CLÉON
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de faire une enquête et de presser les opérations du siège. Cette proposition , si nous en croyons Thucydide, fut suivie d'une scène de comédie que le grand historien raconte avec beaucoup de talent. Comme nous n'avons sur ce fait que son seul témoignage, nous sommes forcés de nous en tenir à son récit , bien qu'il soit empreint de la rancune impitoyable d'un ennemi politique. £n voici un court résumé. « A peine Cléon avait-il demandé l'envoi de conmûssaires, que le peuple lui cria de remplir lui-même cette mission ; craignant alors de devenir la dupe de son propre artifice, il changea la question en disant que s'il était général il se rendrait à Sphactérie avec un corps d'infanterie légère et s'emparerait de cette lie au premier assaut. Micias, un des généraux d'Athènes présents à l'assemblée, sentant que le trait de Cléon était dirigé contre lui, déclara qu'il résignait le commandement. Alors le peuple cria à l'orateur , que puisque l'entreprise était aussi facile qu'U le prétendait, elle n'en convenait que mieux à ses talents , et qu'U devait s'en charger. » Nicias ayant déclaré de nouveau qu'il renonçait au commandement , Cléon l'accepta, croyant que c'était une feinte; aès qu'il vit que la chose était sérieuse, il voulut s'en défendre en disant qu'il n'était pas général. Accablé de sarcasmes, le démagogue dut céder; mais il ne se déconcerta pas, et s'écria que dans vingt jours il ramènerait prisonniers les Spartiates de Sphactérie on mourrait dans l'entreprise. Thucydide trouve cette promesse fort plaisante, et déclare qu'elle excita une hilarité générale dans l'assemblée. « Les honnêtes gens, ajoute-t-il , s'en réjouirent en pensant qu'on serait débarrassé de Cléon (c'était là surtout ce qu'ils espéraient) , on qiu; les Lacédémoniens succomberaient. » Le nouveau général partit aussitôt pour Sphactérie. Au moment où il y arrivait, un accident venait de rendre plu<$ facile l'assaut de cette lie. Des soldats qui préparaient leurs aliments ayant mis le feu à une forêt, l'incendie envahit presque toute l'Ile et découvrit ' le camp des Si^artiates. Sphactérie fut enlevé ! pendant la nuit , et les Athéniens firent deux j cent quatre-vingt-douze prisonniers, parmi lesquels se trouvaient cent quatre-vingts Spartiates. I Les résultats matériels de cette victoire étaient : considérables pour les Athéniens , et l'effet mo- : rai en fut immense. Depuis la bataille des Ther- ; mopyles, il était généralement admis que les \ Spartiates pouvaient être tués, mais non pas pris : ; ce qui • venait de se passer à Sphactérie prou- ; vait le contraire. Les Lacédémoniens, consternés, envoyèrent à Athènes des ambassadeurs chargés de faire la paix. Cléon , enivré de son succès, ' eut le tort de faire rompre les négociations.
Le hardi démagogue était encore dans tout l'é- ' clat de son triomphe lorsqu'il lut livré au ridicule ' sur le théâtred' Athènes. En 424, dans les I^néen- \ nés d'hiver, Aristophane fit jouer sa comédie des j Chevaliers, Dans cette admirable farce, le peuple |
d'Athènes est représenté comme un vieUlaurd ndoteur, capricieux et crédule, gardant eooim quelque raison tant qu'il est au logis, mab absolument stupide du moment qu'il est sur U place publique. Nicias et Démosthène, andou serviteurs de ce vieillard, se plaignent que lev maître est abusé par Cléon , esclave nouvellement entré à son service, Paphlagonien rué, grand parleur , poltron et voleur. Ne sachaot comment se débarrasser de ce rival, ils sontnr le point de s'empoisonner en avalant , à l'exemple de Thémistocle , du sang de taureau. Us rencoB» trent Cléon endormi, et profitent de roocaân pour lui enlever de vieux oracles qui annoocent que le Dragon l'emportera sur le Vautour. Le Vautour est l'emblème de Cléon, et le J>ragtm représente Agoracrite, fameux faiseur de boudins et de saucisses. Celui-ci a beau dire qaH n'entend rien aux aCEûres , qu'il sait à peine lire^ Nicias et Démosthène lui répondent en citant Toracle, que son ignorance le rend pariîadtemeot capable de gouverner Athènes; que cette charge n'exige aucun talent, qu'il faut seulcanent crier plus fort que Cléon. Agoracrite s'acquitte hnet' veille de cette tâche, et les oracles s'accomplissent. 11 est impossible de ne pas admirer te patience et le bon goût du peuple athénien riait de sa propre caricature, et couronnant le poète qui se moquait si impitoyablement de la déoDM>cratie et de ses chefs ; mais , comme l'a fait'observer M. Grote, « il serait aussi absurde de voir une appréciation historique dans tes parodies d'Aristophane que de juger les hommes d'État d'iigleterre et de France d'après les caricatures da Punch et du Charivari, » Des événements Ùcheux pour Athènes venaient de s'accomplir en Thrace. Thucydide, aussi médiocre général qœ grand historien, avait laissé le Spartiate Brasidai s'emparer d'Amphipolis. Cléon fit condamnera l'exil le général vaincu ; et celui-ci employa ses loisirs forcés à écrire une histoire dans laqudlcfl ne ménagea pas son adversaire. Aristophane, de son côté, enhardi par le succès des ChevaHerSt redoublait ses attaques. Il accusa, dans ses Guér pes, Cléon de protéger tons les abus judiciaires et de flatter cette manie de juger qui possédait les Athéniens. Cléon avait fait porter en effet de une à trois oboles par séance le traitement des juges athéniens. A l'expiration de la trêve conclue en 423, il fit voile pour la côte de Macédoine avee une escadre de trente galères et un corps d'année composé de douze cents citoyens pesamment armés, de trois cents chevaux et d'une division puis* santé d'auxfliaires armés à la légère. Il s'empara de Mende, de Torone, et marcha sur Amphipolis. Une bataille s'engagea sous les murs de celte ville. Brasidas et Cléon y périrent, et la victoire resta aux Spartiates. Selon Thucydide, Oéon montra dans cette rencontre une complète ignorance de l'art militaire. On voit que le sévère historien ne se laisse pas même apaiser par la mort de son ennemi. Tout en répétant que les renseigae-