BOURDOISE — BOURDON
BOiJRDOis DE LA MOTHE (Edme-Joa-
chim ), médecin français , né à Joigny le 24 septembre 1754 , mort vers 1830, Il fit ses études à Paris, et, après les avoir terminées, il fut nommé docteur régent de la faculté de médecine, ensuite médecin de l'hôpital de la Charité , où il modifia le traitement qu'on y suivait pour la colique des peintres. Une indisposition le contraignit de quitter cette place , et il fut choisi pour médecin par le comte de Provence (depuis Louis XVni), qui lui confia la direction de son cabinet d'expériences. Il était aussi médecin de madame Victoire, tante du roi. Pendant la révolution, ses antécédents aristocratiques le firent écrouer à la Force, d'où U ne sortit que pour aller exercer son art à l'armée d'Italie. Il devint, en 1807, médecin des épidémies du département de la Seine; en 1810, conseiller de l'université; en 1811 , médecin du roi de Rome, et, durant les dix dernières années de l'empire, médecin du ministère des affaires étrangères , ce qui lui valut la clientèle de tous les ambassadeurs accrédités auprès de la cour de Saint-Cloud. Au retour des Bourbons, il devint médecm consultant de Louis XVIII ; plus tard, il fut celui de Charles X ; et, dès la fondation de l'Académie de médecine en 1 820 , il fut admis dans cette société. Bourdois n'a publié qu'une brochure : Dissertation sur les effets de l'extrait de ratanhia dans les hémorragies ; Paris, 1808, in-8".
Arnault, etc., Biog. nouv. des Contemp.
BOURDOISE {Adrien), théologien français, né dans le diocèse de Chartres le 1" juillet 1584, mort le 19 juillet 1655. Il avait déjà vingt ans lorsqu'il commença ses études , et se lia d'amitié avec saint Vincent de Paul et l'abbé Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice. Après avoir embrassé l'état ecclésiastique, Bourdoise s'occupa avec zèle de catéchismes , de missions , de conférences, et, en 1618, institua la communauté des Prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, de laquelle relevaient deux séminaires, l'un à Paris, l'autre à Laon. Les filles de Sainte- Geneviève , dite Miramiones , durent à ce pieux ecclésiastique les règles qu'elles suivaient. On a de lui un ouvrage posthume intitulé Idée d'un bon ecclésiastique, par M. Bourdoise. Sa vie a été écrite par Descourveaux , Paris, 1714, in-4°, et abrégée par Bouchard, Paris, 1784,m-12.
Descourveaux ; Fie de M. Bourdoise.
BOURDON (Aimé), médecin français, né à Cambray en 1638 , mort dans la même ville le 21 décembre 1706. On a de lui : Nouvelles tables anatomiques, où sont représentées toutes les parties du coi-ps humain; Paris, 1678, grand in-fol. ; ibid., 1707, in-fol.; — Nouvelle Description anatomique de toutes les parties du corps humain et de leurs usages (c'est l'explication des tables précédentes) ; Paris, 1674, 1683, m-12; Paris et Cambray, 1707.
Quérard, la France littéraire.
KOVRDOJi (Guillaume), hippographe fran-
çais , vivait dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, et n'est connu que par le Maréchal de poche d'un cavalier ;]à Haye, 1787, in-S".
Quérard , la France littéraire.
BOVHnoîi (Louis- Gabriel), littérateur français, né à Versailles en 1741, mort dans Ja même ville en 1795. Il était secrétaire interprète aux affaires étrangères. Il a laissé : les Mânes de Flore , élégie sur la mort de sa femme; Paris, 1773, in-12; — les Enfants du pauvre diable, ou mes Échantillons; Burgos et Paris, 1776, petit; in-12 : cet ouvrage , publié d'abord sous le pseudonyme de M. de l'Empirée, eut pour premier titre le Livre puce; — Lettres à Emma, en vers, 1784, in-8° ; — Voyage d'Amérique, dialogue en vers avec des notes; Paris, 1786, in-12 ; — des chansons, des poésies, et des comédies de société. Rabbe, Boisjolin, etc.. Biographie des Contemporains.
* BOURDON (Pierre-Michel) , peintre français, né en 1778. Il fut élève de Regnault, et peignit l'histoire et le portrait. On cite avec éloge son Christ sur la Croix, peint pour la ville de Pau. On a de lui : la collection de gravures intitulée Concours décennal. Il dirigea aussi le Musée Filhol. Les deux recueils contiennent des gravures de sa façon.
Gabet, Dictionnaire des Artistes.
BOURDON (Sébastien) , peintre et graveur français, né à Montpellier en 1616, mort à Paris • en mars 1671. Son père, qui peignait sur verre, lui donna les premières leçons; un de ses oncles l'emmena à Paris à l'âge de sept ans,, et le plaça chez un peintre médiocre, où ses heureuses dispositions le servirent plus que les leçons qu'il reçut. A l'âge de quatorze ans , de retour dans le Midi, il peignit à fresque un plafond dans un château voisin de Bordeaux. A dix-huit ans, il enti'eprit seul et sans ressources le voyage d'Italie. A Rome , il fut obligé de se mettre aux gages d'un marchand de tableaux ; il y connut Claude le Lorrain , et contrefit pour vivre les tableaux de ce peintre, ainsi que ceux de Michel- Ange Bamboche, d'André Sacchi, etc. Au bout de trois ans de séjour, la jalousie d'un peinti'e sans talent , nommé De Rieux, qui le dénonça comme calviniste àrinquisition,robligeaà quitter Rome : Bourdon revint alors à Paris, en passant par Venise. A vingt-sept ans, il faisait pour Notre-Dame son fameux Crucifiement de saint Pierre, qui commença sa réputation, et est resté une de ses meilleures toiles. En 1648, il fut un des douze anciens qui fondèrent l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont il fut, jusqu'à sa mort, le premier recteur. En 1652 , chassé par les troubles de la Froude, Bourdon partit pour la Suède, où la reme Christine le nomma son premier peintre. Il commença par y faire les dessins de la pompe funèbre de Gustave II , père de la reine , puis les portraits de Christine, du prince Charles-Gustave , son cousin , et des généraux du royaume. Mais la reine s'étant faite
BOURDON
catholique, il revint en France. Quelques affaires de famille l'ayant appelé à Montpellier, il y peignit plusieurs grands tableaux et quelques portraits de famille. De retour à Paris en 1663, Bourdon exécuta la belle galerie de l'hôtel de Bretonvilliers , qui, occupé depuis par des fermes, tomba dans un délabrement complet. Elle a heureusement été gravée in-fol. par Fiquet. Il commençait les dessins d'un plafond qu'il devait peindre aux Tuileries, lorsque, atteint d'une fièvre violente, il mourut, laissant deux filles qui peignaient en miniature. — Guilleret, grand paysagiste, Monier et Friquetde Vaurose, qui l'aidèrent à la galerie de Bretonvilliers, et Nicolas Loir, ont été ses élèves. Bourdon , plein de feu, de facilité, peignait avec une grande liberté de pinceau , et n'a jamais eu de manière bien arrêtée. Son dessin, comme celui de presque tous les coloristes, pèche par la correction, et ses meilleurs tableaux ne sont pas ceux qu'il a le plus soignés et finis. Il a abordé tous les genres, histoire, portrait, paysage, grotesque, et toujours avec un égal succès. Il peignait avec une telle rapidité , qu'ayant parié de faire en un jour douze têtes d'après nature, et de grandeur naturelle, il gagna son pari ; et ces têtes ne sont certes pas son plus mauvais ouvrage. Étant très-laborieux, et restant souvent plus d'un mois sans sortir du grenier qui lui servait d'atelier , il a laissé un nombre très-considérable de tableaux. Presque tous les musées de province possèdent de lui des originaux authentiques. Pour se faire une idée de ses différentes manières, on peut voir au Musée du Louvre : ses deux Portraits, peints par lui-même ; — la Sainte Famille; — Laissez, venir à moi les petits enfants; — Jules César devant le tombeau d' Alexandre ; — une Halte de Bohémiens, etc.
Bourdon peignit peu de tableaux pendant son séjour à Rome ; mais il fit de nombreuses copies, et y amassa une grande collection d'études. Il a peint à Paris , pour Notre-Dame , le Crucifiement de saint Pierre , actuellement au musée du Louvre ; — à Saint-Gei-vais, le Martyre de saint Protais; — à Saint-Benoît, une Descente de Croix ; — à Chartres , dans l'église Saint- André, le Martyre du saint, et une Vierge tenant l'enfant Jésus; — à Montpellier, pour des tapisseries , V Histoire de Moïse , en six tableaux ; — à l'hôtel de ville , les Consuls rendant hommage à Louis XIII. Il a, en outre, décoré de ses peintures le Capitole de Toulouse, la chambre des comptes, la chambre des enquêtes du parlement, l'hôtel de Bretonvilliers de Paris , etc.
« Les dessins de Bourdon , dit d'Argenville, sont pleins de feu et d'une liberté qui enchante; le ti'ait est souvent fait à la mine de plomb, quelquefois à la sanguine , rarement à la plume, avec un léger lavis d'encre de la Chine , de bistre , de bleu d'Inde ou de sanguine , relevés de blanc au pinceau ; il a quelquefois travaillé
sur le lavis avec la pierre noire ou du blanc de craie. On voit des paysages à gouache, trèsheurtés , qui font un gi-and effet. Ce peintre se reconnaît facilement à ses caractères de têtes , à leurs coiffures singulières, et aux extrémités lourdes et négligées de ses ligures. »
Il a gravé de sa main , à l'eau-forte , près de cent pièces. Tous les graveurs célèbres français et étrangers, Van-Schuppen, Hainzelmann, Boulanger , Poilly, Samuel , Bernard , Nanteuil , Simonneau, Couvet, Cars, etc., ont reproduit ses tableaux. Paul Chéron.
Félibien, Entretien sur les Peintres.— De Piles, Abrège de la vie des Peintres. — D'Argenville, Abrégé de la fie des Peintres.— ¥onlenay, Dictionnaire des Artistes.
— Heineeken, Dictionnaire des Artistes. — Huiier et Rost, Manuel des Amateurs de l'art. — Robert-Dumcsnil, le Peintre graveur français.
* BOURDON (Isidore), médecin français, nt, à Merry (Orne) le 26 août 1796. Il vint de bonne heure étudier à Paris , devint élève des hôpitaux, et prit, en 1823, le grade de docteur; mais, déjà avant cette époque, il avait débuté dans la littérature médicale par plusieurs mémoires remarquables (de l'Influence de la joesanteur sur quelques phénomènes de la vie ;
— Recherches sur le Mécanisme de la respiration et sur la Circulation du sang ; — sur le vomissement ; Paris, 1818). Pendant le choléra de 1832 et 1849, il se dévoua au soin des malades avec un zèle digne d'être récompensé. Attaché successivement à la rédaction de divers recueils, parmi lesquels nous ne citerons que le Dictionnaire de la Conversation, M. Bourdon est, à juste titre, rangé parmi les écrivains les plus spirituels et les plus brillants de notre époque. Outre un grand nombre d'articles insérés dans des journaux, revues, etc., on doit à sa plume exercée : Principes de Physiologie médicale; Paris, 1828, 2 vol. in-8"; — Principes de Physiologie comparée , ou Histoire des phénomènes de la vie dans toais les êtres qui en sont doués , depuis les plantes jusqu'aux animaux les plus complexes ; Ma., 1830, in-8° : cet ouvrage intéressant, le premier qui ait été publié sur la physiologie comparée, est resté malheureusement inachevé ; — Guide aux eaux minérales de la France, de l'Allemagne, de la Suisse et de Vltalie ; ibid., 2''édit., 1837,in-8°; — la Physiognomonie et la Phrénologie, ou Connaissance de l'homme d'après les traits du visage et les reliefs du crâne : examen critique du système d'Aristote,de Porta, de Camper, etc.; ibid., 1842, in-12; — Lettres à Camille sur la Physiologie; ibid., 2" édit., 1843 : sous une forme attrayante, l'auteur initie le profane aux principes les plus abstraits de la science ; — Illustres Médecins et Naturalistes des temps modernes; ouvrage dans lequel l'auteur apprécie les travaux de Cuvier, Boerhaave, Lamarck, Haller, Bordeu, Camper, Barthez, etc.; ibid., 1844, in-12 ; — Notions d'Hygiène pratique ; ibid., 1844, in-8°; —
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Cours complet d'Éducation pour les filles ; ibid., 1844 ; — plusieurs rapports et mémoires, tels que sur la non-contagion du choléra, sur la non-contagion de la peste, etc. M. Bourdon est membre de l'Académie de médecine, et médecin en chef des épidémies du département de la Seine. Diction, de la Conversation. — Quérard, ta France litt. — Sachaille ( Lachalse), les Médecins de Paris.
BOURDON DE LA cROSNiÈRE (Léonard- Jean-Joseph) , conventionnel, né en 1758 à Longné-au-Perche , mort vers le commencement de la restauration. Il était avocat au conseil du roi, et dirigeait à Paris, en 1789, une maison d'éducation. Il contribua puissamment à la journée du 10 août, et fut nommé, en 1792, député du département du Loiret à la convention nationale. La commune de Paris, avant l'ouverture de la session , l'avait envoyé à Orléans, où la nouvelle des événements du 10 août excitait des troubles. Il avait ordre de faire adhérer cette ville à toutes les mesures prises par l'assemblée législative , et de faire transférer à Saumur les prisonniers de la haute cour nationale. C'est lui qui conduisit ces prisonniers à Versailles, où leur présence causa une émeute, et où ils furent massacrés. Bourdon fut accusé d'avoir été la cause de ce funeste événement. Il déclara ensuite à la convention que toutes les lois qu'elle voterait resteraient sans exécution tant que toutes les administrations ne seraient point composées d'hommes à la hauteur des circonstances. Lorsque Louis XVI fut détenu au Temple, il proposa de lui interdire toute communication avec sa famille; et, lors du procès de ce prince , il vota la mort sans appel, et pressa l'exécution. Envoyé en mission à Orléans en mars 1793, il fut assailli par im piquet de gardes nationaux , et couvert de blessures sous les yeux de la municipalité , qui ne prit point sa défense , ce qui motiva de la part de la convention un décretquidéclaralavilled'Orléans en état de rébellion. Le 8 août de la même année , Bourdon fut élu secrétaire de la convention, et peu de temps après président des jacobins. Il sollicita la formation d'une armée révolutionnaire dans chaque département, et fit décréter, conjointement avec Bourdon de l'Oise, que les biens des détenus qui se suicideraient , ainsi que ceux des condamnés , appartiendraient à la république.
Bourdon de la Crosnière ayant défendu Vincent et Ronsin le 28 janvier 1794 , et proposé leur mise en liberté, Robespierre fit rejeter cette proposition par le comité de salut public, et ces deux individus furent guillotinés le 4 ventôse suivant. Dès ce moment. Bourdon voua une haine implacable à Robespierre ; et quand celuici lui eut reproché, quelque temps après, d'avoir participé à la conspiration d'Hébert qui venait d'être exécuté, Bourdon, effrayé de cette sortie, ne garda plus aucune mesure, et prit la part la plus active à la journée du 9 thermidor. Adjoint
KOUV. BIOGR. UNIVERS. — T, VU
à Barras pour commander la garde nationale, il pénétra , à la tète de la force armée , dans la maisoncommune, où Robespierre s'était renfermé avec les chefs du parti de la Montagne, s'empara d'eux , et rendit compte lui-même à la convention de ce siège de l'hôtel-de- ville. Quelque temps après , il fit tirer le corps de Marat du Panthéon pour le jeter à la voirie, et dirigea lui-même cette cérémonie. Traité hautement d'assassin à la convention par Legentire, et aux applaudissements universels des tribunes , il se mit à la tête de la conspiration qui éclata le 1"' avril 1795, fut arrêté, conduit au château de Ham , et ne dut la liberté et la vie qu'à l'amnistie du 25 octobre 1795. II fit partie] du conseil des cinq-cents , où Boissyd'Anglas le traita d'assassin révolutionnaire , et se plaignit de ne pouvoir faire un pas dans Paris sans être effrayé de sa présence. II fut ensuite l'agent du Directoire à Hambourg, d'où il fit partir les émigrés. 11 avait fondé, en 1793, l'École des élèves de la patrie , et dirigeait encore à Paris, en 1803, quelque temps avant sa mort, une école primaire. On a de lui : Mémoire sur l'instruction et l'éducation nationale, 1789, in-8°; — Recueil des actions civiques des républicains français , 4 numéros, 1794, in-8° ; — Rapport sur la libre circulation des grains , in-8°; — Organisation des greniers nationaux décrétée par la Convention, in-8"; — le Tombeau des Impostures, ou l'Inauguration du temple delà Vérité ; sans-culottide dramatique en 3 actes; Paris, 1794, in-8°.
Moniteur, de 1792 à 1795. — Le Bas, Dictionnaire encyclopédique de la France.
BOURDON DE L'OISE (François-Louis) , conventionnel, né à Remy, aux environs de Compiègne; mort à Sinnamari, dans la Guyane, en 1797. II entra dans la carrière du barreau, et devint procureur au parlement de Paris. Mais d'un naturel fougueux et bouillant, il embrassa avec ardeur, en 1789, la cause de la révolution, et se battit avec beaucoup d'acharnement, le 10 août 1792, à l'attaque du château des Tuileries. Mis sur les rangs pour être député à la convention nationale, il usa d'une singulière supercherie : Bourdon de la Crosnière (voy. ce nom ), qui était son concurrent, avait été élu en même temps par le collège électoral du département de l'Oise et par celui du département du Loiret. Il opta pour la députation de ce dernier; et François-Louis Bourdon, qui était candidat du département de l'Oise, profitant de la conformité du nom ( sans être de la même famille ), se présenta à la convention , et fut admis sans contestation comme député.
n demanda que les hommes mutilés en combattant pour la cause de la liberté et de l'égalité sur la place du Carrousel fussent mis en présence de Louis XVI, lorsque cet infortuné prince fut introduit à la barre de l'assemblée. Il vota la mort de Louis XVI , se px'ononça contre le sursis et contre l'appel, et appela toute la colère du peuple
BOURDON
sur les députés qui parleraient dans un sens opposé. H dénonça ses collègues Vergniaud, Gensonné, Guadet et Brissot de Varville, comme ayant des intelligences avec la cour, et eut une très-grande part à l'insurrection du 31 mai, ainsi qu'aux mesures violentes qui furent prises contre tes députés qu'on voulait sacrifier. D défendit le régime de la terreur, et blâma l'abbé Grégoire de vouloir christianiser la révolution. Cependant , envoyé en mission dans la Vendée , il s'indigna des excès qui y avaient été commis, et parut en revenir plus modéré. A son retour, il se brouilla avec les terroristes ; Hébert et Robespierre l'accusèrent de modérantisme, et le firent exclure de la Sociélé des jacobins et de celle des corde] iers. Bourdon, craignant alors que sa tête ne fût menacée , se réunit à Tallien, à Legendre, à Léonard Bourdon et à Lecointre de Versailles ; montra une grande animosité contre Robespierre les 8 et 9 thermidor (26 et 27 juillet 1794), et alla jusqu'à proposer de faire fusiller, séance tenante, tous ceux qui résistaient au décret d'arrestation de Robespierre et de ses partisans , qu'il conduisit lui-même à l'échafaud. Dès ce moment, sans renoncer à son système révolutionnaire , il se déclara l'ennemi le plus implacable des sociétés populaires, et le protecteur des prêtres et des nobles ; il provoqua la loi qui portait que les biens des pères et mères d'émigi'és seraient confisqués au profit de la nation. Lorsque le député Brival se plaignit de ce ' qu'au milieu de tant de crimes inutiles on n'avait pas encore pris une certaine mesure trèsimportante pour l'affermissement de la république. Bourdon prononça ces mots, qui eussent été dignes d'un patriote vertueux : « Il n'y a point de crimes utiles. » Néanmoins, envoyé à Chartres pour faire des recherches exactes de ceux qui avaient participé à l'insurrection du 13 vendémiaire contre la convention. Bourdon s'acquitta de cette mission avec la plus excessive rigueur. D fut du nombre des députés conventionnels qui passèrent au conseil des cinq-cents , et augmenta sa fortune d'une manière considérable en s'occupant d'assignats et de biens nationaux. Se montrant toujours du côté du plus fort , il se rangea dans l'opposition du parti clichyen, qui cachait mal ses tendances royalistes ; il parla contre le régime révolutionnaire, fit rapporter, en décembre 1794, la loi qui bannissait les nobles de Paris, et devint l'un des plus mortels ennemis de tout ce qui avait été ou paru républicain. Le Directoire, qui avait à se venger de lui en raison de ses violentes diatribes , le 18 fructidor, l'inscrivit sur la liste des déportés qui furent envoyés à Cayenne; et, quelque temps après son arrivée à Sinnamari , il y moui-ut, accablé de regrets et rongé de remords. [Enc. des g. du m.]
Moniteur universel. — Thiers, Hist. de la Révolution. — Mignet, Précis de l'hist. de la Révol. — Petite Biog, conventionnelle.
liOURDON DËSiGRAis {Claude-Gtiillaume), écrivain français, né dans le bailliage de Lons-le- Saulnier en 1715, mort à Paris en 1791. Il était chevalier de Saint-Louis et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il a publié Histoire des rats, pour servir à l'histoii'e universelle; Ratopolis, 1738, in-8°, figures, et dans la collection des Œuvres badines du comte de Caylus; — Institutions militaires de Végèce, traduites en français ; Paris, 1743, in-12; ibid., 1769, in-12, fig. ; — Considérations sur Vesprit militaire des Gaulois, pour servir d'éclaircissement préliminaire aux mêmes recherches sur les Français, et d'introduction à l'Histoire de France ; Paris, 1774, in-12; — Considérations sur l'esprit militaire des Germains, depuis Van de Rome 640 jusqu'en 176 de l'ère vulgaire; Paris, 1781, in-12; — Considérations sur l'esprit militaire des Francs et des Français, depuis le commencement dit règne de Clovis en 482 , jusqu'à la fin de celui de Henri iF en 1610 ; Paris, 1786, in-12; — Dialogue sur les Orateurs , trad. en français; Paris, 1782, in-12. — Deux mémoires, Yunsur l'Enéide de Virgile, considérée par rapport à Vart de la guerre ; l'autre, sur le Coin, ou l'Ordre rostral : ces deux mémoires sont dans le t. XXV du Recueil de l'Académie des inscriptions.
Quérard , la France littéraire, — Journal des Savants , 1743.
BOURDON DE VATRY {Marc- Antoine, baron), administrateur français, né à Saint-Maur le 21 novembre 1761, mort à Paris le 22 avril 1828. Il suivit M. de Grasse en qualité de secrétaire général de l'expédition qui allait donner la liberté aux États-Unis, et se trouvait à la bataille qui futlivréele 12 avril 1782. Après la paix, il fut nommé chef de la division des colonies au département de la marine , et envoyé , sous le ministère de M. Pleville-le-Peley , à Anvers, avec le titre d'agentmaritime,et s'y fit connaître par ses pr(^ jets d'amélioration du port. Plus tard il fut appelé par Sieyes, devenu président du Directoire, à remplacer l'amiral Bruix au ministère de la marine. Le premier soin du nouveau ministre fut de confier les sondes de l'Escaut à M. Beautemps- Beaupré, à qui la marine est redevable de tant de travaux hydrographiques remarquables. De concert avec le ministre de la guerre Bernadette , Bourdon de Vati-y réussit à faire parvenir quatre millions de rations à l'armée des Alpes (commandée par Championnet), qui dut son salut à ce secours inespéré. Il eut aussi vers cette époque l'idée d'opérer une descente en Angleterre. Après le 18 brumaire, le premier consul refusa la démission deBourdon deVatry;mais il traita le projet de descente en Angleterre â'expédition de luxe .-deux ans plus tard, on tenta de le mettre à exécution. Les discussions que Bourdon de Vatry eut avec Napoléon à cette occasion se renouvelèrent à propos d'iui convoi pour le ravitaille-
BOURDON — BOURDOT
ro
ment de Malte, dont le premier consul voulait <lonner le commandement au contre amiral Ferrée, alors prisonnierde guerre sur parole. Les Anglais eurent connaissance du but de l'expédition, attaquèrent l'escadre près de Toulon, la défirent, et s'emparèrent du convoi; bient(')t après la France perdit Malte. Enfin, il quitta le ministère de la marine, snr le relus du premier consul d'autoriser les poursuites contre un fournisseur général. Bourdon de Vatry refusa l'ambassade (|ui lui était offerte, et préféra retourner à Anvers, où il fut envoyé comme ordonnateur général des Pays-Bas. Huit mois plus tard, il fut destitué, revint à Paris , et ne put savoir quelle était la cause de cette disgrâce. Il fut bientôt après rappelé dans l'administration pour occuper le poste de chef maritime à Lorient, d'où il passa préfet maritime au Havre. Lors de l'expédition de Saint-Domingue, il eu prévit les suites, et osa les annoncer ; il fut encore destitué. Peu après il fut nommé à la préfecture de Vaucluse , puis à celle de Maine-et-Loire. On lui doit le lycée d'Avignon, les ponts de la Durance et du Rhône, la réparation de la levée de la Loire , celle des ponts de Ce, et des routes faites à neuf dans ces deux préfectures. 11 avait tout disposé pour le dessèchement de l'Anthion et du Layon, pour la construction d'un grand pont sur la Loire , près deSauraur,et pour d'autres travaux,quandil reçut l'ordre de partir pour Gênes. Les travaux d'utilité publique qu'il fit exécuter en Italie ne sont pas moins considérables : des routes nouvelles percées, de beaux ponts jetés sur la Scrivia et le Pô, des établissements publics créés, lui gagnèrent l'estime des Génois , qui lui élevèrent un buste. En 1814, M. Malouet, ministre de la marine, l'appela à la direction du personnel, avec le titre d'intendant des armées navales. Pendant les Cent- Jours , il remplit le poste de commissaire extraordinaire dans la 7* division militaire, et fut nommé ensuite à la préfecture de l'Isère. n s'y montra, comme dans toute sa carrière, d'une grande modération , sans haine contre ceux qui l'avaient le plus desservi. Il ne remplit aucunes fonctions sous la seconde restauration. Un dernier trait qui donne une idée de son intégrité, c'est le peu de fortune qu'il a possédé toute sa vie.
Biographie des Contemporains. — Moniteur universel, 1821 et 1834.
BOURDONNAIS (dE LA.). Voy. MaHÉ.
BOCRDONNÂTE (DE LA). Voy. La BoUR- DONNAYE.
BOVRDOT DE RICHEBOVRG ( CharUs-Aïl-
toine), jurisconsulte français, né Paris en 1685, et mort le 11 déc. 1735, est connu surtout comme éditeur de la collection importante de toutes les coutumes de France, qui a pour titre : Nouveau Coutumier général, ou Corps des Coutumes générales et particulières de France et de ses provinces connues sous le nom des Gaules , vérifié sur les originaux, etc.; Paris, Legras, 1724, 8 tomes en 4 volumes in-f*.
Ce recueil toujours recherché comprend non-seulement le texte le plus correct des coutumes anciennes et nouvelles de chaque province, mais il est enrichi de notes inédites de Brodcau , de Chauvelin et de Ricard , lesquelles ont été relevées sur des exemplaires de l'ancien Coutumier général, annotés en marge par ces savants jurisconsultes. L'éditeur lui-môme n'a pas été un simple compilateur, comme on a vOulti le faiji> entendre. Indépendamment du ti'avail immense qu'a dû lui coûter la collation des textes avec les manuscrits ou les éditions originales, et la coordination de ce vaste ensemble de matériaux, il a joint ses propres observations à celles des autres commentateurs. Les notes fournies par lui sont signées C.-B-R. II a recueilli de plus un assez grand nombre de coutumes qui n'avaient pas encore été imprimées. Aussi, nous adoptons pleinement le jugement qu'a porté sur le Nouveau Coutumier général un bon Juge en cette matière : « Les excellentes notes, dit Ferrière, dont la <( plupart des articles de chaque coutume se « trouvent enrichis faciliteront beaucoup l'in- « telligence des points les plus difficiles et les « plus obscurs de notre ancien droit coutumier. » Les continuateurs de la Bibliothèque historique de la France (tom. LV, p. 443), qui n'ont vu dans Bourdot de Richebourg qu'un simple compilateur, ont donné l'indication d'un certain nombre de coutumes qui avaient échappé à ses recherches. On y remarque plutôt des statuts particuliers que des coutumes proprement dites : tels sont les privilèges et libertés d'Arles, le style et formulaire de Nîmes et de Beaucaire , les statuts du comtat Venaissin, etc. On doit encore à Bourdot de Richebourg une nouvelle édition de la Conférence des ordonnances de Louis XIV pour la réformation de la justice, de 1667, 1669, 1670 et 1673, par Philippe Bornier; Paris, 1729, 2 vol, in-4°. Jl avait travaillé pendant plusieurs années à un Dictionnaire de droit coutumier ; mais cet ouvrage n'a pas été publié. Moréri nous fait connaîti'e que Bourdot de Richebourg n'était pas étranger à l'étude des belleslettres, et qu'il s'était aussi distingué par une piété peu conamune. J. Lamoukeitx.
Moréri, Dictionnaire historiqv-? ' édilloa de 1759). — Journal des Savants, 1724.
BOURDOT DE RICHEBOURG ( Claude-
É tienne), littérateur français, né à Paris le 11 septembre 1699, mort vers le milieu du dix-huitième siècle. Il suivit successivement la carrière du barreau et celle des armes; puis il se livra à l'étude des lettres, et il a pubUé : Évander et Fulvie, histoire tragique; Paris, 1726, in-12 ; — Invention de la Poudre, poème en 3 chants; Paris, 1732, in-S"; — ■ Mémoires de Guillaume Nortingham , ou le/aux lord Kington; la Haye, (Paris), 1741, 2 vol. in-12;— le tome m AeYHistoire générale de la marine de Boisraêlé ; — Recherche de la religion : tous ces ouvrages sont anonymes; — Histoire de la sainte Église de
BOURDOT — BOURETTE
Vienne, sous le pseudonyme de Charvet, prêtre ; Lyon, 1761, in-4° ; — le Journal économique, dont il fut le premier rédacteur, de 1751 à 1753.
Quérard, la France littéraire.
*BOUREG (Thomas), orientaliste français, connu seulement par un manuscrit intitulé E&, cueil de différents caractères des langues qui se parlent dans les Indes orientales, sans indication de lieu ni de date.
Catalogue de la Bibliothèque impériale.
*BorRET (....), poète français, vivait à Gisors dans la première moitié du dix-huitième siècle. On lui attribue : Recueil de poésies diverses, sans nom d'auteur; Paris, 1733.
Quérard, la France littéraire.
BOURET ( iV..... ), financier français, mort le
10 avril 1777. Il fut d'abord employé dans les étapes et voitures des sels du royaume, devint ensuite fermier général , trésorier de France, secrétaire du roi, du grand collège, etc., et acquit une immense fortune, à laquelle contribua son mariage avec la fille de Tellez d'Acosta, entrepreneur des vivres, et protégé du marquis de Breteuil , ministre de la guerre. Bouret eut la direction des blés pour l'approvisionnement de la Provence. En 1744, la disette s'étant fait sentir à cette province, il fit transporter tout le blé dont elle avait besoin, et n'en retira d'autre profit qu'une médaille frappée en son honneur par la reconnaissance des habitants. Il dépensait pour sa table des sommes extraordinaires; la marée fraîche de Dieppe lui arrivait chaque jour par des relais organisés dans ce but, et Voltaire estime à deux cents écus le poisson qu'il consommait pendant le carême. Une dame qu'il avait priée à souper, et qui ne prenait que du lait pour toute nourriture, accepta son invitation, mais en y mettant pour condition expresse qu'on ne servirait point de petits pois , dans la crainte d'en être tentée. Bouret consentit à cette clause. Les petits pois étaient dans leur primeur, et se vendaient au poids de l'or; et, quand la dame arriva chez Bouret , elle en vit un seau immense devant la vache dont elle prenait le lait, et qui l'attendait dans le vestibule. Louis XV, étant allé voir ce fermier général à son château de la Croix-Fontaine, aperçut, dans le salon , un grand in-folio portant pour titre : le Vrai Bonheur. Le roi le parcourut, et lut sur chaque page : <; Le « roi est venu chez Bouvet, » avec la date portée année par année ( par anticipation jusqu'en 1800.) C'est par de semblables prodigalités, marquées parfois au coin de la générosité, parfois aussi empreintes d'orgueil , que Boui'et parvint à manger une fortune de 42 millions.
11 fut trouvé mort dans son lit , et soupçonné d'avoir mis fin à ses jours; il ne laissa pas même de quoi payer ses créanciers. Les plus beaux esprits de son temps. Voltaire en tête, furent les courtisans de Bouret, ou plutôt de sa fortune. Ce fastueux financier n'avait pas voulu rester étranger à la gloire littéraire; on a
de lui : Poésies diverses du sieur X>***, 17 18, in-12; ce volume fut réimprimé avec des additions , et intitulé Recueil de poésies diverses ; Paris, 1733, in-8".
Quérard, la France littéraire. — Marmonlel, il/emoires, BorRET (Claude- Antoine), de l'ancienne Comédie française, était né à Paris, où il est mort le 16 septembre 1783. Une circonstance fortuite fit un comédien de ce jeune homme, qui ne paraissait pas destiné au théâtre. Ayant été chargé par son père de porter à Vadé, auteur grivois de l'Opéra-Comique , une gaîne d'épée qu'il lui avait vendue , celui-ci , qui travaillait alors à sa pièce de Nicaise, fut frappé de la physionomie grotesque et de la voix nasillarde du messager, et s'écria : « Voilà mon Nicaise tout trouvé ! » Sans doute que Vadé ne rencontra pas beaucoup de résistance chez le jeune Bouret, non plus que dans sa famille , puisque très-peu de temps après il le fit recevoir dans la troupe qui devait jouer son ouvrage. — Bouret resta pendant plusieurs années attaché au théâtre de la Foire, où il obtenait un très-grand succès dans les rôles de niais. La réputation qu'il s'y était faite lui valut, le 2 septembre 1762, un ordre de début pour la Comédie française. Il fut reçu à l'essai le 1 1 décembre, delà même année. Le 15 janvier 1763, onl'admif aux grands appointements de 2,000 fr. , et enfin comme sociétaire, le 10 août 1764. L'emploi de cet acteur était celui qu'au théâtre on appelle les bas comiques. Les critiques contemporains ne s'accordent pas sur son talent; les uns le déclaraient inimitable dans les iorognes,\e& Crispin, les Labranche, etc.; les autres, et la Harpe est de ce nombre, le regardaient comme un assez mauvais comédien. Il faut, sans doute, raisonnablement conclure de ces jugements contradictoires que cet acteur n'a mérité
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
E. DE Manne.
Archives de la Comédie française.
BOURETTE (Charlotte), né^ en 1714, morte en 1784, surnommée la Muse limonadière.
tint pendant trente-six ans un café à\i Allemand, rue Croix-des-Petits-Champs. Ce café était le rendez-vous de plusieurs hommes de lettres, dont la société inspira sans doute à M™*^ Bourettelegoût de la poésie. Elle parvint à se faire de la réputation, et sa réputation fit sa fortune. Hôtel de Rambouillet au petit pied, son modeste café se changeait tantôt en académie, où l'on discutait sur la littérature et les arts, tantôt en salle de spectacle, où l'on jouait des comédies composées par la muse de l'établissement; d'illustres personnages assistaient à ces représentations. M"'" Bourette écrivait en vers et en prose ; ses ouvrages parurent d'abord séparément: elle publia ensuite un recueil, sous les auspices du roi Stanislas. Sa C(}méà\(i, la Coquette punie fioné^ au Théâtre- Français en ;1779, eut quelque succès.
Les deux petites pièces suivantes peuvent don-
BOURETTE — BOURG
ner une idée du genre facile de la Muse limonadière. Voltaire lui ayant fait présent d'une tasse de porcelaine, elle le remercia ainsi :
Législateur du goût, dieu de la poésie, Je tiens de vous une coupe choisie, Digne de recevoir le breuvage des deux. Je voudrais, pour vous loncr mieux Y puiser les eaux d'Hippocrène ; Mais vous seul les buvez, comme moi l'eau de Seine.
Madame Bourette, en demandant au duc de Penthièvre pour un de ses amis une place de médecin dans un hôpital , s'exprime en ces termes :
Grand prince, exauce ma prière ; Daigne envers moi te montrer libéral.
Ma demande n'est pas bien fière ; C'est une place à l'hôpital.