‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 14 sur 200 · CHASTELER · texte numérisé non relu

CHASTELER

conde coalition et l'envoi de Suwarow en Italie pour y commander en chef.

Élevé au grade de lieutenant général, Chaste- 1er exerça pendant la campagne de 1799 les fonctions de quartier-maître général de l'armée austro-russe. Les journées de Magnano, de l'Adda, de la Trebbia , de Novi , mirent complètement le sceau à sa réputation. Blessé dangereusement ( et c'était pour la treizième fois ) devant la forteresse de Tortone , il fut contraint d'abandonner un poste qu'il occupait avec tant' de distinction. En 1800, il fut envoyé dans le Tyrol, cette province si jalouse de ses privilèges et tout à la fois si dévouée à l'Autriche, qui s'était constamment fait un devoir de les respecter. Ses manières affables l'y rendirent bientôt populaire; les milices tyroliennes furent organisées par ses soins, et tout fut disposé pour la meilleure défense du pays.

Chasteler profita de la paix, en 1802, pour se rendre à Paris. Le premier consul Taccueillit avec empressement, et fit lever le séquestre apposé sur ses biens en Belgique, où l'administration révolutionnaire avait porté son nom sur la liste des émigrés. L'archiduc Charles le choisit, en 1805, pour chef d'état-major de l'armée qu'il commandait en Italie, et ses bonnes dispositions furent admirées généralement. L'archiduc, sur le point d'être tourné par suite des défaites éprouvées en Allemagne , résolut de s'ouvrir une retraite à travers le Tyrol. Chasteler, pour assurer le succès de cette évolution hardie, n'hésita pas à marcher au-devant de la division bavaroise du général Deroi , qu'il mit en pleine déroute au défilé de Strub , puis, rencontrant le corps de Marmont , il parvint à le repousser de Gratz. Coinrnandaut de Cohorn en 1808, il en fit relever les fortifications avec une célérité sans exemple. L'année suivante, au mois d'avril , secondé par le général Hormayr, il se jeta dans le Tyrol. Personne ne possédait mieux que lui les qualités propres à exciter l'enthousiasme de ces braves montagnards. Aussi s'empressèrent-ils d'accourir à sa voix, et bientôt les Français furent contraints de se retirer vers Sterziugen. S'étant porté sur Inspruck avec la majeure partie de ses forces, toujours croissantes par l'insurrection générale, huit mille prisonniers avec armes et bagages tombèrent en son pouvoir. 11 se dirigea pour lors vers le Tyrol italien, délogea Baraguey-d'Hilliers de Trente, et lui fit subir un nouvel échec à Volano. C'est ainsi que, par d'habiles manœuvres, Chasteler parvint à se mettre en communication avec l'archiduc Jean. Cependant Napoléon, irrité de ce qui se passait dans, le Tyrol, avait dès le (y mai publié un ordre du jour portant « que le nommé Chasteler, soi-disant général au service d'Autiiche, et moteur de l'insurrection du Tyrol , serait ti-aduit devant une commission militaire aussitôt qu'il serait prisonnier, et passé par les armes dan? les vingt-quatre heures comme

chef de brigands. » Cet ordre du jour, si peu conforme aux principes admis par les nations civilisées, indigna l'archiduc Charles, et provoqua de part et d'autre une correspondance remplie de furibondes menaces , qui fort heureusement pour l'honneur de la civilisation du dix-neuvième siècle ne s'exécutèrent point, Chasteler était maître de presque tout le Tyj roi , lorsque le maréchal Lefebvre vint l'attaquer j avec des forces supérieures. Après une entière défaite àWoergel, le 13 mai, il se vit contraint de se retirer, emmenant avec lui quelques centaines de chasseurs tyroliens, qui, réunis à des volontaires de la Carinthie et à un petit corps de troupes autrichiennes , lui permirent de tenir en échec î'ennemi devant Clagenfurth. La paix se fit à la suite de la bataille de Wagram, et l'empereur d'Autriche récompensa ses derniers services par le collier de commandeur de l'ordre de Léopold ; il avait obtenu celui de commandeur de Marie- Thérèse en 1800.

Chasteler quitta Theresienstadt, dont il était gouverneur, pour servir comme feldzengnieister ( général d'artillerie ) pendant les campagnes de 1813 et de 1814. Il fit également contre le roi Murât, en 1815, la courte campagne dont il avait fait approuver le plan è Vienne, où son souverain, désireux d'avoir ses conseils, l'avait mandé. Ses nombreuses blessures, qu'il faut attribuer non-seulement à l'ardeur de son intrépidité naturelle, mais encore à sa vue, tellement basse, qu'il distinguait avec peine une troupe à cinquante pas , lui rendaient nécessaires quelques années de repos : le gouvernement de Venise lui fut conféré. C'était un poste de confiance, et qui ne laissait pas d'avoir ses difficultés, car comment se faire pardonner par l'aristocratie vénitienne la perte de son indépendance, de son autorité toute-puissante? Il réussit du moins, par la bienveillance de son caractère et par l'équité de ses actes, à conquérir l'estime générale. Il mourut , non dans une de ses terres près d'Ath, en 1820, comme l'affirme la Biographie universelle du général Beauvais, mais à Venise, le 10 mars 1825 (1). Un monument, sur lequel sont inscrits ses principaux faits d'armes, lui fut élevé dans celte ville, en 1827. Le marquis du Chasteler, très-versé dans la connaissance des sciences exactes, cultivait aussi la littérature et la poésie légère. Nous avons eu sous les yeux deux de ses romances (2) , fort agréables, bien qu'un peu d'afféterie s'y fasse remarquer. Baron de Stassart.

(1) La date indiquée dans la Biographie des frêrea Michaud ( le 7 mai 132S ) est inexacte.

(2) Elles faisaient partie d'un recueil de mu.siqiie qu'une de mes sœurs avait remis à sa fille aînée en la plaçant au pensionnat de Charleville. Ce livre ne contenait aucune chanson contraire à la plus scrupuleuse décence : néanmoins, les bonnes religieuses, scandalisées d'y voir paraître quelquefois le mot amour, ne crurent pas devoir s'en tenir à la demi-raesure adoptée pour les éditions ad usxim Delphini; elles firent du tout un bel tmto-da-fé.

CIIASTFXER — CHASTELET

ZoltRftnosscn, l'" série, n» G.— Convcraalions-rj'xicon — IHog. étrangère. — Calorie historique des contcmp.

cîiïASTRi.ET {Paul IIay du), piiblicistc français, n(^à Laval, en 1593, mort A Paris, le 16 avril 1030. 11 fut d'abord avocat ^('AxériA au parlement de Rennes , et parut ensuite à la cour. Matthieu de Morgues, qui fut son constant adversaire, nous le repr(îsente ( Remontrance de Ca/nn chrélicn ) remplissant à la cour de Henri IV un emploi déshounôte; mais c'est l'îvidemiri(>nt une calomnie. En 1037, il osa prendre la ({(''(cnsc! de Montmorcncy-Boutteville, qui, malf^n- les édits, avait tiré Vé\)6(i contre Des Cliappelles, en plein jour, au milieu de la place Royale. Richelieu lui reprocha d'avoir fait l'apologie d'un aussi grand coupable^; cependant Paul du Cha.stelet rentra bientôt dans les bonnes grâces du cardinal. Comme c'était un écrivain plein de verve et suffisamment, instruit des affaires de l'État, on le chargea de composer divers libelles contre la maison de Savoie, perfide ennemie de la maison de France, et il se distingua dans cette polémique. 11 avait obtenu la charge de maître des requêtes. Choisi dans sa compagnie pour être un des juges du maréchal de Marillac, il poussa l'oubli de ses devoirs jusqu';"! publier contre l'accusé, durant le procès, un libelle infamant. Divers l)iograpbes .prétendent qu'il agit de telle sorte pour se faire récuser, ne voulant pas condamner le maréchal et ji'osant pas l'absoudre. Mais, comme on l'a prouvé, c'est une justification très-mauvaise et d'ailleurs très-mal fondée. Marillac, voyant du Chastelet siéger parmi ses juges , l'apostropha dans les termes les plus énergiques. «■ Quant à « Chastelet, dit-il, j'ai horreur, messieurs, de « le voir assis parmi une si honorable compa- « gnie, sur ces llciu's de lys, et qu'il ait pouvoir et « main-levée sur ma vie et mon honneur, quand « bien je n'aurois à lui reprocher que cette prose « infâme dont il est l'auteur.. » Richelieu luimôme fut obligé de sacrifier le coupable aux scrupules de l'opinon publique : trois jours avant la fin du procès, dU Chastelet, arrêté, fut conditit prisonnier au cbAtcau de Villcpreux. Mais il n'y resta pas longtemps : le cardinal avait besoin de lui. « Il avait, avons-nous dit ailleurs, l'esprit rapide, mais léger : il concevait promptement les affaires ; mais il n'avait pas le jugement et la prudence qui sont nécessaires pour les bien conduire. Richelieu l'appelait familièrement son lévrier, et quand il l'employait, ce n'était pas dans les négociations importantes ; mais s'agissait-il de défendre im des actes de son administration , ou de suivre par mille détours la trace dissimulée d'un crime d'État, telles étaient les affaires auxquelles le sieur du Chastelet lui semblait propre, et dont il le chargeait volontiers. » En 1C3:), ayant été chargé d'établir le parleiïient de Pau, il exerça l'intendance de la fusticc dans l'armée royale. Élu membre de l'Académie française, il en fut le premier secré-

taire. On a de lui : la Seconde Savoisienne, imprimée avec la Première, à Grenoble, chez Marniols, en 1030, in-8° ( cette .Seconde Savoisienne est souvent attribuée à Bernard de Rechignevoisin,'Sieur de Guron : la Première est d'Antoine Arnaud ) ; — Prose impie contre les deux frères Marillac ([dans le Journal de Richelieu, seconde partie, p. 58 ) ; — Discours au roy touchant les libelles faits contre le gouvernement de son Estât; Paris, 1631, in-S" ( réimprimé dans le Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire); — les Entretiens des Champs-Elysées ;PnTh, 1631, in-S"; — l'Innocence justifiée en l'administration des affaires; Paris, 1631, in-S"; — Observations sur la vie et la condamnation du maréchal de Marillac et sur le libelle intitulé : Relation de ce qui s'est passé au jugement de son procès; Paris, 1033, in-4" et in-S" (réimprimé dans le Recueil de diverses pièces ) ; — Recîieil de diverses pièces pour servir à l'histoire; Paris, 1035, in-fol. (les pièces qui composent ce Recueil ne sont pas toutes son ouvrage); — Discours d' Estât sur les escrits de ce temps ( Préface du Recueil , publiée séparément ); Paris, 1035, in-8"; — Mercure d'' Estât, ou recueil de divers discours d' Estât ; Paris, 1035, in-12; — Satyre contre la vie de la cour ( imprimée dans un Recueil de Sercy ) ; — Avis aux absents de la cmir ( dans le même recueil, et souvent attribuée à Théophile); — Observations sur la vie et la mort du maréchal d'Ornano; 1643, in-4''. B. Hauréau.

l'L^Isson,, //isi. de l'Acad. franc., t. I. — Fcvrct de Fontettn, Historiens de Franco, t. II. — N. Dcsporles, Iliblioqraphie du Maine. — B. Hauréau; Hist. littér. du Maine, t. III.

*CHASTELKT (Daniel Hat du), frère pufné du précédent, membre de l'Académie française, né à Laval, le 23 octobre 1 596, mort dans la même ville, le 20 avril 167!. Paul Chastelet devant porter l'épée, Daniel fut destiné par ses parents à l'Église. 11 futwuccessivement abbé commendataire de Chambon et doyen de- Saint-Thugal. Il laissa en mourant divers écrits sur les matières théologiques et sur les mathématiques; mais le marquis du Chastelet , son neveu , les brilla. R. H.

réllsson, Ilist. de l'Acad., t. K

CHASTELET (Paul Hay DU ), fils du Secrétaire de l'Académie, historien et publicistejfrançais,>né vers 1630 -. on ignore la date de sa mort. Comme il portait le même prénom que son père, on les a souvent confondus. Nous restituons au fils les ouvrages suivants : Traité de Véducation de monseigneur le daupMn; Paris, 1664, in-12; — Histoire de Bertrand du Guesclin, connétable de France; Paris, 1666, in-fol.; — Traité de la guerre; Paris, 1668, in-12; — Traité de la politiqtie de France;. Cologne, 1669, in-12; réimprimé sous le titre: Troisième partie du Testament politique du cardinal de Richelieu; Amsterdam, 1689, in-12. H fut, dit-

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