ALCIAT
taria ettractatus; I.ugduni, 1S60, in-fol. — La vie d'Al- ^ciat, en tête de l'édition de ses Emblemata, publiés par Claude Mignault en ISSl. — François Dermazon, Apologia pro D. Andr. Jlciato; Lugd., ISSO, in-8°. — Alessandro Grimaldi, Oratio in funere D. Adr. Alciati; Papiac, 1S50, in-4''.
ALCIAT OU ALCIATI (François) , jurisconsulte, né à Milan le 1" février 1522, mort à Rome le 19 avril 1580. Neveu et héritier du précédent , il fut lui-même très-versé dans la jurisprudence, qu'il professa à Pavie, où il eut pour disciple saint Charles Borromée. Pie IV l'employa dans la secrétairie apostolique, et le fit ensuite cardinal. Alciat était aussi trèsbon littérateur. Pierre Vettori loue , dans une de ses lettres, l'érudition et le génie de François Alciat. Marc-Antoine Muret, dans une de ses harangues , assure qu'il était l'ornement de son siècle et l'appui des gens de lettres. Alciat laissa plusieurs ouvrages manuscrits qui n'ont point été imprimés.
Nlcias Erytlirseus, Pinac. imag. illust., p. 2, c. xlvii.
— jMazzuclielli, Scrittori d'Italia.
ALCIAT ou ALCIATI {Jean-Paul) , théologien controversiste , vivait vers le milieu du seizième siècle. Il était originaire du Piémont, ainsi qu'il le dit lui-même. Il abjura le catholicisme pour s'unir à l'Église protestante , émit ensuite des doctrines nouvelles sur le mystère de la Trinité, et forma un nouveau parti, non moins odieux aux protestants qu'aux cathob'ques. Alciat commença ses innovations à Genève , de concert avec un médecin nommé Blandrata et avec un avocat nommé Gribaud , auxquels Valentin Gentilis s'associa. Les précautions que l'on prit contre eux, et les procédures sévères que l'on exerça contre ce dernier, rendirent les autres plus timides , et les engagèrent même à chercher un autre théâtre. Us choisirent la Pologne, où Blandrata et Alciat semèrent leurs hérésies avec assez de succès. Us attirèrent Gentilis, qui ne manqua pas de les aller joindre. On prétend que de la Pologne ils passèrent en Moravie. Alciat se retira à Dantzig, et y mourut dans les sentiments de Socinius ; car il n'est pas vrai qu'il se fit Turc. H avait écrit deux lettres à Grégoire Pauli, l'une en 1564, l'autre en 1565 , datées de Huslérilts , où il soutenait que Jésus- Christ n'a commencé d'être qu'à sa naissance de la sainte Vierge. Peut-être qu'avant de se retirer à Dantzig , il avait fait un tour en Turquie sans avoir dessein de se faire renégat, mais seulement pour y être à couvert des persécutions. Calvin et Bèze ont parlé de lui comme d'un fou à lier.
Bayle, Dict. — Spon, Histoire de Genève, I730,)p. 303.
— Arétin, Histoire de la condamnation de Gentilis. — Tliéod. de Bèze, f^ie de Calvin. — Mosheira, Histoire ecclésiastique, Hv. IV, cliap. iv.
ALCIAT OU ALCIATI {Téreïice) , jésuite et théologien, né à Rome en 1570, mort le 12 novembre 1651. Urbain Vm faisait grand cas de lui, et disait publiquement qu'il était digne du chapeau de cardinal ; mais Alciat mourut avant
de le recevoir, laissant les matériaux d'un ouvrage intitulé Historiœ concilii Tridentini a Veritatis hosêlMis evulrjatx Elenchus. Il l'avait entrepris par ordre du pape, pour réfuter l'histoire de Fra Paolo Sarpi. Ces matériaux servirent, après sa mort, au cardinal Pallavicino, qui composa une nouvelle histoire du concile de Trente.
Nieias Erytliraius, Pinacoth., II, c. XLvri. — Alegambe, Biblioth. script. Soc. Jes.i — Jocher, Allgem. Gelehrt. Lexicon.
* ALCIATI ( Melchior) , jurisconsulte italien, natif de Milan, mort en 1613 ou en 1618. II était professeur de droit civil à Pavie , et publia entre autres : De prœcedentia inter feudatarium, Cœsarei pontificiique jiiris doctorem, etc.; Ticini, 1600, in-4".
Mazzuclielli, Scrittori d'Italia.
ALCIBIADE ( AXxiêiâSviç ) , célèbre général et homme d'État grec , naquit à Athènes , dans la 82" olympiade, vers l'an 450 avant J.-C, et mourut vers 404 avant J.-C. Clmias, son père, descendait d'Ajax de Salamine; et Dinomaque, sa mère, était fille de Mégaclès, de la famille des Alcméonides (1). Étant encore enfant lorsque Clinias fut tué à la bataille de Coronée , il eut pour tuteurs Ariphron et Périclès, fils d'Agariste , sœur de Mégaclès , son aïeul maternel. Il fut élevé dans la maison de Périclès, qui, entièrement livré aux affaires publiques , n'eut peut-être pas tous les loisirs qu'exigeait l'éducation de son pupille. Alcibiade annonça, dès son enfance , ce qu'il serait un jour, c'està-dire aussi remarquable par ses vices que par ses bonnes qualités : Nihil eo fuisse eoccellentius, vel in vitiis, vel in virtutïbiis. Jouant un jour aux osselets dans la rue, avec des enfants de son âge , ime voiture sm'vint ; il pria le conducteur d'arrêter, et , sur son refus , il se coucha devant la roue , en lui disant : « Passe « maintenant , si tu l'oses 1 » Près d'être vaincu à la lutte par un de ses camarades , il le mordit à la main : « Tu mords comme une femme , dit « celui-ci. — Non , mais comme un lion , » repartit Alcibiade. II réussit dans toutes ses études , et se livra avec succès à tous les exercices du corps ; il ne voulut cependant pas apprendre à jouer de la flûte, trouvant que cela le défigurait. Il avait, en parlant, une prononciation difficile, et ce défaut donnait à ses discours une grâce naturelle et entraînante. Il lui était impossible de bien prononcer Yr. Aristophane y fait allusion dans ces vers , où il raille Théorus :
Le fils de Clinias me dit en bégayant .-
« Regarde Théolus : sa tête a l'apparence
De celle d'un corbeau. » Pour cette fois vraiment,
Le fils de Clinias a mieux dit qu'il ne pense.
Sa beauté, sa naissance, le crédit de Périclès son tuteur, lui donnèrent un grand nombre d'amis et de courtisans. Ce ne fut cependant point
(1) Mégaclès, grand-père d'Alcibiade, comptait parmi ses aïeux Alrraéon , dont les ancôlres vivaient du temps de Thésée, f^oy. Suidas, au mot Alcméonide,
à tous ces avantages extérieurs qu'il dut ramitié de Socrate, quoi qu'en disent quelques sophistes d'une époque bien postérieure. Socrate voyant dans ce jeune homme le germe de talents extraordinaires , se flatta de le diriger vers le bien. Jl prit effectivement beaucoup d'ascendant sur lui; et, quoique entraîné par le goût des plaisirs, Alcibiade revenait toujours vers la philosophe, dans les leçons duquel il puisa cette éloquence persuasive dont il usa si souvent par la suite.
A l'âge de di\-huit ans, Alcibiade, selon la loi des Athéniens, atteignit sa majorité. En 432 avant J.-C, il fit ses premières armes dans l'expédition de Potidée; il fut blessé, et Socrate, qui combattait auprès de lui, le défendit et le ramena. Huit ans après, au combat de Délium, il sauva , à son tour, la vie à Socrate.
Alcibiade ne se mêla point des affaires publiques tant que vécut Cléon, et n'attira sur lui l'attention que par son luxe , sa prodigalité et ses excentricités. Après la mort de Cléon, en 422 avant J.-C, Nicias parvint à faire conclure un traité de paix de cinquante ans entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Alcibiade, jaloux du crédit de Nicias, et irrité de ce que les Lacédémoniens ne s'étaient point adressés à lui, résolut de faire rompre le traité.
Averti que les Argiens cherchaient à se séparer des Spartiates , il les encouragea à persister dans leur dessein, et à tout espérer des Athéniens. En même temps il cherchait à aigrir ces derniers contre les Spartiates. 11 attaqua Nicias , et anima le peuple contre lui par des accusations qui n'étaient pas sans vraisemblance : il lui imputait de n'avoir pas voulu, pendant qu'il commandait l'armée, faire prisonniers de guerre les Spartiates fpi'on avait laissés dans l'île de Sphactérie , et après que d'autres les eurent pris , de les avoir relâchés et rendus , pour faire plaisir aux Lacédémoniens. Il ajoutait que Nicias , quoiqu'il fût leur ami , n'avait pas empêché leur ligue avec les Béotiens et les Corinthiens , tandis qu'il ne laissait aucun peuple de la Grèce suivre son inclination pour s'allier avec les Athéniens, à moins que les Spartiates n'y consentissent. Nicias était fort troublé de ces accusations , lorsque par hasard il arriva des ambassadeurs de Lacédémone qui parlèrent avec beaucoup de modération , et déclarèrent qu'ils avaient plein pouvoir de pacifier tous les différends, à des conditions justes et raisonnables. Le sénat agréa leurs propositions , et l'assemblée du peuple fut indiquée au lendemain pour en délibérer. Alcibiade, qui craignait l'issue de cette assemblée, eut, la veille, une entrevue secrète avec les ambassadeurs. « Prenez garde , leur dit-il. Ignorez-vous que le sénat est toujours plein de modération et d'humanité pour ceux avec qui il traite , mais que le peuple, naturellement fier, exagère toujours ses prétentions? Si vous lui dites que vous êtes venus avec des pleins pouvoirs , il prendra un ton de maître, et vous forcera à lui accorder tout ce
qu'il A'oudra. Voulez-vous qu'il soit équitable, et qu'il ne vous contraigne pas à lui rit-n cédei contre votre gré.? agissez avec moins de franchise, et, en faisant des propositions justes, ne lui dites pas que vous ayez le pouvoir de conclure. Pour moi, je vous seconderai de tout mon crédit, afin de servir les Lacédémoniens. » Ces paroles, confirmées par le serment, réussiront à les éloigner de Nicias. Le lendemain, le peuple s'étant assemblé, les ambassadeurs se présentèrent; et Alcibiade leur ayant demandé avec beaucoup de douceur quel était l'objet de leur ambassade, ils répondirent qu'ils venaient foire des propositions de paix, mais qu'ils n'étaient pas autorisés à rien conclure. Aussitôt Alcibiade s'emporte contre eux, et leur reproche inie conduite que lui seul leur avait suggérée; il les traite de fourbes, de perfides, et leur dit qu'ils ncsonl venus que dans de mauvaises vues. Le sénal partage toute son indignation, le peuple s'irrite et Nicias, qui ignorait la fourberie d'.'^Icibiade demeure surpris et consterné du changement deambassadeurs. Ils furent donc renvoyés, et Alci biade, nommé général , fit conclure sur-le-cliair.( un traité d'alliance entre les Atiiéniens et lepeuples d'Argos, de Mantinée et d'Élidv. Ce fu un grand coup d'avoir ainsi divisé et ébranlé l. Péloponèse. Après la bataille de Mantinée, le mille hommes de troupes que les Argiens entre tenaient formèrent le projet d'abolir le gouver nemcnt populaire, et de soumettre la ville air Lacédémoniens. Mais bientôt le pcui^le reprit le armes, et Alcibiade, qui survint dans cette con joncture, lui assura la victoire, et lui persuad, de construire de longues murailles jusqu'à \. mer, afin de mettre la ville à portée de recevoi du secours des Athéniens. 11 leur amena don des maçons et des tailleurs de pierres, et leu montra tant de zèle, qu'il acquit dans Argo autant de crédit pour hii-môme que pour sa \n trie. 11 détermina ceux de Patras à joindre leu ville à la mer par de semblables murailles; e quelqu'un leur ayant dit par raillerie : « Ce Athéniens vous avaleront un beau jour. — Cel; pourra être, répondit Alcibiade; mais ce ne ser; que peu à peu , et en commençant par les pieds au lieu que les Lacédémoniens vous avalei'on d'un seul coup, et ils commenceront par la tête. En même temps il conseillait aux Athénien d'augmenter également leur puissance sur terre et il exhortait souvent les jeunes gens d'arcorn plir le serment qu'ils faisaient dans le tenipli d'Agraule, de ne reconnaître de bornes h l'Af tique qu'au delà des blés , des orges , des vigne et des oliviers. Il voulait par là leur insimiei qu'ils devaient regarder toute la terre cultivée et qui portait du fruit, comme faisant partie d( leur territoire. .
Cependant Alcibiade continuait à mener la vit la plus luxueuse. Il s'habillait d'une manière aï féminée, paraissait sur la place publique traînani] de longs manteaux de pourpre, et so livrait au\
roi
■)lus folles dépenses. Quand il était sur mer, afin le coucher plus mollement, il faisait percer le ;)lancher de son vaisseau , et suspendait son lit iur des sangles , au lieu de le poser sur des plan- ;hes ( Plutarque ) . A Athènes, il passait son temps lans toutes sortes de débauches. A la suite d'uiie l)rgie, se trouvant dans la rue avec quelques-uns Ile ses compagnons , il fit le pari qu'il donnerait Im soufflet à Hipponicus le riche ; et il ie lui donna effectivement. Cette action ayant fait beancoup le bruit dans la ville, Alcibiade alla trouver celui (u'il avait offensé; et, s'étant dépouillé devant ai, il lui dit de se venger en le frappant de erges. Hipponicus, satisfait de son repentir, lui lardonna, et lui donna même, par la suite, a fille Hipparète en mariage, avec dix talents ; 54,000 liv. ) de dot. Cette union ne le rendit : as plus sage ; et sa femme, qui avait un très-vif mour pour lui, irritée de ses fréquentes infidéli- I ;s, le quitta, et se retira chez Callias, son frère. 'our obtenir le divorce, elle alla elle-même, suiant la loi, déposer chez l'éphore ses plaintes : AIibiade, en étant instruit, s'y rendit de son côté, nleva son épouse, et l'emporta à travers la place ublique. Cette violence ne déplut pas à Hippa- He, et elle ne songea plus à se séparer de lui. es gens les plus riches de la Grèce croyaient • épioyer beaucoup de magnificence lorsqu'ils en- •etenaient un char pour les jeux Olympiques : i Icibiade en envoya sept à la fois , et remporta i a même temps les trois premiers prix. Euripide ; élébra cette victoire par un chant dont il no DUS est parvenu que quelques fragments, li ' araît qu'Alcibiade remporta aussi des prix aux ; mx Pythiques et aux jeux Néméens ; car Athé- ; ée raconte qu'à son retour d'Olympie il dédia I Athènes deux tableaux qu'il avait fait faire par .glaophon. Dans l'un, il était couronné par l'O- ?mpiade et la Pythiade, et, dans l'autre, il était ssis sur les genoux de la déesse Némée , et palissait beaucoup plus beau que les trois figures e femmes qui représentaient les déesses des ;nx. Ce mépris de toutes les convenances ne cuvait manquer de lui faire beaucoup d'ennelis, dans une ville où le peuple était toujours iquiet pour la conservation de sa Uberté. Un ertain Hyperbolus proposa l'ostracisme, moyen ju'employaient les Athéniens pour se débarrasser ie ceux qui leur paraissaient trop puissants : les rois hommes contre qui cette mesure parut plus larticulièrement dirigée étaient Alcibiade, Ni- •Jas , et Phœax , orateur célèbre. La crainte les lécida à se réunir, et ils prirent si bien leurs nesuros , qu'ils firent tomber Tostracisme sur •elui-là même qui l'avait proposé. Le peuple fut >i mécontent de voir l'ostracisme ainsi profané , [u'il l'abolit , et on n'en fit plus usage par la iuite.
Peu de temps après, les Athéniens, sur la proposition d' Alcibiade, résolurent, sous prétexte l'une alliance avec les peuples ma'traités par les Syracusains, de faire une expétbtion en Sicile,
et lui en donnèrent le commandement , conjointement avec Nicias et Lamachus : Alcibiade se flattait de faire de la Sicile son entrepôt, pour envahir de là l'Afrique et l'Italie. Tandis qu'on faisait les préparatifs nécessaires, il arriva qu'une nuit toutes les statues de Mercure furent mutilées , excepté celle qui était devant la porte d'Andocide. Le peuple ordonna les recherches les plus sévères; et un certain Androclès proihiisit quelques témoins qui présentèrent Alcibiade comme coupable de cette mutilation , et l'accusèrent en même temps d'avoir profané les mystères d'Éleusis, en les célébrant d'une manière dérisoire dans une maison particulière. Alcibiade voulut se justifier sur-le-champ; mais ses ennemis, craignant d'avoir le dessous parce qu'il était adoré des troupes qui devaient s'embarquer avec lui , firent remettre le jugement de cette affaire à son retour. Alcibiade, qui ne se méprit pas sur le but de ses eimemis, représenta au peuple assemblé qu'il serait trop injuste de le faire partir pour une expédition si importante, lorsqu'il laissait derrière lui des accusations calomnieuses qui le tiendraient dans une agitation continuelle, que s'il ne pouvait se justifier, il mériterait la mort; mais que s'il était innocent, ses calomniateurs devaient être châtiés. Le peuple n'eut aucim égard à ce plaidoyer, et l'obligea de partir.
« Alcibiade , dit Plutarque , mit donc à la voile avec les autres généraux , et sur une flotte d'environ cent quarante galères à trois rangs de rames, montée de cinq mille cent hommes de troupes réglées , de près de treize cents tant archers que frondeurs, légèrement armés, et pourvues de toutes les provisions nécessaires (1). Après qu'il eut abordé en Italie , et pris terre à Rhégium , il assembla le conseil , et proposa son pian de campagne. Nicias fut d'un autre avis ; mais Lamachus s'étant déclaré pour celui d'Alcibiade , il alla droit en Sicile , et se rendit maître de Catane. Ce fut le seul exploit qu'il fit dans cette expédition (2). Il fut aussitôt rappelé par les Athéniens, pour subir son jugement. On n'avait d'abord contre lui que de légers soupçons , que des dépositions vagues d'esclaves et d'étrangers; mais en son absence ses ennemis suivirent l'affaire avec plus de chaleur, et, joignant à la mutilation des statues de Mercure la profanation des mystères, ils insinuèrent que ces deux crimes étaient l'effet d'une même conspiration , qui avait pour but de changer la forme du gouvernement. Tous ceux qu'on dénonça furent indistinctement jetés dans les fers, sans être môme entendus; et l'on se repentit de n'avoir pas saisi le moment
(1) Voyez l'Intarque et Thucydide. Ce dernier (VI, 30) dit que la flotte partit au milieu de l'été , dans la pioinière année de la 91^ olvmpiade, ou dans la 17° année de la guerre du l'éloponèse.
(2) Suivant Frontin ( III , 2), il prit la ville d'Agrigentc, et, suivant Polybe ( I, 40 ', il se servit d'un stralagènu; pour mettre l'ennemi en déroute : il fit incendier des fougères sèches, dont la fumée fut poussée par le vent dans les ytu\ des ennemis.
où Alcibiade était à Athènes , pour le juget sur de si graves accusations. Tous ceux de ses parents , de ses amis ou de ses familiers, qui, dans ce premier transport de colère , tombèrent entre les mains du peuple , furent traités avec beaucoup de rigueur.
« Cependant les dénonciateurs n'avaient su indiquer rien de précis ni de certain. L'un d'eux interrogé comment il avait pu, la nuit, reconnaître la figure de ceux qui avaient mutilé les statues de Mercure, répondit que c'était à la faveur du clair de la lune. L'imposture était démontrée évideute , car le délit avait eu lieu dans la nouvelle lune. Une fausseté si grossière révolta tous les gens sensés : mais le peuple n'en fut pas adouci ; et, continuant avec la teéfne fureur à recevoir les dépositions , il faisait emprisonner tous ceux qui étaient dénoncés ; puis n'ayant plus à s'occuper de ceux qui avaient mutilé les statues , il tourna contre Alcibiade toute sa colère. H lui envoya le vaisseau de Salamine, après avoir prudemment ordonné au commandant de ne pas user de violence, de ne pas même mettre la main sur Alcibiade; mais de lui intimer avec douceur l'ordre de le suivre , pour venir subir son jugement et se justifier devant le peuple. On craignait une sédition parmi les troupes dans une terre ennemie, et il eût été facile à Alcibiade de l'exciter s'il l'avait voulu, car les soldats étaient déjà découragés de son départ : ils s'attendaient à ce que sous Nicias la guerre allait traîner en longueur et devenir interminable, lorsqu'il n'aurait plus auprès de lui Alcibiade, qui était comme l'aiguillon de toutes les affaires. Pour Lamachus , quoique vaillant et très-propre à la guerre, il n'avait, à cause de sa pauvreté, ni dignité ni considération. Alcibiade s'embarqua sans différer, et son départ fit perdre aux Athéniens la ville de Messine qu'on devait leur livrer. Lorsqu'il fut arrivé à Thurium et qu'il y eut débarqué , il se cacha , et trompa les recherches de ses ennemis. Quelqu'un l'ayant reconnu, lui dit : « Eh quoi ! Alcibiade, vous ne vous fiez pas à votre patrie? — Oui, pour tout le reste, répondit-il ; mais quand il s'agit de ma vie , je ne m'en fierais pas à ma propre mère, de peur que par mégarde elle ne mit une fève noire pour une blanche. » Lorsque ensuite on lui dit qu'Athènes l'avait condamné à mort : « Je leur ferai voir, dit-il , que je suis en vie. « Les chefs d'accusation inscrits dans la sentence étaient conçus en ces termes : « Thessalus, fils de Cimon , du bourg de Laciade , accuse Alcibiade , fils de Clinias , du bourg de Scambonide, de s'être rendu coupable d'impiété envers les déesses Cérès et Proserpine en contrefaisant leurs mystères , qu'il a représentés dans sa maison devant ses amis, revêtu d'une longue robe , semblable à celle de l'iiiérophante lorsqu'il découvre les choses sacrées ; en prenant le nom de ce pontife , en donnant à Polytion celui de porte-flambeau; à Théodore, du bourg de Phégée, celui de héraut; et à ses autres
compagnons, ceux de mystes et d'époptes (l), violant ainsi les lois et les cérémonies instituées par les eumolpides, par les hérauts et les prêtres du temple d'Eleusis. Le peuple le condamna à mort par contumace ; il confisqua tous ses biens, et ordonna à tous les prêtres et à toutes les prêtresses de le maudire (2). Parmi ces dernières, Théano, fille de Ménon, prêtresse du temple d'Agraule , s'opposa seule à ce décret , en disant qu'elle était prêtresse pour bénir et non pour maudire. »
Pendant qu'on prononçait contre Alcibiade ces décrets rigoureux, il se trouvait à Argos ; car en partant de Thurium il s'était réfugié dans le Péloponèse. Comme il craignait ses ennemis, et qu'il avait perdu tout espoir de rentrer dans s;i patrie, il envoya demander un asile aux Spartiates, en leur promettant, sur sa parole, qu'il leui rendrait à l'avenir plus de services qu'il ne leui avait fait de mal lorsqu'il était leur ennemi. Les Spartiates le lui ayant accordé avec plaisir, il se rendit promptement à Lacédémone. La premièr« chose qu'il y fit, ce fut de mettre fin aux délais qu« les Spartiates apportaient de jour en jour à se courir les Syracusains. Il les pressa d'abord di leur envoyer Gylippe pour les commander, e pour détruire en Sicile les forces des Athéniens puis il leur conseilla de déclarer eux-même: la guerre aux Athéniens. Enfin il les engagea i fortifier Décélie (3) ; ce qui contribua plus qui tout le reste à affaiblir et presque à ruiner h ville d'Athènes. Estimé du public, admiré de particuliers, Alcibiade gagna l'amitié de tous le
(1) Il y avait à Eleusis deux sortes de mystères, les pe lits et les grands. On coramençait par les premiers; e ceux qu'on y avait admis étaient appelés mystes. On ap pelait époptes ceux qui avaient été initiés aux grand mystères. L'époptée était donc la dernière initiation -. ell se pratiquait pendant la nuit, et était le complément de cérémonies par lesquelles on faisait passer les initiés, qu jusqu'alors étaient plongés dans des ténèbres profondes et livrés aux plus vives inquiétudes , aux terreurs les plu cruelles, à des angoisses peu différentes de celles qu'ui mourant éprouve : ce qui a fait comparer par Plutarque dans son Fragment sur Vimmortalité de l'âme, l'initia tion à la mort. Les initiés n'étaient pas encore admis dan le sanctuaire ; mais à la dernière cérémonie les portes di sanctuaire s'ouvraient, la statue de la déesse paraissai dans tout son éclat, et les ténèbres épaisses qui le avaient environnés jusqu'à ce moment désiré faisaien place à une lumière pure, à un Jour doux et serein, (f^ey les Recherches sur les mystères du paganisme , pa Sainte-Croix.)
(2) Lysias, dans son Oraison contre Jndocidès , qu'oi accusait d'être complice dans la profanation des mystères nous a conservé la forme de cette malédiction : « Les pré tresses et les prêtres, dit- il, étant debout, le maudiren sur le soir, en secouant leurs robes de pourpre, suivan l'ancien usage d'Athènes. » Édit. des orateurs grecs d Reiske, t. V,p. 252.
(3) Décélie fut fortifiée par les Spartiates la dernier année de la 91^ olympiade, la 19^ de la guerre; 11 en tt sulta pour les Athéniens les plus grands inconvénienti Ils ne jouissaient plus do leur mine d'argent de Laurium tous leurs revenus de terre étalent interceptés; ils ni pouvaient tirer aucun secours de leurs voisins; on leni enlevait leurs troupeaux ; et tous les mécontents A'M tliénes se retiraient dans cette ville; il s'y était étabt plus de vingt mille esclaves, la plupart professant de métiers utiles. Thucydide , liv. VI, ctiap. xxvn.
Spartiates, et les charma par sa facilité à adop- ■"ter leur manière de \ivre. Ceux qui le voyaient 'se raser jusqu'à la peau, se baigner dans l'eau froide, manger du pain bis et du brouet noir, ne pouvaient se persuader qu'il eût jamais eu de cuisinier, qu'il eût connu des parfumeurs , ou Kju'il eût porté des étoffes de Milet. La qualité ^ai le distinguait le plus, et qui lui servait davantage à charmer les hommes, c'était sa sou- Ltlesse à prendre toutes les formes, à se plier à jous les genres de vie, à changer de mœurs plus jfomptement que le caméléon ne change de couleur, n n'y avait point de manières qu'il ne sût imiter, point de coutumes auxquelles il ne lût se prêter : à Sparte, toujours en exercice, frupl et austère; en lonie , délicat , oisif et volupiieux ; en Thrace, toujours à cheval ou à table ; ' surpassant chez le satrape Tissapherne , par sa lépense et par son faste, toute la magnificence les Perses. Ce n'est pas qu'il passât réellement ! ivec cette indifférence à des habitudes contraires, I li qu'il se fit dans ses mœurs un changement véri I able ; mais comme en suivant son naturel il eût )u offenser ceux avec lesquels il vivait, il savait OU] ours se cou'VTir du masque le plus convenable i leur manière de vivre, et trouvait sa sûreté lans ce déguisement. A Lacédémone, à ne consilérer que son extérieur, on pouvait dire de lui : ^e n'est pas un étranger, c'est un vrai Spartiate ; nais , en le jugeant sur ses actions , on voyait (u'il était toujours le même. « En effet, ajoute Pluarque, il parvint à séduire si bien Timée, femme lu roi Agis , alors absent pour une expédition nilitaire, qu'elle devint grosse de lui, et qu'elle le le cachait pas. Elle accoucha d'un fils qu'elle ippelait en public Léotychidas ; mais dans l'inérieur de sa maison, au milieu de ses amies et le ses femmes , elle lui donnait le nom d'Alci- )iade. II se vantait lui-même que ce n'était ni em- )orté par le désir de faire affront au roi, ni vaincu )ar la volupté, qu'il avait séduit la reme, mais ifin de mettre sur le trône de Sparte un roi de iarace. Tout cela fut rapporté à Agis; et celui-ci y ajouta foi, d'autant plus aisément qu'il ne s'était pas approché de sa femme depuis dix mois. Léotychidas étant né après ce terme, il refusa de le reconnaître , et cet enfant fut dans la suite exclu du trône. »
Après le désastre des Athéniens en Sicile, les habitants de Chio, de Lesbos et de Cyzique envoyèrent des députés à Sparte pour communiquer le dessein qu'ils avaient de se révolter contre Athènes, si l'on voulait les secourir. Les Béotiens favorisaient ceux de Lesbos, et Phamabaze sollicitait pour ceux de Cyzique ; mais, sur le conseil d'Alcibiade, les Spartiates se décidèrent à secourir les habitants de Chio avant tous les autres. 11 s'embarqua lui-même, et fit soulever presque toute l'Ionie ; il accompagna partout les généraux de Lacédémone, et lit aux Athéniens le plus de mal qu'il put. Le roi Agis, qui lui en voulait déjà pour avoir corrompu sa femme , était encore jaloux de sa
NOUV. BIOGR. UNIVERS. — T. I
gloire, et ne pouvait souffrir d'entendre dire que rien ne se faisait et ne réussissait que par Alcibiade. Les plus puissants et les plus ambitieux des Lacédémoniens lui portaient aussi envie; et leur jalousie fut poussée si loin, qu'à force d'intrigues ils obligèrent les magistrats d'envoyer en lonie l'ordre de le faire mourir. Alcibiade en fut secrètement averti ; et, sans cesser d'agir pour les intérêts des Spartiates, il évita de tomber enti'e leurs mains.
Pour plus de sûreté, il se retira chez Tissapherne , satrape du roi de Perse , et eut bientôt un tel crédit auprès de lui, qu'il devint le premier de sa cour. Le satrape ne se piquait ni de franchise, ni de droiture ; fourbe et dissimulé, la méchanceté dans les autres était un titre à sa prédilection. Il admirait donc la souplesse de son nouvel hôte. Alcibiade, il est vrai, savait attacher tant de charmes à sa société , qu'il était impossible de lui résister; ceux même qui le craignaient trouvaient dans son commerce de l'attrait et du plaisir. Alcibiade , qui n'espérait plus de sûreté chez les Spartiates , et qui craignait le ressentiment d'Agis, les décriait auprès de Tissapherne, et le dissuadait de leur donner des secours assez puissants pour accabler les Athéniens. Il lui conseillait de secourir faiblement les premiers, de laisser les deux peuples s'affaiblir et se miner insensiblement, afin qu'après les avoir épuisés l'un par l'autre, il fût plus facile au roi de les soumettre. Tissapherne suivit ce conseil; dans toutes les occasions il montrait son amitié et son admiration pour Alcibiade, qui, par là, se vit également recherché des deux partis qui divisaient la Grèce.
' Les Athéniens , qui avaient déjà beaucoup souffert, commençaient à se repentir des décrets qu'ils avaient portés contre lui , et Alcibiade luimême voyait avec peine l'état fâcheux où ils étaient réduits; il craignait, si Athènes était entièrement détruite , de tomber entre les mains des Spartiates, qui le haïssaient. Toutes les forces des Athéniens étaient alors rassemblées à Samos; c'était de là qu'avec leur flotte ils faisaient rentrer sous leur obéissance les villes qui s'étaient révoltées , contenaient les autres dans le devoir, et pouvaient encore faire tête sur mer à leurs ennemis; mais ils craignaient Tissapherne et les cent cinquante vaisseaux phéniciens , dont l'arrivée , qu'on annonçait comme prochaine , ne leur laisserait aucun espoir de salut. Alcibiade, qui était bien informé de tout, envoya secrètement à Samos vers les principaux Athéniens , et leur fit espérer qu'il leur ménagerait l'amitié de Tissapherne ; non, disait-il, dans la vue de faire plaisir au peuple à qui il ne se fiait pas , mais pour favoriser les grands , si toutefois ils voulaient agir en gens de cœur pour réprimer l'insolence de la multitude, et sauver la patrie en se rendant maîtres des affaires.
Ils écoutèrent volontiers ces propositions. Le seul Phrynichus, l'un des généraux, soupçonna,
ce qui était vrai, qu'Alcibiade, aussi indifférent pour l'oligarchie que pour la démocratie , voulait seulement, à quelque prix que ce fût , obtenir son rappel, et, en calomniant le peuple, flatter l'aristocratie et s'insinuer dans ses bonnes grâces. Il s'opposa donc à ce qu'on proposait; mais son avis n'ayant pas prévalu, il fit dire sous main à Astyochus, amiral de la flotte ennemie, de se défier d'Alcibiade , et de le faire arrêter comme trahissant les deux partis. Il ne se doutait pas que, traître, il s'adressait à un autre traître. Astyochus, qui faisait la cour à Tissapherne, et qui voyait dans quel crédit Aîcibiade était auprès de lui, informa celui-ci de l'avis que Phryilichus lui avait fait donner. Aîcibiade envoya siu'-le-champ à Samos pour accuser Phrynichus, qui, ne trouvant pas d'autres moyens de se tirer d'embarras, voulut remédier au mal par un mal plus grand encore. Il dépêcha tout de suite à Astyochus pour se plaindre de ce qu'il avait trahi son secret, et lui offrit de lui hvrer les vaisseaux et l'armée des Athéniens ; mais la perfidie de Phrynichus ne fit point de tort aux Athéniens : Astyochus le ti'ahit une seconde fois, et donna avis de tout à Aîcibiade. Phrynichus qui le pressentit, et qui s'attendait à une nouvelle accusation de la part d'Alcibiade , se hâta de le prévenir, et de dire aux Athéniens que les ennemis allaient bientôt les attaquer ; il les exhorta de se tenir tout prêts sur leurs vaisseaux , et de fortifier leur camp. Pendant qu'ils s'y disposaient, il leur vint de nouvelles lettres d'Alcibiade, pour les avertir de surveiller Phrynichus, qui avait promis de livrer la flotte aux Lacédémoniens. Les Athéniens n'ajoutèrent pas foi à cette accusation ; ils crurent qu'Alcibiade , qui savait tous les projets des ennemis , en profitait pour calomnier Phrynichus. Quelque temps après , Phrynichus fut tué par un garde.
Les amis qu'Alcibiade avait à Samos envoient alors Pisandre à Athènes pour y changer la forme du gouvernement, et encourager les nobles à se saisir des affaires et à détruire l'autorité du peuple : ils leur faisaient promettre qu'Alcibiade leur pi'ocurerait en retour l'amitié et le secours de Tissapherne. Tel fut le prétexte et le motif du parti qui établit l'oligarchie. Mais lorsque ceux qu'on appelait les cinq mille, quoiqu'ils ne fussent que quatre cents , s'étaient rendus maîtres de toute l'autorité , ils négligèrent Aîcibiade, et ne montrèrent plus la même ardeur pour la guerre , soit qu'ils se méfiassent du peuple qui ne se prêtait que malgré lui à ce changement , soit qu'ils crussent que les Lacédémoniens, toujours portés pour l'oligarchie, en seraient plus disposés à traiter avec eux. Le peuple d'Athènes, effrayé du massacre de ceux qui s'étaient ouvertement opposés à la tyrannie des quatre cents , se tint forcément tranquille.
Les Aihémens qui étaient à Samos furent si indignés de ce qui se passait à Athènes , qu'ils résolurent sur-le-champ de faire voile sur le Piréej
et ayant appelé Aîcibiade, ils l'élurent général, et lui ordonnèrent de se mettre à leur tête pour détruire les tyrans. Par une conduite digne d'un grand capitaine, il arrêta cette démarche précipitée ; et, prévenant la faute qu'ils allaient commettre , il sauva la ville d'Athènes. S'ils eussent mis à la voile pour retourner dans l'Attique, aussitôt les ennemis, sans coup férir, se seraient rendus maîtres de l'Ionie entière, de l'Hellespont et de toutes les îles, pendant que les Athéniens, portant la guerre dans leurs murailles, auraient combattu les uns contre les autres. Aîcibiade seul l'empêcha, en leur faisant sentir le danger d'un tel projet. Un second service qu'Alcibiade rendit à sa patrie , c'est qu'ayant promjs de faire tous ses efforts pour déterminer les vaisseaux phéniciens que les Spartiates attendaient du roi de Perse , à se réunir à la flotte athénienne, ou du moins à ne point se joindre à celle des ennemis, il se hâta d'aller au-devant de ces vaisseaux : Tissapherne, à son instigation, trompa les Lacédémoniens, et ne leur amena pas sa flotte, qui avait déjà paru auprès d'Aspende. Mais dans la suite Aîcibiade fut accusé par les deux partis d'avoir détourné ce secours ; les Lacédémoniens surtout lui reprochèrent d'avoir conseillé au sati-ape de laisser les Grecs se détruue les uns par les autres. Il n'était pas douteux que celui des deux peuples auquel se serait jointe une flotte si considérable, n'eût enlevé à l'autre la victoire et l'empire de la mer.
La tyrannie des quatre cents fut bientôt renversée ; et les amis d'Alcibiade ayant embrassé avec chaleur le parti démocratique , le peuple voulut rappeler ce général, et lui envoya l'ordre de revenir à Athènes. Mais, dédaignant devoir son rappel à la compassion et à la faveur populaire, il ne voulait y reparaître qu'avec gloire. Il partit donc de Samos à la têtede quelques vaisseaux, et alla croiser autour des îles de Cos et de Cnide. Là, ayant appris que Mindare, amiral de Sparte, faisait voile vers l'HelIespont avec toute sa flotte , et qu'il était poursuivi par les Athéniens, il vola au secours de ces derniers. Le hasard fit qu'il arriva avec ses dix-huit vaisseaux au moment où les , deux flottes étaient engagées dans un grand combat qui avait duré jusqu'aux approches de la nuit, et dans lequel l'avantage avait été plusieurs fois incertain. Son apparition trompa également les deux armées ; les ennemis reprirent courage, et les Athéniens se troublèrent. Mais Aîcibiade, arborant aussitôt les enseignes amies , fond avec impétuosité sur les Péloponésiens, qui pressaient vivement leurs adversaires. Il les met en fuite, les pousse contre terre, brise leurs vaisseaux, çt fait un grand carnage de ceux qui se jetaient ? la mer pour lui échapper.
Enflé d'un succès si brillant , Aîcibiade voulqt se montrer à Tissapherne dans tout l'éclat de son triomphe ; il fit provision de présents magiiifi([ues, et alla le trouver avec un appareil pompeux. ï\ ne fut pas reçu comme il l'avait espéré : Tissa-
pheme, dont les Lace'démoniens se plaignaient depuis longtemps , et qui craignait d'en être un jour puni par le roi, jugea qu'AIcibiade venait fort à propos; et pour se défendre, par cette injustice, contre les accusations des Spartiates , il le retint prisonnier. Mais, au bout de trente jours, Alcibiade ayant trouvé le moyen de se procurer un cbeval, trompa ses gardes, s'enfiait à Clazomène; et, pour se venger de Tissapherne, fit courir le bruit que c'était lui qui l'avait relâché. Il s'embarque aussitôt et se rend à la flotte des Athéniens , où il apprend que aiindare et Pharnabaze étaient ensemble à Cyzique. Alors il exhorte ses soldats, et leur représente qu'il est pour eux de toute nécessité de combatti'e lem's ennemis par terre et par mer, et même d'assiéger Cyzique; qu'une victoire complète pouvait seule leur procurer des vivres et de l'argent. Il les embarqua donc, et ayant jeté l'ancre près de l'île de Proconèse, il ordonne d'enfermer au milieu de la flotte les vaisseaux légers , et de prendre garde que les ennemis n'aient aucun soupçon de son arrivée. Il survint par bonheur ime grande pluie, accompagnée d'éclats de tonnerre et d'une épaisse obscurité, qui favorisa son dessein et en cacha les apprêts. Non-seulement les ennenais ne se doutèrent de rien , mais les Athéniens eux-mêmes , qu'il avait fait embarquer beaucoup plus tôt qu'ils ne s'y attendaient, s'aperçurent à peine qu'ils étaient partis. Bientôt l'obscurité s'étant dissipée, on put apercevoir les vaisseaux des Péloponésiens qui étaient à l'ancre dans le port de Cyzique. Alcibiade , qui craignait que la vue d'une flotte si nombreuse ne déterminât les ennemis à gagner le rivage , donne ordre aux capitaines de n'avancer que lentement; et, prenant avec lui quatre galères , il se présente aux ennemis et les provoque au combat. Trompés par cette ruse et méprisant le petit nombre , ils fondent sur les Athéniens et engagent l'action; mais pendant qu'ils en étaient aux mains, les auti-es vaisseaux arrivent. Saisis d'effroi à cette vue, les Péloponésiens prennent la fuite. Alcibiade, avec vingt de ses meilleurs vaisseaux , se met à leur poursuite, s'approche durivage, débarqueses troupes, et presse vivement les fuyards, dont il fait un grand carnage. Mindare et Pharnabaze étant vepus à leur secours, il les défit complètement; Mindare fut tué en combattant avec courage , et pharnabaze prit la fuite.
Après la prise de Cyzique, Alcibiade s'empara de Chalcédoine, de Byzance, de toutes les places importantes de l'Hellespont, et rendit aux Athéniens l'empire de la mer. Après tant d'exploits brillants, il revint dans sa patrie. On raconte qu'il n'approcha du Pirée qu'avec crainte; et lorsqu'il y fut entré , il ne voulut descendre de sa galère qu'après avoir aperçu plusieurs de ses parents et de ses amis qui, étant venus au-devant de lui, le pressaient de descendre. A peine fut-il rendu à terre , que le peuple courut en foule à lui, poussant des cris de joie. Us le saluaient tous, ils
suivaient ses pas et lui offraient à l'envi des couroimes. On se disait mutuellement que l'expédition de Sicile n'aurait pas été manquée , si on avait laissé à Alcibiade la conduite des affaires et le commandement de l'armée, lui qui, ayant trouvé Athènes privée de l'empire de la mer, l'avait relevée de ses ruines, et l'avait fait triompher par terre de tous ses ennemis. Le décret de son rappel avait été porté par le peuple, sur la proposition de Critias.
Le peuple s'étant assemblé, Alcibiade comparut devant lui ; et après avoir déploré ses malheurs, après s'être plaint légèrement et avec modestie des Athéniens , il rejeta toute sa mauvaise fortune sur un démon jaloux de sa gloire. Il parla ensuite avec assez d'étendue des espérances de l'ennemi, et exhorta le peuple à repiendre courage. Les Athéniens lui décernèrent des couronnes d'or, le déclarèrent généralissime sur terre et sur mer, le rétablirent dans tous ses biens, et ordonnèrent aux eumolpidcs et aux hérauts de rétracter les malédictions qu'ils avaient prononcées contre lui par ordre du peuple. Par son affabilité , par ses largesses , par la pompe magnifique avec laquelle il fit faire les processions des mystères d'Eleusis, « Alcibiade, ajoute Plutarque, gagna tellement l'affection des pauvres et des dernières classes du peuple, qu'ils conçurent le plus violent désir de l'aA^oir pour roi, et que quelques-uns même allèrent jusqu'à lui dire qu'il devait se mettre au-dessus de l'envie et abolir les décrets et les lois , écarter tous les importants qui troublaient l'État par leur babil , disposer de tout à son gré, sans s'embarrasser des calomniateurs. On ne sait pas quelles pensées il avait sur la tyrannie; mais les plus puissants d'enti'e les citoyens , craignant les suites de cette faveur populaire, pressèrent extrêmement son départ, en lui accordant tout ce qu'il voulait et lui donnant les collègues qu'il demanda. »
Alcibiade l'ut renvoyé en Asie avec cent vaisseaux. Ayant débarqué à l'île d'Andros, il battit les troupes des Lacédémoniens; mais il ne prit pas la ville , et ce fut la première des accusations que ses ennemis intentèrent dans la suite contre lui. La grande opinion que ses exploits précédents donnaient de sa hardiesse et de sa prudence le fit soupçonner d'avoir manqué par négligence ce qu'il n'avait pas exécuté , parce qu'on était [lersuadé que rien de ce qu'il voulait faire ne lui était impossible. On espérait aussi, de jour en jour, apprendre la réduction de Chio et du reste de rionie ; et , trompé dans cette attente , on ne songeait pas qu'il faisait la guerre contre des peuples à qui le roi de Perse fournissait tout l'argent dont ils avaient besoin , tandis qu'il était lui-même souvent obligé de quitter son camp pour aller chercher de quoi payer et faire subsister ses troupes. Ce fut là le prétexte de la dernière inculpation qu'on lui fit. Lysandre, que les Lacédémoniens avaient envoyé prendre le commandement de la flotte, donnait à ses marins, sur l'argent
que Cyrus lui fournissait , quatre oboles au lieu de trois. Alcibiade , qui avait bien de la peine à en payer ti'ois aux siens , alla dans la Carie pour y ramasser quelque butin. Antiochus, à qui il avait laissé le commandement de la flotte , était un bon pilote , mais un homme étourdi et entreprenant. Alcibiade lui avait défendu de combattre, quand même il serait provoqué par les ennemis. Mais Antiochus eut si peu d'égard à cette défense et porta si loin la témérité , qu'ayant rempli son vaisseau de soldats, il cingla versEphèse, et passa le long des proues des vaisseaux ennemis, provoquant par des outrages et des injures ceux qui les montaient. Lysandre se contenta de détacher quelques galères pour lui donner la chasse. Mais les Athéniens étant venus au secours de leur général, Lysandre fit avancer toute sa flotte, les battit, tua Antiochus, s'empara de plusieurs vaisseaux, fit un grand nombre de prisonniers, et dressa surle-champ un trophée. Alcibiade , informé de ce désastre, revint à Samos, et, s'étant mis à la tête de toute la flotte , alla présenter la bataille à Lysandre, qui, content de sa victoire, ne sortit pas à sa rencontre.
n y avait dans le camp d'Alcibiade un de ses plus grands ennemis , Thrasybule , qui partit sur-le-champ pour aller l'accuser à Atliènes ; et afin d'irriter ceux des Athéniens qui étaient déjà mal disposés pour lui , il dit au peuple que c'était par un abus odieux de sa puissance qu' Alcibiade avait ruiné les affaires et perdu la flotte ; que , livrant le commandement à des hommes débauchés et ineptes , il allait s'enrichir dans les pays voisins , et s'abandonner aux excès les plus honteux au milieu des courtisanes d'Abyde et de l'Ionie , pendant que l'armée ennemie était si près de celle des Athéniens. On lui reprochait aussi les forts qu'il avait bâtis en Thrace , près de la ville de Byzance , afin de s'y ménager une retraite, ne pouvant et ne voulant pas vivre dans sa patrie. Les Athéniens ajoutèrent foi à ces accusations ; et, n'écoutant que leur aniraosité, ils nommèrent d'autres généraux. Alcibiade, informé de ce qui se passait et craignant qu'on n'allât plus loin encore, quitta le camp, et, rassemblant des troupes étrangères, il alla faire la guerre à des peuples de Thrace qui vivaient dans l'indépendance. Il tira de grandes sommes d'argent du butin qu'il avait fait, et sa présence mit les Grecs à l'abri des incursions des barbares. Quelque temps après, les généraux Tydée, Ménandre et Adimante, qui étaient à iEgos-Potamos avec tout ce qu'il restait alors de vaisseaux aux Athéniens , avaient pris l'habitude d'aller tous les matins , à la pointe du jour, provoquer Lysandre , qui se tenait à Lampsaque ; ils s'en retournaient ensuite, et passaient la journée négligemment et en désordre, en affectant un grand mépris pour les Lacédémoniens. Alcibiade, qui n'était pas éloigné d'eux , sentit le danger de leur position, et crut devoir les en avertir. Il monte à cheval, va trouver les généraux, et leur représente qu'ils occupent un poste désavanta-
geux sur une côte qui n'a ni ports, ni villes, et où ils sont obligés de tirer leurs provisions de Seste, qui était fort éloignée; qu'ils souffrent imprudemment que leurs matelots , lorsqu'ils descendent à terre , se dispersent et se répandent en liberté partout où ils veulent, tandis qu'ils sont en présence d'une flotte ennemie, accoutumée à obéir sans réplique aux ordres absolus de son général. Il leur conseilla donc de se rapprocher de Seste ; mais les généraux ne voulurent pas l'écouter : Tydée même lui dit avec fierté de se retirer ; que ce n'était paslui qui commandait la flotte.
Sa prévoyance sur les fautes que faisaient les généraux athéniens fut bientôt justifiée par l'événement. Lysandre ayant fondu sur eux lorsqu'Us s'y attendaient le moins , il ne se sauva de toute la flotte que huit vaisseaux, que Conon emmena ; tous les autres, au nombre d'environ deux cents , furent pris et conduits à Lampsaque avec trois mille prisonniers, que Lysandre fit égorger. Peu de temps après , il se rendit maître d'Athènes, brûla tous les vaisseaux , et détruisit les longues murailles du Pirée.
Alcibiade, à qui les exploits de Lysandre faisaient redouter les Lacédémoniens, qu'A voyait maîtres de la terre et de la mer, se retira en Bithynie, emportant avec lui de grandes richesses. Dépouillé par les Thraces de Bithynic d'une grande partie de sa fortune, il résolut d'aller à la cour d'Artaxerxe, persuadé que ce prince, dès qu'il l'aurait connu, ne le jugerait pas moins utile à son service que Thémistocle. Sa démarche avait d'ailleurs un motif plus honnête : il n'allail pas, comme celui-ci, offrir son bras au roi contre ses concitoyens, mais lui demander desecourii sa patrie contre ses ennemis. Il pensa que Pharnabaze lui donnerait les moyens d'aller trouver Artaxerxe en toute sûreté : s'étant rendu en Phrygie , il lui fit assidûment sa cour et en fui bien traité.
Cependant les Athéniens supportaient avec peine la perte de leur domination ; ils se rappelaient toutes les fautes qu'ils avaient commises, et dont la plus funeste était leur second emportement contre Alcibiade , qu'As avaient chassé sans motif réel. Ils conservaient encore un rayon d'espérance et ne croyaient pas tout perdu , tant qu'Alcibiade vivait. Si dans son premier exil il n'avait pu se résoudre à rester dans l'inaction, il devait encore moins alors , pour peu qu'il en eût le moyen , souffrir l'insolence des Lacédémoniens et les cruautés des tyrans. Ce n'était pas sans une apparence de raison que le peuple se berçait de ces idées , puisque les trente tyrans eux-mêmes mettaient un soin et une attention extrêmes à s'informer de ce que faisait et de ce que projetait Alcibiade. Enfin , Critias fit observer à Lysandre que les Lacédémoniens ne seraient jamais assurés de l'empire de la Grèce, si la démocratie subsistait à Atliènes; que lors même que les Athéniens se soumettraient avec douceur au gouvernement oligarchique, Alcibiade, tant qu'il
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vivrait, ne les laisserait pas s'accoutumer tranquillement à l'état présent des choses. Mais ces discours auraient fait peu d'impression sur Lysaudre, s'il n'eût enfin reçu de Sparte une scytale qui lui ordonnait de se défaire d'Alcibiade. Lysandre fit donc passer cet ordre à Pharnabaze, pour le faire exécuter ; et le satrape en chargea Magée son frère, et son oncle Tysamithrès.
Alcibiade ^^vait alors dans un bourg de Phrygie avec Timandra , sa concubine. Ceux, qu'on avait envoyés pour le tuer n'osèrent pas s'en approcher : ils environnèrent la maison, et y mirent le feu pendant la nuit. Alcibiade, réveillé en sursaut, ramassa tout ce qu'il put de hardes , et les jeta dans le feu ; puis, s'entourant le bras gauche de son manteau , il s'élança l'épée à la main à travers les flammes. A sa vue, tous les barbares s'écartèrent ; mais ils l'accablèrent de loin sons une grêle de flèches , et le laissèrent mort sur la place. Quand les barbares se furent retirés, Timandra enleva le corps d'Alcibiade, et lui donna une sépulture convenable. Telle fut la fin d'un des hommes les plus extraordinaires de l'antiquité , in quo, dit Cornélius Népos, natura quld ej'ficere possit videtur experta.
Plutarque, Alcibiade. — Thucydide, I. — Xénophon, Histoire grecque. — Diodore de Sicile. — Cornélius Népos. — Virgilio M.ilvezzi , Considerazioni con occasione d'alcuni luoyhi délie vite d Alcibiade e di Coriolano; Bologne, 1648, in- 16. — A.-G. Meissner, ^iciftiaties,- Leipz., 178a-1788, 4 vol. in-8''. — J.-H. Joanin, Histoire d'Alcibiades, etc.; Paris, 1819, ln-8°. — Julius Wiggers, Quœstiones criticœ et historicx de Cornelii Nepotis Alcibiade; IJps., 1833, in-S". — W. Vischer, Alcibiades und Lysandros, etc.; Bas., 184S, ln-8''.
* ALCIBIADE, martyr de la foi chrétienne, mort à Lyon en 177. Eusèbe en parle dans son Histoire ecclésiastique, liv. V, chap. in.
ALCiDAMAS ('AXxi8â[xaç), rhéteur grec, natif d'Élée, en Asie Mineure. Il était élève de Gorgias et contemporain d'Isocrate, qui vivaitde 336 à 338 avant J.-C. On a sous son nom deux discours ou essais de rhétorique, intitulés, l'un : 'OSucaeùç, ■?] xaxà riaXa(j,r,5ouçTrpoSo(7Îa(; (Ulysse, ou contre Palamède pour cause de trahison ) , et l'autre : Depî Twv Toùç ypantobc, làyovc, ypaçôvxwv, ?! Ttspt SoçKJTwv (sur ceux qui font des discours écrits, ou sur les Sophistes ). Le premier discours est mis dans la bouche d'Ulysse, accusant Palamède d'avoir trahi la cause des Grecs au siège de Troie ; le second contient des diatribes et des lieux communs contre ceux qui ne savent pas improviser. H est douteux que ces écrits soient d'Alcidamas. On les trouve imprimés dans la collection des orateurs grecs d'Aide Manuce, Venise, 1513; dans l'édition de Reiske, 1774, et dans Bekker, Oratores Attici, 1823. Ils ont été traduits en français par l'abbé Auger, 1781, in-8°, et en allem. par Ditthey, 1827, in-4°.
Fabdcius, Bibliotheca grœca, t. Il, p. 776.
*ALCIMACHUS, peintre grec, probablement contemporain d'Alexandre le Grand. Pline cite de lui un tableau qui représentait l'Athénien Dioxippe remportant, tout nu, la victoire, aux
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jeux Olympiques, sur un Macédonien, couvert de son armure, riine, Histoire naturelle, t. XXXV, p. 13.
ALCiME, grand prêtre des Juifs sous le règne d'Antiochus Eupator, vers 163 avant J.-C. Accusé d'idolâtrie et chassé de Jérusalem , il demanda des secours à Démétrius, se rendit maître de Jérusalem , et entreprit de démolir le sanctuaire du temple, lorsqu'il mourut subitement.
I Macchabée, VII, 9. — Josèphe, Antiq.jud-, 1. XII, 9.
ALCIME ou ALCiMUS (Alethius), historien, orateur et poète, vivait dans le quatorzième siècle de J.-C. Suivant Ausone, il enseignait la rhétorique à Burdigala (Bordeaux), et, suivant Sidoine Apollinaire, à Nitiobriges ( Agen ). On a cru, d'après un passage d' Ausone, qu'il avait écrit V Histoire de Julien l'Apostat, et celle de Salluste, consul et préfet des Gaules, sous le règne de cet empereur. Il ne nous reste de lui que sept petits poèmes ou épigrammes élégants, imprimés dans Meyer, Anthologia veterum Latinorum epigrammatuin etpoematum, Leipzig, 1835, in-8°. Voici son épigramme sur Homère et Virgile :
Mœonio vati qui par aut proximus csset Consultas Paean risit, et haec cecinit :
Si potuit nasci quem tu sequereris, Homère, Nascetur qui te possit, Homère, sequi.
Wernsdorf, Poetœ latinî minores. — Meyer, Anthologia.
*Ai,ciMÉNÈs ('AXxifxÉvïiç) , poëte comique d'Athènes, paraît avoir été contemporain d'Eschyle. Quelques critiques l'ont confondu avec Alcman. Ptolémée Héphestion cite de lui un poème intitulé KoXy[xgcù(7at (les Plongeuses), que Suidas énumère panni les pièces d' Alcman, et dont il ne nous reste aucun fragment.
Bode, Geschichte der dramat. DicktJcunst der Hellenen. — Meineke, Historia critica comicorum grsecorum. —Ptolémée Héphestion, p. 30, édit. Roulez.
ALCiNOUS, premier roi des Phéaciens dans l'île de Corcyre, fils de Nausithoiis et de Péribée. H brille dans VOdyssée par la magnificence de sa cour, par la beauté de ses jardins, et par l'hospitalité bienveillante avec laquelle il accueillit d'abord les Argonautes, puis Ulysse, après le naufrage que le roi d'Ithaque avait fait sur la côte de son île. Nausicaa était la fille d'Alcinoiis.
Britannicus, inJuvcnal. Satyr. ,\.lSi. — Uor ace, Epist. u, 1. 1.
*ALCiNOÙs ('AXxîvouç), philosophe platonicien, vivait probablement dans le premier siècle de notre ère. Il écrivit une introduction à la philosophie de Platon sons le titre : 'EuiTOfiy; -n ôiôacrxaXixôv twv IlXàTcovoç 6oY(J.àTCjûv. Cet ouvrage n'a pas une grande valeur au point de vue philosophique et fittéraire. L'auteur attribue à Platon la connaissance de toutes les formes de syllogismes, parce que ses disciples en ont fait usage. Il déclare que nous ne pouvons nous élever à l'idée infinie de Dieu que par voie de négation ou d'analogie. Il représente l'àme du monde ( 'h 4'^5C^ '^^^ x6(yp.ou ) comme incréée , que Dieu