‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 110 sur 180 · COLA · texte numérisé non relu

COLA

pour titre : Symbolum Pythagorîcum, dans lequel il traite des causes des malheurs et des changements dans les empires. E. D.

Catalogue Inédit de la Bibliothèque nationale.

*AGKicoLA { Éméran-Guillaume ) , antiquaire allemand du dix-septième siècle. 11 publia à Ratisbonne , en 1680, ime Dissertation historique sur le Mars des Assyriens et des Égyptiens , in-4°. E. D.

Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

*AGRïcoLA (François), théologien allemand, naquit à Lunen vers le milieu du seizième siècle, près d'Aldenhoven , dans le duché de Juliers , et mourut à Siltard en 1621. Il fut d'abord pasteur de l'église de Rodingen, puis chanoine de celle de Sittard. Homme d'une vaste érudition , il passa une partie de sa vie à réfuter les doctrines des novateurs de son siècle. On a de lui : 1° De cultu ac venerationeSanctorum ; Colon., 1580; — 2° De reliquis Sanctorum; ibid., 1581 ; — 3° De conjugio et cselibatu Sacerdotmn; ibid., 1581; — 4° Appendix ad Pet. de Soto , de institutione sacerdotum ; Lugd. , 1587; — 5° De verbo Dei scripto et non scripto , antithesis adversus hxreticos ; Leodii, 1597; — 6° Tractatus de primatii sancti Pétri apostoli et successor^im ejus Romanorum Pontificum, Colonise ; — 1" De vero Deo et Christo, contra fulsum Deum et Pseudo- Christian novatorum hujus sœculi, lïbri III ; Col., 1605; — 8° Attestatio ex Putrlbus Petrum fuisse Romœ et Homanos ad fuie m convertisse ; ibi(f., 1605; — 9° Propugnacuhim fidei, sive defensio honoris divini et sanctorum contra hxreses hujus sœculi; ibid., 1614.

Valerliis Andréas, BlbUotheca Belgica. — 3o.-Fr. Foppens, Bibliotlieca Belgica. — Svveerls, Athenœ BeUjicœ.

AGHicoLA (Georg'e), savant allemand, dont le véritable nom était Landmann. 11 naquit à Glochau en Saxe le 24 mars 1494, et mourut à Chemnitz en 1555. 11 étudia d'abord à Leipzig, puis en Italie, qui était alors la patrie des sciences et des lettres. Il revint ensuite exercer la médecine à Joachimsthal en Bohême; mais il se livra bientôt à son goût dominant pour la métallurgie. Il alla à Chemnitz , près des riches giinières de l'électeur de Saxe : en visitant ces mines et en s'entretenant familièrement avec les mineurs, il acquit une connaissance parfaite de tous les procédés relatifs à l'exploitation des métaux. Ce fut en vain qu'il assura alors aux ducs de Saxe que la portion souterraine de leurs Etats valait mieux que la superficie ; il en fut peu secouru, et employa tout son bien à ses savantes recherches. Agricola mourut à l'âge de soixante et un ans. Les luthériens , auxquels il s'était montré opposé , laissèrent cinq jours son corps sans sépulture.

Parmi ses nombreux ouvrages, on doit principalement distinguer ses douze livres De re metallica ; il y expose les diverses opérations propres

h l'exploitation des mines , les machines qu'on y emploie , avec une synonymie des expressions grecques et latines relatives à cette science , et beaucoup de planches qui éclaircissent le texte. Ce livre fut imprimé à Bâle, 1546, 1556, 1558, 1561, 1621, 1657, in-fol., et plusieurs fois in-8°. Il contient en outre les traités suivants : De aniruantibus subterraneis , vmçxmié séparément, Bâle, 1549, in-8°; cinq livres De ortu et causissubterraneortim (qui ne se trouvent pas dans les quatre premières éditions ) ; quatre livres De natura eorum qux efjluunt e terra ; dix. De natura fossilium; deux De veteribus et novis metallis; et un dialogue de Re metallica. Agricoîa a aussi publié , à Bâle , cinq livres De mensuris et ponderibus Romanorum et Grœcorum, 1550, in-fol. ; 1553, in-4°. Nous avons encore sous son nom un traité De lapide philosophico ; Cologne, 1531, 1534,in-12.

George Agricoîa est le premier minéralogiste du seizième siècle. Il est en minéralogie ce que fut Conrad Gesner en zoologie. La partie chimique et principalement docimastique de la métallurgie est déjà traitée dans son livre avec beaucoup de soin, et même a été peu perfectionnée depuis jusqu'à la fin du dix-huitième siècle : on voit qu'il connaissait les auteurs classiques, les alchimistes grecs , et même beaucoup de manuscrits. Cependant il croyait encore aux esprits follets, auxquels les mineurs attribuent les effets des mofettes ou exhalaisons dangereuses qui les tourmentent dans les mines.

Cuvier, dans la Biogr. Universelle. — Gesner, Bibl. — DcThou, Ilist., liv. XVI..— Van der Linden, de 5cripf. medic. — A.-D. Ricliter, f-'ita Gcorgii Agricoles; Annab., 1753. — F.-L. Beciier, Die Mineralogen {Geo.-.4gricola] im sechzehnten, und A. G. If^erner im neunzehnte?. Jahrhundert, etc.; Freiberg, 1829, in-8. — Adam, f'ita medicoriim yermanorum.

AGRICOLA {George-André), médecin et philosophe, né à Ratisbonne en 1672, mort en 1738. Il se livra à l'étude de la botanique , et se rendit célèbre par les découvertes qu'il prétendait avoir faites dans la multiplication des végétaux. Il annonça une nouvelle méthode depi'oduire avec des branches , des feuilles ou des fleurs , des arbres tout formés. «Une heure, disait-il, seulement doit suffire pour effectuer cette prodigieuse merveille. )> Ses seuls agents devaient être le feu, et ce qu'il appelait la momie végétale. Il ne voulait communiquer son secret qu'à cent soixante personnes qui devaient s'engager par serment à ne point le révéler. Chacune de ces personnes devait payer vingt-cinq florins. Son livi'e écrit en langue allemande, intitulé Essai inouï et cependant fondé dans la ncdure et sur la raison, concernant la multiplication des arbres, arbrisseaux et plantes (Ratisbonne, 1716 et 1717, 2 vol. in-fol. ), a fait beaucoup de bruit en Allemagne. Il fut traduit en français sous le titre : Agriculture parfaite, ou Nouvelle découverte, etc.; Amsterdam , 1720, 2 vol. in-8°. L'auteur indique plusieurs moyens ingénieux

pour perfectionner la greffe, et soutient que des arbres plantés en terre la racine en haut doivent pousser des branches du côté des racines, et des racines du côté des branches.

Ersch et Gruber, Allgevi. Encyc.

* AGRICOLA {George-Louis), musicien allemand, né le 25 octobre 1643 à Grossen-Furra, village près de Sondershausen, mort en 1676. Il étudia à Eisenach et à Leipzig, et devint maître de chapelle du duc de Saxe-Gotha. Il composa un grand nombre de sonates et de mélodies sacrées, pubUées en 1675.

Gerber, Lexicon der Tonkiinstler.

* AGRICOLA {Ignace), jésuite allemand, écrivit, en 1727 et 1729, les deux premiers volumes de V Histoire de la Société de Jésus dans l'Allemagne supérieure. Cet ouvrage fut terminé par Adam Flotte en 1734. E. D.

Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

* AGRICOLA {Jean), médecin allemand, vivait vers le milieu du dix-septième siècle. Il était natif du palatinat de Bavière, professeur de médecine et de chirurgie à Leipzig. On a de 'lui des préceptes de chirurgie ( en allemand ) ; Leipzig, 1659, vol. in-8°. E. D.

Catalogne inédit de la Bibliothèque nationale.

AGRICOLA {Jean), snxxïovamé Islebius , un des écrivains allemands les plus distingués au seizième siècle, l'un des champions de la réforme, et pendant longtemps l'ami intime de Luther et de Mélanchthon. — Jean Schneider ou Schnitter (car c'est là le vrai nom d'Agricola) naquit à Eisleben, patrie de Luther, le 20 avril 1492, el mourut à Berlin le 22 septembre 1566. Après avoir acquis à l'école de sa ville natale les fondements d'une instruction, sohde, il alla à l'université de Wittemberg, où Luther devint son principal maître et le prit en affection. Érudit comme il l'était dès lors, le jeune hoinmc ne put garder un nom vulgaire , et , suivant l'usage de son temps , il le remplaça par celui d'Agricola, avec l'épithète d'Islebius {magistcr Islebius, maître d'Eisleben) , pour se distinguer de ses nombreux homonymes. Des progrès rapides durent couromier ses efforts , puisqu'il figurait déjà comme collègue de son maître <) l'époque où celui-ci ébranla le catholicisme ei^ affichant ses thèses contre les indulgences d<^ Tetzel.i Dans la lutte qui suivit ce premier pas , Luther n'eut pas de plus chaud partisan que le jeune Agricoîa, casuiste exercé et savant exégète. Celui-ci défendit la cause de la réforme <lans I^' chaire et dans ses écrits , et assista Luther e^i Mélanchthon au premier colloque religieux qu|i eut lieu en 1519 à Leipzig. Dans la suite il exa» mina et signa les articles de Smalkalde, et fut l'u^i des principaux défenseurs de V Intérim d'Augs-i bourg, tentative d'une conciliation entre les deuxi partis, dont ni l'un ni l'autre ne lui surent gré, Agricoîa était alors directeur du consistoire géf?» néral électoral de Brandebourg, et achevait d'é-2 tablir la réforme dans ce pays. Après avoir <

envoyé par Luther à Francfort-sur-îe-Mein en 1525 pour y répandre les doctiines nouvelles, il accepta les fonctions de ministi'e dans sa ville natale, et revint en 1537 à Witteniberg, où, à la suite de l'exposé de ses opinions relativement à la loi (iïomos), dont il combattait l'influence sur le renouvellement moral de l'homme, il rompit en visière' avec Luther et JMélanchthon , et brava les injonctions intolérantes de l'autorité. Il échappa ensuite aux poursuites dont il était devenu l'objet, en acceptant les offres de Joachim n , électeur de Brandebourg. Après une carrière des plus orageuses, dans laquelle il était soutenu par ime grande mobilité de caractère et une ambition qu'il ne pouvait entièrement dissimuler, Agricola mourut avant que son antinomisme eût pu s'accréditer, et au milieu des vives querelles qu'il entretenait avec des théologiens de tous les pays. B se vantait d'avoir ouvert une grande et large fenêtre à l'Évangile; d'avoir amené à la ré/orme le pape, et converti au luthéranisme l'empereur. — Ses nombreux écrits n'ont pas seulement pour objet la théologie : on a aussi de lui quelques cantiques et une excellente collection de proverbes allemands, qui sont un des monuments de la langue ; la meilleure édition de ces provei'bes parut à Wittemberg en 1592, sous le titre : Sieben hundert undfunfùg deutsche Sprûchwôrter.

Jean Agricola a souvent été confondu avec Etienne Agricola (mort en 1547 ), qui fut aussi im des premiers soutiens de la réforme de Luther, et avec Jean Agricola de Spremberg, également contemporain, et comme lui théologien saxon et poète sacré. Ce dernier fut quelque temps secrétaire de Luther. [Extr. del'^'^îc. des g. du m. ]

DeTbou,fl'îst., liv. V. — SIcidan, in Comme7it. ,liv. XII. - Melchior Adam, in Fit. German. Tlieol. - Sponde, in Annal. — B. Kortes, In Agricola aus Eiileben , etc. ; Altona , 1817, in-S". — Ersch et Gruber , Enci/ciop. allemande. — Diiger, Dissertatio de Johann. Agricola; Lips., 1732, in-4».

AGRICOLA (Jean-Ammonius) , médecin allemand, né vers le commencement du seizième siècle, mort à Ingolstadt en 1570. Attaché aux doctiines des anciens, il mit en ordre les Aphorismes d'Hippocrate, et publia des commentaires sur quelques livres de Galion. Outre ces ouvrages, il a encore publié : Scholia copiosa in therapeuticam methodum Galeni; Augustae "Vindelicorum, 1534, in-8° ; — Hippocratis Coi medicinsB et medicorum omnium principis ,' aphorismorum et sententiarum medicarxim libri VIII. Accedit liber sextus epidemiorum Hippocratis ex translatione Leonardi Fuchsii eodem ordine, atque etiam difficiliorum locorum brevibus expositiuneulis atque annotatiunculis enarratus ; Ingolstadt , 1537, in-4° ; — In Galeni libros sex de lacis affectis commentarii ; Nuremberg , 1538, in-4° ; — Medicinœ herbarix libri duo, quorum primîis habet herbas hujus sseculi

medïcis commîmes cumveferibus. Bioscoride, videlicet Galeno, Oribasio, Paulo, Aëtio, Plinio, et horum similibus. Secundus fera n recentibus medicis inventas continet herbas , atque alias quasdam prseclaras medicinas , ut quœ post Galenum vel investigatse sunt, vel in usum medicum pervenerunt ; Bâle , 1539, in-12 ; — In artem medicinalem Galeni commentarii ; ibidem, 1541, in-8°; — Annotatiunculag in librum Nicolai Alexandrini de compositione medicamentorum ; Ingolstadt, 1541, in-4°.

Manget, Bibliotlieca scrip. medic. — Biographie médicale. — Callisen, Dict. des écrivains de méd. ( Alleai.)

AGRICOLA (Jean-Frédéric), savant musicien allemand, né à Dobitschen (duché d'AItenbourg) en 1720 , mort à Berlin le 12 novembre 1774. n était disciple du célèbre Jean-Sébastien Bach , et devint directeur de la chapelle royale après la moii de Graun. Les opéras d' Achille et â'Iphigénie sont une preuve de ses talents et de ses grandes connaissances. Il passait dans son temps pour le meilleur organiste à Berlb, et le meilleur chanteur d'Allemagne.

Gerber, Lexicon der Tonkilnstler. — Rellslab, État de la musique d Berlin.

*AGRîcOLA (Jean-George), médecin allemand, natif d'Amberg (Bavière), vivait vers la fin du seizième et au commencement du dixseptième siècle. On a de lui des recherches curieuses sur la nature et les propriétés du cerf et son usage en médecine (en allemand); Amberg, 1617, in-4°. E. D.

Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

*AGRicoLA (Magnus), savant bénédictin , né à Augsbourg le 11 septembre 1640, mort le 23 avril 1708. Il fut professeur de philosopliie à l'université de Salzbourg,et se retira dans le cloître de Saint-Ulrich, où il mourut. On a de lui : Sententix philosophicx IV libellis comprehensœ, 1671; — Quœstiones naturales mixteedeprincipiisexlib. I et Ilphysicortim, 1674; — Tractatus de artibus hunianis.

Oesterreichisckes Biogr. Lexicon ; Vienne, IS51.

* AGRICOLA (Martin), musicien du seizième siècle. On a de lui un ouvrage intitulé Musica instrumentalis germanica; "Wittemberg, in-8°, 1545.

Gerber, Lexicon der

Forkel, Litteratur der Musili.

Tonkiinstler.

AGRICOLA (Michel ), savant suédois, né en Finlande vers le commencement du seizième siècle, mort en 1557. 11 étudia la théologie sous Luther à l'université de Wittemberg. Gustave V le nomma évoque d'Abo, et l'envoya prêcher le chrislianisme aux Lapons. Agricola a publié une traduction du Nouveau Testament en finnois ; Stockholm, 1548.

Rhyzcliiis, Episcoposcopia Sviogothica, elleren Siveagotliisk siicht och Biskops-Clirônika, I, 344, etc. — Jus ttn, Catalogus Episcoporum Finlandensiuni, in Net le\blaii'ii Schwedisch Bibliotliec, I, 8G, etc. — Gezellus, Biographiskt Lexicon ô/ver Svenske Man, I, 10, ete. — Henderson, £i&2(ca/ Resecirclies inRussia, p. 7.

AGRicoLA (Bochlplte), philologue hollandais qui s'appelait d'abord Rolefmajsmann,né en Î443 à Bafflo près de Groningue, mort en 1485 à Heidelberg. 11 doit être compté parmi les premiers qui contribuèrent à faire fleurir en Allemagne les études classiques. 11 étudia à Louvain, sous Thonias à Kempis; puis, soutenu par des amis puissants, il alla à Paris, de là en Italie, et devint, à Ferrare et dans d'autres villes italiennes, élève de George de Trébisonde , de Théodore Gaza, de François Philadelphus et de Laurentius Valla. En revenant dans sa patrie il passa, en 1477, par Devcnter : il y vit Érasme, alors âgé seulement de dix ans , et prédit qu'il deviendrait un grand homme. En 1478, on le nomma syndic à Groningue, qualité en laquelle il fut envoyé auprès de Terapereur Maximilien l". La réputation que son vaste savoir lui avait acquise fit qu'on lui offrit, de plusieurs côtés, des emplois importants dans l'enseignement. Mais ce ne fut que dans les dernières années de sa vie que l'évêque de Worms, Jean de Dalberg, son protecteur et son ami, le détermina à accepter une chaire de professeur de langues grecque et latine à Heidelberg, et à faire alternativement dans cette ville et à Worms des lectures sur les anciens classiques. Un désir passionné de revoir l'Italie l'y ramena en 1485 , et il y termina sa vie la même année. Ses ouvrages, écrits en latin et composés de dissertations philosophiques et philologiques, ont paru à Cologne en 1539, en deux vol. in-4", sous le titre : R. Agricolœ Elucubrationes ^ aliquot lectu dignissimœ. Son traité intitulé De inventlone dialectica a surtout fixé l'attention des contemporains d'Agricola. Agrieola a le premier indiqué un moyen propre à enseigner méthodiquement aux sourds-muets l'art de parler. [Enc. des g.dum., avec addit.]

Mclcliioi- Adam, rie des l'hilosophes. — Valcre Andrée, Bibliothèque Belge. - Paul Jove , In Apparat. — Vossius, I. III, De liist. latina.- Philippe Mélanchlhon, Orationes II, prior (le vita Riid. Jrjricolœ, poslerior de D. Amiustino; Wiltrl)., 1339. - J.-Kri. Schocppeilin, Dissertatio de litid. Agricolœ , Frisii in cteçianliores liltcras provieritis; Jeti., 1733,. in-4°. - T.-F. Trcsling, Fita et mérita Jivd. Ayricolœ; Gionin?., 1830.

AGtUPPA {Ménénhis), consul romain vers l'an 502 avant J.-C., vainquit les Sabins et les Samnites , et triompha pour la première fois à Rome. Ce héros était cloquent, et ce fut lui que le sénat députa au peuple qui s'était retiré sur le mont Sacré : il le gagna par l'apologue suivant, des membres du corps humain révoltés contre l'estomac: « Les membres se plaignirent un jour '< que l'estomac profitait de tout leur travail, et « qu'il ne faisait rien pour eux; ils lui refusèrent « leurs services. Mais une funeste expérience les « détrompa bientôt : ils perdirent leur force, et « tombèrent dans une langueur mortelle.» C'était l'image du peuple trop prévenu contre le sénat. Il sentit la justesse de l'application ; mais , pour le rassurer davantage conti-e les entreprises du premier corps de l'État, Agrippa demanda pour lui cinq magistrats chargés de défendre les droits et la

personne de chaque citoyen. On fit une loi qui rendit leur personne sacrée ; on déclara que si quelqu'un les frappait, il serait maudit, et que ses biens' seraient consacrés à Cérès. Le meurtrier pouvait être tué sans forme de justice. Les tribuns du peuple n'eurent aucune marque de dignité. Assis à la porte du sénat, ils ne pouvaient y entrer que par ordre des consuls. Leur pouvoir était renfermé presque dans l'enceinte de Rome ; il leur était défendu de s'absenter de la \\\\c : mais si un seul formait opposition contre un décret du sénat, son veto arrêtait tout. Tel fut le désintérossenient d'Agrippa , qu'après avoir rempli les premières charges de la république, il ne laissa pas de quoi se faire enterrer. Ses funérailles furent faite.saux dépens du trésor public, et le peuj)lc fit donner une somme d'argent à ses enlants.

G. Hirscli, Meiienius Agrippa si'diliosos picbcjoi llomanos e monti Sacro in Urbein fevncnis ; Alloua, 168i, in-4°. — Dcnys d'Haticarnasse, V, il; VI, 83,96. — Tite-l.lve, II. 16,32, 33. — KIoriis, 1,23. — Aiircliiis Viclor, Deviris illust., 18. — Valcriu.s Ma)ii:iius, VIII, 9

AoniPPA {Marais Vipsanhis) , général romain, né l'an 64 avant J.-C, mort l'an 19. avanl J.-C. Élevé avec Octave, qui prit ensuite le nom à' Auguste, il en reçut dos marques <U' gralitiule qui firent de lui le second personnage <Ie rem|)irc. Agrippa commença sa carrière politique on accusant Cassius, lorsque, sur la demande d'Octave^ les assassins de César furent mis en jugoinentj Après avoir été charge de combattre Scvtiis, (ils de Pompée, il se rendit dans la Gaule, dont i soumit les peuples, qui avaient essayé de secouai le joug des Romains. Il passa même le Rliin , i l'exemple de César, pour inspirer la terroiir di ses armes aux peuples de la Germanie. INonui^i ensuite commandant de la flotte , il défit Sextus Pompée dans une grande bataille navale Il dut principalement sa victoire à une macliim de guerre qu'il inventa, et dont l'effet terribli fut de détruire presque tous les vaisseaux di Pompée. C'était ainsi qu'il préludait à colto joiu" née d'Actium, qui décida du sort de l'empire. L; supériorité des manœuvres d'Agrippa et l'incon cevable conduite d'Antoine assurèrent un triom plie complet à l'heureux Octave.

Cependant Agrippa n'hésita point à lui conseiller d'abdiquer, et de rétablir la répul)li(|ue lorsque Auguste, devenu empereur, le consult; à ce sujet, ainsi que Mécène. Rien n'est plui connu que cette conférence, (jui a fourni à Corneille l'une des plus admirables scènes <le Cinna En se déterminant à suivre le conseil de Mé cène, qui s'accordait bien mieux avec ses senti nients secrets, Auguste n'en rendit pas moins jus tice à la franchise d'Agrippa. Pendant un voyag. que l'empereur fit en Espagne, Agrippa, ro.sté; Rome, orna cette ville de plusieurs monuments tels que le Portique et le temple de Neptiuie, le bains qui portèrent son nom , et le Panthéon qti subsiste encore. Auguste, attaqué d'une malaili' grave, ne nonuna point de successeur; mais i remit .publiquement son anneau à Agrippa , et le

Romains en conclurent qu'il le désignait à leur choix. Nommé gouverneur de Syrie, Agrippa était déjà arrivé à Lesbos , lorsqu'il fut rappelé à Rome pour y exercer la dignité dé gouverneur de la ville, qu'Auguste venait de créer spécialement pour lui. Quoique Agrippa eût épousé Marcella , nièce du prince, Auguste la lui fit répudier; et il lui donna pour femme sa propre fille Julie , si fameuse par ses dérèglements. Mécène avait porté l'empereur à cette démarche, en lui disant : « Vous avez rendu Agrippa si puissant, qu'il faut ou le nommer votre gendre, ou le faire mourir. » Agrippa fut ensuite envoyé en Gaule pour arrêter les incursions des Germains qui avaient passé le Rhin , et il y commit d'affreux dégâts. Les Germains se retirèrent à son approche , et il alla ensuite attaquer les Cantabres. Il éprouva une vigoureuse résistance de la part de ce peuple, qui, depuis plus de deux siècles , bravait les armes de Rome. Cependant il parvint à le dompter, et un tel succès parut au sénat digne du triomphe. Agrippa eut la prudence de refuser cet honneur, pour ne pas exciter la jalousie d'Auguste. H continua ensuite à multiplier dans la capitale de l'empire les établissements publics , et Rome lui dut surtout de magnifiques aqueducs , qui subsistent encore aujourd'hui.

A cette époque , Auguste , pour ôter tout espoir aux anciens partisans de la république, partagea en quelque sorte le pouvoir suprême avec Agrippa , qui se montra de plus en plus digne d'une si haute fortune. L'an 740 de Rome ( 14 avant J.-C), il marcha en Orient, où Hérode, roi de Judée, seconda ses armes, qui furent partout victorieuses. Cette fois encore il refusa le triomphe , et attribua tous ses succès à l'empereur, sous les auspices duquel il avait combattu. Auguste prolongea pour cinq ans son autorité tribunitienne, et l'envoya contre les Pannoniens, qui , effrayés de son nom seul , se soumirent à toutes les conditions qu'il voulut leur imposer. B était de retour en Italie , lorsqu'en traversant la Campanie il fut attaqué d'une maladie violente , qui le mit au tombeau en peu de jours. A la première nouvelle de sa maladie , Auguste quitta les jeux auxquelsil assistait, pour se rendre auprès de son ami ; mais il n'arriva que pour le pleurer. Sentant la perte qu'il venait de faire , il ordonna que le corps d' Agrippa fût transporté à Rome, se chargea de prononcer lui-même son oraison funèbre , et fit déposer ses restes dans son propre mausolée, près de ceux de Marcellus, l'an 742 de Rome. — Agrippa légua au peuple romain ses biens et ses jardins. Parmi les dons qu'il fit à Auguste, on remarque celui de la Chersonèse Taurique. Il laissa, de sa première femme Cœcilia Attica , une fille nommée Agrippine , qui f'pousa Tibère. Il n'eut point d'enfants de Marff'lla, sa seconde femme. JuUe, qui fut la troisième , lui donna trois fils , Caïus , Lucius , Agrippa Posthumius , et deux filles , Julie et Agrippine , femme de Germanicus.

Diirdent , dans la Biograph. Universeîle. — VelliUus Paterruîus, Hist., lib. II. — Suétone, In Jugust. — Dion, liv. XLIX, LUI et LIV. — Pline, liv. lil, IV, etc. — Josèplie, lib. XV et XVI, Hist. — Philon, In Légat., 88. — Tite- Uve, Epitome, 117-136 — G.-Chr. Gebauer, Dissertatio de Marc, f^ipsan. Agrippa; Lips., 1717, ^-4". — P. Schr. Fraridsen, Marc. Fipsan. agrippa; historische Untersuchung ilber dessen Leben und fnrken; Alton., 1836.

AGRIPPA (Caïus), deuxième fils du précédent et de Julie , fille d'Auguste, fut adopté par cet empereur avec Lucius Agrippa , son aîné. Le peuple romain offrit le consulat à ces deux enfants à l'âge de quatorze à quinze ans. Auguste leur permit seulement le titre de consuls désignés. Caïus s'étant rendu dans l'Arménie pour en chasser les Parthes, fut blessé d'un coup de poignard par Lullius , gouverneur de la ville d'Artagète. Le meurtrier fut mis à mort. Mais Caïus ne fit plus que languir depuis cet accident. D termina ses jours dans la ville de Lymirne en Lycie, à peine âgé de vingt-quatre ans. Son tempérament le portait au plaisir; mais il savait combattre et gouverner. Sa douceur l'avait fait aimer des peuples d'Orient.

AGRIPPA le Jeune {Marcus-Juliiis), troisième fils de Vipsanius Agrippa, et frère du précédent, naquit en l'an 12 avant J.-C. Il fut adopté par Auguste, qui lui donna la robe virile à l'âge de dix-sept ans. Ayant tenu des propos très-indiscrets contre ce prince, son bienfaiteur, U fut exilé dans la Campanie, ensuite relégué comme un criminel dans l'île de Planaise. Livie ne contribua pas peu à irriter Auguste contre son petit-fils. Ayant appris que l'empereur voulait, après huit ans d'exil, le rappeler auprès de lui, elle fît, diton, empoisonner son époux, et envoya, de concert avec Tibère, un centurion pour tuer Agrippa. Ce prince fut surpris sans ai-mes ; il ne défendit pas moins sa vie, et ne succomba qu'après avoir été percé de plusieurs coups. Ce fut ainsi que le dernier des petits-fils d'Auguste périt à l'âge de vingt-six ans.

Dion, lib. LU. — Tacite, Annales, 1. 1. — Suétone, In Tiberio.

NOUV, BIOGK. UNIVERS. — T. I.

AGRIPPA (Hérode), roi de Judée, né l'an 10 avant J.-C, mort en 44 après J.-C. Fils d'Aristobule et de Bérénice, fille d'Hérode, dit le Grand , il fut élevé à la cour d'Auguste, avec Drusus, fils de Tibère. Son goût pour la profusion le jeta dans des dépenses si' excessives, qu'à la mort de Drusus il fut obligé de revenir en Judée. Il passa quelques années en un château de l'Idumée , dans une situation si misérable , qu'il se serait volontairement laissé mourir de faim, si sa femme Cyprès , fille de Phasaël , et quelquesuns de ses amis ne fussent parvenus à lui rendre le courage. Il revint à Rome, où il s'attacha à Caligula, dont il eut l'imprudence de divulguer les intentions malveillantes à l'égard de l'empereur Tibère. Celui-ci le fit aussitôt charger de chaînes , mais il ne porta pas plus loin son ressentiment ; et Hérode Agrippa vivait encore lorsque Caligula parvint à l'empire. Ce prince le fit sur-le-champ mettre en liberté, et lui donna une

chaîne d'or du même poids que les chaînes dont l'avait fait charger Tibère ; il y joignit deux téîrarchies , avec le titre de roi. Un an après , Agrippa partit pour visiter son royaume. Prenant sa route par Alexandrie , il fit dans cette ville une entrée si pompeuse , qu'il excita l'envie des habitants , qui , toujours enclins à la raillerie , l'insultèrent par une procession satirique, où un mendiant faisait le personnage d'un roi juif. Agrippa et ses compatriotes, qui étaient en gi'and nombre dans la ville, en furent très-offensés; mais ils ne purent se venger, parce que Flaccus, gouverneur de la ville , n'aimait pas les Juifs. II .s'ensuivit dans Alexandrie une persécution violente contre ces derniers ; mais Agrippa en ayant infonné l'empereur, obtint le rappel de Flaccus. Cependant HérodeAntipas voyait avec envie l'élévation de son beau-frère : il fit un voyage à Rome pour obtenir de seinblables honneurs. Agrippa l'accusa d'avoir pris part à la conjuration de Séjan , le fit bannir, et se mit en possession de sa tétrarchie et de tous ses trésors. Agrippa se vit ensuite placé dans une situation critique à l'égard de Caligula. Cetyran avait ordonné que son image fût adorée dans le sanctuaire même du temple de Jérusalem ; mais les Juifs s'opposèrent avec tant d'énergie à cette profanation , que le gouverneur fut obligé de différer l'exécution de l'ordre de l'empereur, et de lui demander de plus amples instructions. Agrippa vint à Rome afin d'intercéder pour ses compatriotes , et se présenta devant Caligula au moment où il lisait la lettre du gouverneur. H fut tellement frappé de la colère que sa vue causa à l'empereur , qu'il s'évanouit,, et que l'on fut obligé de le porter à son palais. Là, il écrivit à Caligula une lettre très-hmnble, insérée dans les œuvres de PhUon, et qui, jointe à une conduite très-adroite, apaisa pour le moment Caligula , qui fut assassiné l'an 41 de J.-C. Agrippa fut employé comme négociateur entre Claude et le sénat , et il contribua à faire prendre à Claude la résolution d'accepter l'empire. C'est du moins ce qu'affirme Josèphe; mais aucun auteur latin ne rapporte ce fait. Quoi qu'il en soit , Claude favorisa beaucoup Agrippa, non-seulement en confirmant les dons qu'il avait reçus de Caligula, mais en donnant à ses royaumes de Judée et de Samarie toute l'étendue qu'ils avaient eue sous Hérode le Grand. Il le décora des ornements consulaires ; et, à sa prière, il accorda le petit royaume de Cîialcis en Syrie à Hérode, frère et gendre du roi des Juifs. A cette époque, Agrippa fixa son séjour en Judée, et gouverna ses sujets avec douceur. En peu de temps, il déposa plusieurs grands prêtres. Les pratiques païennes qu'il mêlait aux cérémonies religieuses scandalisaient les Juifs; il donnait des combats de gladiateurs et d'autres spectacles dans le goût romain. Un certain Simon, austère partisan de la loi de Moïse , lui ayant fait à ce sujet, en public, de violents reproches, Agrippa le fit asseoir à côté de lui au

théâtre, et, par des attentions flatteuses, adoucit tellement sa sévérité , qu'il le vit approuver toutes ses actions. Ce fut probablement pour complaire aux Juifs qu'il persécuta les chrétiens. On lui attribue le martyre de saint Jacques le Mineur, frère de saint Jean, et l'emprisonnement de saint Pierre. Il était à Césarée, avec une cour aussi nombreuse que brillante, pour y célébrer des jeux en l'honneur de Claude, lorsqu'il fit un discours aux députés de Tyr et de Sidon qui étaient venus solliciter sa faveur. Ces députés , et les autres vils flatteurs qui étaient présents , s'écrièrent que sa voix était celle d'un dieu et non d'un homme, adulation exti-avagante dont Agrippa parut touché. Presque dans le même temps il fut attaqué d'une maladie d'entrailles qui , au bout de cinq jours de souffrances , le fit mourir à l'âge de cinquantequatre ans, etdans la septième année de son règne. Il laissa un fils et trois filles , dont l'aînée fut la fameuse Bérénice qui épousa Hérode.

Dardent, dans la Biograph. Univ. — Josèphe, ^ntiq. jiidaic. XVIII , 20. — Bell. Jud., II, 8, chap. vrir. — Dion, uyi. — Actes des Apôtres, ch. xii. — Eusùbe, llist. ecclés.. Il, 10.

AGBiPPA, astronome de la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, célèbre par une observation astronomique qu'il fit sur la lune : étant en Bithynie, la quatrième année de la 217^ olympiade (l'an de J.-C. 92), il constata que la lune était en conjonction avec les Pléiades. ( Voy. l'Almageste de Ptolémée, liv. VH, c. m, p. 170 del'éd. deBâle, 1538.)

Biographie Univers.

AGRIPPA (Camille), né à Milan dans le seizième siècle, philosophe, mathématicien et surtout architecte. Arrivé à Rome sous le pontificat de Grégoire XHI , il y trouva les plus grands ingénieurs occupés à chercher le moyen de transporter une pyramide sur la place Saint-Pierre. Il médita sur cette entreprise; et après avoir trouvé le moyeu le plus assuré pour en venir à bout, il le communiqua au public dans son Trattado di transportar la guglia in su la piazza di San- Pietro; in Roma, 1583, 111-4°, fig. Ce traité est fort rare, mais moins encore que ses Nuove invenzioni sopra il modo di navigare; in Roma, 1 593, in-4°. On lui doit encore Trattado di scienzia d'arme; Roma, 1553, in-4'', Venise, 1604, in-4°; et Dialogi di venti; Roma, 1584 , in-4". C'est le plus rare de tous ses ouvrages. Tiraboschi, Storia délia Letteratura italiana.

* AGRIPPA ( Castor), écrivain ecclésiastique, vivait vers 128, sous le règne d'Adrien, et combattait par ses écrits les opinions de l'hérésiarque Basilide. Aucun de ses ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous.

Eiisèbe, Hist, écoles., IV, 7. — Saint Jérôme, De Scrip' toribus ecctes.

* AGRIPPA (Livio), du duché de Montferrat; médecin et astrologue du seizième siècle. On connaît de lui un Discours sur la nature et la complexion humaine, publié à Naples en 1601,-

réimprimé plusieurs fois depuis cette époque, et dont il existe une traduction française. E. D.

AGRIPPA DE NETTESHEIM {Hemi-Cor-

nélius), plùlosophe cabalistique, né à Cologne le 14 septembre 1486, mort en 1535. Ce fut un des hommes les plus singuliers du seizième siècle , si riche en hommes extraordinaires. Comme Paracelse dont il était contemporain , Agrippa se plaisait à captiver le public par les innovations et les doctrines les plus étranges. On ne sait s'U faut le condamner comme un charlatan éhonté ou l'absoudre comme un fanatique convaincu. Sa vie aventureuse, mêlée de beaucoup de fables, était en harmonie avec ses paradoxes. Il suivit d'abord la carrière militaii'e , et servit pendant sept ans en Italie dans les armées de Maximilien I^^ H étudia ensuite les langues ancieimes , la médecine et la pliilosophie. En 1506 il vint en France, et occupa en 1509 ime chaire d'hébreu à Dôle, où U se disputa avec les cordeliers. Banni de cette ville, il se rendit en Angleterre, et donna pendant quelques mois des leçons à Londres. En 1510 , on le retrouve dans sa ville natale, à Cologne, enseignant la théologie. En 1511, il siège comme théologien à un concile tenu à Pise. Peu de temps après, il commente à Pavie les écrits d'Hermès Trismégiste, et professe à Turin en 1515. Trois ans après , on le voit à Metz remplir les fonctions de syndic et d'orateur ; mais il fut bientôt obligé de quitter cette ville , parce qu'il avait défendu une jeune paysanne accusée de sorcellerie, et combattu l'opinion vulgaire qui donnait trois époux à sainte Anne. Après avoir séjourné à Fribourg , en Suisse et à Genève , il vint en 1524 exercer la médecine à Lyon, et obtint une pension de François F''. Louise de Savoie, mère de ce roi, le prit pour son médecin. I Mais il ne tarda pas à tomber en disgrâce pour ! avoir refusé à cette princesse de prédire par les [ moyens astrologiques le cours des affaires en t France, tandis qu'il prédisait de nouveaux triomphes au connétable de Bourbon. Agrippa eut : beau murmurer, il n'obtmt pas même l'arriéré ] de sa pension. Il quitta Lyon et se rendit à Anvers, où en 1528 il se vit appelé tout à la fois par le roi d'Angleterre, par le chancelier de l'empereur et par Marguerite d'Auti'iche, gouvernante des Pays-Bas. Il préféra s'attacher au 1 service de cette princesse , qui le fit nommer

I histoiiographe de Charles-Quint. Il se mit à

II remplir cette charge par la publication de ï Histoire du gouvernement de Charles-Quint , lorsque Marguerite, qui commençait déjà à être prévenue contre son protégé, vint à mourir. Il prononça l'oraison funèbre de cette princesse. Son ouvrage sur la Vanité des sciences lui attira de nombreux ennemis; et sà Philosophie occulte le fit accuser de magie. Agrippa redevint de nou- \ laii vagabond , et en 1535 il alla mourir à Lyon ou a Grenoble, dans un hôpital ou dans la maison d'une personne charitable.

Bien qu'Agrippa eût témoigné beaucoup d'estime pour Luther çt Mélanchthon, il n'avait point professé publiquement le protestantisme. Grand nombre d'auteurs l'ont accusédemagie. SelonPaul Jove , il avait un chien noir qui lui apprenait tout ce qui se passait dans le monde ; et, au moment de mourir et pressé de se repentir, il ôta à ce chien un collier garni de clous qui formaient des inscriptions nécromantiques , et lui dit d'un ton affligé : « Va-t'en, malheureuse bête, qui es cause de ma perdition. » Agrippa mérita de ses contemporains le titre d'Hermès Trismégiste. Si les uns le maltraitent, les autres l'élèvent jusqu'au ciel. Jacques Gohori le place parmi les astres de son époque, inter clarissima sui sœculi lumina; et Louis Vives le nomme le miracle des lettres et l'amour des gens de bien, litterarum litteratorumque omnium miraculum et amorem bonorum. Il y a évidemment de part et d'autre beaucoup d'exagérations. On a fait ressortir toute l'originalité et le caractère antithétique de cet homme par ces mots : Contemnit, scit, nescit, deflet, ridet, irascitur, insectatur, carpit omnia, ipse pMlosophus , dxmon, héros, detis et omnia.

Les ouvrages imprimés d' Agrippa ont pour titre : 1° De incertitudine scientiaî^um , declamatio invectiva; Cologne, 1527, in-12; Paris, 1531, in-8°. Ce livre a eu beaucoup d'éditions, dont les sept premières seules n'ont pas été mutilées; il a été traduit en français (parTurquet, 1582, in-S", et par Gueudeville, Leyde, 1726, 3 vol. in-12), en allemand, en anglais, en hollandais et en italien. L'auteur cherche à prouver qu'il n'y a rien de plus pernicieux pour la vie des hommes et le salut de leurs âmes que les arts et les sciences. Quelques chapitres , qu'on a cités à tort comme autant de traités spéciaux, ont pour titre : \° De medicina in génère ; De medicina opératrice ; De pharmacopolia; Contra pestem antidata securissima; De chiriirgia ; De anatomistica ; De veterinaria; Dedisetaria, etc. ; — 2° De occulta pMlosophia, libri ^res; Anvers et Paris, 1531 : cet ouvrage, qui a eu un grandnombre d'éditions, a été traduit en français par le Vasseur ; la Haye, 1727, 2 vol. in-8°; — 3° De nobilitate et prxcellentia fœminei sexus declamatio ; Anvers, 1529, in-8° : cet écrit, fait pour plaire à Marguerite d'Autriche, sœur de Charles-Quint, a été traduit en français par L. Vivant ( 1578, in-16), par Arnaudin (1715), par Gueudeville avec le Traité sur l'incertiticde des sciences, et par Peyrard, sous le nom de Roetitg (Paris, 1803, in-12); — 4° Commentaria in artem brevem Raymundi Liilliï; Cologne, 1533; — 5° Orationes decem; De duplici coronatione Caroli Y, apud Bononiam; Epigrammata; Cologne, 1534, in-8°. Ces ouvrages ont été réunis etpubliés à dilférentes reprises ; l'édition la plus ancienne parat à Anvers, in-8°, en 1535. F. H.

Jean Wlerus , De magis , c. v, — Naudé , apologie des

grands hommes, etc., p. 427.-Fi-iedrich-WUliclm Sommer deSommersberg, Disseriatio de Henr.-Corn. Agrippa; Lips., 1717, ln-4°. — Agrippaeana oder Hcinr. Corn. Agrippa's merkwûrdiges Leben ; Lips., 1722, in-8°. — Paul Jove, in Elog. doct. vir. — .Thevet, Éloges des hommes illustres.— Melchior Adam, in f-'it.gei^m. medic — Schelhorn, Aménités littéraires.

*AGRiPPiN, évêque de Carthage vers l'an 217 de J.-C, soutenait qu'il fallait baptiser de nouveau ceux qui avaient reçu le baptême de la main des hérétiques. Ses disciples s'appelaient agrippiniens. C'étaient les précurseurs des anabaptistes.

Vincent de' Lerins, Commonit, c. ix. — Saint Augustin, liD. m, De bapt. — Saint Cyprien, ep. 71 et 73.

AGRIPPINE. Trois femmes romaines ont porté ce nom. Agrippine l'Ancienne , petite-fille de Pomponius Atticus, fut la première épouse de Tibère, qui, quoiqu'il l'aimât beaucoup et qu'il en eût un fils , se sépara d'elle lorsqu'il dut épouser Julie , fille d'Auguste et veuve d' Agrippa. Elle épousa ensuite Asinius Gallus , que Tibère , qui aimait toujours Agrippine , condamna à une prison perpétuelle. Voy. Tibère.

Agrippine la Jeune, lille de Vipsanius Agi'ippa et de Julie, fiUe d'Auguste, fut l'épouse de C. Germanicus. Femme héroïque et ornée de grandes vertus , elle accompagna son mari dans toutes ses campagnes; et l'ayant perdu par la violence, elle ne sut pas assez dissimuler son indignation ni contenir sa douleur ( Voy. Germanicus). Tibère, qui la haïssait pour ses vertus et son crédit auprès du peuple , l'exila dans l'île de Pandataria, où elle finit volontairement ses jours par la faim, l'an 33 de J.-C. On a plusieurs statues antiques de ce personnage.

La troisième Agrippine , fille de cette dernière, épousa Domitius Ahenobarbus, qui la renditmère de Néron. A la mort de Domitius, elle convola en secondes noces , et eut ensuite pour troisième époux C. Claudius, le frère de son père, qui l'épousa après Messaline. Elle passa pour une femme spirituelle , et d'une grande intelligence des affaires politiques ; mais elle était d'une ambition sans bornes, intrigante, déréglée, et d'une cruauté extrême. Néron, qui après son avènement au trône , ne tarda pas à se lasser de ses manières impérieuses , la fit égorger l'an 59 après J.-C. (Voy. Néron). Elle était née dans la ville de Cologne, dont elle fit agrandir l'enceinte, et qu'elle fit appeler Colonia-Agrippina. [Enc. des g. du m.]

Tacite, Annal. — Dion Cassius, lib. LIX-LXI. — Élisajjctli Hamilton, Meinoirs of the life of Agrippina , the wife of Germanicus ; Lond., 1800, 3 vol. in-12. — C. BurkUard, Agrippina, des Marc. [ Fipsaniiis) Agrippa Tochter,Augwst's EnkelininGermanien, im Orient rind in Rom.; Augsb., 1846, in-8o. — C.-H. Graun, Disseriatio de Agrippina Neronis matre ; Witteb., 1C81, in-4°. — Ferd.-Fr. Walbrat, Agrippina Gemahlin des Claudius, Stifterin von Coin; Coin, 1800, in-12.

AGRŒius ou AGR^ius , rhéteur dont pai'lc Ausone, dans son livre intitulé Commemornfio professorum Burdlgcdensium. On lui attribue un livre De orthographia, propiiefate et differentia sermonis, imprimé dans les recueils des

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anciens grammairiens , par Bonaventuro Vulcanius , Bâle, 1577, in-fol.; par George. Fabricius en 1595 , et par Putschius, Hanau, 1605, in-4°.

Fabricius, Biblioth. lai., III, 414. — Saxius, Onomasticon Liter., 1, KOS.

*AGUADO [Alexandre-Marie ) , célèbre banquier, né à Séville le29 juinl784,mortle 14 avril 1842, marquis de las Marismas del Guadalquivir. Originaire d'une famille juive portugaise, il embrassa de bonne heure la carrière militaire, et en 1810 il fut nommé colonel du premier régiment de lanciers et aide de camp du maréchal duc de Dalmatie, lors de l'occupation de l'Espagne par l'armée française. Après la bataille dt Baylen , rentré en France avec son régiment , partagea le sort de tous les régiments étrangers, qui par un décret impérial furent désarmés aprè.< la bataille de Leipzig. Il fut alors employé comm( colonel attaché à la 11'' division militaire. Lor; de l'invasion de Bordeaux par les troupe: anglaises , il revint à Paris , et obtint le commandement d'un régiment éti-anger qui devai s'embarquer pour les colonies françaises ; mai il refusa cette mission , demanda son congé d. réforme, et entreprit, en 1815, la carrière com merciale à Paris. Les relations puissantes d ses parents à Cadix, à la Havane et au Mexique lui donnèrent de grands avantages dans l'cxpoi tation des produits français, et pour la vente ei France des denrées coloniales. Par suite de se succès continus, U fut en 1823 nommé parle w d'Espagne banquier du gouvernement à Paris et continua de l'être jusqu'en 1830. Pendant toi ce temps il ne cessa de recevoir des marques d la bienveillance de Fei'dinand VII, qui lui i concession d'un grand nombre de mines, et d la propriété de vastes terrains auxquels ft attaché le titre de marquis de las Marisma; Devenu grand propriétaire en France , Aguad se fit nciuraliser en 1828 , et remplit depuis le modestes fonctions de maire d'Ivry-sur-Scinc village qui lui doit de grands embellissements. L pont de Ris , sur la Seine , a été construit à sf frais. Aguado fut un des principaux propriétaire des belles vignes de Chàteau-Margaux, et d'un magnifique galerie de tableaux dont Gavarni commencé à pubher les dessins {Galerie Aguadi Pai'is, 1837-42, in-fol.). Aguado laissa en mourar une fortu»e que l'on estime à plus de 60 mi lions de fi-ancs. [Enc. des g. du m., avec addit

Moniteur Universel, 1842.

* AGiTADO ( François de) , jésuite espagnol né en 1572 à Torrejon de Ardoz , mort le 17 jar vier 1654. Parmi ses nombreux écrits théolog ques on remarque : Exortaciones varias dot trinales; 1641, in-fol., Madrid.

RIbadeneira, Bibliotheca srriptorum .locietatis Jest p. 209. — Nie. Antonio , Bibliotheca Hispana JVova t. 1, p. 397, édit. de 1783.

*AGîTANi {Juvénal »'), théologien allemanc orignaire du Tyrol , vivait dans le dix-septièm siècle. Il était de l'ordre des Capucins, et se i

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une grande réputation par l'étendue de ses connaissances et par ses intrigues. On a de lui : 1° Manuductïo neoplnjti, seu clara et simplex tnst7'î(ctionoveUii-eUgwsi;'Yienne, 1680, in-8°;

— 2° JSecessarïa dej'ensio contra injustum aggressorem, in-4° : c'est une réfutation del'ouwage du prédicant hessois Scheibler, contre les miracles ; — 3° Salis intelligent tas lumen itideficiens , i6S9, in-4° ; — 4° Brevissimus nucleus tlieologim moralis practicus , in-4° ;

— 5° Artis magna sciendi synopsis, seu mentis humanœ secundtcm commonitorium ad invenïendum et diseur rendum; Salzbourg, 1689 , in-4° ; — 6° Theologia rationalis ad hominem et ex homine, etc.; Vienne, 1703, in-4°.

Jôclier, Gelehrten-Lexicnn , avec le suppl. d'Adcluns.

*AGUAS {Juan d' ), théologien espagnol, I vivait au dix-septième siècle. Il était chanoine de l'église métropolitaine de Saragosse , et examinateur synodal de l'archevêché. On a de lui : Por el origen y sucesos de los templos sedes catcdrales, Alegacion historica, Apendice con notas y aplicacion por la catedralidad privativa del templo maximo metropolitano de Zaragoça; en Zarag., 1668, in-4°. E. D. Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

AGrccHiA ( Jean ) , graveur du seizième siècle. On a de lui la cathédrale de Milan, et I un Portail, grand morceau d'architecture.

Nagler, Kiinstler-Lexicon.

I * AGUCCHIA ( Lactance ) , mathématicien ita- ' lien, vivait vers le milieu du dix-septième siècle, î On a de lui un ouvrage assez peu connu , sous i le titi'e : Il computista pagato per trovare I in un subito il conto falto de qualunque paigamento ; Lodi, 1671, in-4''. E. D.

Cat^ilogue inédit de la Bibliotlièque nationale.

* AOUERO ( Bartholomeo , Hidalgo de ) , i Médecin espagnol, né à Séville en 1531, mort ' le 5 janvier 1597. H s'était fait une grande répu- > lation dans le traitement des plaies. La crédulité du peuple lui attribua une puissance surnaturelle , et , longtemps après sa mort , les Sévil- \ liens, en prenant les armes, se recommandaient I à Dieu et au docteur d'Aguero. On a de lui : Tesoro de la verdadera cirugia , y via partictilar contra la commun opihion; Séville, 1084 , in-fol. Ce recueil, publié par François- Xirnénès Guillera, neveu de l'auteur, contient un ouvrage posthimie : Antidotarium générale;

— Avisos de cirugia contra, etc., 1584; Respuesta a las propositiones que el licenciado Fragoso ensenna contra unos avisos , etc.

Biographie médicale.

AGUERO {Benoit- Emmanuel) , peintre espagnol , né à Madrid en 1626 , mort en 1670. Élève de Jean-Baptiste del Mazo , Aguero était grand paysagiste, et très-correct dans les figures qu'il a dessinées. Onvoit plusieurs de ses œuvres duiis le palais d'Ai-anjuez et dans celui de Buen- Rcliro.

iiisrtuuilex , Diccionario îtistorico , etc.

AGUESSEAU

AGUESSEAU {Heïirî-François d') (il signait Daguesseau ) , chancelier de France, né à Limoges le 27 novembre 1668, mort à Paris le 9 février 1751. Il manifesta dès l'enfance la plupart des quaUtés dont la réunion forme le grand honune. Son père ( Henri d'Aguesseau, intendant de Bordeaux , qui inspira à Louis XTV la création de l'ordre de Saint-Louis), fut son premier institutem- et longtemps le seul. Les soins multipliés d'une intendance , loin de conti'arier son zèle, servirent à ses plans d'éducation. 11 réunissait dans ses voyages un petit nombre d'hommes de lettres autour de son fils, et transformait son carrosse en une espèce d'académie où des conférences animées, spirituelles, instructives, complétaient les connaissances du jeime Henri- François , et formaient son goût et son jugement. Ses progrès furent rapides. Il posséda bientôt le grec et le latin, apprit avec ardeur les mathématiques , la philosophie, l'éloquence, l'iiistohe , et commença à dix-sept ans l'étude de la vaste science du droit. Il en étudiait avec soin toutes les parties, et se trouva bientôt en mesure d'occuper avec distinction les postes les plus élevés de la magistratiu'e. Il fut nommé à vingt-deux ans avocat du roi au Châtelet, et obtint, trois mois après , la place de troisième avocat général au parlement de Paris , place que Louis XTV venait de créer. L'éclat avec lequel d'Aguesseau débuta dans ce poste élevé justifia pleinement le choix du roi. Son avènement opéra , sous le rapport de l'éloquence judiciaire, une véritable révolution. Cette éloquence n'avait point suivi celle de la chaire dans ses perfectionnements et ses progrès. Les efforts d'Omer Talon l'avaient , à la vérité , dotée d'une force et d'une élévation incoimues avant lui ; mais elle était encore livrée à toutes les traditions du mauvais goût qui avait marqué sa renaissance. Ce ne fut pas un médiocre sujet d'étoimement que l'apparition d'un orateur de vingt-deux ans, dont les discours, dignes des plus beaux modèles de l'antiqiaité , unissaient au charme de l'imagination , aux richesses de la science, à la noble simplicité du style, la force et l'autorité de la raison. Ces premiers essais de d'Aguesseau excitèrent une admiration universelle. Denis Talon , qui achevait dans l'une des présidences du parlement une carrière marquée par d'éclatants succès, s'écria qu'iZ voudrait finir comme ce jeune homme commençait.

Le 19 novembre 1700, d'Aguesseau succéda à la Briffe, procureur général au parlement. Cet office, plus important que celui d'avocat général, était loin pourtant d'offrir le même éclat. Le magistrat qui le remplissait ne portait la parole que dans quelques circonstances rares : l'exercice de la vindicte publique , la haute police , la surveillance des officiers inférieurs de la justice, celle des établissements de charité et des intérêts du domaine, le maintien de l'exécution des ordonnances et des règlements , étaient ses principales attributions. D'Aguesseau ne vit dans ce poste, à

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la fois éminent et modeste, que de nouYelles, occasions de faire le bien : il embrassa avec une égale supériorité toutes les fonctions qui s'y rattachaient ; il usa avec autant de modération que de fermeté da droit redoutable de poursuite, traça sur la procédure criminelle les instructions les plus judicieuses, et fit preuve, dans l'administi-ation des hôpitaux, d'un dévouement aussi infatigable qu'éclairé. Comme on lui conseillait de ménager ses forces et de prendre quelque repos : Eh ! le puis-je , répondit-il , tant que je sais qu'il y a des hommes qui souffrent?

En 1709, la France, déjà épuisée par de longues guerres , M. désolée* par la famine , fruit d'un rigoureux hiver. D'Aguesseau, qui avait prévu et prédit l'invasion de ce tléau , déploya toute son activité pour en conjurer les effets : il fit renouveler et exécuter les règlements rendus contre les accapareurs , sollicita sans relâche les bienfaits de la cour en faveur des indigents; et s'il ne put tarir la source de tant de calamités , il eut du moins la consolation d'avoir fait tout ce qui étail humainenient possible dans ces douloureuses circonstances. La partie judiciaire de ses fonctions mettait en évidence l'étendue et la solidité de son instruction. Chargé de la défense des di'oits du domaine , on vit avec étonnement renaîti'e entre ses mains des titres ensevelis depuis longtemps dans l'oubli ; il les fit valoir par des écrits pleins de recherches savantes et de la plus judicieuse critique. La plupart des mercuriales de d'Aguesseau , ces discours où, selon les expressions d'un de ses biographes , on croit voir les principes de Caton et de Lycurgue mis en œuvre par Cicéron et Démosthène, furent prononcés dans l'exercice de ses fonctions de procureur général. Mais ce qui doit surtout attacher sur cette partie de sa vie publique les 3'egards de l'histoire , c'est l'indépendance avec laquelle il défendit les libertés de l'Église gallicane contre les entreprises de la puissance ultra- TOonfaine. La trop fameuse bulle Unigenitus fut un des monuments du triomphe de Clément XI : son enregistrement , qui portait une atteinte évidente aux maximes de la monarchie , était impérieusement exigé par Louis XIV et obstinément repoussé par le parlement, devenu, par la défection de la royauté , le seul appui séculier des libertés de l'Église de France. D'Aguesseau , secondé par Joly de Fleury , premier avocat général, encouragea cette compagnie à la résistance, et en obtint un arrêt qui enregistrait la bulle avec des réserves dont l'effet était de déti'uire tout l'avantage de cette formalité. Cet arrêt souleva les jésuites et les ultramontains. Le chancelier Voysin , homme dur et despotique, fit dresser un édit qui enjoignait à tout évêque de recevoir la bulle purement et simplement, sous peine de poursuites ; mais d'Aguesseau refusa de le soumettre à la sanction du parlement. Le roi , espérant le fléchir et l'intimider, le manda seul à Versailles. Ce fut dans cette

circonstance qiae sa femme lui adressa ces paroles vraiment romaines : « AUez, monsieur; « oubliez devant le roi femme et enfants; perdez « tout, hors l'honneur ! « D'Aguesseau , seul en présence du roi, se montra aussi ferme qu'au sein du parlement. Louis XIV , égaré par le dépit , sortit de cette dignité froide qui accompagne le sentiment de la puissance, et alla, dans son emportement, jusqu'à le menacer de lui ôter sa charge. Cette menace fut aussi inutile qu'elle était injuste : d'Aguesseau persévéra dans sa courageuse l'ésistance jusqu'à la mort -de Louis XIV.

L'avènement du duc d'Orléans à la régence donna une autre direction aux esprits. D'Aguesseau s'était déclaré pour ce prince , dont il appréciait les qualités brillantes, tout en méprisant ses vices; il prit une part active à l'arrêt du parlement qui, sans égard pour les dispositions testamentaires de Louis XIV, lui conféra le gouvernement de l'État pendant la minorité du roi. Tel était toutefois l'ascendant de sa vertu , que lorsque le régent l'appela, le 2 février 1717, à la dignité de chanceliei', vacante par la mort de Voysin, le public vit dans cette distinction éclatante un juste hommage rendu à la plus noble illustration de la magistrature, bien plus que la récompense d'un service personnel. Lui seul montra peu d'empressement pour une dignité dont il entrevoyait les périls dans une cour licencieuse. Il se consola de sa faveur en faisant nommer procureur général à sa place son digne au>àliaire Joly de Fleury , et s'unit avec ardeur au duc de Noailles, son ami, alors chef du conseil des fmances, pour travailler à la réparation des désordres de toute nature auxquels les dernières années de Louis XIV avaient livré l'État. Les embaiTas financiers étaient grands : ce fut dans ces circonstances qu'un aventurier célèbre, Law, parvint à faire goûter au régent un système auquel quelques essais heureux , et surtout l'ignorance qui régnait alors sur lestliéories les plus simples du crédit public , donnèrent bientôt une vogue extraordinaire.

D'Aguesseau, sans contester absolument le principe sur lequel l'eposait ce système, avait signalé avec autant de force que de raison les dangers de son application ; sa probité austère était blessée d'ailleurs des fictions auxquelles il fallait avoir recours pour l'accréditer. Le sac-i ces des premières opérations du financier écossais fut le signal d'un véritable délire. La fièvre de l'agiotage, allumée par la perspective d'énormes bénéfices, s'empara de tous les esprits : le papier-monnaie mis en circulation par Law eut un débit prodigieux , et le parlement, pour la pieraière fois impopulaire, opposa vainement le frein de sa défiance à cet entraînement universel. Le régent, qui le partageait, ôta, le 28 janvier 1718, les sceaux au chancelier, et l'exila dans sa terre de Fresnes. D'Aguesseau partit avec sérénité et presque avec joie. Son exil attrista les esprits, sans les indigner. Noailles seul voulut s'associer

AGUESSEAU

à sa disgrâce. Le lieutenant de police d'Argenson , ennemi personnel du parlement , succéda à l'un et à l'autre. Mais l'ébranlement successif du système de Law ne tarda pas à justifier les : pressentiments de d'Aguesseau. Effrayé de ce discrédit croissant, le régent, inspiré par d'Argenson , crut y remédier par un arrêt du conseil c[ui réduisait de moitié la valeur des billets et des actions de la compagnie. Cet arrêt excita un soulèvement universel : le régent se vit obligé de le révoquer. Mais le système était frappé sans retour, et Law, exposé à tous les effets du courroux populaire, n'eut d'autre moyen de le désarmer que de se faire lui-même l'exécuteur d'ime résolution qu'il avait suggérée au régent : c'était le rappel du chancelier. Le 7 juin 1720, il se rendit à Fresnes, accompagné du premier gentilhomme de la chambre du prince, et n'épargna aucune instance pour décider d'Aguesseau à reprendre les sceaux. Il alla jusqu'à lui offrir cent millions de sa propre fortune pour les pauvres : séduction sublime et qui fait honneur à tous deux. L'illustre exilé revint à Paris sans montrer ni empressement ni répugnance, et reprit le 8 juin ses fonctions de chancelier; mais d'Argenson conserva le titre de garde des sceaux. L'opinion publique , peu sensible à la disgrâce de d'Aguesseau sacrifié à Law , lui pardonna avec quelque peine de s'être laissé ramener par ce célèbre aventurier. Le parlement surtout fit éclater un mécontentement assez vif, et considéra mal à propos cette démarche comme une sanction implicite du système que ce grand magistrat n'avait cessé de combattre. D'Agiiesseau s'employa avec zèle à réparer les maux qu'il eût voulu prévenir. Il soumit à une réduction proportionnelle les billets de la banque de Law , et détourna , par ce moyen , la banqueroute totale dont on était menacé. Il fit ordonner aux particuliers qui avaient envoyé leurs fonds hors du royaume, de les faire revenir dans des délais très-courts. La peste de Marseille, qui éclata alors , étouffa les espérances renaissantes en accablant la compagnie de pertes énormes. Le parlement choisit intempestivement cette époque pour repousser sans examen les édits qui avaient pour objet de préparer sans secousse la liquidation des effets. Cette compagnie fut exilée le 24 juillet à Pontoise , et n'obtint son rappel à Paris qu'après l'enregistrement de la déclaration (ui proclamait la bulle Vnigenitus loi du oyaume. Ainsi , ce coup d'Etat, frappé dans des Mes purement financières , servit à d'autres intfêts. Law quitta bientôt la France, chargé de l'i^irnadversion générale ; et le public, détrompé de-,es cliimères , rendit son attention aux quereU théologiques.

L guerre entre les jansénistes et les ultranionins se ralluma plus vive que jamais. Le cardrj de Noailles, archevêque de Paris, par son .pel de la bulle au futur concile , s'était mis tvertement à la tête des premiers. Le

duc d'Orléans , l'homme du royaume le moins porté à se passionner dans un débat religieux , affectait une neutralité sur laquelle les jansénistes étaient loin de compter lors de son avènement à la régence. D'Aguesseau lui-même, dégoûté par l'âpreté de leur zèle et la vivacité de leurs contentions , s'était insensiblement refroidi pour eux, et ne résistait plus que mollement à proposer l'enregistrement pur et simple de la bulle qu'il avait repoussée naguère avec tant d'opmiàtreté. Dubois exploita avec habileté, dans l'intérêt de son ambition personnelle, ces dispositions insouciantes ou équivoques. II fit entrer sans peine le régent dans ses vues, et obtint l'assentiment du chanceHer par les considérations d'ordre public qu'il sut lui présenter. Comme on désespérait de vaincre la résistance du parlement , on eut recours au grand conseU, compagnie jugée avec peu de faveur depuis qu'elle s'était faite l'auxiliaire docile des oppressions financières de Richelieu. Le régent, déterminé à emporter l'enregistrement de haute lutte, se rendit avec appareil, le 23 septembre 1720, dans la salle des séances; et, après un discours du chancelier, il déclara accorder une liberté entière aux suffrages. Cette déclaration était au fond illusoire, puisque le concours des seigneurs qui accompagnaient le régent assurait à la bulle une majorité nombreuse. Un conseiller, nommé Pérelle, en profita néanmoins pour appuyer son avis, contraire à l'enregistrement, de quelques développements qui excitèrent l'impatience du chancelier : « Où donc, lui dit ce ministre en l'interrompant, avez-vous pris ces principes.^ — Dans les plaidoyers de feu le chancelier d'Aguesseau , « répondit froidement Pérelle. L'impartialité historique ne nous permet pas de dissimuler que d'Aguesseau fit preuve, en cette occasion , d'une condescendance blàmahle. Sans doute la sanction de la bulle importait au repos de l'Église et de l'État; mais saisir le grand conseil d'une attribution qui appartenait au parlement seul, n'était-ce pas porter une atteinte sensible aux privilèges de cette compagnie , et exposer l'intérêt de la monarchie aux ressentiments les plus opiniâtres et les plus dangereux ? La froideur du public et l'indifférence même du pape avertirent d'ailleurs Dubois du peu d'importance de l'enregistrement qu'il venait d'obtenir. Il fallut donc en revenir au parlement, et surmonter à tout prix une opposition que rien ne semblait devoir faire fléchir. Parmi les partis violents qui furent agités au conseil , le moins extrême était la translation de cette compagnie de Pontoise à Blois. D Aguesseau retrouva toute son énergie pour défendre les prérogatives du corps auquel il avait appartenu : il opposa à cette détermination la menace de remettre immédiatement les sceaux. Le maréchal de Villars, également effrayé des malheurs auxquels la retraite du chancelier et la disgrâce du parlement allaient exposer l'État, intervint

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avec zèle, et le succès de cette honorable médiation fut complet: les lettres de cachet portant exil du parlement à Blois furent révoquées ; le cai'dinal de Noailles publia le 17 novembre son mandement d'acceptation de la bulle ; et le parlement lui-même , vaincu surtout par la crainte de la retraite de d'Aguesseau , enregistra sans difûculté la bulle le 4 décembre, moyennant quelques réserves insignifiantes ; il fut rétabli immédiatement à Paris. L'emportement des jansénistes vaincus s'exhala en épigrammes plus ou moins amères. Le scandale de la promotion de Dubois au cardinalat fut une conséquence de la docilité du parlement.

Mais un nouvel orage amassé par Dubois ne tarda pas à fondre sur d'Aguesseau. Ce prélat ambitieux et pervers supportait avec peine le spectacle d'une austérité qui condamnait si vivement le dérèglement de ses mœurs; d'ailleurs, parvenu au poste de premier ministi'e , il lui fallait des collègues complaisants et dociles. Un incident fort simple par lui-même , un débat de préséance au conseil , fut le moyen frivole à l'aide duquel il obtint de son faible maître l'éloignement du seul rival dont la vertu fit ombrage à sa puissance. Le 28 février 1722, les sceaux furent redemandés à d'Aguesseau de la part du régent, et le lendemain même le chancelier partit pour sa terre de Fresnes. Des regrets universels et hautement exprimés l'accompagnèrent cette fois dans sa disgrâce. Le régent lui écrivit une lettre obh'geante, où son éloignement était coloré de prétextes plus ou moins spécieux. L'illustre disgracié pressentit que ce second exil serait plus durable cpie le premier, et songea aux moyens d'en occuper utilement les loisirs. Ce fut dans cette retraite , que d'Aguesseau appela plus tard les beaux jours de sa vie, qu'il jeta les fondements de ces réformes législatives opérées avec tant de prévoyance et de sagesse , qui sont devenues l'un de ses plus beaux titres de gloire. n y rédigea aussi ce cours complet d'éducation judiciaire qui nous est parvenu sous le nom d'Instructions à mes enfants. L'agilculture 5 la poésie , l'entretien des gens de lettres , la méditation des livres sacrés , l'étude des langues, achevaient de remplir cette existence laborieuse et active. Le nonce Quirini vint le visiter à Fresnes : « C'est ici, lui dit-il, que se forgent les armes contre la cour de Rome. — Dites seulement , répondit d'Aguesseau , les boucliers qui repoussent ses armes. »

La majorité du roi, qui fut déclarée le 21 février 1723, et la mort du cardinal Dubois, n'apportèrent aucun changement au sort de d'Aguesseau. Son rappel, en 1727, fut un des actes honorables du ministère de Fleury; mais ce cardinal ne fut juste qu'à demi. Les sceaux furent donnés à Chauvelin , ancien avocat général , qui les garda jusqu'en 1737. Le premier soin de d'Aguesseau à son retour aux affaires , fut d'activer les améliorations et les réformes qu'il se proposait d'in-

troduire dans la législation. II consulta les cours souveraines sur ses projets, fit réviser et révisa lui-même avec soin leurs observations ; et c'est de cette élaboration consciencieuse que sortirent successivement les belles ordonnances sur les donations , les testaments , les substitutions, qui mirent des principes solides et clairs à la place de l'obscure subtilité des lois anciennes , et firent cesser une diversité de jurisprudence d'autant plus dangereuse qu'elle répandait souvent de l'incertitude sur la validité des dispositions. Plusieurs autres règlements importants , dont l'énumération serait trop longue , furent les fruits de sa sollicitude. Les querelles théologiques, assoupies plutôt qu'éteintes par l'arrêt d'enregistrement de la bulle Vnvjenitus, ti-oubièrcnt encore une fois d'Aguesseau au sein de ses paisibles travaux. Le cardinal de Fleury , irrité de l'empressement avec lequel le parlement avait supprimé la légende par laquelle Benoît XIII béatifiait Grégoire VU, ce grand adversaire des rois, fit tenir, le 3 avril 1730, un lit de justice où la constitution Unigenitus fut, pour la première fois, enregistrée sans modifications ni restrictions. Cette séance, dans laquelle les opinions se produisirent avec une libei'té souvent trèsvéhémente, fut pour d'Aguesseau l'occasion de rapprochements amers entre la conduite qu'il avait tenue comme procureur général et celle qu'il déployait comme chancelier. Cette entreprise de l'autorité royale laissa de longues traces d'effervescence. La chambre des enquêtes était surtout très-animée contre le ministère, qui crut nécessaire d'avoir recours à un coup d'État, et fit enlever plusieurs conseillers. Ces rigueurs amenèrent le terme ou du moins la suspension des débats. D'Aguesseau fut chargé de régler les conditions du traité entre la cour et les exilés. Au nombre des clauses auxquelles il souscrivit, il s'en ti'ouva une qui permettait au parlement de nouvelles remontrances. Ce privilège, dont ce corps ne tarda pas à abuser, amena une nouvelle lutte qui ne prit fin qu'en 1733, par la diversion d'une guerre étrangère.

Cette esquisse bien imparfaite des contentions qui divisèrent pendant plusieurs années le parlement et le ministère, suffit pour faire apprécier le caractère sage et conciliant que d'Aguesseau déploya dans ces conjonctures difficiles. Sans doute on regrette d'avoir à opposer ce gi-and homme à lui-même, et l'on peut s'étonner qu'il réprouvât/ comme ministi-e lesmaximes qu'il avait défendue^ comme magistrat ; mais il faut se reporter aux rai sons d'État qui dirigeaient sa conduite, se pénétre de la juste impatience qu'il devait éprouver ^ terminer des dissensions qui n'avaient que tip duré, calculer avec lui les dangers de l'inlluefc croissante du parlement, influence qui poiriit entraîner la dissolution de ce corps , et pi^er l'État d'un contre-poids salutaire , en l'abiûce duquel il n'y avait plus de place que pour Iflespotisme. Mais le grand tort de cette po'que

était d'exclure l'énergie. En voulant concilier la cour et la magistrature, d'Aguesseau déplut à toutes deux : il n'obtint guère de Louis XV que cette estime honorable qu'on ne pouvait refuser à son caractère, et ne conserva son ancienne influence que sur la grand' chambre du parlement, composée de gens âgés qui connaissaient le danger des luttes contre la cour. Depuis cette époque, la vie de d'Aguesseau, étranger aux affaires d'État, entièrement concenti'é dans les fonctions de ministre de la justice, ne présente plus d'importance politique. En 1750, des infirmités douloureuses l'obligèrent à interrompre ses travaux. 11 fit agréer sa démission au roi , qui lui conserva le titre de chancelier, avec une pension de 100,000 livres. Il ne s'occupa plus dès ce moment que de la méditation des livres saints ; et c'est au milieu des exercices de cette piété sincère et éclairée, à laquelle il avait dû les plus solides consolations de son orageuse vie, que la mort le surprit, à quatre-vingt-trois ans.

Si d'Aguesseau fut moins grand homme d'État que l'Hospital , il ne lui céda en rien comme législateur, et lui est demeuré de beaucoup supérieur comme jurisconsulte et comme magistrat. Nul homme avant lui n'avait réuni à un degré aussi éminent les qiaalités qui constituent le véritable dispensateur de la justice. Grand écrivain, philosophe habile, savant profond, son immense érudition eût suffi d'ailleurs à sa célébrité. Aucmie branche de l'instruction humaine ne lui était étrangère. Sa mémoire était prodigieuse : il possédait à fond le grec et le latin , l'hébreu et d'autres langues orientales, l'italien, l'espagnol, le portugais et l'anglais. Consulté pour la réforme du calendrier en Angleterre, il y contribua en grande partie. On s'étonne que la vie d'un seul homme ait pu suffire à tant de connaissances ; mais il savait étendi'e la durée de la sienne en s'interdisant les plaisirs et les amusements frivoles. Il n'assista jamais à aucune représentation théâtrale. Il accueillait avec une bienveillance particulière les savants et les hommes de lettres, et s'arrachait avec délices aux affaires publicfues pour s'entretenir avec eux. Potier, Domat, Boivin, Bretonnier, Racine le fils, Vanière et une foule d'autres, eurent part à ses encouragements et à ses libéralités. Il cultivait la poésie latine et la poésie française, et ce talent explique l'harmonie soutenue et la perfection peut-être trop constante de son style. Sa conversation spirituelle et enjouée inclinait naturellement à la plaisanterie ; mais la réflexion et l'âge en bannirent cette disposition, qui ne s'exerça jamais d'ailleurs d'une manière offensante. La vie privée de d'Aguesseau ne démentait point sa vie publique. Il avait épousé en 1694 Anne Lefèvre d'Ormesson, dont le père était inaitre des requêtes et intendant de Lyon. De cette union naquirent quatre fils, dont l'un , Henri-Charles d'Aguesseau , fut avocat général au parlement, et deux filles. Le mausolée dans

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lequel reposaient à Auteuil les ossements du chancelier d'Aguesseau et de sa femme, morte en 1735, fut impitoyablement violé par le terrorisme révolutionnaire ; mais le gouvernement consulaire fit réunir avec solennité, en 1800, dans un même cercueil , leurs cendres religieusement conservées par la municipalité locale. En 1810, la statue de d'Aguesseau fut placée devant le péristyle du palais du corps législatif, parallèlement avec celle de l'Hospital.

Les œuvres du chancelier d'Aguesseau ont été recueillies pour la première fois en 13 volumes m-4°, Paris, 1759-S9. M. Pardessus en a donné en 1819 une nouvelle édition enrichie de notes savantes et d'un discours préliminaire; Paris, 13 volumes in-8°. Parmi les panégyristes de ce grand magistrat , on doit citer Tliomas , Cocliin, Terrasson, Morlhon. [Extr. de VEnc. des g. du m.]

Histoire de la vie et des ouvrages de d'Aguesseau; Paris, 1835, 2 vol. in-8°. — Discours sur la vie et la mort, le caractère et les mœurs de M. d'Aguesseau, par Aguesseau du Fresneson fils, 1812, in-12. — Antoine Thomas, /iïoge de Henri-François d'Aguesseau, chancelier sous Louis X^; Paris, 1760, i'n-4". — Simon-Jérôme Bourlet de Vauxcelles, Eloije de Henri-François d'Aguesseau ; Paris, 1760, in-8o. Barnabe de Martijon, Éloge de Henri-François d'Aguesseau; Toulouse, 1760, in-S»'. — Saint-Simon, Mémoires, t. VI. — Boinvilliers, Éloge du chancel. d'Aguesseau; Paris, 1848. — BouUei, Hist. de la vie et des ouvrages du chancel. d' Aguesseau.

AGUESSEAU ( Henri-Cardin-Jeaii-Baptiste, comte d' ), petit-fils du chancelier, né à Fresnes en 1746, mort en 1826. Avant la révolution, il était conseiller d'État, avocat général au parlement de Paris, prévôt, maître des cérémonies, et, depuis 1783, grand officier commandeur. En 1789, il fut reçu à l'Académie française. Envoyé aux états généraux par le bailliage de Meaux, on le vit au nombre des députés de la noblesse qui les premiers se réunirent aux communes ; mais en 1790, au mois de juin, il donna sa démission. Nommé par le premier consul président de la cour d'appel de Paris , il lui présenta les hommages du corps de la magistrature, et célébra, dans un discours de félicitation, le vainqueur de ritaUe. Napoléon le choisit pour ministi-e plénipotentiaire de France à Copenhague; et, en 1805, il le nomma membre du sénat. En 1814, Louis XVill le créa pair de France. D'Aguesseau se retira l'aimée suivante, à l'époque du départ du roi, et ne reparut à la chambre des pairs qu'après la seconde restauration. Il était loin d'avoir les talents de son grand-père ; mais c'était un homme charitable et de mœurs douces. Il ne laissa que des filles, dont l'une a épousé M. de Ségur, qui depuis a pris le nom de Ségur-d'Aguesseau.

Brifaut, Acad. franc. ( Disc, de récept. ), 1826.

AGUI, OU sultan Agui, roi de Bantam dans l'Ile de Java, vers la fin du dix-septième siècle. Son père , le sultan Agoum , remit le gouvernement entre les mains de son fils , pour ne plus s'occuper que de ses plaisirs. Agui s'étant rendu odieux à ses peuples , son père prit les armes pour rentrer par force dans un royaume qu'il venait de quitter de bon gré. il assiégea la ville

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de Bantam. Agui implora le secours des Hollandais. Le général Speelman résolut de secourir Agui, qui, se voyant maître de la capitale, forma le dessein de subjuguer tout le royaume.

Le P.Tachard, Voyage de Siam.

*AGUIAR [don Thomas de), peintre espagnol, vivait à Madrid vers le milieu du dix-septième siècle. Élève de Valasqnez , il fit surtout de petits poitraits à l'huile d'une grande ressemblance, et fort recherchés.

Eermudez, Diccionario historico, etc.

AGUiiA {C.-F.-E.-H. d' ), officier du génie et voyageur, mort en mai 1815. On sait peu de chose sur sa vie. De 1770 à 1774, il parcourut les contrées de la mer Baltique, de la mer du Nord, la Finlande, la Russie, le Danemark, l'Angleterre et l'Amérique. En 1774 il se rendit de Venise à Constantinople , et vint se fixer en France. Mais en 1789 il fut obligé de quitter ce pays, et vint en Suède, oii il fut témoin de l'assassinat de Gustave in. En 1802 on le retrouve à Paris, où il mourut. On a de lui : r Histoire des événements mémorables du règne de Gustave III, roi de Suède et des Goths ; Paris, 1803 ; — 2° Causes anciennes et modernes des événements de la fin du dix-huitième siècle ; 4 vol. in-fol. ; — 3° Découverte de l'orbite de la terre, du point central de Vorbite du soleil; Paris, 1806,

I vol. in-8°. La doctrine de l'auteur est entièrement opposée à celle de Newton sur la loi de l'atti'action.

*AGUILA ( filigel del), peintre espagnol, mort à Séville en 1736. Ses tableaux, peints dans le style de Murillo, et d'un beau coloris, sont fort estimés.

Bermudcz, Diccionario historico, etc.

*AGUiLA.R ( Antoine ), littérateur espagnol, vivait à Madrid vers le milieu du dix-huitième siècle. On a de lui un ouvrage satirique contre Vincent Pérez, qui prétendait traiter toutes les maladies au moyen de l'eau, et fut surnommé pour cela le Médecin de l'eau. Cet ouvrage est intitulé Sobre el medico de el agua, sueno jocoso; noticias de Galeno y cartu del otro mundo ; nouvelle réimpression, Madrid, 1753, in-4°. E. D.

Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

*AGUILAR (François), médecin espagnol, vivait à Valence vers la fin du seizième siècle.

II écrivit, pour les médecins de l'école de Valence , contre Bernard Caxanes de Barcelone , un ouvrage intitulé De febrkim putridarum curatione liber; Yalent, 1593, in-8°. E. D.

Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.

*AGUILAR ( Gaspard d' ), littérateur espagnol, vivait à Valence vers la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle. II était secrétaire du comte de Chelva. Parmi ses douze comédies, publiées à Madrid en 1614, on remarque : la Gitana melancolica ; la Nueva Humilde; les Amantes de Cartago. On lui doit aussi un poëme intitulé Expulsion de les

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