‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 263 sur 276 · BURNOUF · texte numérisé non relu

BURNOUF

trouva encore du temps pour d'autres travaux, qui devaient étendre sa réputation d'habile philologue. H donna, pour la grande collection des classiques latins de Lemaire, l'édition du Salluste, qui est sans contredit un des volumes les plus estimés de cette collection. En 1826, il publialatraductiondesCa^iZinaireset duBialogue de Cicéron sur les Orateurs illustres. De 1828 à 1833, il fit paraître la traduction des œuvres complètes de Tacite, œuvre qui révéla en lui un talent d'écrivain digne de lutter avec un modèle si redoutable. Les notes surtout contiennent le commentaire le plus remarquable qui ait été fait sur cet auteur ; les idées de Tacite y sont souvent éclairées par d'heureux rapprochements qu'y fait le traducteur avec des passages de Montesquieu, de Mirabeau et d'autres publicistes ou orateurs, et la connaissance de l'antiquité s'y alUe heureusement aux résultats de la science politique des modernes. M. Burnouf a publié encore en 1834 le Panégyrique de Trajan, en collationnant le texte sur les manuscrits de la Bibliothèque royale; et lorsque la mort l'a surpris, il achevait la traduction du traité de Officiis de Cicéron. Si l'art de ti-aduire a fait de nos jours quelques progrès, on peut dire que M. Burnouf et son maître M. Gueroult, dans sa remarquable traduction des Extraits de Pline l'Ancien, ont donné les premiers modèles de cette fidélité plus scrupuleuse, qui s'attache à rendre non pas seulement la lettre , mais l'esprit des grands écrivains, et à reproduire le mouvement des idées et la couleur du style.

Tant d'utiles travaux avaient mérité à M. Burnouf d'être adopté par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1830, il avait été nommé inspecteur général des études ; et, dans ces importantes fonctions, il rendit de nouveaux services à l'université, soit en propageant les saines méthodes dans les collèges des départements, soit en dirigeant comme président les concours de l'agrégation pour les classes de grammaire. En 1836, il prit sa retraite comme inspecteur général, et fut nommé bibliothécaire de l'université. Les regrets qu'a laissés à ses nombreux élèves sa mort soudaine n'ont pu être adoucis que par l'idée qu'il laissait un héritier de son nom, dont les travaux devaient perpétuer la gloire. Artadu.

M. A. Morel, Éloge de Burnouf , QuesUon mise en. 1847 au concours de l'Académie des sciences, arts et telles-lettres de Caen.

* BURNOUF {Eugène), célèbre orientaliste, fils du précédent, né à Paris le 12 août 1801 , mort le 28 mai 1852. Formé par les leçons de son père, après avoir fait de brillantes études, il suivit d'abord les cours de l'école de droit, et en 1824 il produisit pour sa licence une thèse remarquable, de Rejudicata, dans laquelle il exposait l'histoire de la procédure usitée dans les tribunaux romains, depuis la loi des Douze-Tables jusqu'à Dioclétien, et même

jusqu'à Justinien. Mais, bientôt entraîné par un goût irrésistible vers l'étude des langues orientales , il s'y adonna tout entier, sous la direction de MM. de Chézy et Abel Rémusat , et ne tarda pas à faire dans cette nouvelle carrière des découvertes qui , malgré sa jeunesse, illustrèrent son nom, et le placèrent, presque dès les premiers pas , parmi les maîtres de la science. Il publia d'abord en 1826 un Essai sur le Pâli ou langue sacrée de la presqu'île au delà du Gange, et, l'année suivante, des Observations grammaticales sur quelques passages de l'Essai sur le Pâli. En même temps il poursuivait de profondes recherches de linguistique sur le sanscrit, et il en consignait les résultats dans de nombreux articles du Journal Asiatique et du Journal des Savants.

Mais ce qui a placé M. Eugène Burnouf au premier rang des orientalistes , c'est l'admirable effort de sagacité et de pénétration par lequel il a retrouvé l'intelligence de la langue zende, dont la clef était perdue. Anquetil-Duperron , le traducteur du Zend-Avesta, n'avait fait sa version que sur une traduction antérieure dans un idiome populaire de l'Inde, et non d'après la langue sacrée et originale. Mais il avait rapporté de ses curieux voyages de précieux manuscrits de cette langue inconnue, et les avait déposés à la Bibliothèque royale , où ils restaient enfouis comme une lettre morte : ce sont ces manuscrits qu'Eugène Burnouf entreprit de déchiffrer, et l'on conçoit quelle gloire devait couronner le succès d'une tâche si difficile. H commença par faire lithographier textuellement , d'après le manuscrit , tout les Vendidad-Sadé , l'un des livres de Zoroastre (Paris, 1830, in-folio), comprenant les trois livres intitulés Vendidad, Zechnéet Vispered, accompagnés de la glose sanscrite. Il publia successiv entent, dans \& Journal Asiatique, plusieurs comptes rendus de son grand travail et des résultats qu'il obtenait. Ces éclatants débuts attirèrent sur lui l'attention du monde savant ; et, après la mort prématurée de Champollion jeune, enlevé en 1832 par le choléra, l'Académie des inscriptions et belles-lettres ne crut pas pouvoir mieux réparer cette perte qu'en nommant à sa place Eugène Burnouf. La même année, il remplaça M. de Chézy dans la chaire de sanscrit au collège de France.

En 1834, parut le premier volume des Commentaires sur le Yaçna, l'un des livres liturgiques des Perses , publication qui pour la première fois a rendu possible la connaissance nonseulement des dogmes, mais de la langue de Zoroastre ; \&BMgavata-Purana, ou Histoirepoétique de Krichna , texte sanscrit publié pour la première fois , et traduit en français ( 2 vol. infolio, 1. 1", 1 840, et t. n, 1 844) ; — Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes qui font partie des papiers du D'' Schulz (1 vol. in-4°; 1836).

Enfin, en 1 845, il publia V Introduction à l'Histoire du Boudhisme, 2 vol. in-4''. Un Anglais,

BIJRNOIJF — BURONZO

M. Brian Bougton-Hodgson , avait recueilli au Népal , après vingt-cinq ans de séjour et de recherches, les monuments authentiques de la religion de Bouddha; il les mit généreusement à la disposition de l'Europe savante. C'est Eugène Burnouf qui lit toutes ces légendes sacrées, au nombre de plus de quatre-vingts ; il les confronte sur les traductions de quatre ou cinq autres langues ; c'est lui qui nous révèle l'origine , les dogmes et l'histoire d'une religion qui est la foi et la seule lumière de deux cents millions d'hommes. Ce grand ouvrage , le plus beau monument du génie philologique allié au génie philosophique, absorba pendant cinq ou six ans toutes les forces du jeune orientaliste que l'Europe proclamait le digne successeur de Silvestre de Sacy.

Après avoir expliqué les dogmes et l'origine du bouddhisme, M. Eugène Burnouf, voulant faire connaître un des livres canoniques les plus importants des bouddhistes de l'Inde, avait traduit du sanscrit le Lotus de la bonne loi, accompagné d'un commentaire et de vingt-un mémoires relatifs au bouddhisme. Ce volume s'imprimait , lorsque l'auteur fut enlevé par une mort i)rcuiaturée. Il a paru vers la fin de l'année 1852 (Imprimerie impériale), avec un index par M. Théodore Pavie. Il était déjà étendu et luttant sur son lit de douleur, lorsque l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 14 mai 1852, le nomma secrétaire perpétuel, distinction honorable qui comblait les vœux de sa modeste ambition , vouée tout entière aux progrès de la science. Quinze jours après , il succombait à ses souffrances, emportant les regrets de toute l'Europe savante. Artaud.

Documents inédits.

BURNS et non burnes {Robert), poète écossais, surnommé the Ploughman of Ayrshire (le Laboureur de l'Ayrshire ) , né sur les bords de la Doon, dans le voisinage d'Ayr, le 25 janvier 1759 ; mortàDumfriesle 21 juillet 1796.Né sous le chaume, il reçut cependant une assez bonne instruction, grâce à la sollicitude d'un père qui, ayant beaucoup voyagé, avait beaucoup observé. Un pauvre maître d'école, du nom de Murdoch, qui lui apprit le français et l'anglais; une vieille femme du voisinage qui lui contait les vieilles légendes du pays ; enfin le maître par excellence, l'amour, telles furent les sources auxquelles le futur poète laboureur vint puiser l'inspiration. « J'avais seize ans , dit-il, quand je me rendis coupable de ma première rime. L'année précédente, j'avais connu dans les champs une adorable jeune fille qui ne comptait guère que quatorze printemps : sa voix avait pour moi un charme infini, et, un jour qu'elle me chantait une ballade écossaise, l'idée me vint de composer un poëme dans le même genre. » Mais, hélas ! l'objet de ce juvénile amour lui fut favi dans sa fleur ; et c'est à la mémoire de cette jeune fille qu'il consacra son élégie intitulée To Mary in heaven (A Marie dans les cieux). Vers

N013V. BIOGR. UNIVERS. — T. VII

la même époque il se sépara de son père pour entreprendre, en société avec un tisserand, un commerce de chanvre, qui ne réussit pas. Alors aussi commença sa liaison avec Jane Armour, qu'il voulut épouser après l'avoir rendue mère; mais la fainille ne consentait au mariage qu'à condition que Burns irait d'abord chercher fortune à la Jamaïque. Il se prêta à cet arrangement, et chercha dans une première publication de ses œuvres les moyens de s'embarquer. Il en retira 70 livres sterling (environ 1700 fr. ) ; et déjà il se disposait à son voyage, lorsqu'une lettre du poète aveugle Blachloch, qui l'invitait à venir à Edimbourg, donna un autre cours à sa destinée. Arrivé dans la capitale de l'Ecosse vers la fin de 1786, il y reçut un accueil enthousiaste de la part de Blair, de Robertson, de Grégory, de Mackensie et de lord Monbodo. Burns sut au sein de cette société se comporter avec dignité , sans toutefois rien perdre de son originalité. Il fit paraître alors une nouvelle édition de ses poésies, et elle ne lui rapporta pas moins de 500 liv. sterling. Une partie de cette somme fut consacrée à parcourir le nord et le sud de l'Ecosse. En 1789 il se fit fermier dans l'Elhisland, et épousa enfin sa Jane. Un emploi de collecteur des douanes, qu'il obtint en même temps, lui rapporta une somme d'environ 70 livres. Mais aucune de ces positions ne dura : partisan des Stuarts, ses opinions politiques faillirent le compromettre. Une passion déplorable.., celle de la boisson, due peut-être aux tiraillements du sort, hâta sa fin. Une nuit qu'il sortait ivre de la taverne, il fut glacé par le froid et atteint d'un rhumatisme aigu. Les bains de mer et un voyage à l'est de l'Ecosse furent également inefficaces au rétablissement de sa santé, n eut bientôt lui-même le sentiment de sa situation ; et un jour il demanda à une dame du voisinage les ordres qu'elle avait à lui donner pour l'autre monde. Il mourut en effet à Dumfries quelques jours après^ Les compositions de Burns portent l'empreinte de sa destinée. Au début tout est franchise et délicatesse; enfant du peuple , il évoque plus tard avec une chaleur vraie les souvenirs de la gloire nationale. Et c'est ainsi qu'on le voit passer tour à tour de l'attendrissement que lui cause, comme jadis à Virgile , le sort de la pâquerette fauchée par la charrue, sz<ccisus aratro,8Xix exploits de Wallace, ce héros dont l'histoire berça sou enfance. Les Œuvres de Burns, poésies et correspondance, ont été publiées à Edimbourg en 1787, sous ce titre : Poems chiefty in thescotish Dialect, etc.; à Liverpool en 1800, à Glascow en 1804, et à Londres en 1812 et 1824.

Page 1