ADORNE — ADORNO
*ADOiiNE i>E TSCHAHiNER, médecin de Paris, né à Strasbourg en 1784. Reçu docteui' à Strasbourg en 1803, il servit d'abord dans la cliii'ur,gie militaire sous l'Empire, et tlit nommé, en 1808, cliimrgien-major dans la garde du roi Murât. En 1823, il devint chirurgien principal des hôpitaux de la 1 1*^ division militaire , et fut admis à la retraite en 1836. Outre divers mémoires de médecine pratique , on a de lui une Topographie de Vile d'Ischia, accompagnée d'une analyse de ses eaux minérales; in-8", Naples, 1809. Sacliaille (Lactiaise), les Médecins de Paris, p. 88.
*ADORNi {Cathcrine-FiescM), femme poète, née à Gênes en 1447, morte le 14 décembre 1510. Elle fut mariée jeune à Julien Adorni, noble génois, qui avait les mœurs les plus dissolues. Après de longues souffrances elle se retira à l'hôpital de Genève, où elle servit les pauvres jusqu'à sa mort. Adorni aimait la poésie , surtout celle qui est consacrée à des sujets de piété. On lui attribue des extases, pendant lesquelles on dit qu'elle parlait en vers. Elle composa plusieurs ouvrages en italien, dont les principaux sont un Traité sur le Purgatoire et un Dialogue de l'âme et du corps. Saint François de Salles en fait un grand éloge dans la préface de son Traité de Vamour de Dieu. Cattaneo Marbatto a donné une vie de Catherine Adorni. s. François de Salles. — Tiraboschi.
ADORNO, nom de plusieurs doges de Gênes, qui sont dans l'oi'dre chronologique :
ADOBNO {Gabriel), marchand génois, créé doge en 1356. Issu d'une famille de jurisconsultes renommés, il embrassa le parti des gibelins, et se fit chef de l'une de ces factions populaires qui se dévorent alternativement. Les Génois, fatigués des dissensions entre les quati'e familles qui , jusqu'en 1340, s'étaient partagé tous les emplois, résolurent d'exclure à jamais les nobles de la magistrature suprême : ils nommèrent Adorno doge en 1356, en remplacement de Boccanegra. Mais ils apprirent bientôt que l'ambition du pouvoir est une passion non moins désastreuse chez les plébéiens que chez les patriciens. Adorno fut supplanté quatre ans après par Dominique Frégoso , l'un de ses lieutenants , qui l'obligea de prendre la fuite.
Rossi, Storia d'Italia. — Bertolotti, Viaggio nella Liçvria Marlttima.
ADORNO {Antoine) , doge de Gênes, élu en 1384. Il descendait d'une ancienne famille de Gênes , mais plébéienne. Il gouverna en homme qui connaissait le pouvoir et les devoirs de sa charge ; il penchait plus pour le peuple que pour les grands. Son administration fut orageuse ; il fut dépossédé et rétabli trois fois de suite. On le rappela encore en 1394 ; mais, ne se voyant pas assez puissant pour résister aux efforts de ses rivaux et de ses ennemis , il engagea ses concitoyens à céder la souveraineté de leur ville à Charles VI , roi de France, qui l'accepta sous des conditions qui semblaient assurer pour toujours la paix de la république. Elles furent signées le 26 octobre
1396, et le 27 novembre suivant Adorno remit solennellement aux commissaires français les marques de sa dignité. Il fut nommé gouverneur par mtérim , et mourut peu de temps après. La protection et l'autorité des rois de France ne purent mettre tin aux troubles qui agitaient depuis si longtemps les Génois , et on fut bientôt obligé de les abandonner à leur génie inquiet et indépendant. C. Varese, Storia delta republica di Genova; Gènes,
1835-1839, 8 vol. in-8°.
ADORNO {Prosper), doge de Gênes, élu en 1461 , mort en 1486. Galéas Sforce, duc de Milan , cherchait depuis longtemps à s'emparer de Gênes ; mais craignant l'influence et le courage d'Adorno , il l'attira à sa cour ; et bientôt après , sur de légers prétextes , il le fit enfermer dans le château de Crémone. Galéas alors s'empara de Gênes; mais ayant été assassiné en 1476, et les Génois ayant chassé les troupes milanaises de leur ville , la veuve de Galéas rendit la liberté à Prosper, et lui promit le gouvernement de sa patrie , s'il parvenait à la faire rentrer sous la domination de Milan. Tout ce que la veuve.de Galéas avait espéré arriva. Adorno , introduit dans Gênes, en expulsa les chefs du parti populaire, et remit cette ville au pouvoir du jeune duc de Milan. Prosper ne tarda pas à se brouiller encore avec ses anciens ennemis ; ceux-ci voulurent de nouveau le faire arrêter : mais il prévint leurs désirs , et , soutenu du roi de Naples Ferdinand , il chassa les Milanais de Gênes, et prit aussitôt le titre de Défenseur de la liberté génoise. Prosper, au faîte du pouvoir, ne sut point s'y maintenir; il se brouilla avec les Fregossi, qui aliénèrent plusieurs citoyens contre lui. Adorno , s'en voyant haï, chercha à s'en fake craindre ; et bientôt la cruauté vint remplacer les qualités brillantes qui l'avaient fait chérir du peuple. Trahi et abandonné de ses partisans même , et entre autres d'Obietto de Fiesque qu'il avait toujours cru son ami , obligé de sortir précipitamment de son palais, de prendre la fuite, de se jeter à la mer pour gagner à la nage les galères de Naples , il trouva un asile dans cette ville , et y mourut. Prosper Adorno fut l'un des nombreux exemples de l'inconstance de la faveur populaire, qui déifie et proscrit, élève et précipite en peu d'instants celui qui a l'imprudence de compter sur son appui.
c. Varese, Storia délia republica di Genova.
ADORNO {François) , jésuite, né en 1531 à Gênes , mort le 13 janvier 1586. Il composa , à la prière de saint Charles , dont il était le confesseur, un savant traité. De la discipline ecclésiastique. La bibhothèque Ambrosienne conserve de lui deux manuscrits : De ratione illustrandsn Ligurum historia, et un traité.des charges (De Cambiés).
* ADORNO (,7e(7?i-4Mp'î<s^iH), prêtre, fondateur de la congrégation des Clercs-réguUers-mineurs, mort à Naples en odeur de sainteté l'an 1591.
Anbert le Mire, De congreg. cleric. in communi. vivent. — Barbosa, Paul Marigia, Justiniani, Scrittor. délia Ugur., p. 6.
ADRAMAN — ADREVALD
ADRAMAN, pIus connu sous le nom de fils de la bouchère de Blarseïlle, né vers le milieu du dix-septième siècle, eut une vie très-aventureuse. Enfant, il fut enlevé par des pirates, enti'a au service du sultan, devint pacha de Rhodes, grand amiral de la flotte ottomane, apaisa une révolte des janissaires, et momut étranglé en janvier 1706, sur une dénonciation calomnieuse de ses envieux, qui l'accusèrent d'avoir voulu incendier Constantinople. Adraman laissa vingt-deux enfants, dont l'aîné suivit les traces de son père.
Hnmmer, Histoire de l'empire ottoman.
ADRAMELECH et Sarascir, fils aînés de Sennachérib, roi d'Assyrie, conspirèrent contre leur père, à son retour de sa malheureuse expédition contre Jérusalem, et l'assassinèrent dans le temple de Nesroch, en 737 avant J.-C. Leur jeune frère Assarhaddon s'empara du trône, et les parricides se réfugièrent en Arménie.
Saint Jéronie, cfi. 7. — Isaïc.
ADRAMYTTUS, frère de Crésus, roi de Lydie, fonda, au sixième siècle avant J.-C, la ville d'Adramyttium , dans la Lydie. Il imagina le premier de faire subir aux femmes une sorte de castration , pour les employer dans son palais aux mêmes fonctions que les eunuques.
Hérodote.
ADRASTE, roi d'Argos et ensuite de Sicyone, fils de Talaiis et d'Eurynome, ou, selon d'autres, de Lysianassa. Pour obéir à l'oracle qui lui avait prescrit de donner ses deux filles, l'une à un lion et l'autre à un sanglier, il accorda Argie à Polynice et Déiphyle à Tydée , qui étaient venus chez lui revêtus, le premier d'une peau de lion, le second de celle d'un sanglier. Adraste fut un des sept capitaines qui, ayant embrassé la cause de Polynice, fils d'Œdipe, parurent devant Thèbes, et, seul d'entre tous, échappa à la mort. Dix années plus tard, il entreprit encore une fois, avec les fils de ses malheureux alliés, d'assiéger la même ville; mais il perdit, dans cette guerre des Épigones, son propre fils, et en mourut de chagrin. Son cheval Arion, fruit, dit-on, des amours de Neptune et de Cérès, qui s'étaient métamorphosés, l'un en étalon et l'autre en cavale, avait le don de la parole, et prédisait l'avenir.
Hyginus, fab. 96. — Hérodote, liv. V. — Clément d'Alexandrie, Stronmt., lib. I. — Diodore de Sicile, liv. V, c. 69, 6, 7. — Pausanias, liv. II. — Pindar., Nem. 9, liv. I, II, etc. — Apollodore, liv. III. — Euripide, in Phœniss.
ADRETS ( François de Beaumont, baron des), guerrier sanguinaire, né en 1513 au château de la Frette en Dauphiné, mort le 2 février 1587.11 figura d'abord, sous Henri IJ, dans les guerres du Piémont. En 1558, à la prise de Montecalvo , il fut fait prisonnier par les Espagnols. Ayant acheté sa liberté par une forte rançon, il accusa DaiUy, commandant de Montecalvo, de trahison, et voulut lui faire payer une forte indemnité; mais il perdit son procès au conseil du roi. Des Adrets en fut outré, et jura hautement qu'il s'en vengerait contre les
Guise, qui avaient soutenu Dailly. Cette animosité le fit changer de rehgion, ou plutôt de parti. Dès 1562, il se mit à la tête des. protestants du Dauphiné. Des piUages, des massacres, des actes innombrables de férocité furent ses exploits ordinaires; il s'y livi'ait par goût, par. tempérament, bien plutôt que par principe politique et par fanatisme. Il promit au duc de Nemours de lui livrer les places de Romans et de Valence; mais sa trahison fut découverte avant d'être consommée. Dans diverses villes du Dauphiné et de la Provence, dont il s'empara, il commit des actes d'une atrocité inouïe. Il inventait les supphces les plus bizarres, pour avoir le plaisir de les voir endurer à ceux qui tombaient, entre ses mains. A Montbrison et à Mornas, les soldats qu'on fit prisonniers furent forcés à se jeter, du haut des tours, sur la pointe des piques de ses soldats. Ayant reproché à un de ces malheureux d'avoir reculé deux fois devant le saut périlleux : « Monsieur le baron, lui dit le soldat, tout brave que vous êtes, je vous le donne en trois. » Cette saiUie lui sauva la vie... Ce monstre, voulant rendre ses enfants aussi cruels que lui, les força, dit-on, à se baigner dans le sang des cathoHques, dont il venait de faire un massacre effroyable. De quelque fureur que fussent animés les gens de son parti, ils ne purent approuver toutes ces barbaries. L'amiral de Coiigny écrivait « qu'il fallait se <( servir de lui comme d''un lion furieux, et « que ses services devaient faire passer ses « insolences... » Des Adrets avait soUicité le gouvernement du Lyonnais ; mais on lui préféra un autre solliciteur. Irrité de ce refus, des Adrets jura de se faire cathoHque, comme il s'était fait huguenot quelque temps auparavant. On le, fit saisir à Romans; et la paix, qu'on venait de conclure, lui sauva la vie. En 1571, il se rendit à Paris pour se justifier devant Charles IX, en présence de tout son conseil. 11 se fit ensuite catholique, et mourut méprisé de tous les partis. Il laissa des fils et une fille qui n'eurent point de postérité. La Vie du baron des Adrets a été écrite par Gui-AUard, Grenoble, 1675, in-I2; nouvelle édition, par J.-C. Martin en 1803, Grenoble, et à Paris, 1 vol. in-8° de 270 pages.
Brantôme, Éloge de M. de Montluc. — Bèze , Hist. clés églises réformées. — Cl. Martin , Histoire abrégée de la vie du baron des Adrets, 1802; Grenoble, in-12.
ADREVALD , écrivain ecclésiastique , né vers l'an 818 dans un village près du monastère de Fleury, mort en 878. On a de lui : un Traité de r Eucharistie, contre le fameux Jean Scot (publ. dans le tome XII du Splcilegium d'Achery);
— 2° une Vie de saint Aigulfe oixAyoul, moine de Fleury et abbé de Lérins, mort en 677 (dans le tome I des Acta ordinis S.-Benedicti) ;
— 3^ un Eectieil des miracles de saint Benoit ( dans le tome n des Act. ord. S.-Ben. ). L'auteur y donne le premier aux gouverneurs des provinces de frontières le titre de margraves ou
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marquis. — H ne faut pas confondre Adrevald avec Adelbert, également moine de Fleury, mort en 853, et auteur de V Histoire de la translation de saint Benoit (dans les4c^. ord. S.-Bene4 )■ Jôclier, Allgemeines Gelehrten-Lexicon , t. I , p. 101 ADRiA {Jean- Jacques), médecin italien, né à Mazara, en Sicile, vers la fin du quinzième siècle, mort en 1560. Il étudia la médecine à Naples sous Augustin Niphus, et fut reçu docteur à Salerne en 1510. Il a été médecin de Charles-Quint. Outre divers ouvi'ages manuscrits sur la médecine (de la peste, de la saignée, des bains de Sicile), il a donné une topographie de Mazara, sa ville natale.
Bibliothèque littéraire de la médecine. — Eloy, Dictionnaire historique de la médecine. — Adelung, Supplément à Jôcher, Allgemeines Gelehrten-Lexicon.
* ADRiAENSEN (^ZcxftJîdre), peintre flamand, né à Anvers en 1625 ; on ignore l'époque de sa mort. Il s'était particulièrement attaché à peindre des vases, des fleurs, des fruits, des poissons, et autres objets d'iiistoire naturelle. Ses tablaux se distinguent par la pureté et la transparence du coloris.
Descamps, la fie des peintres flamands.
ADRIAN ou ADRiAENSEN (Corneille), prédicateur flamand de l'ordre de Saint-François, né à Dordrecht en 1521 , et mort à Ypres en 1581. U laissa des sermons remplis d'expressions licencieuses, et d'invectives contre les chefs des liuguenots dans les Pays-Bas. . . . Il existe plusieurs éditions de ses sermons, dont la première est de 1569, in-8°. Dans celle d'Amsterdam, 1607, in-8", et de 1640, aussi in-8°, on voit une figure qui, jointe au titre, peut donner une idée du livre : elle représente l'étrange discipline à laquelle Adrian soumettait ses pénitentes , pour les délivrer de cette pudeur naturelle qui les empêchait de lai confesser hardiment toutes les pensées , les paroles , les songes et les actions qui tirent leur origine des tentations de la chair ; discipline que Voët appelle Disciplinam gymnopygicam Cornelianam , dans ses Disp. Select., pars IV, pag. 262. Antoine Sander prétend que C. Adriaensen est un Athanase ou un Élie, dont les écrits ont été corrompus par les hérétiques , pour l'exposer à la risée des honnêtes gens.
Sander, Flandria illiistrata. Il , 117, 159, 411. — Goetlials, Lectures relatives à l'histoire des Sciences, etc., en Belgique, t. I, p. 67, 76. — Van Meteren, Historié der Mederlœndschen Theologen , etc., p. 149, 130. — Voët, Historia von Bruder Cornelio, Adrians Sohn von Dordrecht ; Leipz., in-8°, 1613.
* ADRIAN [Jean-Valentin) , littérateur allemand, né le 17 septembre 1793 à Klingenbergsur-le-Mein. Il étudia à Miltenbourg et à Aschaffenbourg. En 1813 et 1814, il prit part, comme volontaire , à la campagne contre la France. A son retour, il acheva ses études à l'université de Wurzbourg , et compléta son éducation par des voyages en Italie, en Angleterre et en France. En 1823, il fut nommé professeur de langues modernes à l'université de Giessen, et en 1830 il devint conservateur de la bibliothèque de cette
— ADRïANI
université. Ses ouvrages ont pour titres : 1° Bilder aus England (Tableaux de l'Angleterre), 2 vol. )n-8°; Francf., 1827-1828; — 2" Skizzen aus England (Esquisses de l'Angleterre), 2 vol. in-8°;ibid., 1830-1833; — 3° Frovenzalisc/ie Grammafik imd Chrestomathie (grammaire et chrestomathie provençales) ; Francf., 1825, iu-8"; — 4° Die Priesterinnen der Griechen (les Prêtresses des Grecs); Francf., 1823, in-8"; — 5° Catalogus codicummss. bibl. acad. Gissensis; Francf., 1840, in-fol.; — 6° Mittheilungen zur Geschichte und Literatur (Mélanges d'histoire et de littérature); Francf., 1846, in-S". {Conversations-Lexicon, édit. de 1851.]
ADRiANi {Jean-Baptiste), Yàiioxx&a, né à Florence en 1513, et mort en 1579.11 fut secrétaire <lc la république florentine, professa l'éloquence pendant trente ans à l'université de Florence, et eut pour am.is ses plus illustres contemporains , les cardinaux Bembo et Contarini, Annibal Caro, Varchi, etc. Le principal ouvrage d'Adriani est V Histoire de son temps, depuis l'an 1536, où finit celle de Guichardin , jusqu'en 1574 (Florence, 1583, in-fol.; Venise, 1587, 3 vol. in-4"). Cette suite de Guichardin a été faite sur de bons renseignements. Le président de Thou, qui s'en est beaucoup servi pour son Histoire, l'estimait à cause de son exactitude. On croit que Côme, grand-duc de Toscane , lui a fourni ses mémoires. Adriani fit l'oraison funèbre de ce prince , celle de Cliarles- Quint et de l'empereur Ferdinand, où il ne parle pas toujours comme l'histoire. On a encore de lui une lettre curieuse à Vasari sur les peintres dont il est question dans Pline ; Vasari l'a insérée dans le tome II de ses Vies des Peintres.
MazzuchciVi, Scrittoi'i d'Itaiia. — ne Tliou, Hist., 1, 68 — Poggiantus, De script. Florcntinis.
ADRIANI {Marcel), gentilhomme de Florence, né en 1533, et mort en 1604. Il professa les belles-lettres dans sa patrie , et y finit ses jours. Il laissa deux ouvrages manuscrits : le premier est une traduction de Plutarque, le second une traduction de Démétrius de Phalère qui a été imprimée à Florence en 1738, avec des notes et un éloge d'Adriani, par l'abbé Gori, professeur d'histoire au collège de Florence.
Tiraboschi, Storia délia lettcratura ilaliana.
ADRIANI {Marcel-Virgile), professeur de belles-lettres et chanceher de la république de Florence, né en 1464, mort en 1521. Il était trèsversé dans la connaissance des langues grecque et latine. Varclii, dans une de ses leçons, l'appelle l'homme le plus éloquent de son temps. Adriani mourut des suites d'une chute de cheval : il avait donné, en 1518, une traduction latine de. Dioscoride, De materia meclica, avec des commentaires. Vers la fin de cette traduction, il parle d'un traité De mensuris, ponderibus et co- ' loribus, qu'il était près de publier; mais ce traité n'a point paru. Mazzuchelli parle d'Adriani avec assez d'étendue dans ses ScnY^on italiani, et plus encore le chanoine Bandini, dans la préface
ADRIAM — ADRIEN
de son ouvi'age intitulé Colleciio veterum monumentorum. La traduction de Dioscoride, qu'il dédia au pape Léon X, lui fit une si gi-ande réputation, qu'on l'appelait le Dioscoride florentin.
Ginguené. — Mazziiclielli, Scrittori d'Italia.
ADRiAivo, peintre espagnol , né vers le milieu du seizième siècle à Cordoue, mort dans sa Tille natale en 1630. Il fut frère lai dans l'ordre des Carmes déchaussés. On n'a de lui qu'un très-petit nombre d'ouvrages, parmi lesquels on remarque un Crucifiement, dans le style de Sadeler. Adriano avait la manie d'effacer ses tableaux, presque aussitôt qu'il les avait exécutés. Ce n'est qu'à force d'instances, au nom des âmes du pm-gatoire, auxquelles il adressait, dit-on, de ferventes prières, que ses amis parvinrent à préserver les plus estimés d'une destruction complète.
Berniudez, Diccionario historico de los mas ilustres profesores de las Bellas Artes en EspaTia.
ADfiiCHoaiius {Christian) , prêtre hollandais, né à Delft le 14 février 1533, mort à Cologne le 20 juin 1585, où il s'était retiré, après avoir été chassé de son pays par les protestants. Son ouvrage le plus célèbre est le Theatrum TerrgB Sanctee, avec des cartes géographiques ; Cologne, 1590, 1593, 1600, 1628 et 1682, in-fol. On a encore de lui : 1° une Chronique de l'Ancien et du Noicveau Testament, oii il raconte bien des fables ; Cologne, 1682, in-fol.; — 2° Vita Jesu Christi, ex quatuor evangelistis breviter contexta; Anvers, 1578, in-12. Son nom de famille était Adrichem. H signe aussi quelquefois Christianus Crucius.
Foppens, Bibliotheca Belgica, I, 167, 168.
ADRIEN OU Hadrien ( Publius JElius), quatorzième empereur des Romains, né à Rome le 24 janvier de l'an 76 de J.-C, mort à Baïa le 10 juillet 138. — Ayant eu pour prédécesseurs Nerva et Trajan, pour successeurs Antonin et Marc- Aurèle, Adrien doit peut-être à ce noble entourage la faveur d'être compris au nombre de ces princes dont les règnes successifs formèrent l'âge d'or de l'empire romain : non pas qu'il n'eût par lui-même des qualités brillantes, des goûts artistiques et littéraires dont l'heureuse influence jette sur son époque un vif éclat ; mais une vanité implacable, l'envie qu'elle enfantait, un caractère changeant, une curiosité souvent puérile qui négligeait l'ensemble et se perdait dans les détails, méritèrent à ce prince , si bien doué d'ailleurs , les reproches que l'histoire impartiale a dû faire à sa mémoire. Un ingénieux émdit a comparé Adrien à Louis XI. Il a vu , avec raison , chez tous deux une bravoure personnelle qui ne les empêcha pas d'employer leurs soins à éviter la guerre; chez tous deux, la même prédilection pour la classe plébéienne , la même haine des grands, les mômes efforts pour protéger les communes ou les municipes, favoriser le commerce, aider le développement de l'industrie; et, cependant , nous croyons qu'il existe une grande différence entre la sombre persévérance de Louis XI ne perdant jamais de vue le but qu'il
se proposait avant de l'avoh- atteint, et les goûts variés, les passions éphémères d'un prince que Tertullien appelle avec raison curiositatum omniîim explorator. Ce désir insatiable d'apprendre et de connaître fut chez Adrien la source du bien et du mal : il lui dut l'amoiu" des A'oyages , et dans ses voyages les vastes provinces de l'empire, si longtemps déshéritées, s'embellirent par ses soins, ou furent dotées d'institutions utiles à leur bien-être ; il lui dut la facilité avec laquelle il entrait dans tous les détails de l'administration, se montrant à la fois bon tacticien, sage législateur, jurisconsulte habile , protecteur des arts , sinon des artistes, dont il enviait les talents, qu'il avait tous effleurés. D'autre part , c'est à cette même disposition qu'il dut aussi l'incertitude de ses opinions, l'inconstance dans ses vues, l'inconséquence dans ses actes, un amour-propre effréné, qui ne savait ni supporter la critique ni pardonner le succès. S'entouranf de philosophes, il n'embrasse aucune secte; méprisant la médecine, écrivant contre elle, il compose des remèdes, un collyre, un antidote; superstitieux au point de sacrifier, au désir de connaître l'avenir, la vie de son Antinous, il se vante d'avoir fabriqué lui-même des oracles ; littérateur habile , il affecte de préférer Antimaque à Homère, Ennius à Virgile, Caton à Cicéron, Cœlius à Salluste, tant l'amour du paradoxe avait jeté de profondes racines dans l'esprit de ce prince, dont le règne marque, à tout prendre , l'une des plus curieuses époques de la période impériale chez les Romains !
Allié à la famille Ulpienne , Adrien avait pour père Mlius Adrianus Afer, cousin germain de Trajan, et pour mère Domitia Paulina, originaire de Gades, dans la Bétique. Sa famille paternelle, qui avait autrefois habité la ville d'Hadria dans le Picenum, était venue se fixer, au temps des Sci~ pions, à Italica en Espagne. Toutefois , il naquit à Rome (1) le 9 des calendes de février, l'an de Rome 829 (24 janvier, 76 de J.-C), sous le septième consulat de Vespasien et le cinquième de Titus. A l'âge de dix ans, il perdit son père ; et son enfance fut confiée à deux tuteurs, dont l'un était son cousin Ulpius Trajan, qui avait déjà exercé la charge de préteur ; l'autre, un chevalier romain du nom de Cœlius Tatianus, d'après Spartien, ou Attianus, d'après Dion Cassius. Chacun d'eux eut soin que son éducation fût complète et brillante : un esprit avide de notions nouvelles , une mémoire imperturbable le préparaient merveilleusement à en profiter ; et il fit entre autres, dans la Uttérature grecque, des progrès rapides, qui lui valurent parmi ses condisciples le surnom du Petit Grec, Grxculus (2). Quels qu'aient été plus tard le nombre de ses occupations, la variété de ses penchants, la fréquence de ses voyages, il conserva ses goûts littéraires,
(i) C'est l'opinion la plus constante, bien qu'Eutrope,
Jornandès et saint Jérôme le fassent naître à Italica» (?.) Spart. — Aur. Vict., Epit., c, xiv.
303 ADRIEN
et composa un grand nombre de poëmes, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Le grammairien Sosipater Charisius avait trouvé dans les bibliothèques de Rome , avant qu'elles fussent détruites par les Goths, le recueil complet de ses discours, dont il cite même un fragment (1); et Photius,qui paraît avoir lu plusieurs de ses compositions grecques, en vante le charme et le style gracieux. En effet, ce qui nous reste de lui, c'est-à-dire six épigrammes grecques , une épigramme latine contre le poète Florus, cinq vers latins qu'il fit au moment de mourir, une épitaphe pour son cheval Borysthène, quelques citations éparses dans les auteurs de la décadence, suffisent pour nous faire trouver quelque peu sévère le jugement de Spartien, qui ne lui reconnaît de talent ni dans la poésie grecque ni dans la poésie latine. Ce n'était pas l'avis de Dion Cassius, d'Aurélius Victor, d'Eutrope ; et Pétrarque, bon juge en cette matière, a conîirméleur sentence(2). A quinze ans, Adrien, de retour dans sa patrie, entra au service; et dès lors se manifesta en lui l'ardeur de la chasse, qu'il conserva toute sa vie (3). Trajan , craignant que cette passion ne le détournât de ses devoirs, le rappela à Rome, et lui fit accorder une de ces magistratures que briguaient les jeunes patriciens au début de leur carrière : en conséquence, il fut nommé decemvir Stlitibus judicandis ; puis, en sortant d'exercice , il entra comme tribun dans la seconde légion. Vers la fin du règne de Domitien, le jeune tribun se trouvait dans la Mœsie supérieure, lorsque Nei'va, porté à l'empire, adopta Trajan pour son fils et son successeur. Député à Rome pour y porter les félicitations de l'armée (4), il revint dans la Germanie supérieure, où bientôt parvint le bruit de la mort du vieil empereur. Adrien part aussitôt pour Cologne , où Trajan ignorait encore son avènement : il voulait être le premier à le lui apprendre. En vain Servien , son beau-frère , entrave sa marche; à défaut de moyens de transport, îl fait à pied une partie de la route, et parvient à son but. Le nouveau chef de l'empire ne pouvait que s'intéresser vivement au parent qui avait été son pupille : il se l'attacha par un lien de plus en lui donnant en mariage sa petitenièce Julia Sabina, fille de sa nièce 31atidia et petite-fille de sa sœur Marcienne. Toutefois , si nous devons en croire Marius Maxime, cité par Spartien (5) , ce n'était pas de son plein gré que
(il Instit. grammat., lib. II;
(3) Epist.jamil , lib. VU, ep. I5.
(3) Adrien aimait toute espèce de chasses, et celles même qui offraient le plus de danger. Étant empereur, il tua plusieurs jfois des lions de sa main, nous dit Spartien; et en effet Athénée raconte que , pendant un voyage en Egypte, il tua, sur les frontières de la Libye, un lion énorme qui jetait la terreur dans tout le pays. Sur les confins de la Bitliynie et de la Mysie il fonda une ville, à laquelle il donna le nom d'Adrianothère (la chasse d'Adrien}, sur le lieu même où il avait renversé une oui-se.
(4) Le voyage d'Adrien à Rome dépend du sens qu'on attache au passage de Spartien. Scaliger et Casaubon l'ont entendu différemment ; nous lui donnons le sens adopté par Casaubon.
(5; nt. Ad., c. II,
Trajan fonnait cette alliance : il avait conçu des préventions défavorables contre Adrien, et ne céda en cette circonstance qu'aux instances de sa femme Plotine, dont l'affection pour ce jeune homme fut toujours aveugle, et, plus tard, lui valut l'empire.
Adrien, appelé à la questure sous le quatrième consulat de Trajan (de J.-C. 101 ), fut employé, en sortant de cette charge, à la rédaction des actes du sénat ; puis , rentré en grâce près de son oncle , il le suivit dans la première guerre conti-e les Daces, où il raffermit encore son crédit en se montrant à la fois ( ce qui plaisait également à l'empereur) bon convive et soldat intrépide. Revenu à Rome, il y fut tribun du peuple ; puis , quand éclata la seconde guerre Dacique, il commanda la première légion, à la tête de laquelle il se distingua par quelques actions brillantes, dont Trajan le récompensa en lui faisant don d'un diamant que lui-même avait reçu de Nerva. Ce présent parut à Adrien le signe certain du dessein qu'avait formé Trajan de le faire héritier de sa puissance. Les présages, du reste, ne lui mancpiaient pas pour qu'il se crût destiné à l'empire : ^Ehus Adrien, son grandoncle, lui avait prédit dès l'enfance son futur avènement; et, lorsqu'il n'était encore que tribun dans la Mœsie, un astrologue de ce pays lui avait confirmé cette prédiction. Plus tard, inquiet du refroidissement de Trajan à son égard, lui-même avait consulté les sorts Virgiliens, et était tombé sur ces vers du sixième livre de VÉnéïde ( 1 ) :
Quis procul ille autcm ramis insignisolivîc, Sacra ferens? nosco crines incanaque iiicnta Régis romani...
Enfin, lorsqu'il était tribun du peuple, il avait perdu le manteau que portaient tous ceux qui étaient revêtus de ces fonctions, à l'exception de l'empereur, ce qui lui avait paru le présage de la puissance tribunitienne perpétuelle. Bien décidé à aider de toute la force de sa volonté à l'accomplissement de ces oracles , il donna en qualité de préteur des jeux magnifiques au peuple; puis, envoyé comme légat-propréteur dans la basse Pannonie, non-seulement il y repoussa les Sarmates, mais il sut rétablir dans son armée la discipline la plus austère, et défendre ensuite le pays contre les excès de pouvoir de quelques administrateurs impériaux. Cette conduite lui valut enfin le consulat. Toutefois , il ne fut que consul suffectus, ou remplaçant d'un consul ordinaire, et l'on ne trouve pas pour cette fois son nom dans les fastes (2). Un second consulat pour lequel il fut désigné, huit ans après, par la protection de Plotine , acheva de lui faire regarder comme une certitude sa prochaine adoption par l'empereur. Il l'avait alors suivi comme lieutenant dans la guerre des Parthes, et se trouvait à Antioche lorsque Trajan, frappé d'une
(i) Lib. VI , V. 808 et suiv.
(2) Panvini toutefois a cru pouvoir placer la date de sa nomination en l'an de Rome 802 (de Jésus-Christ 109), c'està-dire alors qu'il venait d'atteindre sa trente-quatrième anriéo.
ADRIEN
espèce de paralysie, lui laissa le conmiandeîïient de toute son année, et se mit en route pour revenir à Rome. On sait qu'atteint d'une dyssenterie qui était venue se joindre à ses autres maux, l'empereur mourut à Sélinonte en Cilicie; mais ce qui a été controversé, c'est la question de savoir si, au moment de sa mort, l'adoption d'Adrien était un fait accompli. A l'aide de médailles alexandrines et de quelques inscriptions, Dodwell (1) avait voulu prouver non-seulement qu'Adrien avait été adopté par Trajan , mais que cette adoption était antérieure à la guerre des Parthes. Un examen plus approfondi a fait reconnaître que les monuments sur lesquels s'appuyait l'érudit anglais, ou n'avaient pas le sens qu'il leur prêtait, ou étaient d'une authenticité très-contestable. En effet, le témoignage des historiens favorables à l'adoption prouve qu'Adrien en reçut la nouvelle le 9 août, et apprit la mort de Trajan deux jours plus tard, c'est-à-dire le 1 1 du même mois; mais Dion Cassius va jusqu'à croire que Plotine fit jouer en faveur de son neveu une scène semblable à celle que Regnard a placée dans sa comédie du Légataire, et il faut avouer que Dion parle en homme qui paraît bien renseigné : « Adrien, dit-il, ne fut jamais « adopté par Ti'ajan. II était cependant son parent, «' son compatriote ; il l'avait eu pour tuteur, il « avait épousé sa nièce, et, toutefois, il n'en « avait pas obtenu de marque décisive d'affec- « tion. Il n'avait pas même encore été nommé « consul ordinaire lorsque Trajan mourut sans « enfants ; et sans Plotine et Attianus, qui se mi- « rent en tête de lui donner Adrien pour suc- «f cesseur, jamais ce dernier n'eût obtenu l'em- « pire. Mon père Apronianus ayant eu l'occasion, «lorsqu'il gouvernait la Cilicie, d'obtenir les « renseignements les plus exacts au sujet de cet « événement, m'en a raconté tous les détails. On « cacha pendant plusieurs jours la mort de « Trajan, afin d'avoir le temps de simuler une « adoption, et ce fut Plotine qui signa les lettres « ad]-essées au sénat à cette occasion (2). » Spartien de son côté, bien qu'il admette l'adoption , avoue que beaucoup d'écrivains supposaient que Trajan n'avait pas l'intention de se nonuner un successeur, ou du moins qu'il voulait réserver au sénat le droit de choisir parmi ceux qu'il lui aurait désignés : <c II y a même des gens , « ajoute-t-il, qui prétendent que l'adoption d'A- « drien fut le fait de Plotine et de ses amis : ils « auraient supposé, à la place de Trajan déjà « expiré; un imposteur qui dictait ses dernières « volontés d'une voix mourante (3). » Quoi qu'il en soit, le premier mot d'Adrien en recevant la poui-pre semblait annoncer qu'il en était digne. Il rencontra un de ses ennemis, et lui dit : «Vous « voilà sauvé ; Evasisti. » Heureux le peuple romain, si Adrien eût toujours pensé ainsi! 11
{i) Dissertatlor sur saint Cyprien, p. Ci, cil. d'Oxfonl insi. (2) Dion., lib, I.XIX, c. I.
63) y»a Adr.,<:. iv.
commençait son règne comme le prince qui mérita en France le nom de Vtre dw peuple.
Ce fut le 11 août de l'an de Rome 870 ( de Jésus-Christ 117 ) que l'empire changea de maître. Avec Trajan s'éteignit l'esprit de conquêtes, et pour la première fois le dieu Terme recula. Soit que dans sa susceptibilité vaniteuse Adrien craignît de ne pouvoir égaler les exploits de Ti'ajan, soit qu il eût besoin de la paix pour se Hvrer à ses goûts artistiques, soit que les troubles de quelques provinces l'inquiétassent pour la sûreté générale de l'État , il se hâta d'abandonner toutes les conquêtes de ,son prédécesseur au delà du Tigre et de l'Euphrate. On peut considérer la dernière des causes que nous venons d'énumérer comme la plus plausible, s'il était vrai, ainsi que le dit Spartien (1), que les Maures fissent alors des irruptions continuelles contre l'Afrique romaine , que les Sarmates fussent en guerre ouverte avec l'empire, que la Bretagne eût secoué le joug, que l'Egypte fût troublée par des séditions, que la Lycie et la Palestine fussent en pleine révolte. Ainsi donc , l'avènement d'Adrien s'inaugurait par l'abandon de trois provinces : il rappelait les armées romaines de l'Assyrie, de la Mésopotamie , de l'Arménie; et, ajoute Eutrope, il eût renoncé de même à la Dacie, si on ne l'en eût détourné en lui observant que c'était livrer aux barbares les colons romains venus en grand nombre pour peuplei' ces campagnes, dévastées par les guerres de Décébale (2). Tant de sacrifices pouvaient avoir un fâcheux effet sur l'esprit national. Adrien espéra' en prévenir les conséquences par de grandes libéralités : il doubla la gratification que chaque empereur faisait aux soldats en montant sur le trône , et , de retour à Rome, où il apportait les cendres de Trajan, non-seulement il fit remise à l'Italie du coronaire , c'est-à-dire de l'or qu'on versait dans le trésor de l'empereur comme droit de joyeux avènement, fm?'«7îi coronarium, mais il remit encore à toute la population de l'empire l'arriéré des sommes dues au fisc, et équivalant environ à 160 millions de francs. Dion Cassius, Eusèbe, Cassiodore, le Chronicon pascfiale, ont relaté d'une manière plus ou moins étendue cet acte de souveraine munificence, et une inscription trouvée à Rome au seizième siècle en a consacré la teneur (3). Quant à Spartien, voici en quels termes il rend compte de ce fait : « Ne néghgeant rien , dit-il , de ce qui « pouvait lui gagner l'affection des peuples, « Adrien remit aux particuliers toutes leurs « dettes envers le fisc; les dettes des provinces « leur furent également remises, et, pour donner « toute sécurité aux débiteurs, il fit brûler dans « le forum de Trajan leurs obligations (4). » Des monnaies d'or et d'argent frappées à celle époque font allusion à cette particularité : elles
(.)(:hap. V.
(2) Eiiti-., lib. VIH, c.
(3) VoycGrnl
(4) Chap. VH.
fi; et Onlli, 8o5
présentent de face la tète d'Adi-ien; au revers, un licteur met, à l'aide d'une torche, le feu à des monceaux de papier. L'exergue porte : reli-
QUA. YETERA. HS. KOVIES. MILL. ABOLITA. S.' C.
C'est dans la seconde année de sa puissance tribunitienne, c'est-à-dire de son avènement à l'empire (1), qu'Adrien avait ainsi renoncé à des remboursements que le peuple, épuisé par les guerres continuelles de Trajan, aurait eu sans doute beaucoup de peine à effectuer. Il avait mis un an à se rendre à Rome en passant par rillyrie, et déjà il avait à se faire pardonner non-seulement la perte des provinces qu'il venait d'abandonner, mais la mort de quatre personnages consulaires, exécutés sous un prétexte de complot qui ne fut jamais prouvé. La manière barbare dont furent traités ces hommes , Fhonneur du sénat, démentit d'une manière cruelle les premières démarches d'Adrien en faveui- d'un ordre auquel il semblait vouloir rendre son lustre et son indépendance. Dès son avènement, il avait écrit d'Antioche aux sénateurs , s'excusant sur l'empressement des soldats de n'avoir pas attendu leur délibération pour prendre en main le pouvoir, et les suppliant de confirmer son élection. Il avait refusé le ti'iomphe que le sénat voulait lui décerner, et avait déclaré qu'il ne se croyait pas encore digne du tit'e de père de la patrie qu'on lui avait pareillement offert. Il ne parlait qu'avec mépris des princes qui n'avaient pas su respecter la majesté du sénat ; et tout à coup le voilà qui ■viole en la personne de quatre membres de cet ordre, non-seulement le respect dont il faisait parade , mais les lois de la justice. C'est qu'il atteignait ainsi Cornélius Palraa, L. Publilius Celsus, Domilius Nigrinus et Lusius Quiétus, c'est-à-dire quatre hommes que Trajan avait estimés entre tous, qu'il avait placés sans doute sur cette liste de ses successeurs qu'il voulait offrir au choix du sénat, et qui se trouvaient ainsi désignés à la vengeance de leur heureux rival. Quoi qu'il en soit, Adrien répudia l'horreur de ces exécutions : il écrivit à Rome (car il était alors en lUyrie) qu'elles avaient eu lieu sans ses ordres ; et nous venons de voir qu'il ne crut pas acheter trop cher l'oubli de sa cruauté en le payant de neuf cents milhons de sesterces. Puis les congiaires, les distributions de blé, les pensions alimentaires assignées par Trajan aux enfants des deux sexes dont les parents n'avaient pas de fortune, furent augmentés dans le même but : des sénateurs qui avaient perdu une partie de leur fortune virent l'empereur compléter le cens qu'exigeait leur dignité, et le peuple eut des jeux où mille bêtes féroces furent tuées dans le cirque.
En même temps tout bruit de guerre s'éteignait : Adrien achetait la paix du roi des Roxolans; Marcius Turbo, envoyé en Mauritanie, en
I (i) Voyez l'inscription citée plus liaut.
ADRIEN 308
apaisait les troubles , et le calme renaissait en Egypte. Ce fut alors que l'empereur commença cette série de voyages pendant lesquels il visita toutes les provinces de son vaste empire , fondant des villes, élevant des temples, dictant des lois. Ce fut alors qu'attiré tour à tour par les merveilles des arts, par les curiosités naturelles, il alla contempler au sommet de l'Etna la profondeur de son cratère; qu'il voulut en Syrie voir lever le soleil du haut du mont Cassiiis, et que, remontant j usqu'aux cataractes du Nil en Egypte, il prêta l'oreille aux sons que devait rendre la statue de Merrmon, quand elle était fraj)pée par les premières lueurs du jour. Nous avons les médailles de vingt-cinq contrées qu'il parcourut; car chacune d'elles s'empressa de consacrer ainsi le souvenir de sa visite : mais malheureusement elles ne nous donnent aucun document sur l'ordre chronologique de ses expéditions. En l'an de Rome 872 (de Jésus-Christ 119),Adrien prit son troisièmeconsulat ; et comme il n'en voulut jamais exercer un autie, comme d'autre part il n'indiqua pas sur ses momiaies la date de la puissance tribunitienne, nous n'avons aucun moyen de décider l'ordre de leur émission pendant l'intervalle des dix-neuf années qui s'écoulèrent entre le troisième consulat d'Adrien et sa mort, attendu que les légendes de ces médailles lui donnent d'une manière identique le titre de consul pour la troisième fois (1). Les monuments épigrapliiques que nous avons rassemblés, et les notions éparses dans les historiens, nous permettront toutefois de suppléer en partie au silence de la numismatique. Ce fut par les Gaules qu'il commença ses voyages ( do Jésus-Christ 120), et il ne les quitta pas, dit Spartien, sans y laisser des marques de sa Ubéralité ; de là il passa en Germanie, et en présence de ces légions toujours à portée de l'ennemi, toujours siu' le pied de guerre, il sut, oubliant les arts de la paix, se montrer habile tacticien , soldat infatigable. Vivant comme un simple légionnaire, nourri de lard, de fi-omage et de piquette, il apprenait à ses hommes à supporter la fatigue, marchant " tête nue sous les frimas, et faisant vingt milles, chargé du poids de ses armes. Point d'or sur ses vêtements, point de pierreries aux agrafes de son manteau mie poignée d'ivoire à sa lourde épée, voilà tout son luxe. Puis il visitait dans leurs quartiers les soldats malades, il n'accordait le sarment de centurion qu'à ceux qui s'en étaient rendus dignes par leur bonne conduite, ne permettait pas qu'on fijt tribun avant l'âge (2), ne voulait pas qu'il y eût dans le camp ( ce qui était tiop commun alors) un seul soldat trop jeune pour le ser-
(0 Voyez Eekhel, Doct. N. F., t. V[, p. /,79.
(?.) Les règlements qu'il Bt à ce sujet étaient encore en vigueur plus de cent cinquante ans après sa mort. Vopiscua nous a conservé une lettre de l'empereur Valéricn a son préfet du prétoire, dans laquelle il dit : <i Miraris fortassis, quod ego iniberbem tribunum fecerim, contra constitutum divi Adriani, » ( Voyez la Fie de Probus par Flavius Vopisque, ch. IV. }
ADRIEN
îvice, oufrop vieux pour ne pas jouir d'un repos nnérité. La tactique des barbares était elle-même mise à profit : il fallait tirer de l'arc comme les Tarthes, se servir de lafi'onde comme les Rholîdiens, manier ses chevaux comme les Numides. ! Aussi, nous apprend Dion, les barbares, voyant lui iour la cavalerie batave ti-averser sans hésitation rister à la nage, furent tellement effrayés (le cette hardiesse, qu'ils se soumirent (1) . Et cette jiL'at-que à laquelle Adrien exerçait ses ti'oupes, dont il leur donnait lui-même l'exemple, il en possédait parfaitement la théorie. Il écrivit plusieurs ti-aités sur l'art militaire, bien qu'il ne nous reste plus de lui à ce sujet qu'un ordre de bataille conti'e les Alains, qu'Arrien avait inséré iliius un de ses ouvrages (2). Végèce reconnaît également avoir emprunté aux constitutions d'Adrien sur la discipline militaire une partie do ses documents.
De la Germanie Adrien passa clans la Grande- Bretagne, et là il résolut de mettre obstacle aux incursions continuelles des Pietés, qui, descendant à l'improviste des montagnes de la Calédonie, venaient ravager le pays soumis aux Romains. En conséquence il employa la deuxième légion , ainsi que le prouve une inscription trouvée sur les Ueux (3), à construire une immense muraille au sud de la chaîne des monts Cheviots qui séparent aujourd'hui l'Angleterre de l'Ecosse, entre le golfe du Solway dans la mer d'Irlande, et l'embouchure de la Tyne dans l'océan Germanique. Ce .mur -gigantesque avait, dit Spartien, quatrevingts milles de longueur. Toutefois ce calcul n'est qu'une approximation; et le colonel Alexandre Gordon , qui a mesuré avec le plus gi-and soin l'étendue de cette construction d'après les nombreux vestiges qui en existent encore , l'a fixée à soixante-huit milles anglais, formant soixantequatorze milles romains ( Itinerarium septentrionale, c. IX ). Adrien ne fit-il que fortifier ainsi la Bretagne contre l'invasion, ou porta-t-il la guerre dans le pays, c'est une question qui semblait difficile à résoudre, dans la pénurie où nous sonunes de documents historiques relatifs à ce sujet. Le silence de Dion et de Spartien sur les expéditions militaires d'Adrien dans cette contrée a longtemps paru concluant, malgré le témoignage d'une inscription contemporaine dans laquelle il est question d'un tribun envoyé in expeditionem Britannicam (4). Mais nous croyons qu'on peut tirer de la découverte récente des Épîtres de Fronton une conclusion contraire à celle qui avait été généralement adop-
(il Si l'inscription rapportée par Gruter, p. dlxii, 3, était sincère, elle ferait allusion au passage du Danube par les Bataves, en célébrant le courage du soldat de ce corps qui le premier, parmi ses compagnons d'armes , traversa le fleuve en cette occasion,
(2) Un fragment de la tactique d'Urbicius, donné par Sauinaise , avait l'ait penser qu'elle appartenait â Adrien; mais on a reconnu depuis que cette tactique est bien de Lolljus Urbicius, qui commandait en lîretagne sous le règne d'AntonIn, bien que les matériaux les plus importants en soient tirés des écrits d'Adrien sur le même sujet.
(3) IMP. CiES. TRA. HADRIANO. AVG. LEG. If. AVG. F.
(4) Voy. Reinesius, classis sexta, CXXUX.
tée. En effet, dans une letti'e de cet orateur à Lucius Vérus, on lit : Avo vestro Hadriano imperium obtinente, quantum militum a Judœis, quantum a Britannis cscsum (1); et, comme confirmation de ce témoignage, une inscription trouvée cette année ( 1851 ) à Ferentino vient mentionner encore l'expédition dirigée sous Adrien contre la Bretagne (2). Resterait à fixer l'époque de cette guerre : or Spartien ayant dit, ainsi que nous l'avons vu, qu'à la mort de Trajan la Bretagne était soulevée, tout nous porte à croire que la guerre à laquelle font allusion le passage de Fronton et les monuments épigraphiques que nous avons cités se rapporte aux premières années du règne d'Adrien, et précède peut-être son arrivée dans cette province, qu'il aurait achevé de soumettre.
S'il faut en croire Spartien, ce fut pendant le séjour d'Adrien en Bretagne qu'éclata plus ouvertement que jamais le mécontentement cpi'il éprouvait depuis longtemps de la conduite de l'impératrice Sabine ; mécontentement qui d'ailleurs était bien mutuel, puisque d'une part Adrien répétait souvent que, s'il n'eût été qu'mi simple particulier, il eût répudié une femme morose et acariâti-e, tandis que Sabine portait la haine de son époux, à ce que dit Aurélius Victor, jusqu'au point de se vanter d'employer tous les moyens nécessaires poui' ne pas concevoir, dans la crainte d'enfanter un monstre qui fût le fléau du genre humain (3). Cette fois le mécontentement d'Adiien avait moins pour cause l'humeur bizarre de Sabine que les assiduités de Septicius Clarus, préfet du prétoire, de l'historien Suétone, alors secrétaire de l'empereur, et de quelques auti'es com^tisans, dont l'indiscrète familiarité pouvait compromettre l'honneur du prince. Ils furent disgraciés, et durent quitter la cour. Spartien (4) ajoute à cette occasion qu'une police secrète parfaitement organisée insti'uisait Adrien des détails les plus cachés de la vie des hommes admis dans son intimité. Une femme avait écrit à son mari pour se plaindre de ce qu'il la négligeait, malgré sa tendresse , et la sacrifiait à de joyeux compagnons ou à des parties de plaisir. Le lendemain, ce mari non converti demande à l'empereur un nouveau congé. Adrien lui répète dans les mêmes termes les mêmes reproches qu'il avait déjà reçus la veille, et le laisse persuadé que sa femme a choisi l'empereur pour confident de ses doléances. On reconnaît à cette inquisition minutieuse l'esprit de domination et de vanité, qui ne négligeait aucun moyen d'assurer sa supériorité sur tout ce qui l'entourait. De la Bretagne Adrien revint dans les Gaules, et
(i) Voyez le recueil des lettres de Fronton découvertes dans la bibliothèque Anibroisienne par Mgr Mai, et publie à Rome, 1823, p. 200.
(2) T. PONTIVS. T. F. PAL. SABrifVS PRyEPOSITVS
VEXILLATIONIBVS MILUARIS TRIliVS EXPEDIÏIONli BRITANNICA....
(3) Quee paiam jactabat se élaborasse ne ex eo ad humani generis perniciem gravidaretur, (Aur. Vict,, l'pit., c, xiv. )
(4) Voy. Adr,, c. x.
ADRIEN
fit élever à Nîmes une vasle basilique eu l'honneur de Plotine ; il est même probable qu'il lit alors jeter les fondements des Arènes et de l'aqueduc connu sous le nom de pont du Gsm], achevés plus tard par Antonin (1). De la Gaule Narbonnaise il se rendit à Tarracone, où il passa l'hiver, et y rétablit à ses frais le temple d'Auguste. Dès cette époque il était accompagné dans ses voyages d'une légion d'architectes, d'ingénieurs, de constructeurs, d'ouvriers de toutes sortes ; et nous donnons au mot légion , d'après l'autorité d'Aurélius Victor (2) , le sens absolu qu'il avait chez les Romains, c'est-à-dire que nous parlons d'un corps régulier divisé par cohortes , et soumis à la discipline militaire. Ce fut pendant son séjour à Tarracone que l'empereur convoqua en assemblée générale les délégués de toutes les villes espagnoles : il s'agissait de régler une fois pour toutes le service du recrutement, auquel cherchait à échapper un grand nombre de familles, sous le prétexte d'origine étrangère, tandis que beaucoup d'autres le repoussaient violenunent. Par son adresse, par la persuasion, par une politique adroite, Adrien triompha de ces répugnances; on se soumit; mais nous ne savons si un fait cité par Spartien (3) ne prouve pas que les ressentiments n'étaient pas éteints. Le prince se promenant un jour dans des jardins aux. environs de la ville, un esclave de son hôte se jeta sur lui, l'épée à la main. Adi'ien eut assez de sang-froid pour le désarmer, et, ne voulant voir dans ce fait qu'un acte de folie, fit remettre le coupable entre les mains de médecins chargés de le guérir.
Il est à croire que de l'Espagne l'empereur s'embarqua pour la Mauritanie, où des troubles venaient d'éclater. Sa présence les apaisa, et il profita de son séjour pour embellir Carthage, à laquelle il ajouta un quartier nouveau , qui pritv son nom. L'inscription d'une borne milliaire trouvée dans les environs de cette ville prouve qu'il fit aussi construire par la troisième légion ime route de Carthage à Théveste (4) ; d'où nous pouvons conclure , ainsi que de la grande muraille des Bretons , qu'il avait pour système de ne pas laisser ses troupes oisives dans les garnisons, et de les employer à de grands travaux d'utilité pubUque (5). Que de l'Afrique Adrien soit revenu
(t) l)*après une inscription fragmentée trouvée à Riez, dans les basses Alpes, Adrien y avait ouvert une route pavée : iMP. CjEsare. tra. hadriako. avg. via. silice. STR. ( Voy. Millin , Foyage dans le midi de la France , t. Ul, p. 52. >
(2) Epit., c. XIV.
(3) Chap. XI.
(4) Voyez Donati, p. 2i<, 7, et Orelli, 3564. Cette inscription, placée lorsque la route fut îichevée , indique la septième année de la puissance tribunitienne, c'est-à-dire de J.-C. I23.
(5) Deux inscriptions rapportées par Snietius ( L\l\, 6 et 1 3 ) et Gruter ( cccliui, 3, et cccuiv, i ) prouvent que les villes île Thena dans la Byzacène, et de Ziinia di.ns la Numidie, portaient chacune le surnom de Colonia jElia Hadriana , piobablement à cause des grands travaux que ce prince y avait fait exécuter. Une autre inscription nouvellement découverte en Afrique relate les travaux entrepris a la même époque sur la voie qui de Cirta conduisait à Rusicada :
EX AVCTORITATE. IMP. C/ESARIS. TRAIANI. HADRIANI. AVG. rOKTES. VI^ KOVjE. RVSICADEN .SIS. R. V. C. CI RTENSIUM. SVA. PECVNIA. FECIT. SEX. IVLIO. MAIORI. CD. C.).AVG. LEO. III. AVG. FR. TR,
à Rome, on peut le conjectura- d'après une médaille qui semble indiquer qu'en l'an 874 de Rome il y célébra par des jeux l'anniversaire de la fondation de la ville; et une inscription de la même date, qui lui attribue le rétablissement de l'enceinte du Pomœrium , confirme cette conjecture (1). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y fit point un long séjour, et qu'on le retrouve en Orient vers la fin de cette année. Là , ayant cimenté par une entrevue avec le roi des Parthcs la paix qui semblait prête à être rompue, il ne s'occupa plus qu'à embellir plusieurs villes de l'Asie Mineure. Cizyque, entièrement rétablie par ses soins, et dotée d'un des temples les plus magnifiques de ces contrées si riches en monuments, ajouta, dans sa reconnaissance, le nom de ce prince au sien, et célébra en son honneur les jeux Hadrianiens olympiques, comme nous l'apprennent plusieurs inscriptions. Nicée, INicomédie , ne furent pas traitées moins favorablement. Éphèse eut un temple élevé à la Fortune de Rome, temple où les étrangers ainsi que les citoyens romains allaient célébrer les Parilies. Se rappelant que c'était à Antioche qu'il avait reçu la nouvelle de son élévation à l'empire, il la traita encore plus magnifiquement que les autres cités, bien qu'il n'en aimât pas les habitants : il y fit construire, nous dit Malala (2), un bain puhlic, un aqueduc qui portait son nom , un théâtre ; au moyen d'une forte digue, il détourna les eaux qui se répandaient dans des ravins et étaient perdues pour la ville; cette digue les contenait, malgré leur violence, et les conduisait auprès du théâtre, d'où elles se répandaient dans tous les quartiers. Il fit également construire près des sources de Daphné un temple consacré aux nymphes, où ces sources formaient cinq fontaines jaillissantes. Enfin, il n'y eut pas jusqu'à la ville de Palmyre (fui , malgré sa ceinture de déserts , ne fût embellie par ses soins (3). Il nous faut donc supposer que les sixième, septième et huitième années du règne d'Adrien furent employées par lui à ses voyages en Cilicie, en Lycie, en Pampliilie, en Phrygie, en Bithynie, en Cappadoce ; nous voyons même par le Périple (TArrien qu'il alla ju.squ"à ïrébisonde. En l'an de J.-C. 125, huitième année de son règne, il reprenait la route d'Europe, et passait l'hiver à Athènes : c'était encore la ville littéraire par excellence. Hérode Atticus n'épargnait aucun soin pour y attirer les hommes célèbres , pour y encourager la philosophie et les arts ; on allait y étudier l'éloquence, comme on étudiait les sciences à Alexandrie. Adrien devait se plaire au milieu de cette société d'élite, oii ses talents lui auraient, en tout cas, valu un accueil
(t) Voyez Gruter, ig3, i, et Orelli. 8ii.
f2) Malal., Chron., p. 362.
(31 Une inscription prouve le voyage d'Adrien à Palmyre, en mentionnant un per.sonnage qui remplissait pour la seconde fois les fonctions de greflier lors de l'arrivée d'Adrien dans le pajs:
IPAMMATEA. TENOMENON. TO. AEVTKPON,
EHIAHMIA. GEOr. AAPIANOV.
(Voyez Bernardi et Smith, Tiiscr.gr, Palmyreit., III, p. 2,)
ADRIEN
faTorable, si sa puissance ne lui eût assuré le triomphe sur ces hommes éminents dont il s'entourait cliaque jour : « Je recomiaîtrai toujours , disait à ce propos Favorin à ceux qui lui reprochaient de faire à la cour trop bon marché de sa science , je reconnaîti'ai toujours pour le plus savant honmie du monde celui qui commande à trente légions. » En effet, Adrien consentait volontiers à engager la discussion ; il était aussi prompt à attaquer qu'à se défendre , nous dit Spartien ; mais c'était à la condition d'être vainqueur dans la lutte, autrement son amom'-propre irritable se vengeait par des moyens indignes de lui. H composa contre Héliodore, qui avait été son favori, les libelles les plus calomnieux. Denys de Milet et Caninius Celer, qui ne s'étaient pas prêtés comme d'autres à le laisser briller à leurs dépens , furent disgraciés , et Favorin lui-même, malgré la déférence dont nous venons de citer une preuve, ne put conserver sa faveur. Aussi disait-il, à la fin de sa Aie, que trois choses l'étonnaient dans son existence : d'abord, qu'étant né Gaulois, il parlât le grec; puis, qu'étant eunuque, il eût été accusé d'adultère; et enfin, qu'étant haï de l'empereur, il vécût encore.
Dans son enthousiasme pour la Grèce , Adrien voulut prendre place parmi ses législateurs (1). Des lois de Dracon et de celles de Soion il forma une constitution nouvelle, par laquelle il laissait le gouvernement au peuple, établissant le sénat juge naturel de toutes les affaires contentieuses , sauf appel , toutefois , devant l'empereur ou le proconsul. Puis, non content de cet acte d'autorité suprême , il accepta les charges d'archonte et d'agonothète à Athènes , comme il accepta plus tard le titre de préteur en Étrurie, d'édùe ou de duumvir dans quelques villes italiennes, et de tribun à Naples, tant sa vanité insatiable avait besoin d'aliment et de hochets. Au milieu des chefs-d'œuvre de l'architectm-e grecque , son goût pour les arts ne pouvait demeurer oisif. Peu de villes ont été plus favorisées qu'Athènes sous ce rapport ; il y éleva tant d'édifices, qu'ils y formèrent comme une cité nouvelle, séparée de l'ancienne par un arc sur lequel on lit encore d'un côté, « Ici est l'Athènes de Thésée, « et de l'autre : « Ici est l'Athènes d'Adi-ien. » C'est à l'extrémité de cette dernière qu'il fit ériger la nef du temple de Jupiter Olympien, dont les fondements étaient jetés depuis plus de cinq cents ans. « Avant d'entrer dans ce temple, dit Pausa- « nias , vous trouvez quatre statues de l'empe- « reur Adrien, deux en marbre de Thasos et deux « en marbre égyptien. Devant les colonnes s'é- « lèvent d'autres statues que les Athéniens ap- « pellent les statues des colonies; l'enceinte du « temple , qui n'a pas moins de quatre stades de « tour, en est aussi remplie, chaque ville eu ayant « érigé ime à l'emperem- (2) ; mais les Athéniens
(i) Chron. d'Euscbe, p. :J32, éil. de Milan , 1818. [i) Plusif urs inscriptions qui ont liù être gravées sur 1rs bases de ces statues sont parvenues jusqu'à nous. On y lit le nom de
« les ont toutes sui-paasées, en plaçant derrière le <t temple la statue colossale de ce prince , bien « digne d'être admirée par tous ceux qui visitent ■' cet édifice (1). » On voit ainsi qu'en honorant les dieux , l'un des principaux mobiles d'Adrien était de s'honorer lui-même. Il avait en outre élevé un temple à Junon , un autre à Jupiter Panhellénien , et déployé toute sa magnificence dans des portiques formés par cent vingt colonnes de marbre de Phrygie dont les murs étaient construits du même marbre, et dont les salles, décorées de statues ou de tableaux, avaient des plafonds couverts d'or et d'albâtre. C'était là qu'à l'exemple d'Hérode Atticus et de Théogène de Gnide, son maître, il avait fondé en faveur des citoyens d'Athènes une riche bibliothèque. Le gymnase qui portait le nom d'Adrien, et qui était orné de cent colonnes de marbre de Libye, était attenant à ces portiques. Aussi Pausanias ajoute-t-il que , par reconnaissance , une des tribus d'Athènes avait pris son nom, et qu'iuie inscription gravée dans le Panthéon mentionnait tous les actes de sa munificence (2). Tant de chefs-d'œuvre ne furent pas accomplis en un voyage. Ce qui paraît probable, d'après saint Jérôme et la Chronique d'Eusèbe, c'est que ce fut alors (an de J.-C. 125) qu'Adrien voulut être initié aux mystères d'Eleusis , preuve nouvelle de cette insatiable curiosité qui tenait à soulever tous les voiles. C'est à l'époque de l'initiation d'Adrien que Quadratus, évêque d'Athènes , lui présenta une apologie de la religion chrétienne. On a cru généralement que , faisant droit aux vérités énoncées dans la supplique de Quadratus , l'empereur fit suspendre la persécution (3). Eusèbe nous a même conservé le rescrit adressé, dans cette occasion, à Minutius Fondatus , proconsul d'Asie : « Si quelqu'un accuse les chrétiens , y est-il dit , et prouve qu'ils font quelque chose contre les lois , jugez-les selon la faute qu'ils auront commise ; s'ils sont calom niés, punissez le calomniateur (4). « Toutefois le bienfait était plus apparent que réel. Les accusateurs sont tenus de prouver, il est vrai , que les chrétiens pèchent contre la loi ; mais cette loi condamne la pratique de leur religion : il n'y a donc plus qu'à démontrer qu'ils sont fidèles à l'observation de leur culte. La preuve que la persécution ne cessa pas , bien qu'elle ait été beaucoup moins violente qu'à d'autres époques , c'est que le philosophe Aristide était obligé , quelques années plus tard , de remettre à l'emperem* une nouvelle supphque en faveur des chrétiens.
l'empereur, auquel la plupart d'entre elles donnent le surnom d'Olympien , et le nom de la ville qui consacrait le monument. Telles sont celles où se tiouvent le nom de Thasos ( Spon , Voyage, t. Il, p. 233), de Sestos (Murât., p. ccxxxv, 5), d'Amphipolis (Spon, p. 284), de Céphallénic ( Rcinesius , p. 335), de Sébastopolis (Murât,, p. MLxxxi, I), d'Abydos (Spon, p. 285), de Milet ( Murât., p. mlix, 2 ), etc.
(1) Lib. l, c. xvirr.
(2) I,ib. I, rh. V.
(3) Voyez Hodwell , De paticit. martyr., § XXXII, tid cale., éd. s. (Jyprian,, p. 76.
(4) Voyez, Eusèbe, Hist. Ecoes., lib. IV, et Chron., p. 383, M. de Mgr Mai.
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Au printemps de l'année 126, Adrien quitta la Grèce et revint à Rome, en passant par la Sicile ( 1 ) . Nous allons le voir maintenant occuper son, esprit impatient à l'amélioration du droit romain , ce type de toutes les législations européennes , que Christophe de Thou appelait la raison écrite. Nous n'entrerons pas ici dans des considérations générales sur les conditions de la jurisprudence à l'époque où régnait Adrien , sm- la décadence du polythéisme , les premières émanations de la morale chrétienne, le stoïcisme, et l'influence qu'ont eue ces causes diverses sur les formes du droit. Nous dirons cependant que ce cuite dégradé qui avait réuni successivement à l'ancienne théurgie italique, non-seulement les dieux de la Grèce, de l'Egypte, de l'Asie, mais les empereurs souillés de tous les vices qu'engendre l'égoïsme le plus cruel et l'immoralité la plus profonde; ce culte qui faisait d'un Tibère, d'un Caligula , d'un Néron , autant de divinités pour qui s'ouvraient à deux battants les portes du Panthéon romain, ce culte avait perdu tout crédit; et l'incrédulité complète succédant , comme il arrive trop souvent , aux abus de la superstition , Jiivénal avait pu dire (2) :
Esse aliquos mancs et subterranea régna... Nec pueri credunt. . .
Ce fut alors que le stoïcisme , favorisé par des princes formés à son école, fit entendre des maximes d'une moralité plus pure qu'aucune de celles qui avaient été jusque-là offertes aux Romains. Ce fut alors aussi que la jurisprudence, élevée par les stoïciens au rang de science morale , éclairée par le flambeau d'une philosophie qui s'éclairait elle-même des premières lueurs du christianisme, se fonda sur ces principes de justice impérissal)le qui l'ont fait parvenir d'âge en âge , soit comme loi positive , soit comme raison écrite , chez toutes les nations modernes de l'Europe.
Depuis la loi Cornélia, vers les premiers temps de la république , les préteurs avaient l'obligation de donner, en entrant en charge, un programme de la jurisprudence qu'ils comptaient employer pendant le temps de leur préture : toutefois , chacun d'eux faisait à cette jurisprudence les changements qu'il croyait nécessanes : en proposant, au commencement de sa magistrature , les édits nouveaux et les annexes aux édits anciens appUcables aux circonstances du moment. De là ime variété, une confusion, souvent même une incohérence de dispositions qui rendaient l'application de la loi incertaine et difficile. C'est à ces difficultés qu'Adrien remédia par VÉdit perpétuel qui porta son nom : Edictum perpetuum Hadriani. En faisant réu-
d) C'est dans ce voyage qu'Afliien , ainsi que nous l'apprend Spartien, gravit l'Etna: jEtnam moiitem conscendit, ut solis ortum videret. Une seule inscription , rapportée par le prince de Torremuzzn, paraît relative au voyage d'Adrien en Sicile. C'est un tube de plomb ayant servi à une conduite d'eau, et qui porte gravés ces mots : IMP. CJES, TRAIAKI. HADRIANI. AVG. SVB. CVRA. RESTITVTI, AVG. LIE.
(2) Sat., 11, V. 149.
nir par le préteur Salvîus Julianus , le plus liabile jurisconsulte de cette époque , les matériaux épars du droit prétorien , en en formant un ensemble méthodicpie, en donnant à cette colleC'tion d'édits épurés et choisis une force officielle et obligatoire, le prince fixa la jurisprudence, et en fit pour la première fois un corps de science qui lui assurait un long avenir. Que le véritable caractère de cet acte impérial ait été de produire une révolution complète dans le droit romain, comme le croient encore plusieurs jurisconsultes, ou qu'Adrien n'ait fait qu'améhorer et établir d'une manière plus stable une jurisprudence déjà fondée , la promulgation de Y Édit perpétuel n'en est pas moins une des importantes époques de ! l'histoire du dioit. Elle fit tomber en oubli les édits précédents des magistrats, ce qui nous explique que tous les fragments qui composent le Digeste appartiennent à des jurisconsultes postérieurs à cette époque. En effets Adrien avait organisé l'étude de la jurisprudence de manière à offrir désormais chez ceux qui s'y lieraient toutes garanties de savoir et d'intelligence. Le droit semblait avoir hérité de toutes les richesses de la littérature expirante : la profession des jurisconsultes s'était élevée à la dignité de celle de l'homme d'État. Si leurs décisions étaient unanimes sur quelque point de droit, Adrien avait voulu , ainsi que nous l'apprend Gains , que la solution donnée par eux eût force de loi ; les juges désormais ne pouvaient plus s'en écarter; c'était ce (ju'on appelait Responsa prudentuin. Mais ce n'est pas seulement par l'Édit perpétue! que l'empereur prouva sa sollicitude pour accorder à ses États la meilleure législation possible : tous les jours à son tribunal , abordable pour tous, il répondait, soit de vive voix, soit par lettres , aux questions de jurisprudence qui lui étaient adressées (1). Ulpien et Gaïus nous ont conservé un grand nombre de sénatus-consultes rendus sur divers points du droit civil, avec l'indication : auctore Hadrlano. L'un d'eux donne le droit de cité aux enfants nés d'un Latin et d'une Romaine (2) ; un autre pei'met aux villes d'accepter des legs (3) ; un troisième décide que les affranchis latins devenus citoyens sans le consentement de leur patron pourront être assimilés aux affranchis citoyens romains (4) ; un quatrième veut que si des esclaves ont été affranchis par le maître dans l'intention de frauder ses créanciers , leur affranchissement soit frappé de nullité , lors même que ce maître serait un étranger (5). Les sénateurs ne purent plus prendre à ferme les revenus de l'État; les enfants des proscrits eurent le douzième des biens de leur père, et le reste de ces biens ne fut plus porté au tré-
(t) Le grammairien Dosithée avait réuni au commencement du troisième siècle les réponses d'Adrien, qui , imprimées pour la première fois en 1672, ont été reproduites dans la VibUO' theque f^recque de Fabricius.
(7.) Ulp., 3, 5.
(3) Ulp., 24, 28.
(4) Gaïus, p. 146,
(5) Gaïus j p, l3.
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sor impérial, mais bien au trésor public : les maîtres cessèrent d'avoir le droit de vie et de mort -sur leurs esclaves, qui , en cas de culpabilité , devaient être jugés par les ti'ibunaux ; et si l'on voulait en vendre quelqu'un à un maîlTe de gladiateurs , il fallait , par une déclaration préalable , justifier cette résolution, qui ne dépendait plus d'un caprice (1). Julius Celsus, Salvius Julien le rédacteur de YÉdit perpétuel, Nérétius Priscus, formaient le conseil ordinaire du prince qui prenait toutes ces résolutions, et auprès d'eux des hommes non moins illustres , Abumus, Valens, Yidius, Sextus Africanus, dont tant de fragments ont passé dans les Pandectes, Volucius Mœcianus , qui eut Marc-Aurèle poiir diseiple , Terentius Clemens , commentateur de la loi Popia, sortant des subtilités de l'école, revenaient au principe général du di'oit, la grande doctrine de l'équité.
De cette sollicitude qui s'étendait aux classes les plus infimes de la société, résulta une amélioration notable dans le sort des provinces : leur gouvernement perdit de son caractère arbitraire ; les municipalités , mieux protégées , virent s'accroître leurs privilèges et l'indépendance de leurs résolutions; les corporations, ainsi que nous en pouvons juger par le nombre des inscriptions de cette époque l'elatives à ces corps d'états, prirent un plus grand développement, grâce aux encouragements accordés à l'industrie particulière. L'administration financière futmoins inique ; les vexations qu'entraîne la rentrée des impôts ne pesèrent plus uniquement sur le faible à l'exclusion des puissants ; les exactions devinrent plus difficiles. Des agents du trésor, connus sous le nom de procuratores Cœsaris, recueillaient les tributs dans la province, et, placés à côté du gouverneur, dont ils étaient complètement indépendants, échappaient à tout contrôle. Adrien leur adjoignit un avocat du fisc qui défendait les droits du domaine , en sorte cpi'ils ne furent plus à la fois juges et parties dans leur propre cause. En accordant aussi le droit latin (jM.s Latil veteris ) à un grand nombre de cités, il les relia plus fortement à ce gouvernement impérial qui , il faut l'avouer, n'a jamais eu envers les provinces le caractère d'égoïsme absolu dont la république avait empreint tous les articles de sa législation provinciale. Quant à l'Italie, qui n'était pas considérée comme une province , mais gouvernée en partie par les lois et les magistrats de Rome, elle fut divisée par l'empereur en quatre départements, à la tête desquels il plaça des personnages consulaires.
Une autre révolution dans l'administration, mais celle-là tout entière en faveur du pouvoir, fut accomplie par Adrien vers la même époque. Il modifia profondément l'état de la maison impériale tel qu'il existait depuis Auguste. Lorsque le neveu de Jules César avait fondé cette puissance
(i) Spart,, FitaAdr., c, itvii.
autocratique qu'il devait transmetti'e à un si grand nombre de successeurs , il était encore trop près d'une république qui avait compté près de cinq cents années d'existence, pour ne pas adopter les formes extérieures qui s'en rapprochaient le plus. En conséquence, tout semblait calqué, sous ce nouveau régime, sur le beau temps des Scipions, des Fabius; et si l'empereur disposait seul des forces et des richesses de l'État , c'est qu'il était à la fois tribun , proconsul , général et souverain pontife. Or, depuis Auguste, les temps avaient changé : l'aristocratie s'était habituée à l'obéissance , et le peuple , plus heureux sous la domination d'un seul , était loin de regretter la répubhque. Adrien comprit qu'il était d'une bonne politique de créer, pour son service personnel, de brillants emplois qui ouvrissent mre carrière à l'ambition des patriciens , en sorte que là où Auguste avait employé des affranchis et des esclaves, il emploierait les descendants des plus anciennes familles. Telle est l'origine de toutes ces charges de palais qui étaient encore sous Constantin, nous dit Aurélius Victor (1) , telles qu'Adrien les avait établies. Au premier rang étaient les offices de la chancellerie , qui formaient quatre divisions qu'on pourrait appeler quatre ministères, puisque le mot de scrmium, par lequel elles étaient désignées, signifie portefeuille. Le scrinium memorias avait dans ses attributions la rédaction dew rescrits, l'expédition des brevets. Le scrinnmi epistolarum donnait à celui qui en était chargé la mission d'examiner les consultations adressées à l'empereur par les municipes ou les magistrats de province, et de rédiger, en forme de lettres, les décrets par lesquels l'empereur y répondait. Du ressort du scrinium Ubellorum se trouvait l'examen des pétitions adressées à l'empereur en matière litigieuse. Enfin, le scrinium dispositiomim était le dépôt des archives impériales (2). Les titulaires de ces charges s'appelaient magistri officiorum, et étaient placés sous l'inspection d'un maître général des offices. Parmi les grandes charges de la cour, on comptait encore un trésorier des largesses impériales {sacrœ largitiones) ; un trésorier du domaine ; un grand chambellan {prxfectus sacri cuMculi), que le privilège de pénétrer à chaque heure du jour dans l'intérieur du palais rendait un des personnages les plus importants de l'em.pire. Il y avait en outre des chambellans ordinaires , des pages , des ofiiciers de la bouche et autres, dont l'ensemble formait cette tourbe dorée qui éloigne du chef de l'État les regards du public, et lui donne, <iux yeux de la multitude , un caractère de grandeur dont ses qualités personnelles sont souvent inhabiles à le revêtir.
Cette étiquette dont s'entourait Adrien, il voulait que les autres l'observassent à son exemple ; il voulait qu'ils respectassent leur propre dignité.
(i) EpisC, c. XIV.
(2) Voyez Goutbières, De offioiis domus /tusiisla, III, p, 3 et suiv.
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Plein de déférence pour les membres du sénat, ne les recevant que debout, il exigea qu'ils ne parussent jamais en public sans être revêtus de la toge. Puis, par une de ces inconséquences si fréquentes dans son histoire , il se dérobait aux hommages , il revenait du sénat en litière pour éviter le cortège qui l'aurait accompagné ; il répudiait, le matin, cette obséquieuse salutation du réveil que le plus humble patricien exigeait de ses chents. Quelquefois même il allait se baigner avec le peuple; et Spartien (1) nous racontée ce propos qu'il vit un jour dans un bain public un vieux soldat qui se frottait le dos à la muraille. L'ayant interrogé sur cette singulière manière de se sécher, il en apprit que le malheureux vétéran n'avait pas de quoi payer un garçon de bain, et il lui fit présent d'un esclave. Le lendemain il retourne au bain à la même heure , et aperçoit une quantité de vieux militaires qui , alléchés par la libéralité de la veille , et rangés contre le mur, imitaient leur camarade. Cette fois il ne fit qu'en rire, et leur ordonna de se frotter les uns les autres.
Ce fut pendant son séjour à Rome, dans la douzième année de son règne , qu'Adrien reçut du sénat le nom de Père de la patrie (2), qu'il avait refusé en montant sur le trône ; et il accorda en même temps à Sabine le titre A' Auguste. H fit aussi vers cette même époque un second voyage en Mauritanie , où on ne manqua pas d'attribuer à l'influence de son arrivée des pluies bienfaisantes qui tombèrent enfin après cinq années de sécheresse. Revenu à Rome, Adrien se disposa à retourner en Orient, laissant l'Italie sous la pénible impression d'un des actes les plus cruels auxquels l'ait poussé son implacable vanité. Il venait d'ordonner le supplice d'Apollodore de Damas, l'architecte célèbre qui avait élevé le forum deTrajan, l'admirable colonne qui s'élève encore au milieu de ses ruines , la vaste basilique qui passait pour l'un des plus beaux monuments de la ville éternelle, et le pont monumental que Trajan avait jeté sur le Danube. Dans les commencements de son règne, il avait cependant apprécié cet illustre artiste , et c'est à sa prière qu'Apollodore composa une Poliorcétique, dont l'extrait, parvenu jusqu'à nous, prouve l'étendue et la variété de ses connaissances. Malheureusement, moins bon courtisan qu'habile architecte , il n'avait pas su ménager dans ses prétentions infinies ce prince, qui voulait exceller à la fois dans toutes les branches des coimaissances humaines ; et, fatigué de ses conseils : « Allez peindre vos « concombres (3), » lui avait-il dit un jour. Ce jour fut le premier de sa longue disgrâce. Cepen-
(i) Fita Àtlr,, c. XVI.
(2) Voyez Eckhel, D. N. V., t. VI, p. 5i5 et suiv. Quelques meriailles trAlexandrie donnent à Siibine le titi'e d'Auguste avant la douzième année du règne d'Adrien.
(3) Ce jugement d'Apollodore prouve l'exagération de Spartien loisqu'il déclare Adrien pictu/œ perilisiimus, et celle d'Aurelius Victor, qui veut que ses statues ne lussent gnêi e inférieures aux chefs-d'œuvre de l'olyclètc et ti'Euphranor, J'oy. Aui-, Vict., De Cœi., c. xix.
nant Adrien, qui l'avait éloigné delà cour, était d'autant plus désireux de son suffrage qu'il avait plus de peine à l'obtenir; et lorsqu'il eut élevé ce temple de Vénus et de Rome, dont les débris couvrent aujourd'hui l'espace qui s'étend entre l'Esquilin et le Palatin, il en envoya le plan à son critique. Or la cella se trouvait beaucoup trop basse pour les statues qui y étaient placées : « Si « vos déesses veulent se lever, lui répondit Apol- « lodore, elles se rompront la tôte(l). » L'artiste paya ce mot de sa vie. Adrien, législateur remarquable, souffrait la critique des actes de son gouvernement; artiste impuissant, poète mécliocre, il fut implacable pour quiconque l'attaquait dans ses œuvres artistiques ou littéraires.
En l'an de J.-C. 130, nous retrouvons l'empereur à Athènes, où il assista à la consécration de plusieurs des édifices commencés dans ses précédents voyages. Et ce ne fut pas seulement la ville de Minerve qui profita de son séjour : toute la Grèce recueillit les fruits de l'admiration que lui inspiraient sa civilisation et sa littérature. La route de Mégare à Corinthefut creusée au milieu des rochers, de manière à ce que deux chars pussent y passer l'un à côté de l'autre (2) ; puis Corintlie eut des thermes et un aqueduc qui y amenait les eaux du Stymphale (3). Il fit placer sur le tombeau d'Épaminondas un cippe avec une inscription qu'il avait composée lui-même (4); à Mantinée, il éleva un nouveau temple en l'honneur de Neptune Hippius (5). Un portique qu'il avait fait construire à Hyampolis, en Pliocide, portait son nom; et le grand temple d'Abès, consacré à Apollon, ayant été brûlé par les Tliébains dans la guerre Phocéenne, il en consacra un autre à la même divinité (6). A Némée, il avait rétabli l'hippodrome; en sorte que les Grecs, dans leur reconnaissance, lui décernèrent le titre de Pan Hellénien, puis celui d'Olympien (7), et que la ligue Achéenne lui consacra une statue en marbre de Paros dans le temple de Jupiter à Olympie (8). L'année suivante fut employée par l'empereur à visiter de nouveau l'Orient. Il rendit au roi des Parthes sa fille, retenue captive depuis l'expédition de Traj an, et organisa en plusieurs États, dont il distribua les couronnes selon son bon plaisir, les contrées à demi sauvages situées à l'orient | et au nord du Pont-Euxin. Revenant ensuite vers le midi par l'Asie Mineure et la Syrie, il traversa la Judée, pénétra jusque dans l'Arabie Pétrée (9), et se dirigeant vers l'Egypte, il y entra par Péluse, où il fit élever à Pompée, nous ne disons pas, comme Spartien, un tombeau, pulsaue Plutarque
(i) Dion, lib. LXIX , § 4.
(2) Paus., liv. ), c. KLIV.
(3) Ibid., liv. II. c. III.
(4) Ibid., liv. Vni, c. XI.
(5) Ibid., ibid., c. x.
(6} Ibid., Phocidii, c. xxxv.
(7) Voyez plusieurs inscriptions qui portent ce titre dans Mu-
ratoii, p. 234. ?.3b,
(S) Paus., liv. V, c. XII.
(9> C'est au règne d'Adrien que commence la série impériale' des méiaiUes de Pétra , qui porte même quelquefois le suriioin
d'AAPIANH.
nous apprend que les cendres de ce gi-ând capitaine avaient été rapportées par Comélie dans sa villa d'Albe, mais un magnifique cénotaphe. La brillante école d'Alexandrie devait attirer et retenir un prince qui se piquait de philosophie, •d'astronomie , de mathématiques : il a retracé' lui-même, dans une lettre parvenue jusqu'à nous, son jugement sur les Alexandrins et le récit de ce qu'il fit pour eux. « J'ai étudié avec soin, écrivait-il à Servien son beau-frère , ce peuple inconstant et léger qui cède à la moindre impulsion. Ceux qui adorent Sérapis n'en sont pas moins chrétiens, et ceux qui se disent chrétiens adorent Sérapis. Pas de rabbin juif, de pontife samaritain ou de xïrêtre chrétien qui ne soit mathématicien , aruspice ou charlatan. Le patriarche lui-même, quand il arrive, est forcé par les uns d'adorer le Christ, et par les autres Sérapis. Population séditieuse, vaniteuse, sans probité ; ville opulente, féconde, industrieuse, où personne n'est oisif. Lesuns soufflent leverre, lesautres fabriquent du papier, d'autres tissent le lin. Les aveugles y exercent un métier, les goutteux y travaillent. Juifs et chrétiens n'y reconnaissent qu'un seul Dieu , auquel ils adressent tous leurs hommages. Plût au ciel toutefois qu'une si belle cité , la première dé l'Egypte, eût de meilleures mœurs! Je l'ai comblée de bienfaits, je lui ai rendu ses anciens privilèges, je lui en ai accordé de nouveaux : cependant, à peine étais-je éloigné qu'ils ont prodigué l'outrage à mon fils Vérus; et vous savez, jeponse, tout ce qu'ils ontdébité sur AntinoiJs(l).» Le reproche d'immoralité adressé aux Alexandrins à propos de leur opinion sur Antinoiis doit sembler fort étrange, et ce reproche, au contraire, les sauve quelque peu de la honte d'avoir admis aussi facilement dans leur Olympe vu dieu de si étrangefabrique. Ce fut pendant le voyage d'Adrien vers la haute Egypte (2) qu'il perdit son favori, soit qu'Antinoiis se soit noyé par accident dans les eaux du Nil , soit , comme le pense Dion (3) , qu'il ait été immolé dans quelque affreuse opération magique à l'aide de laquelle l'empereur voulait pénétre! l'avenir. En tous cas, regrets ou
(i) Voyez Phipgontis Tralliani fragmenta, dans les Fragments des historiens grées, publiés par M. A. -F. Didot, t. Ul, p. 624.
(2) Adrien remonta alors le Nil jusqu'à Thebes, et voulut visiter, en compagnie de Sabine, la statue de Memnon. Plusieurs inscriptions rapportées par M. Letronne prouvent ce fait. Nous «itérons celle que le savant archéologue a traduite ainsi : " Vers «de Julia Balbilla, lorsque l'auguste Adrien entendit Mem- « non : J'avais appris que l'Egyptien Memnon, échauffé par les « rayons du soleil , faisait entendre une voix sortie de la pierre « tbébaine. Ayant aperçu Adrien, le roi du monde, avant le « lever du soleil , il lui dit bonjour comme il pouvait le faire; « mais lorsque le Titan , traversant les airs avec ses blancs « coursiers, occupait la seconde mesure des heures , Memnon « rendit de nouveau un son aigu comme celui d'un instrument n de cuivre, et, plein de joie, il rendit pour la troisième fois >< un son, L'empereur Adrien salua Memnon autant de fois, et « Balbilla a écrit ces vers, qui montrent tout ce qu'elle a vu K distinctement et entendu. i> Une autre inscription de la même Balbilla, qui contient quatorze vers, se termine ainsi : » La « pierre ayant rendu un son, moi, Balbilla, j'ai entendu la *( voix divine de Memnon. J'étais accompagnée de cette aimable « r.inc Sabine. Le soleil tenait le cours de la première heure, « la quinzième année de l'empereur Adrien ; Athyr était à son V vinyt-quatrième jour. >» Champollion a retrouvé le nom d'Ariri(-n sur plusieurs temples â Denderah , à Esneli , à Medinet-
ADRIEN 322
remords, la douleur d'Adrien fut immense, et les témoignages en sont parvenus jusqu'à nous. Nonseulement on voit encore en Egypte les ruines d'Antinopolis , mais nos musées , nos collections comptent un grand nombre de statues, de bustes d'Antinoiis, ou de monnaies frappées en son honneur. Les poètes le chantèrent, les astronomes découvrirent son étoile ; il y eut des temples, des jeux, des mystères consacrés à sa mémoire; des prêtres qui lui prostituèrent leur encens. On ne pouvait infliger au monde païen une plus cruelle satire du polythéisme.
De l'Egypte Adrien revint encore à Athènes, où il assista une seconde fois à la célébration du mystère de la grande déesse. Pendant les derniers temps de son séjour en Orient, les Alains furent repoussés de la Cappadoce par Arrien , gouverneur de cette province, le même qui accomplit le périple du Pont-Euxin, dont la relation nous a été conservée. C'est vers la même époque que se terminait la guerre des Juifs, guerre terrible, implacable, dans laquelle cinq cent niillc Juifs périrent par le fer, tandis que les légions romaines firent des pertes si considérables , qu'en écrivant an sénat la nouvelle de la victoire, Adrien n'osa pas commencer sa lettre par la formule ordinaire : « Si vos liberique vestri valetis, bene est ; ego quidem et exercitus valemus (1). » Les causes de la guerre remontaient à plusieurs années en arrière. Dès son premier voyage en Palestine, Adrien, à la vue de Jérusalem renversée par Titus, avait résolu de la relever de ses ruines , ou, pour mieux dire , de construire à sa place une ville nouvelle à laquelle il donna son nom. Bientôt des colons, appelés par ses soins, vinrent habiter la nouvelle j£lia Capitolina, où des temples à Jupiter, des statues à Vénus remplaçaient les autels du vrai Dieu. Quoique si rudement châtiés de leurs précédentes révoltes , les Juifs ne supportèrent pas cette profanation de la cité saint* : ils se levèrent en masse, et tel fut l'enseinble de leurs mouvements , l'imprévu de leur attaque , qu'ils battirent plusieurs fois les Romains, et furent sur le point de reconquérir leur indépendance. Il fallut envoyei sur les lieux des armées nouvelles, et rappeler du fond de la Bretagne, où il commandait, l'un des meilleurs généraux de l'époque, Julius Sévérus, dont la présence et les talents changèrent le sort des combats. Évitant une action générale dont l'ardeur des assaillants lui faisait redouter l'issue , il leur fit une guerre d'embuscade , les sépara les uns des autres , les attaqua par détachements , les enferma dans leurs forteresses, et leur coupa toute communication. Cinquante châteaux forts et neuf cent quatre-vingtcinq bourgs furent renversés de fond en comble. La Judée fut chr.ngée en solitude, et sur la porte d'vElia Capitolina on sculpta un pourceau pour en repousser les Juifs , réduits à venir de loin contempler cette Sion , pour laquelle leur amour
Al.r