ALAN
ce qu'ils pensaient de cette nouvelle. Comme elle leur parut impossible et absurde , il leur dit : « Si un ange ne peut mourir, comment voulezvous qu'un Dieu le puisse, vous qui confondez les deux natures du Christ ? «
Anastase; Cédréne ; Nicépliore; Baronius, A. D. S09 et SI3.
*ALAiv, évêque de Caitlmess, élu chancelier d'Ecosse en 1 291 . Il mourut quelques mois après. On lui attribue : Super regalitatem Roberti Brusii, lib. I ; — Epistolx ad Robertum Brusiwn , lib. I.
Dempster, Historia ecclesiastica gentis Scotorvm.
ALAN, ALLEN, ALLTN (GuUlaume), cardinal anglais, né en 1532 à Rossai, dans le comté de Lancastre, mort le 6 octobre 1594. Il fut élevé à Oxford, et sous un professeur très-ardent cathohque. L'avènement d'Elisabeth et le système d'intolérance adopté par cette reine ne permettaient à Alan d'espérer aucun avancement dans la cai'rière ecclésiastique ; il quitta sa patrie , et vint s'établir à Louvain , où il composa, en réponse à un écrit du savant évêque Jervel, un ouvrage intitulé Défense de la doctrine catholique ail sujet du purgatoire et des prières pour les viorts ; Amers, en 1565. Ce livre fut le signal d'une controverse longue et animée. Le dérangement de sa santé le détermina à retourner en Angleterre. La ferveur de son zèle ne lui permit pas d'y rester tranquille; il publia de petits écrits qui le rendirent odieux au gouvernement, ce qui l'obligea de se cacher ; mais, du fond de sa retraite , il publia encore un écrit apologétique, intitulé Courtes raisons pour la Foi catholique. Le gouvernement paraissant déterminé à ne plus tolérer ce qu'on appelait le papisme, Alan s'enfuit de nouveau, et se retira en Flandre en 1568. La réputation de son zèle et de ses efforts en faveui" du catholicisme le fit accueillir partout avec beaucoup de distinction : à Malines, il professa la théologie avec un grand succès ; il fut reçu docteur en théologie à Douai, obtint un canonicat à Cambrai, et, bientôt après, un autre canonicat à Reims. Toujours ardent à favoriser les intérêts de la religion catholique en Angleterre , Alan avait étabU à Douai un séminaire pour l'éducation de la jeunesse anglaise; il transporta ensuite cet étabhssement à Reims. Il continua d'écrire des ouvi'ages en faveur de la communion romame et contre l'Église anglicane. Ces écrits se répandaient en Angleterre, et y échauffaient les esprits , au point que la reine se crut obligée de rendre une ordonnance pour défendre non-seulement de les vendre, mais même de les lire. Alan fut regardé comme ennemi déclaré de son pays ; toute correspondance avec lui fut traitée comme un crime de haute trahison. Un jésuite , nommé Thomas Alfteld , fut jugé et condamné à mort pour avoir apporté en Angleterre quelques ouvrages d'Alan.
Le principe général qui dominait ses écrits faisait regarder toutes les obligations morales et civiles
ALAN — ALANDUS
comme entièrement suhordonnéesaux obligations du catholicisme et de l'Église romaine. Ainsi, si un homme se séparait de cette Église pour adopter l'hérésie, sa femme pouvait l'abandonner, ses enfants ne lui devaient plus d'obéissance , son esclave pouvait refuser de le servir, et même devenait libre ipso facto. Par une suite nécessaire de cette doctrine , le souverain, entaché d'hérésie, perdait toute autorité sur ses peuples. Alan alla encore plus loin : encouragé par les conseils de son ami le célèbre jésuite Robert Parsons , il se lia avec plusieurs nobles anglais, catholiques romains, qui s'étaient retirés en Flandre comme lui , pour engager Piiilippe n , roi d'Espagne , à tenter une invasion en Angleterre. Ce projet fut adopté par le cabinet de Madrid, qui fit équiper, pour l'exécution, la grande flotte connue sous le nom d'Armada, dont l'expédition eut tant d'éclat et si peu de succès. Cette flotte mit à la voile en 1588 ; elle était chargée de plusieurs milliers d'exemplaires d'un livre imprim.é à Anvers, et composé par Alan, le P. Parsons et d'autres jésuites. Ce livre devait être l'épaadu en Angleterre après le débarquement des Espagnols. Il était divisé en deux parties; la première contenait une déclaration de Sixte-Quint, portant « qu'en consé- « quence d'une bulle du pape, la reine Elisabeth « était excommuniée et détrônée, et que sa cou- « ronne était transférée au roi d'Espagne. « La seconde partie contenait une « admonition « à la noblesse et au peuple d'Angleterre {Acl- « vionition to the nobilitij and people of En- « gland) , déclarant Elisabeth schismatique et « hérétique, non-reine, usurpatrice, et coupable « d'actions qui la rendaient incapable de régner « et même indigne de vivre; et, en conséquence, « ses sujets étaient déliés, à son égard, de leur 'f serment de fidélité. » Après la destruction de V Armada, les Espagnols cherchèrent à ramasser et à détruire les exemplaires du livre d'Alan; mais quelques-uns échappèrent à leurs recherches.
En 1 589, Alan fut récompensépar le chapeau de cardinal , et obtint ensuite l'archevêché de Malines. n ne résida cependant pas dans cette ville; il alla s'établir à Rome, où il employa sa fortune et son crédit à servir les catholiques anglais qui avaient quitté leur pays. On a accusé les jésuites de l'avoir empoisonné , mais il n'y en a aucune preuve. Il faut se défier de ces accusations d'empoisonnement, si fréquentes et si légèrement hasardées , surtout en Italie , dans ce siècle et dans ceux qui l'ont précédé. Les ouvrages qu'il a laissés, outre ceux qu'on a cités, sont : 1° Défense du pouvoir légitime et de l'autorité du sacerdoce, pour la rémission des péchés, avec un supplément sur la confession et des indulgences, in-S" ; Louvain, 1567; — 2° Sîir les sacrements ; Anvers , 1576, in-4°; — 3" Culte des saints et de leurs reliques; modeste et sincère apologie des chrétiens catholiques qui
ont souffert pour la foi, soit dans leur pays, soit ailleurs, 1583.
Suard, dans la B'iogr. Univ. — Fitzherbert, Epitome vitœ cardinalis Aluni; Rom., 1608. — Pilsseus, De illustribus Anglise scriptoribiis, p. 792. — Wood, Jthcnoe Oxonienses, vol. I, col. C15. — Bioqraphia Britannica. — Ungard. Histonj of England, vol VIII. — Camden, Annales rerum Angl. et Hibern., régnante Elizabet/ia, éd. Hearn, p. 68*.
ALAN DE LYJVN, théologien anglais du quinzième siècle, né à Lynn, dans le comté de Norfolk, se distingua par son talent pour la prédication. Dans ses études il avait l'habitude de se faire des tables raisonnées de presque tous les livi-es qu'il lisait. On a de lui : l'' De varia Scripturx sensu; -- T Moralia Bihliorum; — 3° Serviones notabiles; — 4° Ehicidarmm Scripturœ; — 5°- Prœlectiones theologicx; — 6° Elucidationes Aristotells. Ces écrits sont inédits.
Il y a eu un autre Alan, abbé de Tewkesbury, qui florissait vers la fin du douzième siècle, et qui mourut en 1201. II était lié d'amitié avec Thomas (Becket), dont il a écrit la vie : J)e vita et exilio Thomse Cantuariensis. Il en existe, suivant Vossius, un manuscrit à la bibliothèque du Vatican.
Suard, dans la Biographie Universelle.
ALAND (sir John Fortesrae), jurisconsulte anglais, né le 7 mars 1C70, mort le 19 décembre 1746. Issu de l'ancienne famille de Fortescue en Devonshire, il prit le nom d'Aland par égard pour sa femme, fille aînée de Henri Aland , de Waterford en Irlande. Il fut élevé à Oxford, d'où il vint à Inner-Tcmple , et parut au barreau en 1690. En 1714, il fut nommé solliciteur général du prince de Galles , et ensuite du roi; en 1717, il devint baron de l'échiquier, et, l'année suivante, l'un des juges de la cour du banc du roi. A l'avènement de George JJ, il perdit cette place ; on ignore par quel motif. En 1 7 1 8, il fut fait juge de plaids communs, place qu'il résigna en 1746. Dans la même année il fut créé pair d'Irlande. C'était un très-habile légiste , et un juge impartial. Il publia, en 1714, le traité de son aïeul sir John Fortescue, sur ]a Différence entre une monarchie absolue et iine monarchie constitutionnelle ;liQn(\., 1714,in-8°. Après sa mort on a imprimé ses Exposés des causes dans toutes les cours de Westminster- H ail , in-fol.
Biograpliia Britannica.
* ALANDUS {Jean), jésuite, biographe et écrivain ascétique polonais , né à Léopol en 1561, mort à Nieswicz en Lithuanie en 1641. 11 fut directeur du collège de Nieswicz, ville du prince Nicolas Radziwill. On a de lui: les Miracles des Anges; Nieswicz, 1610; — Soloquia S. Augustini, publié sous le nom de Tryzna; Nieswicz, 1612; — Histoire de la vie du prince Nicolas Radziwill, fondateur du collège des Jésuites à Nieswicz; Wilna, 1635. L. Cir,
Fr. Siarrzynski , Tableau du siècle de Sigismond IIIi Léopol, 1823, 2 vol.
' 501 ALANSON
j *Al.ANSON (Edouard), chirurgien anglais, i né en 1747 à Newton, dans le Lancarshire, mort en 1823. Il étudia à Londres sous le célèbre John Hunter, et exerça sa profession jusqu'à sa mort à Wavertrée, près de Liverpool. II perfectionna la méthode d'amputation des membres, ! et publia ses résultats sous le titre : Practical ' observations tipon amputation and the aftertreatment; London, 1779, in-S", 2^ édition augmentée, 1782.
Biographical Dictionary .
* ALANUS DE FIFEDALE , Écossais, religieux de l'ordre des Augustins, mort à Rome en 1421. Il a écrit : Logicalia axiomata; In parva naturalia; Epitaphhim jSgidii Romani ; Epitaphium archiepiscopi Biturigum.
Tanner, Bibliotheca Britannico-hibernica. — DerapsliT, Historia ecclesiastica gentis Scotorum.
*ALA]Vus {Jean), écrivain danois, né le 18 août 1563 à Ala, mort le 12 février 1631. II fut professeur de philosophie et de littérature grecque à l'université de Copenhague. Outre quelques mémoires philosophiques, on a de lui De pronuntiatione grœca; Copenhague, 1622-23, in-4° ; et Disputatio de gentium quarundam or^î«; Copenhague, 1628, in-4".
Witte, Diarium biographicum , anno 1631. — Worra, Forsog til et Lexicon over dansice, norske og islandske lœrde Msend , 1, 14.
*ALAPi {Constantin), poète autrichien, né le 5 août 1698, mort le 29 avril 1752. On a le lui : Myrias versuum, etc.; Tymau, 1750, !n-8°; — Odae Sapphicse; ibid., 1754; — Epi- ■/rammata moralia; ibid., 1745.
OEsterreichisches Biographisches-Lexicon ; Vienne,
*ALAB (F. Antoine), dominicain, prédicateur général et prieur du couvent de Saint-Paul à Valenciennes vers le commencement du dixneuvième siècle. On a de lui : les Allumettes d'amour du jardin délicieux de la confrairie (lu saint Bosaire de la Vierge Marie; Valenciennes, 1617, in-S". E. D.
Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale,
*ALARCON {Alphonse de), chanoine de Ciudad-Rodrigo et secrétaire de don François d'Alarcon, évêque de Pampelune, a recueilli un grand nombre de poésies écrites à l'occasion de la mort de don Martin Suarez de Alarcon, tué au siège de Barcelone. Ce recueil, qu'il a fait précéderd'nn récit de la vie de don Martin, estintitulé Corowa sépulcral ; Elogios en lamuerte de D. Martin Suarez de Alarcon, hijo primogenito del marques de Trocifal , conde de Torres vedras, escritos por di. fer entes plumas, sacados a luz....; Madrid , 1652 , in-4°. E. D.
Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale,
*ALARcoN Y BEAcmiONT {don Luis lîuiz ïie), historiographe de Philippe IV, second fds du comte de Valverde , et membre de l'université d'Alcala ( Complutensis ). On a de lui Escrituras de la Casa de Alarcon; Madrid, 1651, in-fol.
ALARCON
ALARCON {Hernando de), navigateur du seizième siècle , auquel on doit la première connaissance exacte que l'on ait eue de la configuration des côtes de la Californie. Le nom de Hernando de Alarcon est omis dans tous les recueils biographiques, et l'on ne saitrien de positif sur l'époque de sa naissance; mais il est certain qu'il naquit en Espagne. Lorsque, sur les rapports mensongers de Fray Marcos de Niza, le •\ice-roi Mendoça eut envoyé Francisco Vasquez de Coronado à la recherche de la région fantastique de Cibora, ou pour mieux dire des sept villes, l'habile admiuistrateur eut soin de combiner une exploration maritime de la Californie avec l'expédition par terre que l'on venait de confier si imprudemment à un jeune Adelantade, que ses hautes relations à la cour avaient fait investir d'une trop grande autorité. Il chargea Hernando de Alarcon , qui avait fait ses preuves , d'aller attendre les hardis aventuriers que guidait Marcos de Niza, et d'opérer sa jonction avec eux sur les côtes de la mer de Cortez, appelée aussi dès lors mer Vermeille. L'intrépide marin devait faire en même temps le relevé hydrographique du littoral, et s'assurer si la Californie était réellement une île, comme on le supposait , ou bien si elle faisait partie du continent. Alarcon mit à la voile le 9 mai 1 540, et s'acquitta admirablement de la mission qui lui avait été donnée; et lorsque le brave Melchior Diaz, lieutenant de Vasquez de Coronado, eut atteint, dans sa prodigieuse exploration, les bords de l'océan Pacifique, il eut la preuve qsie Hernando de Alarcon avait attendu, comme cela lui était recommandé du reste , l'expédition commandée par Coronado, et qui n'eut cpie de déplorables résultats. Parvenu, en effet, sur les bords du rio del Tizon, que l'on croit être aujourd'hui le Colorado, Melchior Diaz, délégué par l'Adelantade, aperçut, à quinze lieues de l'embouchure du fleuve, un arbre isolé, sur lesquels on avait gravé ces mots en castillan : « Alarcon est venu jusqu'ici; il y a des lettres au pied de cet arbre. » Les renseignements furent trouvés comme l'inscription l'indiquait. Ainsi que le rapporte la vieille relation de Nagera, les Espagnols « creusèrent la terre, et trouvèrent les lettres, qui leur apprirent que Alarcon, après avoir attendu dans cet endroit pendant un certain temps, était retourné à la Nouvelle-Espagne; qu'il n'avait pu aller plus avant, parce que cette mer était un golfe; qu'elle tournait autour de l'île du Marquis, qu'on avait appelée l'île de Californie ; et cpie la Californie n'était pas une île, mais une pointe de terre qui formait un golfe. »
Un grand problème géographique venait d'être résolu par l'exploration scientifique du prudent et hardi navigateur. Grûcc à la politique en vigueur alors, il devait être perdu néanmoins pour les siècles futurs. Ce que ne nous apprend point le récit de Nagera , la curieuse relation du marin espagnol nous le fait connaître. Il s'était avancé, di-
ALARCON
sait-il, dans la mer Vermeille, de quatre degrés en\iron au delà du point visité par les navigateurs qui l'avaient précédé, et il avait remonté jusques à quatre-vingt-cinq lieues le l'io del Tizon , recueillant des traditions qui sont aujourd'hui du plus haut intérêt, et que l'on peut consulter dans la précieuse collection de M. Henri Ternaux-Compans. Hernando de Alarcon était deretour àla Nouvelle-Espagne dès l'année 1541 ; il y rédigea ses observations géographiques et hydrographiques, qui dénotent pour l'époque autant de science que l'on peut constater de prudence et même d'humanité dans sa relation historicpie. M. Duflot de Mofras a cependant prouvé qu'il ne fallait pas faire complètement honneur à Alarcon des découvertes géographiques accomphes à cette époque dans la mer du Sud. Fernando de UUoa , rentré à Acapulco vers la fin de mai 1540, c'est-à-dire bien peu de jours après le départ du nouvel explorateur, avait . pénétré au fond de la mer Vermeille , et s'était déjà assuré que les deux côtes se réunissaient , ce qui démontrait par conséquent l'existence de la presqu'île. Ce fut à ce concours si précieux de bonnes observations que l'on dut, dès l'origine, l'exactitude qui se fait remarquer dans les premières cartes de la Californie. Cette exactitude est telle, que M. Duflot de Mofras a pu dire : « La carte de la Californie, .dressée en 1541 , ne diffère presque pas de celle levée de nos jours. » Il n'en est pas moins vrai qu'en 1716 Wood Rogers doutait encore si cette vaste région était une île , ou si elle faisait partie du continent. La plupart des détails relatifs à la vie de Hernando de Alarcon sont restés dans une complète obscurité , et l'on ignore même l'époque précise de sa mort. — On voit, dans la curieuse relation donnée par Pedro de Castaneda de Nagera, qu'un autre Alarcon figurait parmi les 'nardis aventuriers qui accompagnèrent Francisco Vasquez de Coronado à la recherche des empires de Cibora et de Quivira. Ferdinand Denis.
Ramusio, Baccolte délie rMvinazioni, etc. ; édition de Venise, 1606. — Ternaux-Compans , ^'oî/ape*, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique. — Duflot de Mofras, Exploration des territoires de l'Orégon, des Californies et de la mer Fermeille; Paris , 1844, 2 vol. in-8°, atlas. — Ferdinand Denis, les Californies , dans la collection de VUniverS pittoresque.
AILARCOS Y MENDOZA {don Juun RuiZ
DE ) , célèbre poète hispano-américain, né , vers la fin du seizième siècle , à ïasco ou Tachco , ancienne province du Mexique , d'une famille noble , originaire de la petite ville de Alarcon , province et diocèse de Cuença , quartier de Saint-Clément. Alarcon ne trouva pas de biographe à l'époque où son génie jeta un véritable éclat, en sorte qu'il a été complètement oublié dans les recueils destinés à fabe connaîti'e la littérature espagnole ; il ne serait pas exact cependant de répéter , avec D. Eugenio de Ochoa, son éditeur, qu'à l'exception du lieu de sa naissance et du siècle où il naquit, on ne sait absolument rien
sur sa vie. Selon toute probabilité, et à en juger par la rare perfection de son style , Alarcon vint étudier dans une des meilleures universités de l'Espagne , ou bien il dut quitter de bonne heure la bourgade inconnue où il était né , pour faire partie de cette espèce d'université de Mexico, fondée par le prince Esquilache dès le dix-septième siècle , et dans laquelle se rendaient les fds de caciques et les jeunes Espagnols de distinction. Là, sans doute, son amour-propre eut plus d'une fois à souffrir d'une imperfection physique qui dut lui valoir 'bien des railleries de quelques écoUers , et que les esprits les plus éminents de son époque furent assez peu généreux pour lui reprocher ; il était bossu , et à la gibbosité la plus prononcée il joignait la taille la plus exiguë.
Comment Alarcon entra-t-il dans la vie pratique? sous quels auspices développa-t-il les rares qualités , si opposées aux facultés poétiques, qui lui firent conquérir une position éminente dans l'administration ? C'est ce qu'il nous est impossible de savoir. On le voit pai- certains renseignements puisés dans ses propres ouvrages Alarcon dut appartenir à la noblesse ; et , dans tous les cas , il ne cessa pas d'avoir le ton d'ui vrai gentilhomme espagnol. Tkait-il son origim de l'illustre famille dont le fils du marquis di Trocifal nous a donné l'histoire? ses ancêtre, faisaient-ils partie de ces bandes aventureuse, quedirigeaientlespremierscongMisifarfoj-es.^C'es maintenant un fait qu'il est impossible de cons tater. Dès le temps de la conquête, on voit le Alarcon se distinguer en Amérique. H y en a ui qui, en qualité de navigateur, reconnaît, l'un de premiers, la configuration réeUe de la Californie Ovalle fait mention d'un capitaine célèbre d ce nom qui fit la guerre aux Puelches et au: Araucans. Léon Pinello parle , dans sa précieusi Bibliotheca oriental y occidental, d'un Juai Ruiz de Alarcon , auquel il donne le titre de co lonel, et qui aurait laissé une histoire manuscriti, des guerres du ChQi. Notre poëte était-il son fils ou simplement son allié ? Le champ ouvert auî conjectures est vaste , et il faut craindre de s'éga) rer. Soit qu'il fût servi puissamment par ses re lations de parenté , soit que son propre méritO eût suffi pour le faire connaître , nous voyoni Alarcon fixé en Europe dès 1622 ; c'est du moina ce qu'indique le contrôle du saint office. Queli ques années plus tard , il est licencié ; et , en 1628, il occupe un emploi qui, s'il n'est pas de? plus lucratifs, doit au moins le mettre dan» une sorte d'aisance ; il est relator del real com sejo de Indias. Or, des documents manuscrite contemporains , conservés à la bibliothèque ai l'Institut national , nous apprennent que , s'il : avait au conseil des Indes deux rapporteurs seu< lemcnt, chacun d'eux percevait un traitement d( 100,000 maravédis : cela équivalait à enviroi' deux mille quatre cents francs ; et en admettaff cjue Alarcon eût encore quelque patrimoine dans
ALARCON
le nouveau monde , on peut supposer qu'il ne fut pas trop maltraité de la fortune , et qu'il vécut dans une sorte d'aisance, à l'abri de cette pauvreté poignante qui tua Cervantes et Camoëns.
Dès l'année 1C28, que nous avons déjà précisée, Alarcon dédie la première partie de son théâtre à D. Ramiro Felipe de Guzman, duc de Médina de las Torres, et grand chancelier du conseil des Indes. Le poëte reste, avec ce grand seigneur de la cour de Philippe IV, dans les termes d'une amitié famihère qui siiffit pour mettre dans tout son jour l'indépendance de son caractère, surtout si l'on veut bien faire abstraction des formes louangeuses usitées alors à Madrid aussi bien qu'à Paris. Felipe de Guzman fut donc le Mécène 'du poëte : c'est le titre qu'il veut lui ' donner , et il abesoin, dit-il, de sonrecours contre l'envie. Il ne paraît pas toutefois que ses ennemis lui causassent des craintes bien vives ni de bien grands ennuis , tant il les traite cavalièrement. Autant il est courtois et affectueux avec le jeune seigneur, qu'il regarde plutôt comme un ami éclairé que comme im protecteur, autant il met de joviale arrogance dans ses paroles au pubh'c vulgaire , aux gens de la foule, comme il dit : « C'est à toi que je m'adresse, bête féroce! à la noblesse, ce n'est déjà plus nécessaire : elle parle de moi mieux que je ne le saurais faire. Voilà mes comédies, traite-les selon ta manière habituelle d'agir, et non selon la justice. Elies te regardent avec mépris, sans terreur aucune; elles ont passé par les périls de tes forêts ; et maintenant elles peuvent bien traverser les recoins secrets que tu habites : si elles te déplaisent, je me réjouirai, ce sera une preuve qu'elles sont bonnes. S'il t'arrive d'en faire cas, cela viendra de ce qu'elles sont.mauvaises, et l'argent qu'elles doivent te coûter me consolera. » Est-ce orgueil de CastUlan.^ est-ce boutade plaisante d'homme qui tient peu à la célébrité? Certes nul poëte dramatique, en France ou en Angleterre, ne s'est adressé à la foule dans un langage si dédaigneux ; nul n'a employé avec elle ce ton hautain, si dégagé de toute crainte ; et, il faut bien l'avouer , ce style de gentilhomme ne semble guère avoir réussi à D, Juan Ruiz de Alarcon ; il fut apprécié de quelques esprits d'élite , mais ce fut un poëte sans popularité. Au début de sa carrière cependant, et dans un livre qui parut pour la première fois en 1532, un des hommes les plus goûtés de l'époque, Perez de Montalvan, lui donnait un brevet d'immortalité , et ne craignait point de dire que si ses comédies, vraiment originales, renfermaient nombre de choses que l'on •levait admker, il n'y avait ;rien à y reprendre [mucho que admirar y nada qtce reprehender ).
Un incident advenu vers cette époque , et qui a été apprécié avec une singulière justesse par M. de Puibusque, l'un des écrivains qui ont le mieux senti le génie d' Alarcon, une circonstance futile, qui semblait d'une faible importance
au premier abord, vint troubler la vie littéraire du poëte qui s'armait de tant de philosophie contre l'indifférence de ses contemporains. Vers l'année 1634, la cour de Madrid était en émoi pour célébrer dignement les fêtes splendides que l'on allait donner à Philippe IV. Le comteduc eut ridée de metti'e au concours le libretto du divertissement dramatique qui devait avoir lieu. Juan Ruiz de Alarcon l'emporta sur ses rivaux , et lorsqu'à la même époque il publia la seconde partie de ses oeuvres, où il accusait formellement plusieurs poètes contemporains d'avoir laissé imprimer diverses pièces de son répertoire sous i,eur nom, il fut accablé d'épigrammes sanglantes, qui prouvent à quel degré l'opinion générale s'était aigrie. On ne débita pas seulement ces vers railleurs dans les sociétés de Madi'id, on les fit imprimer, et le titre seul qu'on leur doima prouve tout au moins l'injustice aveugle du sentiment qui les dictait. Les dizains satyriques adressés à un poëte contrefait , qui se pare des œuvres d'autrui , sont devenus un monument littéraire éminemment curieux pour la biographie. En effet, ils attestent un sentiment de haine si vivace , ils dénotent une envie d'un caractère si aveugle , que l'on comprend, en les lisant, comment le poëte voué au ridicule ne se releva pas du coup qui lui était porté. Le critique distingué qui le premier les a signalés en France, M. de Puibusque, ne voit, dans ces plaisanteries cruelles et cV assez mauvais goût, que le résultat, pour ainsi dire spontané, d'une de ces coalitions qui se forment à l'improvistedansun moment de gaieté, et à la suite d'un souper où les convives ont fait peut-être de trop fréquentes libations. Nous l'avouerons, nous sommes plus sévère, et sous ces traits d'une raillerie bouffonne nous sommes tenté de reconnaître un sentiment plus amer. En effet, nul parmi ces poètes n'a prononcé depuis le nom d' Alarcon. Au milieu de ces hommes passionnés qui composent l'élite de la littérature castillane , et où figurent Gongora, Lope de Vega, Quevedo, et Gabriel Tellez, on est heureux de ne pas rencontrer le grand nom de Calderon de la Barca. Calderon était peut-être le seul génie de ce temps capable de respecter Alarcon. L'histoire littéraii-e contemporaine nous a conservé, du reste, les noms des écrivains qui firent un si déplorable emploi de leur talent; et c'est avec peine que l'on voit figurer aussi parmi eux Perez de Montalvan, qui s'était montré si favorable au poëte. Quant à Antonio de Mendoza, à Vêlez de Guevara, Mira de Mescua et Salas Barbadillo, la chose, à coup sûr, est beaucoup moins étrange. Un fait assez remarquable, et qui n'a pu encore être signalé, bien qu'il soit tout à l'avantage d'Alarcon, c'est que notre poète ayant travaillé douze ans auparavant, en collaboration avec neuf autres écrivains, à l'Arauco domado, drame qui fut représenté vers 1022, et auquel travailla Guillen de Castro , pas un de ses premiers collaborateurs
ALARCON
ne trempa dans le misérable complot signalé pom- la première fois par l'habile auteur des Littératures espagnole et française comparées. Comme le dit si bien, du reste, M. de Piiibusque en parlant des torts reprochés au poëte : « Au milieu de ce chorus, qui ne varie pas d'une note, le seul grief qui paraisse sérieux , c'est que Alarcon avait été appelé à composer le spectacle de la cour; qu'on avait joué une ou deux pièces de lui; qu'il avait été bien payé, et qu'il avait publié une relation peu modeste. De ces divers faits assez vaguement indiqués, on ne peut tirer qu'une induction positive : c'est que la bonne opmion qu'il avait de son talent était partagée par le premier ministre, et que, dans la pensée de ses rivaux ou de ses envieux, il ne fallait rien moins qu'ijne révolte de tous les poètes pour le déposséder de la faveur d'Olivarès. »
Après l'année 1634, nous perdons toute trace du grand poëte, qui eut si peu à se louer de ses contemporains. Il dut pousser sa carrière bien par delà cette époque; mais on ne saurait affirmer qu'il ait obtenu de grands succès , car les deux parties qui constituent son œuvre ne furent point réimprimées complètement. Où mourut-il ? C'est ce que l'on ignore aujourd'hui d'une manière absolue. Le fds du marquis de Trocifal parle bien, dans les documents généalogiques par lesquels il termine son ouvrage, d'un Juan Ruiz de Alarcon , qui se serait marié à Cordoue avec dona Luisa de Paniagua y Mesa, et qui vivait encore dans cette ville en 1662 ; mais j 'avouerai qu'il est assez difficile de reconnaître, dans ce membre de l'illustre famille, le poëte dont nous tentons de rétablir la biographie. Une main espagnole contemporaine a tracé d'ailleurs, sur l'exemplaire que nous avons consulté, quelques lignes qui semblent s'accorder fort peu avec ce que nous savons sur l'auteur du Tisserand de Ségovie. Elle désigne D. Juan Ruiz comme étant chevalier de Calatrava et vingt-quatre de la cité de Cordoue. Bien que ces titres ne soient pas absolument incompatibles avec les fonctions remplies d'abord par le poëte, on ne saurait guère les li^j, attribuer. Ce serait peut-être d'ailleurs le faire vivi'e au delà du terme que raisonnablement on doit assigner à sa mort. Disons-le toutefois en passant : si le jeune écrivain que nous avons cité plus haut n'a pas mentionné Alarcon comme faisant partie de la famille nombreuse et illustre dont il a tracé l'histoire, nous n'en sommes pas moins convaincu qu'il avait le droit de porter les armes des descendants de Martinez Çevallos. L'appellation de Ruiz , comnmne à tant de membres de cette famille , n'est pas une des mdications les moins concluantes pour adopter cette opinion.
Les œuvres de l'homme éminent sur lequel on a des renseignements biographiques si incomplets ont été publiées sous le titre suivant : Comedias deD. Juan Ruizde Alarcon;MaànA,iC)18,'m-i"; — Partesegondade las comedias de Juan Rutp
de Alarcomj Mendoça ; Barcelona, Sebastien de Cormellas, 1634, in-4''. Si ce théâtre, devenu' d'une excessive rareté, n'a jamais été publié do nouveau complètement, diverses pièces qui en font partie ont été fréquemment réimprimées. On en a pubhé en 1826 ; M. de Ochoa en a donné plusieurs dans la collection imprimée chez Baudry; et la vaste entreprise deRivadeneyra, qui va doter l'Espagne de tant d'éditions correctes, d'ouvrages oubliés ou introuvables , en doit publier plusieurs; elles paraîtront dans la Bibliotheca de Autores espanoles, desde la formacion del lenguaje hasta nuestro dias ordinada, é illustrada por Aribau, Hartzenbuch Dur an , Ochoa, Mora, Monlau , Fernandez Guerra, etc., etc. — C'est dans la préface placée en tête de la deuxième partie de son théâtre, que Alarcon réclame avec tant de véhémence contre les éditeurs, et même contre les poètes dramatiques qui ont introduit dans plusieurs recueils des pièces dont il est l'auteur, et qui ont paru ainsi, sous des noms supposés. ou sous d'autres noms connus et en général aimés du public. Cette diatribe, bien naturelle san; doute , lui a mal réussi , ainsi qu'on l'a pu voir mais elle est restée comme un monument bio graphique qui fait voir trop clairement quell( fut la véritable position de Alarcon parmi ses con temporains ; elle contient en même temps un mo trop original pour que nous ne le reprod ui sions pai ici intégralement : « Qui que tu .sois, dit-il, ou mé content ou bien intentionné, sache que les corné dies de ma première partie et les douze qui composent la seconde sont toutes de moi, quoiqu( les autres soient devenues la parure d'autre; corneilles : Aunque algunas han sido pluma, de otros cornejas. « Ici le rapprochement es bizarre sans doute, et toutefois nous n'avon' rien ajouté. Cette gaieté toute proverbiale, si fa milière à la langue espagnole , contient, comm» on le voit, une sorte de prophétie ; mais le poët< n'a pas su deviner que la meilleure partie de si gloire lui reviendrait un jour de celui qui lu emprunta. Le Menteur, imité de la Verdad Sos pechosa, ne devait être joué qu'en 1642 ; et Cor neille crut alors avoir emprunté la trame d( cette pièce à Lope de Yega : ce ne fut que pla sieurs années plus tard qu'il fut désabusé, cl qu'il en restitua l'honneur à Alarcon. Notre grand tragique était bien excusable, du reste, de cctt< méprise involontaire. Les éditeurs du dix-septième siècle mêlaient audacieusement les meilleures pièces du poëte mexicain principalement à celles de Rojas et de Lope de Vega : ce fut ct qui trompa Corneille , et il se rétracta lorsque la réclamation eut paru. « Le Tisserand de Ségovie, la Vérité suspecte, V Examendes maris. et d'autres pièces, continue Alai'con, sont imprimées sous les noms de patrons divers : c'est la faute sans doute des imprimeurs, qui font à ccl égard ce que bon leur semble, et non celle des auteurs auxquels ils les ont attribuées ; mais j'ai
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voulu déclarer tout ceci bien plus pour leur honneur que pour le mien ; il n'est pas juste que leur renommée pâlisse de mon ignorance. »
La chose a été discutée depuis , les faits ont été éclaircis ; il ne saurait rester de doute sur le véritable auteur de la Verdad sospechosa et du Tejedor de Segovia. Et, hâtons-nous de le dire, les preuves les plus irréfragables , celles qui ne sauraient guère admettre de discussion, sont offertes par le style du poète, et surtout par cette nerA^euse expression des sentiments les plus énergiques et les plus nobles , qui forme un de ses traits principaux. — Les critiques nationaux l'avouent eux-mêmes : indépendamment de son originalité, ce qui distingue Alarcon, c'est la forme du langage , c'est l'habileté dans l'emploi du rhythme ; et, sous ce rapi)ort, plusieurs d'enti'e eux n'hésitent pas à lui assigner le premier rang. L'un des plus habiles, celui qui a publié, en 1826, une collection des meilleures pièces du théâtre espagnol, a dit à propos d 'Alarcon : « Aucun auteur castillan n'a possédé sa langue avec plus de correction, plus de propriété d'expression, plus de pureté... C'est un modèle qu'il faut perpétuellement étudier. Sa versification harmonieuse, facile et sonore, n'est pas si pittoresque que celle de Tirso ni si poétique que celle de Lope et de Calderon, mais on n'y rencontre jamais le mauvais goût introduit par Gongora. ( Voij. le Eepertorio Americano de 1827).
Nous avons voulu laisser l'appréciation du style de Alarcon à un Espagnol : nous aimons à répéter, avec M. Philarète Chasles, que le trait saillant de son talent, c'est l'héroïsme de la pensée, la magnanimité de la conception ; et que si ces pièces sont souvent irrégulières , il idéalise merveilleusement l'honneur, le dévouement , le devoir, la loyauté chevaleresque, le sacrifice de soi-même, la force d'âme. Pour notre part, nous n'hésitons pas à le dire : Alarcon est encore le plus grand poète que l'Amérique ait produit. — Le théâtre de cet homme éminent, si longtemps oublié en Espagne, est pour ainsi dire inconnu en France. Nous citerons surtout parmi les pièces qui le composent : D. Domingo, de D. Blas ; Ganar amigos; No hay mal que por bien no venga ; la Verdad sospechosa ; las paredes oyen El Tejedor de Segovia. Tout le monde sait aujourd'hui comment la Verdad sospechosa, consacrée par le génie de Corneille, a été pendant bien longtemps la seule pièce qui ait fait répéter à de rares intervalles le nom d'Alarcon; on a voulu faire encore au poète l'honneur d'avoir inspiré à l'un des plus grands génies de l'Allemagne l'un de ses drames les plus populaires. Il n'existe, selon nous, qu'une ressemblance bien éloignée et bien vague entre les Brigands de Schiller et le Tisserand de Ségovie. Cette pièce, imitée en vers et fort abrégée par M. Hip. Lucas, a été représentée au Théâtre-Français, et tient encoro sa place dans le répertoire. L'auteur de
cette notice avait domié une ti'aduction complète des deux parties en 1839. Ferh. Denis.
Ballazar de Mcdina, Chronique religieuse, citée d'après M. Ternaux-Compans, par D.Eugenio de Oclioa, dans la collection Baudry. — Nicolas Antonio, Bibliotheca nova. — Léon Pinello, Bib oriental y occidental., 3 vul. in-fol. — Poesias varias de varias grandes espaftoles ingeyUos, recogidas por José Alfay y dedicadasa D. Francisco de la Torre, cavallero del abito de Calatrava; en Zaragoça, 1634. —Para todosexemplos morales humanos y divinos, por el doctor Juan Perez de Montalvan; Scvilla, 1632, ln-4<'. Il y a une neuvième édit. de 1661. — Adolplie de Puibusque, Histoire comparée des Ultératures espagnole et française ; Paris, 1844, 2 vol. in-8°. — Ferdinand Denis,' Chroniques chevaleresques de l'Espagne et du Portugal, suivies du Tisserand de Ségovie, drame du dix-septième siècle; Paris , 1339, 2 vol. in-8.
ALARCOiS {don Antonio Suarez), liistorien espagnol, né vers 1636, mort vers 1663, fils de don Juan Suarez de Alarcon, marcpiis de Trocifal, comte de Torres Vedras. Ce gentilhomme espagnol , descendant d'une des plus illustres familles du royaume, fut d'abord élevé chez un évêque, son parent; puis il étudia à Salamanque, où il obtint des succès réels. Il voulut d'abord prendre le parti des armes , et vers 1649 il servit même en Afrique en qualité de capitaine; mais sa mauvaise santé le conti'aignit à quitter cette carrière, et, ainsi qu'il le dit, il prit la résolution, pour ne pas tomber dans une oisiveté absolue , d'écrire l'histoire d'un de ses ancêtres les plus célèbres. — Afin d'arriver à une plus grande exactitude, non-seulement il puisa dans les archives de l'Italie, mais, grâce au crédit de l'évêque de Cordoue, don Francisco de Alarcon , son parent , il parvint à se faire ouvrir celles de Barcelone, où il obtint de nombreux matériaux. Il se mit courageusement à l'œuvre; mais au moment où il allait livrer son livre au public , si ce n'est même au début de l'impression, il succomba à l'âge de vingt-sept ans. L'histoire qu'il avait préparée avec tant de soin fut publiée par don Alonso de Alarcon, chapelain du marquis de Trocifal et cousin éloigné de l'autre. Ce livre, peu consulté en France, est intitulé Comentai-ios de los hechos del senor Alarcon, marques de la Valle Siciliana y de Renda , y de las guerras en que se hallo por espaçio de cinquenta y ocho anos : escriviolos , don Antonio Suarez de Alarcon, hijo del marques de Trocifal, etc., dedicados al rey nuestro senor, etc.; Madrid, 1665, in-fol. L'ouvrage embrasse la période comprise entre l'année 1177 et la seconde moitié du dix-septième siècle : l'auteur commence avec le fondateur de la maison illustre dont il va tracer l'histoire, cet intrépide Fei'nan Martinez de Cevallos, qui sut conquérir la ville de Alarcon sur les Maures, en se servant de ses deux poignards pom' escalader la muraille ; et il finit, pour ainsi dire, à ce Martin Suarez de Alarcon, son propre frère , qui, voulant sans doute imiter son aïeul , nionta le premier à l'assaut du fortin de San-Juan de los Reyes à Barcelone, el, ayant rencontré face à face le gouverneur français de la forteresse, le tua d'un
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coup de poignard, mais en reçut une blessure dont il mourut, à vingt-trois ans, le 17 juillet 1652. Toutefois le véritable héros de cette précieuse chronique est don Fernando de Alarcon , marquis delà Valle Sicihana y deRenda , chevalier de l'ordre de Santiago, auquel sa valeur faisait donner par ses contemporains le nom del senor Alarcon, d qui passait, au seizième siècle, pour un des plus habiles capitaines de son temps. Ce brave chevalier, le plus célèbre de sa race, était né vers 1466, sous le règne de Henri l'Impuissant, et avait assisté à toutes les guerres qui devaient finir par l'expulsion des Maures, sous le règne d'Isabelle et de Ferdinand. Aussi le livre que nous mentionnons ici est-il infiniment précieux pour l'étude de cette grande périole historique. Les guerres de Naples occupent aussi une notable partie du volume , à partir de l'année 1495. Fait prisonnier à la bataille de Ravenne , puis mis en liberté , le héros du jeune historien prend part à toutes les guerres de Charles-Quint, se voit mêlé à la conquête de la Goulette, et meurt au mois de janvier 1540. Ferdinand Denis.
Chronique d'Antonio Suarez de Alarcon. — Corona sépulcral, elogios en la muerte de don Martin Suarez de Marcon ; Madrid , 1632 , in-4°. — Gcrliard Erncsti de Franckenau, Bift^iot/iecœ Hispanica; Lipsiœ, 1724, in-i'. — Nicolas Antonio, Bibliotheca Hisp . Nova, in-fol.
*ALA.RD OU ADALARD, vicomtc de Flandre, fondateur de la domerie d'Aubrac au commencement du onzième siècle. Voici comment on raconte la fondation de ce célèbre hospice, monastère semi-séculier et régulier. Alard , accompagné de quelques chevaliers, revenant d'un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle vers l'an 1028, passait sur les montagnes qui marquaient jadis les limites du Rouergue , de l'Auvergne et du Gévaudan. Tout en cheminant au miheu de ces montagnes couvertes de neige pendant plus de six mois de l'année, et n'ayant aucune route tracée à cette époque , le pieux chevalier songeait aux crimes qui se commettaient dans ce lieu ; il plaignait aussi les pauvres voyageurs qui s'y égaraient et tombaient presque toujours entre les mams des malfaiteurs , quand Jésus-Christ parut tout à coup à ses yeux, et lui ordonna de construire un hospice dans l'endroit où il se trouvait. Frappé de cet avertissement céleste, Alard résolut aussitôt d'exécuter la volonté divine, et il fit élever, au lieu où Jésus s'était montré à ses yeux, un édifice qui plus tard fut a\)pelé Za domerie (i'i4i<6rac. Cet hospice, qui servit de modèle à l'hospice du mont Saint-Bernard, n'était pas seulement un lieu de refuge pour le voyageur attaqué ou un abri donné au malheureux égaré , c'était aussi une maison où chacun était reçu avec bonté et soigné avec affection. Enfin Alard éleva aussi à Aubrac une église qui fut, diton , miraculeusement consacrée par le ministère des anges ; puis il l'édigea des statuts pour ceux qui voulaient se consacrer dans la domerie au service des malheureux. Non content de l'œuvre