‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 24 sur 276 · BOURGOGNE — BOURGOIN · texte numérisé non relu

BOURGOGNE — BOURGOIN

jusqu'au point d'alarmer une cour où s'offrait diaque jour le scandale des mœurs , il se modifia graduellement, sans céder aux séductions (.orruptrices dont on l'entoura, et revint au monde et à l'étude des devoirs qu'il était appelé à remplir plus tard. 11 devint ainsi, quoique dans une extrême jeunesse, par sa raison modérée, un objet de respect pour les courtisans et même pour le roi son aïeul , qui , dans les derniers temps , s'attachait à l'initier aux affaires en l'appelant au conseil. Il avait épousé, en 1697 , Marie-Adélaïde de Savoie, princesse pleine de grâce et d'esprit, à laquelle il resta constamment attaché. En 1701, chargé du commandement de l'armée d'Allemagne , il y déploya de l'intelligence : toutefois cette campagne , ainsi que celles des deux années suivantes, où il commanda également une armée, n'ayant été suivies d'aucun succès, on lui refusa les qualités du général; ce qui lui fit adresser par Gamache, un de ses menins , ces paroles connues : « Je ne sais si vous aurez le royaume du ciel ; mais , pour celui de la terre, le prince Eugène et Marlborough s'y prennent mieux que vous. »

Retiré des camps, le duc de Bourgogne ne s'occupa plus qu'à se fortifier dans les diverses coimaissances nécessaires à un roi. Ce fut alors que Saint-Simon se trouva admis par le duc de Beamilliers, son ami, dans l'intimité de ce prince. Lui-même rapporte quelques-uns de leurs entretiens, où Louis exposait les vues utiles dont il méditait l'application ultérieme pour le bonheur de la France. Frappé de l'avantage qui résultait , pour les peuples de certaines provinces, des états qui s'y étaient maintenus, il se proposait « de partager le royaume en un certain nombre de parties , autant qu'il se pourrait égales pour la richesse ; de faire administrer chacune par ses états; de les simplifier tous extrêmement pour en bannir la cohue et le désordre, et, d'un extrait aussi fort simplifié de tous ces états des provinces, former quelquefois des états généraux du royaume. « Le caractère de ce prince, qui méditait ainsi une sorte de gouvernement représentatif, se -résume tout entier dans ces paroles mémorables qu'il prononça devant Louis XIV à Marly : « Un roi est fait pour ses sujets, et non les sujets pour lui. «

Mais il ne fut pas donné à la France de posséder ce roi: le Dauphiu expira six jours après la duchesse de Bourgogne, sa femme, de ce mal étrange qui frappa alors la famille royaledans plusieurs de ses membres. Le duc de Bourgogne mourut avec toute la résignation d'un chrétien. Sa taille était moyenne, et sa physionomie pleine d'agi-ément. « Sorti droit des mains des femmes, on s'aperçut de bonne heure que sa taille commençait à tourner. On employa aussitôt et longtemps le collier et la croix de fer, qu'il portait tant qu'il était dans son appartement, même devant le monde, et on n'oublia aucun des jeux et des exercices propres à le redresser. » (Saint-Simon.)

Ces procédés orthopédiques du temps ne purent l'emporter sur la nature : il resta toujours un peu bossu , ou plutôt incliné d'un côté, de manière à boiter légèrement. Ce vice de conformation ne l'arrêtait pourtant dans aucun exercice; mais il l'affectait péniblement , et c'était un effort continuel de sa part pour le dissimuler : la seule flatterie à laquelle il fût peut-être sensible était de n'avoir pas l'air de s'être seulement aperçu de ce qui était si visible en lui. C'est parla que ce prince d'un mérite si éminent payait tribut n la faiblesse de la nature humaine. Le P. Martùieau, jésuite, son confesseur, a publié un volume intitulé les Vertus du duc de Bourgogne, 1712. [Enc. des g. du m. ]

Saint-Simon, Mémoires, t. 111. — Abbé FIcury, Portrait du duc de Bourgogne, 1714.

BOCRGOiN (^rfmonrf), théologien et homme politique français , mort à Tours le 26 janvier 1590. Il était prieur des jacobins de Paris, et manifesta un grand fanatisme pendant les troubles de la Ligue. Il osa, dans ses sermons, prendre la défense de son confrère Jacques Clément, le meurtrier de Henri III, comparer cet assassin à Judith, et le proclamer martyr. Ennemi furieux de Henri IV, il excita sans cesse le peuple contre ce prince. En 1589, à l'assaut d'un faubourg de Paris, il fut pris les armes à la main par les soldats du Béarnais. L'année suivante, le parlement de la ville de Tours, où il avait été conduit, le condamna au supplice de la roue, suivant les uns ; suivant d'autres, il fut écartelé.

Art de vérifier les dates. — Le Bas, Dictionnaire encyclopédique de la France.

BOURGOIN ( Marie-Thérèse-Étiennette ) , actrice du Théâtre-Français, née à Paris en 1785, morte le 11 août 1833. Douée d'une charmante figure et d'une mémoire extraordinaire, elle fut destinée de bonne heure au théâtre, et, à peine adolescente, elle fut présentée à la célèbre tragédienne Dumesnil, qui l'accueillit ti'ès-bien, et lui fit réciter divers monologues.

M"^ Bourgoin n'avait guère plus de quatorze ans lorsqu'elle débuta, en 1799, au Théâtre-Français, par les rôles d'Amélie de Fénelon et d'Agnès de l'École des Femmes. Ce double essai fut pour elle un double succès, qui s'accrut dans son second et son troisième début au point que, dès le lendemain du dernier, elle fut reçue à l'unanimité sociétaire de la Comédie française. L'engouement du public fut plus grand encore ; dès ce moment il vit en elle la plus jolie et la plus séduisante actrice de la capitale. Cet enthousiasme ne se maintint pas toujours au même degré. Tout en rendant justice au jeu décent et gracieux de la jeune et belle Zaïre, de la tendre Iphigénie, on s'aperçut plus tard que ce jeu n'était pas, dans la tragédie, sans quelque froideur, comme sa diction sans un peu de monotonie. Ses succès furent plus constants dans la comédie : les rôles de Roxelane et de l'Hortense du Florentin firent même penser aux connaisseurs qu'elle avait méconnu sa vocation, et qu'en se

Page 1