pour son temps, il savait aussi i>enser. >»
Le roman de Guillaume d^ Angleterre a moins d Intérêt , et se rapproche assez des productions compliquées de nos jours, mais témoigne d'une grande fécondité d'imagination.
Le Chevalier au lion est moins connu ; s'il n'est pas un des grands romans de la Table ronde, on peut cependant le regarder comme se rattachant à cette légende célèbre. Ce ({ui fait l'originalité du roman, c'est qu'on y voit un chevalier qui sauve un lion menacé |)ar un serpent ; le lion,
(1) Ce vers se trouve employé pour une circonstance analogue dans le roman d'Athit €t Prophilias.