BOURGOGNE
France , petit-fils de Louis, XIV et père de Louis XV, né à Versailles le 6 août 1682 , mort le 18 février 1712 , fut l'un des exemples les plus remarquables de l'influence de l'éducation pour réformer les penchants vicieux de l'enfance. « Ce prince, dit Saint-Simon, peintre admirable des hommes et des événements de son temps, naquit terrible, et sa première jeunesse fit trembler : dur et colère jusqu'aux derniers emportements, et jusque contre les choses inanimées; impétueux avec fureur; incapable de souffrir la moindre résistance, même des heures et des éléments , sans entrer en des fougues à faire craindre que tout ne se rompît dans son corps; opiniâtre à l'excès, passionné pour toute espèce de volupté et de femmes, et, ce qui est rare, à la fois avec un autre penchant tout aussi fort. D n'aimait pas moins le vin, la bonne chère; la chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ravissement, etle jeu encore, où il ne pouvait supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui était extrême ; enfin, livré à toutes les passions et emporté de tous les plaisirs, souvent farouche, naturellement porté à la cruauté, barbare en railleries , et à produire les ridicules avec une justesse qui assommait. De la hauteur des cieux, il ne regardait les hommes que comme des atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. A peine messieurs ses frères lui paraissaient-ils intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours affecté de les élever tous trois ensemble dans une parfaite égalité (Mémoires de Saint-Simon, t. X, 197). » Il fallait un miracle pour changer un tel naturel. Le duc de Beauvilliers , homme vertueux et esprit plein de sagacité , fut chargé de l'opérer. Il se fit aider dans cette laborieuse tâche parFénelon et Fleury, l'un précepteur, l'autre sous-précepteur : le premier surtout eut la plus grande part à cette réforme, et il devint plus tard l'ami du prince dont il avait tant contribué à faire un modèle de vertu. Un petit nombre de gentilshommes et de gens de service, tous bien choisis, coucoximTent également à cette éducation, dont le récit développé ferait à lui seul, dit le même Saint-Simon, un ouvrage curieux et instiuctif. Il parait qu'on i-éussit surtout en employant avec art la méthode lacédémonienne, c'est-à-dire en offrant au jeune prince, chez un autre, la conséquence nécessaire d'un vice qu'on voulait combattre en lui. Doué , du reste , d'une conception facile et d'une grande vivacité d'esprit , il ne fallait que rendre à sa raison assez de force pour qu'elle pût se faire entendre dans le tmnulte des passions. Ce point obtenu, la réforme devait être entière : elle s'accomplit entre dix-huit et vingt ans. « De cet abhiie sortit un prince affable , doux , humain , modéré, patient, modeste, pénitent, et, autant et quelquefois au delà de ce que son état pouvait comporter, humble et austère pour soi. » Absorbé d'abord par les pratiques de piété,