‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 2 sur 276 · BOULEN · texte numérisé non relu

BOULEN

plus de gloire à perdre deux royaumes qu'à conserver une brebis égarée dans son troupeau. »

Le cardinal "Wolsey avait été disgracié pour n'avoir point réussi dans ses négociations. Le roi, dans l'extrémité où il se trouva réduit, donna sa confiance à Cranmer, qui le premier, dit-on, avait fait naître l'idée d'une scission. Celui-ci convoqua un synode national; mais Henri n'eut pas la patience d'attendre que les serviteurs de sa nouvelle Église eussent prononcé son divorce, et le 14 novembre 1532 il épousa secrètement Anne de Boulen, à laquelle il avait donné précédemment le titre de marquise de Pembroke. Le roi avait pris une part trop active et trop personnelle aux luttes religieuses de cette époque, il avait trop écrit contre Luther et la réforme pour se démentir en embrassant la -secte nouvellement établie ; il aima mieux en fonder une autre. Il se fit donc déclarer par le parlement chef de l'Église d'Angleterre, fît pendre tous les ecclésiastiques qui refusèrent de le reconnaître en cette qualité , s'empara de leurs biens ; et après avoir fait annuler par un synode son premier mariage, il fit reconnaître le second, qui fut publié à son de trompe dans tout le royaume. Le F"' juin 1533, la nouvelle reine fut couronnée à Westminster avec une pompe jusque-là sans exemple; le peuple l'acclama, les grands s'incUnèrent, et lui témoignèrent à l'envi la joie que leur causait son avènement. Anne de Boulen était au comble du bonheur et de la puissance, lorsqu'elle accoucha, au château d'Hamptoncourt, d'une fille qui fut nommée Elisabeth , et dont le règne laissa plus tard une si forte trace dans l'histoire. Anne profita de l'ascendant qu'elle avait sur son mari pour obtenir que sa fille fût déclarée unique héritière, au préjudice de celle de Catherine ; on dit même que le roi lui avait promis de faire mourir la princesse Marie, et qu'il fut sur le point de la faire empoisonner ; mais il se contenta de faire publier qu'elle était incapable de succéder, et qu'Elisabeth était son unique et légitime héritière.

La reine Catherine, qui avait supporté avec une résignation pleine de dignité la plus injuste et la plus cruelle des persécutions, succomba enfm à tant de douleurs. Anne était, dit-on, à se laver les mains dans un bassin d'un grand prix, lorsque le chevalier Sothon vint lui annoncer la mort de sa rivale : sa joie fut si grande qu'elle donna le bassin au chevalier, en lui disant : <i Recevez ce petit présent en récompense delà nouvelle que vous ■ n'apportez, qui est trop considérable pour vous laisser aller ainsi sans vous donner quelques marques de ma reconnaissance. « — « Réjouissez- ^ disait-elle le soir à ses parents, puisque c'est ■•^ui seulement que la couronne a été raf- -^ tôte. « Imprévoyance de l'esprit "ette femme regardait comme ->e fut le commencement de ses !.. «^lle était parvenue, le

vertige la pfitj elle ne tarda pas à tomber dans l'abîme.

La mort de Catherine éveilla, dit-on, quelques remords dans l'âme de Henri VIII. D'un autre côté, Anne étant accouchée d'un enfant mort , les partisans de Rome dirent que c'était une punition du ciel, qui menaçait le roi des plus grands malheurs : il adopta cette idée superstitieuse avec d'autant plus de facilité qu'elle favorisait une nouvelle passion. Comme naguère Anne avait supplanté la reine, dont elle était demoiselle d'honneur, elle fut à son tour renversée par Jeanne Seymour, qui avait près d'elle le même emploi. A l'inconstance et au dégoût se joignirent chez Henri le soupçon et la jalousie ; sa méfiance ne paraît pas, du reste, avoir été sans motif. Soit, comme l'assurèrent les ennemis d'Anne de Boulen, qu'elle eût résolu^ pour perdre ss rivale, de ramener le roi et devenir enceinte à quelque prix que ce fût , soit par légèreté, seulement et inconséquence de sa part, elle forma une liaison des plus intimes avec son frère, le vicomte de Rochford, Norris, gentilhomme de la chambre du roi, le chevalier Weston, et un musicien nommé Smetton. La reine vivait avec eux dans la plus imprudente familiarité. Dans une partie de plaisir que fit la cour à Greenwich, le roi crut surprendre des regards passionnés entre la reine et ses amis; ellevoulut avoir le musicien près d'elle, et rit beaucoup avec lui sans prendre garde à son époux. Son étourderie alla plus loin : Norris s'étant trop échauffé à la course, elle lui jeta son mouchoir pour s'essuyer. Le roi, furieux, repartit immédiatement pour Londres. Le soir du même jour, tous les amants ou amis de la reine furent arrêtés. A cette nouvelle Anne de Boulen se vit perdue. En effet, dès le lendemain et sans qu'elle pût revoir son mari, qu'elle espérait fléchir, elle fut conduite à la Tour. Le roi créa un tribunal qui informa le procès. Anne se défendit si bien, qu'elle fut d'abord déclarée innocente; mais le duc de Suffolk, beau-frère du roi, qui présidait les juges, les obligea de réopiner. Le musicien Smetton reconnut avoir obtenu la faveur de la reine. Elle fut condamnée à mort.

Les autres accusés ne confessèrent rien, et eurent néanmoins la tête tranchée; l'opiniâtreté de Norris à soutenir l'innocence d'Anne de Boulen irrita tellement le roi, qu'il le fit pendre.

Anne montra beaucoup de courage et de résignation à ses derniers moments ; elle fit venir la femme du gardien de la Tour, se jeta à genoux devant elle, et lui dit : « Allez, et priez en mon nom et dans celte posture la princesse Marie ( fille do Catherine) de me pardonner tous les maux que j'ai attirés sur elle et sur sa mère. » Elle fit la même protestation en public, monta sur l'écliafaud magnifiquement vêtue; et s'étant aperçue que quelques dames souriaient avec malignité, elle leur dit: «Je meurs reine malgré vous. » Elle reçut le coup mortel avec une intrépide fermeté, et fut enterrée dans la chapelle de la Tour. Anue avait

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