‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 57 sur 276 · BRADLEY · texte numérisé non relu

BRADLEY

lence, et témoigna aux mariniers sa surprise d'une régularitéaussiconstantedansladii-ectionduvent, chaque fois que le bateau virait de bord. « Ce n'est pas lèvent qui change ainsi, lui répondirent les mariniers; c'est la direction différente du bateau qui produit toujours ce changement apparent (1). » Cette réponse fut pour lui une révélation : le mouvement combiné du bateau et du vent le fit enfin songer (ce qu'il n'avait pas encore fait ) au mouvement combiné de la terre et de la lumière lancée du soleil; car à cette époque les belles observations de Roemer sur les satellites de Jupiter avaient déjà fait connaître la vitesse delalumière, qui est dix mille fois plus grande que celle de la terre; et cette différence suffit pour produire les petits déplacements dont nous avons parlé. Voilà comment Bradley trouva, en septembre 1728, la cause de l'aberration; il .communiqua immédiatement le résultat de ses observations à la Société royale de Londres {Phll. TransacL, n° 406, vol. XXXV, p. 637).

En 1732, Bradley transporta définitivement sa résidence à Oxford, où il professait avec éclat déjà depuis plusieurs années ; et le cabinet de Robert Walpole ne voulut se retirer cju'après avoir nommé Bradley au poste envié d'astronome royal. Cette nomination se fit le 3 février 1742, la veille de la retraite du premier ministre. Depuis cette époque jusqu'à 1747, il s'était livré à une suite d'observations qui amenèrent sa seconde découverte, la nutation, d'après laquelle on explique, mieux qu'on ne l'avait fait, le phénomène de la précession des équinoxes. On l'explique en admettant que l'axe de la terre ou le pôle de l'équateur, au lieu de se mouvoir uniformément autour du pôle de l'écliptique en décrivant un cercle régulier, décrit une courbe ondulée, comptant dans une révolution complète environ quatorze cents ondulations.

Bradley eut dans cette découverte importante un double mérite : d'abord il sut déterminer avec précision une très-petite quantité de mouvement, car le plus grand effet de la nutation est seulement la moitié de celui de l'aberration , et se trouve réparti sur dix-neuf années au lieu d'une ; puis il signala aussi la véritable cause du phénomène, savoir, la position de l'orbite de la lune par rapport à l'équateur : dans cette orbite les nœuds se déplacent de manière à accomplir une révolution dans un laps de dix-neuf ans, ou plus exactement dix-huit ans et demi. C'est là juste le temps que met le pôle de l'équateur à décrire une de ces ondulations mentionnées; et des o1>servations ultérieures ont montré que l'effet de la nutation est dû en grande partie à l'attraction que la lune exerce sur la terre, en tant que celle-ci n'est pas parfaitement sphérique ( le rayon du pôle est plus petit que celui de l'équateur).

(I) l-'aulhenlicilé de cctle anecdote est garantie par Koblson, qui pouvait la tenir d'un collègue de Bradley. Voy, Roblson, Mechanical Philosophy, vol. IV, p. 629.

Enfin, c'est à Bradley que les astronomes doivent la formule empirique de la réfraction. Il fut aidé dans ce travail parMaskelyne, son élève; sa Table passe encore aujourd'hui pour c^ce^ lente; elle est d'une grande précision pour les premiers quarante-cinq degrés de la distance zénithale; et sa détermination de la latitude de Greenwich ( dont l'exactitude dépend de celle des tables de réfraction) diffère à peine d'une demiseconde de la même latitude que M. Pond a déduite de sept cent vingt observations faites avec k cercle mural.

L'introduction du calendrier grégorien en Angleterre (1751) causa quelques désagréments à Bradley.

On se rappelle que cette réforme, ordonnée en 1582, par le pape Grégoire XIII à tous les pays catholiques , fut longtemps repoussée par les protestants parce qu'elle venait de Rome ; et les Anglais se signalèrent surtout par un aveugle fanatisme. Le célèbre astronome, zélé partisan de l'introduction de cette réforme, attira sur sa tête toutes les malédictions du peuple, auquel on avait fait croire cpi'il ne s'agissait non-seulement de l'aboHtion de ses croyances, mais d'un ro* franchement de dix jours à l'âge de chaque personne. Les femmes particulièrement en furent, dit-on, exaspérées. Enfin l'effervescence se calma ; et le roi George donna à Bradley, sans doute conune dédommagement, une pension de 250 livi-es sterling. Mais depuis ce moment i l'infatigable astronome sentit sa santé s'atïan blir;il n'en continua pas moins ses travaux jafr qu'au 1"" septembre 1761, date de ses dernières observations, écrite de sa propre main dans les registres de Greenwich. Puis, il se retira à Chatford (Glocestershire), dans la famille de sa femme , qui l'avait précédé dans le tombeau (1757), et s'éteignit à l'âge de soixante-dix ans. Il laissa, suivant Maskelyne (1), treize volumes in-folio à' Observations faites dans un esjwce de vingt ans (de 1742 à 1762). Ses héritiers les réclamèrent comme leur jn-opriété ; mais, sur la menace du gouvernement de leur intenter une action judiciaire, ils les rendirent à l'État; et si l'indication de Maskelyne est exacte, une partie seulement de ces importants matériaux fut publiée par l'enr tremise de lordNorth, et aux frais de l'université d'Oxford, sous le titre : Bradleifs Astronoinical Observations made at the observatortj qf Greenwich ; Oxîovd, 2 vol. in-foL: ces observations, faites dans l'intervalle de 1750 à 1762, sont au nombre d'environ 60,000, et ont servi àebase ?L\i\ Fundamentu Asti-onojyiiceâcBessel, ainsi qu'aux travaux de beaucoup d'autres astronomes. Le premier volume fut imprhné, en 1798, sous la surveillance de Hoi'nsby; le second, en 1805, par les soins d'Abi-aham Robertson.

Bradley, par sa patience et son exactitude, est le modèle de l'observateur. Aucun astronome, pas même Halley , ne peut, sous ce rapport, lui

(1) Ans-wer toMudge'sNarraUve, etc. jLond., 1792, in-S",

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