‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 114 sur 180 · AHMAD SHAH · texte numérisé non relu

AHMAD SHAH

dans le pays des Atchekzéïs, même province), en juin ou juillet 1772.

Ahmâd était fils de Zâmàn-Khân , chef héréditaire de la grande tribu des Abdallis (ou Abdâlis) et de la famille des Saddôzéïs. Après la moi't de son père , il était tombé, avec son frère Zoulfouqar, au pouvoir de Houssein-Shâh-G/î jZrf;'ei, alors maître de Kandahâr. Us furent délivrés par Nadër-Shâh , lorsque ce conquérant , se préparant à envahir l'Hindoustan, s'empara de Kandahâr au mois de mars 1738. Ahmâd entrait à peino dans sa quinzième année à cette époque : cependant Nadër-Shâh , tout en traitant le jeune chef avec une distinction marquée, jugea à propos de l'éloigner, et l'envoya avec son frère dans la province de Mazanderân. Zoulfouqàr-Khân mourut dans cette honorable captivité d'où Nadër Shàli, après son retour de Dehli , ne tarda pas à tirer Ahmâd-Khân pour lui confier le commandement d'un corps de cavalerie. A la tète de cette brigade , composée principalement d'hommes do sa propre tribu, Abdàli, Aiimad se distingua par plusieurs actions d'éclat. Il était fort aimé du roi et jouissait déjà d'une influence considérable, quand Nadër-Shâh fut assassiné dans sa tente en juin 1747. Ahmâd, aidé des Ouzbegs, attaqua hardiment les conspirateurs le lendemain même de ce grand événement; mais, s' apercevant qu'il allait avoir affaire à toute l'armée persane, il battit en retraite sur l'Afghanistan , qui ouvrait im champ favorable à son ambition. Cette retraite fut conduite avec autant de prudence que de courage. Les Afghans , ennemis naturels des Persans , comprhent que le temps était venu de reconquérir leur indépendance en se ralliant sous un chef habile; et dès le mois d'octobre 1747, Ahmâd-Khân, du consentement unanime des khâns Abdallis , Ghildjeis et Bâloutchis , fut proclamé ( shah ) roi d'Afghanistan , et couronné à Kandahâr à l'âge de vingt-trois ans. Ce fut dans ce même temps qu'averti , dit-on , par le songe d'un saint personnage, Ahmâd changea le nom de sa tribu, Abdàli, en celui de Douranî. Il pi-jt lui-même le titre de Shâh-i-douri-dôurân. Il est surtout connu, dans l'Inde Gangétique et dans le Pandjâb, sous les noms de Douranî-Shdh et Ahmàd-Shâh-Abdaïli. Plusieurs circonstances remarquables avaient contribué à aplanir les obstacles que l'heureux aventurier devait rencontrer dans son ambitieuse carrière. Au milieu du désordre occasionné par le meurtre de Nadër-SluUi, Ahmâd s'était emparé du Koh-é-nour (montagne de lumière ) , ce diamant merveilleux qu'aucun souverain n'était assez riche pour acheter, et que la conquête ou le pillage avaient pu seuls faire changer de meûtre (1). Peu de jours après cette première conquête, Ahmâd, dans sa marche sur Kandahâr ou à Kandahâr même, rencontra mi convoi avec un trésor considérable destiné au roi

(i) Le Koh-é-nour, vulé par Randjèt-Sing à Sliàli-Zàmàn, arrière-petil-lils d'Alimid-Sliàh, est toiiilié au pouvoir des Anglais à la conquête d» Pandjàb, en 1847.

AHMAB SHAH

(le Perse, et s'en empara. Ainsi , dès le début de son audacieuse entreprise , des ressources imprévues venaient augmentée l'influence de son caractère , de ses talents militaires et de sa popularité. Profitant de ces faveurs de la fortune , il se mit au niveau d'une situation qui devait se compliquer de jour en jour. Imitateur de Nadër Shah dans les formes extérieures de son gouvernement et dans l'organisation de sa cour, il tint compte de la différence des peuples , et respecta l'organisation intérieure des tribus afghanes, auxquelles il ne demanda , avec le respect des prérogatives royales , qu'un certain contingent en troupes et en argent pour la défense de l'indépendance nationale, ou pour étendre l'influence de ses compatriotes par des expéditions qui devaient les enrichir. Cet appât offert à ces populations belliqueuses et turbulentes les fit accourir sous ses étendards , et dans quelques mois il réussit à établir son autorité sur toutes les provinces cédées par l'empereur moghol à Nadër-Shâh et sur une partie de la Perse. Aussitôt il se dirigea avec toutes ses forces disponibles vers le sud-est, où l'Hindoustan lui présentait son point le plus vulnérable.

Ses deux premières campagnes (1747, 1748) n'evu'ent pas de grands résultats; mais en 1752 il soumit entièrement le Pandjâb , et réussit à s'emparer du Kachemyr. Toutefois , une suite d'intrigues et de désordres eut pour résultat, en 1756, l'occupation de Lahore parles troupes de l'empereur moghol Alâm-Ghyr II. Ahmâd- Shâh n'en eut pas plutôt reçu la nouvelle, qu'il se mit en marche pour la quatrième fois, à la tête d'une puissante année, résolu de tirer une vengeance éclatante de la cour de Dehly. On assure qu'Alam-Ghyr, dans l'espoir de se débarrasser, par l'intervention d' Ahmâd-Shâh , de l'odieuse dépendance dans laquelle le retenait son ambitieux vizir QhazA-oud-din , avait lui-même appelé le souverain douranî au cœur de ses États. S'il en était ainsi , l'événement ne tarda pas à le désabuser. Ghaz-i-oud-din, à l'approche du shah, se rendit au camp, et se hâta de faire sa soumission. A force de présents, de protestations et d'intrigues, il obtint la confiance momentanée d'Ahmâd-Shàh qui le confirma dans ses dignités, et imposa son humiliante tutelle au malheureux empereur de Dehly. Ahmâd occupa cette capilale, sans résistance, au mois de mai 1757, mais ne put la soustraire aux horreurs du pillage. Les Douranîs, dévoués et soumis à leur chef en temps de guerre, n'écoutaient plus la voix de la discipline une fois en pays conquis, et ne se ressouvenaient que des promesses qui leur avaient été faites d'une large part au butin. Dehly souffrit donc , pour la seconde fois en moins de vingt ans , toutes les horreurs qui peuvent désoler une vOle prise d'assaut. Mâttra, la ville sacrée, lieu de pèlerinage pour tous les Hindous , fut surprise vers la môme époque par un corps de troupes afghanes sous les ordres de Djahân-Khân , et ses habitants

impitoyablement massacrés avec une multitude de pèlerins. Des atrocités semblables furent commises sur d'autres points. Les chaleurs excessives ayant cependant déterminé une grande mortalité dans l'armée d'occupation , Ahmâd-Shâh dut se résoudre à regagner promptement ses États. Avant de se retirer, chargé des dépouilles de l'Hindoustan , il épousa ime princesse de la famille impériale , en donna une autre en mariage à son propre fils Teimour-Shâh , investit ce dernier du gouvernement du Pandjâb et du Sirhind ; et, autant par mesure de précaution que pour céder aux humbles sollicitations de l'empereur moghol, qui le suppliait de ne pas l'abandonner sans défense aux entreprises du grand vizir, il laissa comme général en chef, à Dehly, Nadjib-ouddaoula, noble rohilla qui lui était entièrement dévoué. A peine eut-il repassé l'Indus, que Ghazi-oud-dîn , appelant à son aide les Mahrattes , chassa Nadjîb-oud-daoula de Delily, fit assassiner l'empereur, et plaça sur le trône un autre prince de la famille impériale, dont toutefois l'autorité ne fut jamais reconnue. Il se vit bientôt forcé luimême d'abandonner Dehly aux Mahrattes, et se réfugia chez les Djâts. Telle était donc, à cette époque critique, la situation de l'Hindoustan. L'empire moghol , en décadence complète, était, à vi'ai dire, sans chef (l'héritier légitime du trône, Shâh-Alâm, se trouvant alors fugitif et sans ressources au Bengale). La puissance mahratte avait pris un développement gigantesque, et aspirait à la domination suprême de l'Inde , prêtant son dangereux appui , selon les circonstances, aux grands dignitaires musulmans qai se disputaient d'avance les dépouilles des descendants de Teymour, et profitant de toutes les luttes intestines dont ces pays désolés étaient le théâtre. La domination mahratte s'étendait , soit directement, soit par la levée du tchaouth (tiibut ) , de la frontière déterminée au nord par l'Himalava et l'Indus, à l'extrémité sud (ou à peu près) de la péninsule. L'armée mahratte, si inférieure dans l'origine à l'armée moghole et par son organisation et par son artillerie, avait maintenant, sur toutes les forces musubnanes que l'Hindoustan aurait pu réimir, une supériorité marquée. Aussi le Peishwa (chef suprême de la confédération mahratte) et ses généraux ne faisaient-ils plus mystère de leurs projets : le résultat de la lutte qu'ils venaient d'engager, en s'emparant de Dehly et du Pandjâb (1758), devait être le triomphe du génie hmdou sur le génie musulman. Ahmâd les força d'évacuer le Pandjâb l'année suivante, et, les poussant devant lui, s'approcha graduellement de Dehly. Le sentiment d'un commun danger miit les di^'ers chefs moghols et rohillas dans le nord de l'Inde, et les détermina à accueillir le souverain afghan comme leur libérateur. La fin de l'année 1759 et toute l'année 17G0 se passèrent en manœuvres, en actions partielles et en vaines négociations. Les Mahrattes, par un immense elfort, étaient par.

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