‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 170 sur 180 · C. Alexandre de Judée · texte numérisé non relu

C. Alexandre de Judée

ALEXANDRE JANNIÉE ('AXé^avSpoç 'lavvaïo; ), roi de Judée, mort l'an 78 avant J.-C. Il succéda, l'an 105 avant J.-C, à sou frère Aristobule. Profitant des guerres civiles qui divisaient la Syrie, il vint mettre le siège devant Ptolémaïs, et envoya des détachements pour surprendre Dora et Gaza; mais il se vit bientôt obligé de courir à la défense de son royaume attaqué par Ptolémée-Lathyrus, alors roi de Chypre, qui le défit sur les bords du Jourdain ( 101 avant J.-C. ). Alexandre fut secouru par la propre mère de Ptolémée, qui avait exilé son fils eu Chypre. Après avoir conclu avec elle une alliance à Scythopolis, il recommença ses attaques : il prit Gaza , réduisit la ville en cendres et égorgea les habitants ; il châtia de même quelques autres places qui avaient assisté Ptolémée. De retour â Jérusalem, il fut si mal accueilli des pharisiens et du peuple,

799 ALEXANDRE { Princes anciens, judée, macédoine)

qui l'accusaient de sui\Te le parti des «adducéens. Dès ce moment il ne voulut plus confier sa personne à ses concitoyens , et prit à sa solde six mille mercenaires. lia haine dégénéra bientôt en une révolte ouverte en 95 avant J.-C. Pendant qu'Alexandre officiait comme grand prêtre dans la cérémonie de la fête des Tabernacles, la multitude lui lança des citrons, l'accablant de violents reproches. A cette sortie, il lâcha ses soldats, qui tuèrent près de six mille hommes du peuple. Depuis ce moment, il ne se montra plus en public qu'accompagné d'une garde de Libyens et de Pisidiens.

Alexandre tourna ensuite ses armes contre les pays situés à l'est du Jourdain : il réduisit , en 94 avant J.-C, les Arabes de Giléad et les Moabites. L'année suivante , il s'empara de la forteresse d'Amathus, qu'il avait d'abord assiégée vainement. Il marcha ensuite contre Obodas, émir des Arabes de Gaulonitis, et tomba dans une embuscade dans les montagnes près de Gadara : son armée fut taillée en pièces , et luimême échappa avec peine au massacre. Ce revers devint le signal d'une nouvelle révolte de ses sujets, excités par les pharisiens. Elle fut suivie d'une sanglante guerre civile , où périrent , dit-on , près de cinquante mille insurgés. Au rapport de Josèphe, Alexandre inspirait une telle aversion à ses sujets , que , inteiTogés sur ce que le roi pouvait faire pour les calmer, ils répondirent : « Qu'il nous fasse mourir ! » Les rebelles, qui avaient pour alliés les Arabes , les Moabites , et Démétrius-Eucœrus , roi de Damas, eurent d'abord l'avantage : ils forcèrent le roi à se réfugier dans les montagnes, après avoir décimé son armée de mercenaires grecs ( 86 avant J.-C). Mais, plus tard, six mille Juifs désertèrent la cause des rebelles , et prêtèrent assistance à Alexandre , qui remporta une victoire décisive. Les actes d'atrocité qu'il commit à cette occasion lui valurent le surnom de Thrace : huit cents des principaux chefs rebelles fm'ent crucifiés, et, pendant qu'ils étaient attachés à la croix, le roi faisait massacrer à leurs pieds leurs femmes et leurs enfants , et servir un dîner somptueux. Dès ce moment, il n'y eut plus d'insurrection.

Alexandre fit ensuite , pendant trois ans , une guerre heureuse, et agiandit beaucoup son royaume. En 82 avant J.-C, il revint à Jérusalem , où il mena une vie de débauche , et mourut d'une fièvre quarte , après vingt-sept ans de règne. Il laissa le royaume à sa femme Alexandra, avec le conseil de rechercher l'appui des pharisiens. Nous avons d'Alexandre Jannée plusieurs médailles : d'un côté , on lit , en grec , 'AXe- ÇàvSpou paaiXéw; ; de l'autre, en hébreu, "rriain^ d'où l'on peut conclure que son véritable nom était Jonathan , changé par les Grecs en Jannée ('lavvaïoç).

Josèphe , Jvdaïc. Antiq., XIII, c. xii-xv. — Gesenius, dans Ersch et Gniber, Enct/clopëdie allemande. — Jost, Histoire des Israélites ( en allemand}.

ALEXANDRE, prince de Judée, mort en 49 avant J.-C 11 était fils d'Aristobule II et petit-fils a d'Alexandre Jannée. Après la conquête de la Judée en 63 avant J.-C, il fut emmené prisonnier à Rome avec sa famille par Pompée, et figura dans le triomphe de ce général romain. Il s'échappa de sa captivité , et reparut en Palestine vers 57 avant J.-C. Il parvint à rassembler dix mille hommes de pied et quinze cents chevaux. Il fortifia les châteaux d'Alexandrion et de Maclieron au pied des montagnes d'Arabie, et fit de là des incursions dans toute la Judée. Hircan, que Pompée avait mis sur le trône, hors d'état de lui résister, implora le secours des Romains. Gabinius, proconsul de la Syrie, détacha son lieutenant Marc-Antoine, qui défit Alexandre près de Jérusalem. Pendant un voyage de Gabiniiis en Egypte, ce prince se souleva de nouveau , et fut de nouveau défait près du mont Thabor (56 avant J.-C.) L'année suivante, Gabinius fut rappelé du gouvernement de la Syrie, qu'il céda à Crassus. Après la mort de celui-ci (en 53 avant J.-C), Alexandre leva de nouvelles troupes. Mais lorsque Cassius vint en Judée ( 52 avant J.-C. ) avec les débris de l'armée de Crassus, il força le prince juif à accepter la paix. Au moment où éclata la guerre civile entre César et Pompée (49 avant J.-C. ), le premier résolut de renvoyer Aristobule en Judée; mais quelques partisans de Pompée l'empoisonnèrent le jour même de sa mise en liberté. Alexandre, qui se disposait à recevoii' son père, fut arrêté et mis à mort par Q. Métellus Scipion, gendre de Pompée. — Cette histoire d'Alexandre et de son père Aristobule est asse? obscure et embrouillée. Les historiens romains n'en ont parlé que très-incidemment.

Josèphe , Antiq. Jud., XIV, 5-7; Bellum Jud., I, 8, 9.

D. Alexandre de Macédoine.

ALEXANDRE ( 'AXÉ^avôpoi; ), nom de cinq rois de la Macédoine , dont le plus célèbre est Alexandre III , surnommé le Grand. Les voici dans l'ordre chronologique :

ALEXANDRE i'^'", dixième roi de Macédoine, surnommé le Riche, mort vers 462 avant J.-C. Il était fils d'Amyntas F'' , auquel il succéda l'an 500 avant J.-C. Il fit massacrer, par des femmes armées, les envoyés perses qui venaient demander à tous les Grecs de la terre et de l'eau, en signe de soumission absolue. 11 apaisa la colère du satrape Mégaba/.e en donnant sa sœur Gyge à Bubarès , général perse , et en le comblant de riches présents. Ces faits se passèrent encore du vivant d'Amyntas , vers 507 avant J.-C. En 492, la Macédoine fut complètement soumise par Mardonius ( Hérodote, VI, 44). Dans la seconde invasion des Perses , en 480 avant J.-C, Alexandre fut contraint de fournir au roi de Perse des troupes auxiliaires contre la Grèce. Après la bataille de Salaminc, Mardonius, posté en Thessalie envoya Alexandre

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comme ambassadeur à Athènes, pour déterminer cette cité à conclure la paix avec Xerxès. Mais les Athéniens résolurent, peut-être sur les suggestions mêmes de cet ambassadeur, de continuer à combattre l'ennemi à outrance. La veille , à la victoire de Platée, Alexandre avertit secrètement les généraux grecs que Mardonius se disposait à livrer bataille le lendemain, et leur conseilla de n'abandonner à aucun prix leur position, parce que, sous peu de jours, les Perses seraient, :dute de vivres, obligés de se rendre.

Alexandre fut le premier roi de Macédoine jui se présenta lui-même aux jeux Olympiques, 'aisant valoir sa qualité de Grec, comme origilaire d'Argos. On ne sait que peu de chose sur 'administration intérieure de son royaume. D se listingua par son amour du faste et par sa li- )éralité. Il attira à sa cour Pindare et les plus îélèbres poètes de son temps. La durée de son ègne est fort incertaine : nous savons seulement tar Plutarque ( Cimon, 14 ), qu'Alexandre était ncore en vie en 463 avant J.-C., et qu'il mourut leu de temps après. H laissa trois fils, Perdiccas, wlcétas et Philippe. Le premier lui succéda sous î nom de Perdiccas II.

Hérodote, VIII, 129; V, 17-22 ; VIII, 140-143 ; IX, 44, 45.

- Justin, VII, 2, 3, 4. — Thucydide, I, 137 ; II, 99. — Clin- )n, Fasti Hellenici.

ALEXANDRE 11, seizième roi de Macédoine , lort en 367 avant J.-C. Il succéda, en 369 avant .-C, à son père Amyntas II. Il ne régna qu'un iQ et quelques mois. Peu de temps après son vénement, il fut appelé par les Aleuades, nobles e Thessalie, pour les aider à combattre Alexanre, tyran de Phères {voyez ce nom). Il se endit à cet appel , s'empara de Larisse, et mit e la garnison dans plusieurs places de la Thesîlie, non pour aider les Thessaliens à recouvrer iUr Uberté , mais pour les soumettre à son prore pouvoir. Rappelé dans ses États par la révolte e Ptolémée d'Alorus, il implora à son tour le ecours des Thébains, qui lui envoyèrent Péloidas. La paix ayant été rétabhe , Alexandre onclut une alliance avec les Thébains, et leur onna, entre autres otages, Philippe, père d'Aîxandre le Grand. Peu de temps après, Alexanre fut assassiné à un banquet par des sicaires e Ptolémée d'Alorus ; suivant d'autres, il tomba ictime des intrigues de sa mère Eurydice. Déaosthène {Defalsa legatione, p. 402) menionne un certain ApoUophane conune meurtrier l'Alexandre.

Diodore, XV,60, 61, 71, 77 ; XVI, 2. — Eschine. — Justin, II, K. — Plutarque, Pélopidas, 26, 27. — Athénée, XIV.

- Clinton, Fasti liellenici. — Thirwall, liistory of ireece, IV, p. 162.

ALEXANDRE iiï, suiTiommé le Grand, roi le Macédoine , né à Pella en automne de l'an 156 avant J.-C, mort à Babylone au printemps de 'an 323 avant J.-C. C'est là le premier membre le cette grande tétrade (Alexandre, César, Jharlemagne et Napoléon ) qui a tant remué le nonde , pour ne laisser que des débris ou des

NOUV. EIOGR. UNIVERS, — T. I.

anciens, macédoine) sô2

souvenirs, rarement quelques institutions durables. Alexandre était fils d'Olympias et de Philippe , roi de Macédoine , auquel il succéda en 336 avant J.-C. Du côté de son père il descendait de l'Hérachdé Caranus, premier roi de Macédoine , et par sa mère il appartenait à la maison royale d'Épire , qui faisait remonter son origine à Achille , le héros de la guerre de Troie ; Olympias était fille de Néoptolème, prince des Molosses, et sœur d'Alexandre d'Épire, qui périt en Italie. Le même jour où Philippe reçut la nouvelle de la naissance de son fils , on lui annonça la soumission des Illyriens par son général Parménion, et sa propre victoire aîlx jeux Olympiques ; mais le même jour aussi le magnifique temple de Diane à Éphèse fut réduit en cendres. Les historiens n'ont pas manqué de faire ressortir cette coïncidence d'événements, embellie de fables , pour le besoin de leur mise en scène. La première éducation d'Alexandre fut confiée à Léonidas , homme austère, parent d'Olympias , et à Lysmiaque d'Acarnanie , qui avait gagné la faveur du roi par de basses flatteries. A l'âge de treize ans , il eut pour précepteur Aristote. Aulu-Gelle a conservé la lettre (supposée) par laquelle Philippe invite ce philosophe à se rendre à sa cour. Jamais prince n'eut pour précepteur un aussi grand maître. Aristote composa, à l'usage de son élève, un livre sur l'art de gouverner : ce livre ne nous a pas été consei-vé. Ses lettres à Alexandre ne sont pas authentiques. L'éducation physique du jeune Alexandre n'était pas moins soignée que son éducation morale; il excellait dans tous les exercices du corps , et nul autre que lui ne pouvait monter ce cheval fougueux si connu sous le nom de Bucéphale. L'Iliade fut sa lecture favorite , et Achille, son modèle; nourrissant ainsi, dès son enfance, l'ambition de devenir un grand capitaine.

Philippe entreprit une expédition contre Byzance , et chargea son fils , alors âgé de seize ans, de le remplacer à la tête du gouvernement. On raconte que, pendant l'absence de son père, Alexandre leva des troupes pour combattre des tribus rebelles , et s'empara de leur ville. Deux ans plus tard (en 338 avant J.-C. ), il signala sa bravoure à la bataille de Chéronée : il rompit les rangs de l'ennemi, mit en déroute le bataillon sacré des Thébains , et décida la victoire. Philippe était fier de son fils ; il aimait à entendre les Macédoniens le nommer déjà leur roi , tandis que lui-môme ne voulait être que leur général. Cette harmonie fut troublée dans les dernières années du règne de Philippe, depuis que celuici avait répudié Olympias pour épouser Cléopâtre, nièce d'Attale. Cependant une réconciliation eut lieu : elle devait être cimentée par le mariage de la fille de Philippe avec le frère d'Olympias ; mais le jour même de ce mariage Philippe fut assassiné (en 336 avant J.-C), et on accusa Alexandre d'avoir trempé dans le parri-

ALEXAINDRE {Princes anciens, macédoine

cide. Cependant il n'y a aucune preuve contre lui, bien qu'on puisse admetti-e qu'il avait eu au moins connaissance du complot.

Quoi qu'il en soit, son premier acte de justice fut de punir les assassins de son père ; ensuite il déclara les Macédoniens exempts de toutes charges, excepté de fournir des hommes pour la guerre. Il se concilia ainsi l'estime et l'amour de ses sujets. Rien n'aurait terni les premiers rayons de sa gloire , s'il n'eût pas laissé Olympias assouvir sa vengeance sur Cléopàtre et son fils , et fait lui-même tuer Atlalus , qu'il soupçonnait d'intelligence avec les Grecs. Ce peuple, séduit par ses orateurs, se préparait à prendre de nouveau les armes. Les Acarnaniens rappelèrent tous ceux que Philippe avait bannis ; les Ambraciotes chassèrent de leur ville la garnison macédonienne : les Thébains ayant imité cet exemple, déclarèrent encore par un décret qu'il ne fallait pas reconnaître Alexandre pour général de la Grèce ; les Arcadiens , les seuls qui n'eussent pas donné cette qualité à Philippe, étaient encore moins disposés à l'accorder à son fils; enfin les Argiens , les Éléens , les Lacédémoniens et les autres Péloponésiens , voulaient vivre dans l'indépendance et n'obéir qu'à euxmêmes. D'autre part, les nations voisines de la Macédoine se préparaient ouvertement à une défection générale; les barbares des contrées septentrionales étaient déjà en mouvement ; l'orage paraissait imminent et inévitable. Alexandre sut le prévenir par son activité : il gagna les uns par des caresses , et contint les autres par des menaces. H entra d'abord dans la Thessalie, engagea les habitants de cette contrée, par les motifs d'une commune parenté avec Hercule et par beaucoup de promesses, à le déclarer successeur de Pliilippe dans l'hégémonie de la Grèce. Arrivé au passage des Thermopyles, il y convoqua les amphictyons , qui lui décernèrent sur la nation hellénique l'autorité souveraine; puis il se présenta aux portes de Thèbes, où il répandit la terreur. Aussitôt les Athéniens lui envoyèrent des députés pour s'excuser, suivant Diodore, sur ce qu'ils avaient été si tardifs à lui accorder l'hégémonie de la Grèce. H ne devait en être question qu'à l'assemblée de Corinthe ; et le véritable objet de cette ambassade était d'obtenir le pardon des démarches qu'ils avaient faites pour soulever contre lui les autres Grecs. Parmi ces députés était Démosthène, qui n'osa pas paraître devant Alexandre.

Après avoir étouffé ces premières étincelles qui menaçaient d'embraser toute la Grèce, Alexandre se hâta de retourner en Macédoine, et se disposa à la guerre contreles peuples barbares qui environnaient une partie de ses États. Tl devait retirer deux avantages de cette expédition : le premier, de les mettre dans l'impossibilité de troubler désormais la tranquillité de son royaume ; et le second, d'en obtenir des secours en hommes j)our l'aider à la conquête de l'Asie, déjà projetée

par Philippe. Ces avantages furent, on effet, I. fruit de la défaite des Thraces, des Tribales des Antariates , des Taulenliens , des Péoniens des Gètes, qui s'étaient révoltés, après la mort (!( Philippe , dans l'intention de profiter de la jeunesse de son fils. Arrien est le seul écrivain qn nous ait conservé des détails satisfaisants sui les exploits qui développèrent les grands talent! militaires du jeune héros. La manière don Alexandre commandait la fameuse phalange ma cédonienne fit voir combien il était déjà liabtt tacticien. Le passage du mont Hémus fut soi premier exploit : il s'y conduisit avec une liabi leté qui aurait fait honneur aux plus vieux capi taines. Les Thraces indépendants furent vaincus et obligés de lui céder ce passage impoi-tant. établit le théâtre de la guerre dans leur pays, ( les subjugua. Les Celtes, dont le pays était voisi du golfe Ionique (la mer Adriatique), envoya rent une députation à Alexandre , qui , s'imag: nant être connu et redouté de ce peuple , <U manda à leurs envoyés quel était l'objet de lei crainte. Ils lui répondirent avec fierté : « Noi ne craignons que la chute du ciel. » Ce prini fit alliance avec eux, et les renvoya en les tra tant de bravaches.

Cependant les orateurs grecs avaient repris coi rage , et recommencèrent leurs attaques conl Alexandre. Démosthène etLycurgue firent coui le bruit qu'il avait été défait chez les Triba les , et ils le représentèrent à la tribune comn mort; ils excitèrent, suivant Démadc, p lem'S discours les exilés de Thèbes à reco vrer leur patrie et leur liberté. En effet , ceuci étant entrés de nuit dans la ville , y égorg rent deux officiers macédoniens. Mais, penda que les orateurs assuraient avoir appris, par d lettres d'Antipater, la prétendue mort d'J lexandre, ce prince s'était déjà mis en rou pour la Grèce. Il repassa l'Ister et le mo Hémus, rentra en Macédoine, traversa en s jours une partie de la Thessalie, et franchit l Thermopyles. Arrivé à Onchesti, dans la Béoti il dit à ceux qui l'accompagnaient : « Démo thène m'appelait enfant quand j'étais en Illyi et chez les Triballes ; adolescent , lorsque j'arr vais en Thessalie ; je veux donc lui montrer, soi les murs d'Athènes , que je suis homme. «

Rendons justice à Alexandre : il donna ai Thébains tout le temps de revenir à eux-mêmei mais les exilés et les béotarques, qui gouvernaiei alors cette malheureuse cité , en précipitèrent ruine. Un héraut macédonien, en promettant i. nom d'Alexandre la liberté et la sûreté pour toi ceux qui voulaient passer dans son camp, es gea seulement qu'on lui livrât PhœniN: et Pr( thute , principaux auteurs de la révolte. Li Thébains demandèrent à leur tour Philotas Antipater, et firent publier, du haut d'une tou que tout soldat qui passerait au service du grati roi, et voudrait aider les Thébains à déUvrer Grèce de son tyran , serait bien reçu dans lev

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ille. Cette proclamation insensée acheva d'ii"iter Alexandre, qui résolut d'en tirer une uoiiipte vengeance. Quoique ses préparatifs lissent formidables , il n'y employa que trois ûui's. Les habitants firent une sortie, et furent )aHiis. Bientôt après , leurs retranchements ivant été forcés, ils succombèrent aux attaques le leur ennemi, que seconda fort à propos la iarnison macédonienne de la Cadmée, citadelle le Thèbes. La terre était jonchée de cadavres, 111 eu faisait monter le nombre à six mille ; et ien cependant ne pouvait toucher le cœur les Grecs aUiés d'Alexandre. Ce furent eux, surtout les Phocidiens , les Platéens , les Thes- )iei>s, les Orchoméniens , et quelques autres peuples delà Béotie, qui se montrèrent les plus Kiiarnés. Ils arrachaient leurs victimes du pied le; autels , et n'épargnaient ni les femmes ni les ^niants. « Le carnage , dit Arrien , fut tel qu'on ioit l'attendre d'hommes qui ont la même ori- ;'igine,et qu'anime une haine invétérée. Les Thébains se l'étaient attirée par la destruction de Platée, de Thespies, d'Orchomène, et par mille ïctes de tyrannie. A l'exception des prêtres 3t prêtresses, des proxènes ou hôtes de Philippe et d'Alexandre , des descendants du poète Pindare , de ceux qui s'étaient opposés à la révolte , tous les autres furent vendus comme esclaves , au nombre de trente mille. A la nouvelle l'un pareil désastre , Athènes fut consternée ; on Y interrompit aussitôt la célébration des grands mystères. Ses plus célèbres orateurs, Démosthène, Escliine et Stratocle, déplorèrent dans leurs discours les malheurs de Thèbes. Les Athéniens, n'écoutant plus que la voix de l'humanité, ouvrirent leurs portes aux Thébains échappés du sac de leur patrie , et envoyèrent des députés à Alexandre pour apaiser sa colère, sous prétexte de le féliciter sur son heureux retour du pays des lUyriens et de celui des Triballes.

Rentré en Macédoine, Alexandre donna pendant neuf jours des jeux publics consacrés à Jupiter et aux Muses. Il alla ensuite consulter l'oracle de Delphes sur son expédition en Asie. C'est ici que l'on raconte que la Pythie ayant refusé de monter sur le trépied , Alexandre l'y força ; et cette prophétcsse s'étant écriée , Tu es invincible, mon fils! il dit qu'il n'avait pas besoin d'autre réponse, et se retira satisfait. Les moyens d'Alexandre n'étaient pas proportionnés à la grandeur de son entreprise : il ne put lever qu'une armée peu nombreuse. Diodore est l'historien qui nous a laissé le plus de détails sur ce sujet. Selon lui, elle était composée de douze mille Macédoniens , de sept mille alliés , de cinq mille mercenaires , tous gens de pied , aux ordres de Parménion ; de cinq mille Odryses , Triballes et Illyriens , de mille archers agi'ianicns , de quinze cents cavaliers macédoniens, sous le commandement de Philotas , fils de Parménion ; de quinze cents hommes de cavalerie thcssa-

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tienne que Talas, fils d'Harpahis, commandait; de six cents cavaliers grecs conduits par Érigyus ; enfin, de neuf cents avant-coweurs de Thrace et de Péonie , qui avaient pour chef Cassandre: en tout, trente mille hommes d'infanterie et quatre mille cinq cents de cavalerie. Les ressources d'Alexandre étaient plus faibles en argent qu'en hommes. Aristobule ne les faisait monter qu'à soixante-dix talents, et d'autres seulement à soixante (environ 360,000 francs )i Suivant Duris de Samos, l'armée macédonienne n'était pas approvisionnée de vivres pour plus d'un mois. Avant de passer en Asie , Alexandre distribua presque tous ses domaines aux personnes de sa maison qu'il affectionnait le plus. Perdicas lui ayant demandé ce qu'il se réservait , il répondit : L'espérance.

Ce fnt au printemps de l'an 334 avant J.-C. qu'Alexandre entreprit son expédition, unique dans les annales de l'humanité, et également importante sous le triple rapport militaire, politique et scientifique.

En vingt jours il atteignit Sestos , sur la côte de la Thrace. Là il s'embarqua sur une flotte de cent soixante trirèmes et de plusieurs bâtiments de transport. Il voulut conduire son vaisseau, et faire lui-même les fonctions de pilote. Ayant traversé heureusement l'Hellespont , il se rendit avec toute son armée dans la plaine de Troie, et y fit des sacrifices à Minerve Iliade. H consacra à la déesse ses propres armes , et prit , en échange , celles qu'on y gardait depuis le siège de Troie. Mais il ne s'en servit jamais : les jours de bataille, on les portait devant lui. Peuceste était chargé de tenir le bouclier sacré. Après avoir passé son armée en revue, il se mit en marche pour attaquer les Perses, campés sur les bords de la rivière du Granique. Memnon de Rhodes, commandant les Grecs à la solde de Darius , était d'avis de replier, et de ne point attendre les Macédoniens. Les généraux perses voulurent , au contraire , défendre le passage de cette rivière, rassurés par leur position et le nombre supérieur de leurs troupes. Celles-ci étaient, selon Arrien , de vingt mille hommes de cavalerie et d'autant d'infanterie, dont les mercenaires formaient la plus grande partie. Diodore de Sicile fait monter cette armée à cent mille fantassins et dix mille chevaux; Justin, à six cent mille combattants : ce dernier nombre est contre toute vraisemblance.

Le lit du Granique était fort inégal ; l'armée macédonienne ne put le traverser que sur un petit front. Les Perses l'attendaient de l'autre côté , rangés en bataille sur un terrain élevé. Ptolémée commença l'action avec une partie de la cavalerie, et subit un échec. Mais Alexandre, qui le suivit de près, attaqua avec impétuosité à la tète de ses escadrons ; et , malgré les désavantages du terrain , il parvint à s'établir au delà du fleuve. Parménion le passa avec la cavalerie thessalienne , qui formait la gauche; l'infanterie

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