BURLAMAQUI
nombre de ses auditeurs plus d'un personnage éminent, parmi lesquels on cite le prince Frédéric de Hesse-Cassel. Il était net et précis dans ses leçons, comme il le futdans ses ouvrages. Ce mérite, plus rare qu'on ne croit, fit le succès des uns et des autres. Cependant sa mauvaise santé et surtout la faiblesse de sa vue le forcèrent à renoncer au professorat, après l'avoir exercé pendant près de quinze ans. Ses compatriotes, qui avaient su apprécier la justesse de ses vues et la droiture de son caractère, l'appelèrent au conseil d'État, où, dans une autre sphère, il ne rendit pas des services moins essentiels en contribuant à faire régner la paix et la justice parmi ses concitoyens, comme il les avait éclairés par ses leçons. Il est rare de rencontrer, chez les hommes livrés à des méditations abstraites, ce goût pour les arts qui semble n'appartenir qu'à ceux chez lesquels prédominent les facultés de l'imagination. Burlamaqui fit exception à cette règle commune, en ne cherchant d'autre délassement au sérieux de sa vie que dans la culture des arts du dessin. Quoique doué d'une fortune médiocre, il forma un riche cabinet de gravures et de tableaux, parmi lesquels on en remarquait quelques-uns des plus grands maîtres, tels qu Annibal Carrache, le Parmesan, Vandick, etc. La ville de Genève dut à sa libéralité une partie des richesses qu'il avait amassées. Ce fut aussi par ses soins et sa protection que se forma l'habile dessinateur et graveur Soubeyran ; mais il n'eut pas la satisfaction de vou* créer avant sa mort une école de dessin, dont il avait provoqué l'établissement. Les états, à leiu- tour, se montrèrent reconnaissants; et Jean Dassier grava sa médaille, qui est un des plus beaux morceaux de ce célèbre artiste. Les ouvrages de Burlamaqui, souvent réimprimés et traduits en diverses langues (allemand, italien, espagnol et anglais), sont : Principes du droit naturel; Genève, Barillot, 1747, in-4'', 1750, in-8°, et Principes du droit politique ; Genève, 1751,in-8°. Avant comme après Burlamaqui , on n'a jamais rien écrit sur ces matières qui égale en précision et en limpidité un exposé de principes qui, dérivés de la nature, des lîesoifls et de la destination de rhomhie, se résument en une série de propositions, dont chacune semble prendre le caractère d'un axiome. C'est presque la méthode des géomètres, appliquée au droit et à la démonstration des grands intérêts de la sociabilité. On a dit qu'il avait été guidé par Grotius, Puffendorf et Barbeyrac, leur commentateur; mais il faut reconnaître qu'il s'est tellement approprié la substance de leurs doctrines, en les dégageant de tout ce qui n'est que digression, qu'il a fini par élever un édifice nouveau dans la construction duquel l'esprit philosophique, qui manquait quelquefois à ses devanciers, l'a soutenu sans leurs secours (1). Au surplus, le succès de ses
(1) Burlamaqui n'est pas toujours.d'accord avec eux.