‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 150 sur 200 · CLÉOMBROTE — CLÉOMÈDE · texte numérisé non relu

CLÉOMBROTE — CLÉOMÈDE

Letronne conclut d'un passage de Cléomède que cet astronome est moins ancien que Ptolémée. En établissant que la terre n'est qu'un point mathématique par rapport à la sphère des étoiles, Cléomède ajoute : « Il y a deux étoiles semblables par la grandeur et la couleur, et diamétralement opposées l'une à l'autre : elles occupent le 15*^ degré, l'une {Antarès)du Scorpion, l'autre (Aldébaran) du Taureau. »

Voici au sujet de ce passage le raisonnement de Letronne ; « De ces deux étoiles, l'une est Antarès, que le catalogue de Ptolémée place à 12°,20' du Scorpion ; l'autre est Aldébaran, ou la Brillante des Hyades (Xa[iiTpoç tûv TàScov), placée dans le même catalogue à 12°,50' du Taureau. Cléomède fixe la position de toutes les deux au 15" du signe auquel elles appartiennent; comme il ne donne point la fraction de degré, prenons le milieu entre 14 et 15 degrés, c'est-à-dire 14°,30'; il en résulte une différence en longitude de 2'',10 pour Antarès, de 1°,40' pour Aldébaran. Un fait de ce genre peut avoir été connu de deux manières, ou par une observation directe, ou par un calcul déduit du catalogue de Ptolémée. Dans le premier cas, il suffirait de remonter jusqu'à l'époque où Aldébaran était à 14'*,30' du Taureau. En 1786, cet astre était à 6'',47' des Gémeaux, c'est-à-dire à 22°,17' du point où le place Cléomède. En partant de la précession annuelle de 50 ",1, on voit que l'étoile a dû employer environ seize cents ans à rétrograder de cette quantité. Ce résultat n'est qu'approximatif, parce que je ne tiens pas compte du mouvement propre d' Aldébaran; mais un calcul plus précis serait inutile. Il s'ensuit qu' Aldébaran avait la longitude que lui donne Cléomède en l'an 186 de J -C. Dans le second cas , l'époque de Cléomède serait phis récente d'un siècle environ. On sait que les astronomes anciens , marchant avec une entière confiance sm' les pas d'Hipparqu«, ne paraissent avoir fait pendant bien longtemps, pour déterminer la position des fixes eu longitude, que diviser par 100 le nombre quelconque d'années qu'ils savaient s'être écoulées entre le temps d'Hipparque et le leur, et ajouter la tjuantité de degrés résultant de cette opération. M. Delambrc est même convaincu que Ptolémée n'a point fait autre chose, et qu'il s'est contenté d'ajouter uniformément 2°,40' aux longitudes d'Hipparque. Dans cette hypothèse, il faudrait midtiplier par 100 la différence de 1°,40' entre les deux positions d' Aldébaran ; il en résulterait cent soixantesix ans pour celle des époques, c'est-à-dire que l'observation se rapporterait à l'an 300 ou 306 de notre ère. Si l'on songe que Cléomède est un ignorant compilateur, incapable d'avoir fait par lui-même la moindre observation, et qui

des épicycles, etc., qui ont répandu partout le nom de Ptolémée.

Baiily ( Hist. de l'astronom. moderne, éclaire. \\, § 21), Delambre {Hist. de l'astron. anc, 1. 1, p. 218), La Place ( Précis de l'astron., p. 42 ), placent Cléomède sous le règne d'Auguste,

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d'ailleurs , d'après son propre aveu , a pris chez les autres tout ce qu'il dit dans son livre, on sera convaincu que ce fait astronomique ne saurait lui appartenir, qu'il l'a tiré de quelque astronome, et conséquemment qu'il a vécu postérieurement à l'an 186, et peut-être à l'an 300 de notre ère. On ne saurait donc le faire remonter plus haut que le commencement ou le milieu du troisième siècle, et il serait difficile de le descendre plus bas que le milieu du quatrième. (1) »

Voilà bien des hypothèses pour justifier une date. Pour faire voir que Cléomède n'est pas un aussi ignorant compilateur que le suppose Letronne, je vais donner ici les points les plus saillants qui m'ont frappé à la lecture de l'ouvrage de Cléomède intitulé : KuxXixi?) 6ewpta [iETewpwv {Doctrina circularis de sublimibus) (2).

Le monde se compose du ciel, de la terre et des créations (çutJEii;) qui s'y trouvent; il contient tous les corps , et il n'y a rien en dehors du monde. 11 n'est pas infini, mais fini (3). Si toute la matière était réduite en vapeur par le feu, elle occuperait un espace dix mille fois plus gi-and ; si ensuite cette vapeur venait à être condensée, elle formerait un volume beaucoup moindre, en produisant un vide , qu'un autre corps viendrait aussitôt occuper (4). Il ne peut donc pas y avoir de vide dans le monde ; dans le vide nos sens mêmes ne fonctionneraient plus ( èveTioStÇûvro àv ÙTt' àuTÛv aï al(T9ïi<7et;).

L'auteur divise, avec la plupart des physiciens de l'antiquité, la sphère céleste en cinq zones, correspondant à celles de la sphère terresti-e : fia zone arctique, 2° la zone intermédiaire entre le tropique d'été et l'arctique, 3° la zone intermédiaire entre les deux tropiques (d'été et d'hiver), et divisée en deux parties égales par la ligne équinoxiale; 4° la zone intermédiaire entre le tropique d'hiver et la zone antarctique ; 5° la zone antarctique. Les deux zones extrêmes sont inhabitables à cause du froid, et la zone moyenne est inhabitée à cause de la chaleur. Quant aux deux zones tempérées, les seules habitées, elles se divisent chacune en deux parties, dont l'une comprend les périèques (itept'oixoi ), et l'autre les antipodes (5). La sphéricité de la terre est appuyée sur d'excellentes preuves, qu'on allègue encore, en partie, aujourd'hui (6).

(1) Journal des savants, déc. 1821, p. 708.

(2) J'ai suivi, dans cette analyse, rédition de Bake.

(3) Dano le langage de la science moderne, on .-ippelle Monde le Soleil avec tout son cortège de planètes. C'est dans ce sens seulement que le Monde pourrait être dit^ni.

(4) nXripw6y)(7£Tai inzà lov èTzù,a.[i£mo\T:oc, xai YevrjcETat xônoç, àuToù, Ô7T£p ècjTt xevôv imo ctm- (Aatoç xaTEXÔ(J.£vov , xal îrE7iX-/ipw[ji,évov ; lib. 1, cap. 1. Ces indications prouvent que du temps de Cléomède on avait déjà quelques données sur la force élastique de la vapeur.

(5) Ces divisions ont fait longtemps autorité, et on y avait puisé les principales objections que l'on opposa à Christophe Colomb (voy. ce nom).

'G) l.ib. I, cap. 2.

Les planètes, dit-il, se distinguent des astres proprement dits en ce que , outre le mouvement général du ciel , elles ont on mouvement propre, à peu près comme le passager qui va delà poupe à la proue pendant que le navire marche. Les astres non errants ou fixes (àTcXavYJ), peuvent être comparés aux passagers qui se tiendraient immobiles sur ce même navire (1). Les astres non errants, ajoute l'auteur, sont innombrables; quant aux planètes, il n'en est parvenu que sept à notre connaissance, et il est incertain s'il y en a un plus grand nombre (2). Le plus élevé (c'est-à-dire le plus éloigné du Soleil) s'appelle l'Apparent ( ïl'aivwv ) ; c'est l'astre de Saturne, qui met trente ans à faire sa révolution (3). Au-dessous de lui vient le Brillant (^aeôwv), l'astre de Jupiter, qui met douze ans. Au-dessous de lui YIgné (flupoeiç), l'astre de Mars, moins régulier dans son mouvement, et qui parait faire sa révolution en deux ans cinq mois. Puis vient le Soleil, qui, occupant le milieu ([xéffoç ûrtàpj^wv tûv àXXcov), met un an à faire sa révolution (à travers le zodiaque, à produire les saisons et le jour en tournant avec le monde (ùuv tw xoaiJLw). Au-dessous du Soleil vient l'astre de Yénus, qui se nomme Bespenis quand il suit le coucher du soleil , et Lucifer quand il précède le lever. Au-dessous de Vénus est l'astre de Mercure, appelé le Scintillant (StîXêwv ). Enfin, vient la Lune, qui est de tous les astres le plus rapproché de la Terre (4). Elle occupe, dit-on , les confins de l'air et-de l'éther; c'est pourquoi elle paraît comme un corps opaque , et son hémisphère éclairé emprunte sa lumière au Soleil. Elle fait sa révolution en vingtsept jours et demi. Tous ces astres errants ne parcourent pas indifféremment toutes les parties du ciel; ils se tiennent tous dans le zodiaque, et c'est là qu'ils décrivent leurs orbites. »

Cet exposé textuel, qui résume très-nettement les notions des anciens sur le mouvement des astre.s prouve, contrairement à ce qu'on a dit, que Cléomède ne méritait pas précisément le reproche de compilateur inintelligent.

Les autres chapitres (4, 5, 6 du livre F""), qui traitent du zodiaque, de l'écliptique, de l'inégalité des jours et des nuits, sont écrits avec la même clarté, à l'exception de quelques passages, mutilés probablement par des copistes ignorants. L'auteur s'attache ensuite à démontrer que la Terre, quelque grande qu'elle nous paraisse de près, n'est qu'un point comparativement à la i

(I) Cléomède ne paraît pas avoir connu ce mouvement i particulier qui détermine la prétcssion des équinoxes.

(2) Ta 6è TtXavwfAEva âoriXov [aèv et xaî TtXsio} Èa-riv, imà Sa \mo Trjv -^ (ieTÉpav Yvwffiv èXiQXy6£v; lib. I, 3. Ces paroles sont remarquables, parce que, contrairement ù l'habitude des sava.rts , elles lai.«sent toute latitude aux recherches ul'érieuros, qui, comme on sait, ont considérablement augmenté le nombre des planètes.

(3) C'est-à-dire le temps qu'il lui faut pour parcourir tous les signes du zodiaque, et reveuir à son point de départ.

{!,) On volt que le Soleil et la Lune étaient compris dans le nombre des sept planètes.

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granJèur du monde. « Si, ajoute-t-il, nous étions placés dans le Soleil, la Terre ne nous serait peutêtre pas visible, à cause de sa petitesse, ou elle nous paraîtrait comme une très-petite étoile ( tb; àffxspo; TOÙ ^ÇjO.yyzâ.'cov tô [aéyeÔoç iyovaix ). u Puis (lib. n, cap. i) il soutient, contre l'opinion des Épicuriens, que le Soleil est beaucoup plus grand qu'il ne nous parait à la simple vue. Il est étonnant qu'avec de pareilles idées, déjà émises par Hipparque (qui considérait le Soleil comme quinze cents fois plus grand que la Terre), on ait laissé le système de Ptolémée s'établir, et qu'on n'ait pas songé plus tôt à faire tourner la Terre autour du Soleil.

Mais le passage le plus remarquable est relatif à la réfraction de la lumière. Cléomède parle ie premier de ce phénomène , si important en astronomie'; et comme Ptolémée ne le connaissait pas, Cléomède ne pouvait pas être antérieur à Ptolémée (1). Voici comment il s'exprime au sujet de la réfraction : « Le disque du Soleil paraît plus grand à son lever et à son coucher qu'à midi, parce que dans les premiers cas nous lo voyons à travers un air plus dense et plus humide. Le rayon qui à midi nous arrive à l'œil lie se brise pas , tandis que le rayon du soleil à l'horizon se brise* en traversant l'air. C'est ainsi qti(! des objets vus sous l'eau nous paraissent tout différents de ce qu'ils sont réellement. Il y 1 des grandeurs ou des distances apparentes fournies par des cônes de rayons réfractés, et i^ril faut distinguer des grandeurs oi.i distances vraies. La vue humaine a donc des bornes qu'il faut prendre en considération. »

En parlant des étoiles fixes, l'auteur dit que probablement elles sont aussi grandes et quelques-unes même plus grandes que le Soleil, st que si le Soleil était plus éloigné de nous , il aurait l'aspect d'une étoile fixe. « Quant à la Lune, elle est aussi, ajoute-t-il, plus grande pClie ne paraît : elle opère dans l'air de grands :liangements, et tient sous sa dépendance beaucoup de choses qui se trouvent à la surface le la terre; c'est elle notamment qui est la cause lia j!ux et rellux de la mer (2). » La Lune tourne autour de son axe en même temps qu'elle accomplit sa révolution autour de la terre. Elle ne nous montre qu'une de ses faces éclairée, et toujours la même. Sa lumière ne vient pas tout entière du Soleil : c'est un mélange de rayons Solaires et de lumière propre. Enfin, les éclipses de Lune et de Soleil sont expliquées d'une ma-

(1) l.etronne fait, il est vrai, remarquer qu'il est question de la réfraction àam V Optique , ouvrage attribué à Ptolémée. Mais cet ouvrage, dont la publication serait un service à rendre à l'histoire des sciences, paraît être d'un auteur plus récent.

(2) Voici le texte même de ce passage remarquable, que j'ai cru devoir rendre aussi fidèlement que possible : Tri; C£),y;vv)ç p.£YàXa; èv tw àépi Tpouàç èpyai^ofAé-

àXXà y.ix\ Twv 7i£pl TÔv wxsavôv à|ji,7:wT£tov xaî XYi|X|xup(5wv àuTY); àiTÎaç Ytvo[i.£v/i; ; lib. ri, cap, s,

nière aussi simple que vraie. Il est à regretter que Cléomède n'ait rien dit des astres chevelus ou comètes , sur lesquels les anciens paraissent avoir eu des idées fort inexactes (1).

D'après cette analyse, qui touche aux grandes découvertes de l'astronomie, on n'admettra guère le jugement de Delambre , auquel a souscrit Letronne , savoir que « l'ouvrage de Cléomède est un traité élémentaire composé par un ignorant pour le commun des lecteurs (2). »

Parmi les autorités que cite Cléomède, se trouve en première ligne Posidonius, contemporain de Cicéron, et, dont il a extrait, comme il l'avoue lui-môme, beaucoup de passages (3). Partisan de l'école de Zenon, il cite aussi Hipparque et Ératosthène, pour les opposer à la secte d'Épiciire, qu'il combat vigoureusement.

La KuxXiy.r) 0£wp(a p.£T£wpa3v parut d'abord en latin, Venise, 1498, in-fol. (rare), dans un recueil d'ouvrages astronomiques , traduits par G. Valle. On mentionne des éditions grecques de Bâle, 1533, in-8°, de Paris, 1539, in-4° (par Conrad Neoba), de Bàle, 1347, et'd'Anvers, 1553 et 1554. L'édition de Robert Balfovir, Bordeaux, 1605, in-4°, fut la meilleure jusqu'à l'apparition de celle de J. Bake, dont le texte grec est accompagné d'une nouvelle traduction latine, avec des notes et des commentaires de Balfour ; Leyde, 1820, in-3". Le texte grec a été soigneusement revu par l'éditeur, à qui M. Boissonade avait fait passer quelques bonnes variantes, tirées du manuscrit n" 2403 (treizième siècle) delà Bibliothèque impériale de Paris.

On a attribué à Cléomède, entre autres, un traité Sur la sphère. Les mss. grecs no^ 2180 et '2419 de la Bibliothèque impériale donnent en effet sous le nom de Cléomède un traité de Sphœra (KXeiwp-eîSouç Myittjcti; èv toïç atpaiptxotç TMv oùpâvwv) ; mais je me suis assuré que c'est tout simplement le second livre de sa Théorie circulaire (commençant par ces mots : 'Ettcxoîjpoç xai ol TïoXXoi Twv ànô x-zj; àtpÉijecû(;, etc.), auquel on a donné ce titre spécial , qui a causé toute la méprise. F. H.

Delambre, Histoire de V astronomie ancienne, l. I, c. 12. — Riccioli, Almagest. nov., vol. I, p. xxxii et 307. — Weidler, Hist. astrononi., p. 152. — Fabricius,

(1) Les astronomes modernes n'ont eux-mêmes que des idées fort incomplètes sur les comètes, qui (c'est une hypothèse que j'établis) ne sont peut-être que des ^Jlanétes à l'état naissant : le noyau incandescent serait la masse compacte, ignée du globe, et la portion chevelue l'atmosphère de vapeurs transparentes non encore condensées. I,a force élastiifue de ces vapeurs, ven.-5nt à s'ajouter aux lois ordinaires de la gravitation, ferait ainsi décrire à l'astre une ellipse plus ou moins allongée, et à mesure que ces vapeurs se condenseraient par la diminution graduelle de l'incandescence du noyau, l'astre finirait par écrire une orbite de plus en plus semblable à celle des planètes. Toutes nos planètes auraient donc ete originairement des comètes. Voilà mon hypothèse, que je livre à la discussion des astronomes. ( F. H. )

(2) Hist. de l'astronomie ancienne, t. I.

(3) Ta TioXXà ûèxôiv é;pYi[jt,£vwv, éx xûv xou noo£i5wvîou ëiXfiiTTai, lib. II ; cap. 7. Cette, phrase termine tout l'ouvrage.

Sibl. grseca, t. IV, p. «. — Tossiu», de Plat, art., p. 117. — Letronne, Journal des savants, année 1821.

CL.ÉOMÈNE I (K)>£0(x.évyiç), fils d'Anaxandride et seizième roi Spartiate de la famille des Agides, succéda à son père, vers 519 avant J.-C., et mourut vers 490. Au commencement de son règne il ne manqua ni d'habileté ni de prudence. Mœandrius, qui, aprèslamortdePolycrate, avait eu quelque temps la souveraineté de Samos, et qui en avait été chassé par les Perses, se rendit à Spai'te, et essaya de gagner Cléomène à sa cause par de riches présents ; mais il n'obtint qiie des refus, et reçut l'ordre de quitter le territoire lacédémonien. En 510 Cléomène alla soutenir Athènes contre les Pisistratides ; mais il ne resta pas impartial entre les factions qui déchiraient la démocratie naissante : il se prononça pour le parti aristocratique, commandé par Isagoras , exigea l'expulsion de Clisthène et de sept cents familles impliquées dans le meurtre de Cylon , et substitua au conseil des cinq cents un nouveau conseil de trois cents membres, tous amis d'Isagoras. Cléomène n'avait pas des forces assez considérables pour faire prévaloir ces résolutions violentes ; il fut bientôt assiégé dans la citadelle, et forcé de s'enfuir à Sparte. Il se hâta de lever des troupes, et envahit l'Attique ; mais à Eleusis, sur le point d'en venir aux mains avec les Athéniens, il fut abandonné par les Corinthiens et par son collègue Démarate, et dut renoncer à ses projets de vengeance. Pendant son séjour dans la citadelle, il avait pénétré dans le sanctuaire de la déesse , malgré la loi qui en interdisait l'entrée aux Doriens. Hérodote attribue à cette profanation religieuse le mauvais succès de l'expédition lacédémonienne. En 500 Sparte fut visitée par Aristagoras , prince de Milet, qui venait domanderdes secours pour les Ioniens révoltas. Cléomène suivit-d'abord avec complaisance, sur la carte géographique apportée par le prince de Milet, les conquêtes magnifiques que les Spartiates pouvaientfaire en Asie; mais, apprenant que ces conquêtes étaient placées à plusieurs mois de distance de Sparte, il voulut rompre aussitôt la négociation. Aristagoras eut alors recours à l'argent, offrit d'abord dix talents, puis vingt, puis cinquante. A ces derniers mots, la jeune fille de Cléomène, Gorgo , qui jusque là avait écouté silencieuse l'entretien de l'étranger et de son père , s'écria , en s' adressant à celui-ci : « Va-t'en, il te corromprait. « Cléomène suivit le conseil de sa fille, qui plus tard épousa Léonidas. En 491 les héraults de Darius vinrent demander aux Grecs la terre et l'eau. Cléomène, sur la dénonciation des Athéniens , se chargea de punir les Éginètes, qui s'étaient soumis aux Perses. Démarate, poussant secrètement les Éginètes à la résistance, prépara la ruine de son collègue ; mais celui-ci accourut , et fit déposer Démarate. Il ne jouit pas longtemps de son triomphe. Accusé d'avoir gagné la Pythie , et obtenu d'elle des oracles contre Démarate, il se retira

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d'abord en ThessaMe, puis en Arcadie, fut rappelé 1 à cause de la terreur qu'il' inspirait, et tomba, j peu après son retour, dans une folie furieuse. Ses |! parents le firent enfermer et enchaîner; mais il se ,:■ fit donner un couteau par l'hilote qui le gardait, . et se tua. '

Sa folie et sa mort furent attribuées parles i uns à ses habitudes d'ivrognerie, par les autres aux sacrilèges qu'il avait commis à Delphes, ^ Eleusis et à Argos. Ce dernier acte s'était accompU avec les circonstances les plus odieuses. Cléomène venait de remiwrter une grande vie- [ ! toire sur les Argiens ; cinq mille vaincus se réfii- | gièrent dans un bois voisin consacré à Argus, fils de Niobé. Le roi de Sparte y fit mettre le ' feu par les hilotes ; et le bois sacré fut brûlé avec les cinq mille Argiens qui imploraient en vain la clémence du vainqueur.

Hérodote, 111, 149; V, il,e4. 74, 76; VI, 58,- VII, Bl,74. — Miiller, £>or. — Clinton, Fasti hellenici.

CLÉOMÈNE II, fils de Cléombrote I et vingtcinquième roi de la famille des Agides, régn.i depuis 370 avant J.-C. jusqu'en 309. Il succéda à son frère Agésipolis II, et occupa le trône pendant soixante ans et dix mois, sans accomplir aucune action mémorable. H eut deux fils, Acrotatus et Cléonyme.

Dlodore XX, 29. .- Plutarque, jigis. — Pausanlas, 1, 18; III, 6.

CLÉOMÈNE III, fils de Léoaidas II el trente-unième roi de la famille des Agides, légna de 236 à 223 avant J.-C. Après la mort d'Agis IV, en 240, Léonidas fit épouser Agiatis, veuve de ce prince, à Cléomène, pour réunir sur la tête de celui-ci les droits des deux familles royales. Agiatis avait cédé à la contrainte en épousant le fils de Léonidas; mais elle ne tarda pas à s'attacher à son mari , et lui inspira la noble ambition de reprendre les réformes vainement tentées par Agis. Cléomène était, au rapport de Plutarque, un prince d'un grand caractère, aussi simple qu'Agis dans la vie privée, mais bien plus énergique, bien moins scrupuleux sur l'emploi des moyens. Les leçons de sa mère Cratesicleia et celles du philosophe stoïcien Sphaerus de Borysthènes fortifièrent encore sa fermeté naturelle, et la mort de son père Léonidas, en 236, lui permit de tenter la réforme de Sparte, mais par des moyens plus praticables que ceux d'Agis. N'essayant pas, comme celui-ci, j de s'appuyer contre les éphores sur un parti po-j , pulaire, dont les éléments n'existaient pas à La-j cédémone ; il ajourna à une autre époque sesi projets de réforme intérieure , et résolut de ren-i dre d'abord à Sparte son ancienne gloire et de la replacer à la tête de la Grèce. La politique du nouveau roi fut donc toute guerrière, et ses ennemis naturels furent les Achéens. Lydiadas, tyran deMégalopolis, devinant les dangers que ceux-ci avaient à craindre de la part de Cléomène, les pressa vainement de l'attaquer les premiers. La confiance aveugle d'Aratus l'emporta sur les

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soupçons de Lydiadas, et la ligue achéenne donna au roi de Sparte tout le temps de se préparer à la guerre. Cléomène commença par se saisir, sans aucun motif légitime, des villes arcadiennes de Tégée, Mantinée et Orchomène, qui Tenaient de s'unir aux Étoliens. Ceux-ci, ménageant dans Cléomène un adversaire de la ligue achéenne, lui abandonnèrent les villes dont il venait de , s emparer, et il s'assura ainsi une excellente base pour ses opérations militaires. Aratus, nommé stratège des àchéens, se tint prêta repousser une agression désormais inévitable. Au commence- ' ment de l'année 227 , Cléomène s'empara de la '■ petite ville de Belblna , placée sur la route de ' Sparte à Mégalopolis. Sans se plaindre de cette i occupation arbitraire, Aratus essaya de surpren- 'dre à son tour Tégée et Orchomène; mais il échoua, et dut se contenter de Caphyes , près d'Orcbomène. Ces surprises de villes constituaient une véritable guerre; mais elle ne fut déclarée que lorsque Aristomaque eut remplacé Aratus en qualité de stratège, au mois de mai 227. Aristomaque, à la tête de 20,000 fantassins et 1,000 cavaliers, rencontra près de Palantium Cléomène, qui n'avait que 5,000 hommes; mais les Achéens n'avaient jamais été de bons soldats, et Aratus conseilla sagement au stratège de ne pas tenter le sort des armes. Mai lui-môme, redevenu stratège au mois de mai 226, hasarda la bataille au pied du montLycée, sur le territoire de Mégalopolis, etessuya une défaite complète. Aratus, qui dans' la bataille n'avait montré ni de grands talents militaires ni beaucoup de courage, rallia une partie de l'armée vaincue, enleva la ville de Mantinée, et l'attacha à la cause des Achéens en donnant aux métèques (étrangers domiciliés ) le droit de cité.

Cléomène avait réalisé la première partie de son plan, et, fort de sa victoire, il put songer aux réformes ultérieures. Ses actes sont différemment représentés par Plutarque, qui suit l'opmion de Phylarque, panégyriste de Cléomène, et par Polybe et Pausanias, qui écrivent d'après Aratus et d'autres auteurs achéens. Nous suivrons de préférence le récit de Plutarque. Après la mort d'Agis, son fils Eurydamidas resta entre les mains d'Agiatis, et son frère Archidamus s'enfuit en Messénie. Eurydamidas périt par le poison, et Archidamus, rappelé à Sparte, fut assassiné presque aussitôt après son retour. Bien que Cléomène ait été accusé de ces deux crimes par le parti achéen , il est bien plus vraisemblable de les attribuer aux éphores. Si Cléomène ne fit rien pour venger immédiatement la mort de ses parents , c'est que l'heure d'attaquer l'oligarchie sj-.artiate n'était pas encore venue ; et il aimait mieux s'exposer à des soupçons injurieux que compromettre par une tentative prématurée ses fut\irs projets. Il fit même tout ce qu'il put pour gagner les éphores , et alla jusqu'à donner sa mère en mariage à un des chefs du parti oligarchique. Au prix de cette apparente SQi^mission ,

SIO

il lui fut permis de continuer la guerre. Il s'empara de Leuctres , et gagna sous les mvu^ de cette ville une bataille décisive contre Aratus. Lydiadas y périt , et les Achéens, découragés , ne tentèrent plus rien pour le moment contre les Lacédémoniens. Cléomène put réaliser la révolution qu'il projetait depuis longtemps. Après s'êtie assuré de l'appui de son beau-père, Mégistonus, il enrôla dans l'armée les principaux chefs du parti oUgarchique , et les emmena avec lui dans une nouvelle expédition; puis, laissant son armée dans l'Arcadie , il marcha soudainement sur Sparte à la tête d'une troupe de mercenaires , surprit les éphores à table, et les tua tous, à l'exception d'Agésilas, qui se sauva dans le temple de la Peur. Après avoir frappé ce coup déciaf, Cléomène, soutenu par ses mercenaires et par les restes du parti d'Agis , ne trouva pas de résistance. 11 étendit le pouvoir des rois, abolit celui des éphores, rétablit la communauté des biens, fit une nouvelle division des propriétés, et augmenta le nombre des citoyens en rappelant les bannis et en donnant le droit de cité à beaucoup de Laconiens qui ne le possédaient pas encore. H restaura enfin sur tous les points le système social et la discipline militaire des anciens Spartiates. Dans toutes ces réformes , il fiit assisté par le pliilosophe Sph<Erus. La famille des Proclides se trouvant éteinte, Cléomène, qui aurait pu garder le pouvoir pour lui seul, associa à la K)yauté son frère Euclide , donnant ainsi un exemple de l'ancienne vertu lacèdèmonienne.

C'est à cei moment (en 225) que commença entre le roi réformateur et les Achéens, au sujet de- la suprématie de la Grèce, une guerre qui se termma au printemps de 222, par la bataille de Sellasic. Dans cette lutte de trois ans, Cléomène commit quelques fautes ; mais n'en eût-il commis aucune, il n'aurait pas pu résister aux forces réunies de la Macédoine et de la ligue achéenne. Aratus ( îmy. ce nom) eut le,;^ grand tort de sacrifier à une vaine jalousie la l&erté de la Grèce, et s'il parvint à perdre son rival , il prépara la rume de Corinthe et des Achéens.

Après la défaite de Sellasie, Cléomène ne fit que traverser Sparte, conseilla aux citoyens de se soumettre à Antigone, roi de Macédoine, et se retira auprès de Ptolémée Évergète, auquel il avait déjà confié comme otages sa mère et ses enfants. Tout son espoir de recouvrer son royaume fût détruit par la mort de Ptolémée Évergète. Traité avec mépris par Ptolémée Philopator, emprisonné par le ministre Sosibius, Cléomène s'échappa avec quelques amis, et essaya de soulever le peuple d'Alexandrie contre Ptolémée ; voyant qu'il n'y réussissait pas, il se tua, 220 avant J.-C. Avec Cléomène finit la famille des Agide*; ce prince fut le dernier grand homme de Sparte, et si on excepte Philopœmen , de toute la Grèce.

riiitarque, Cléomène, aratus. — Polybe, II, V. — Pausanias, m, 6. — Droysen, Gescfiichte der Hellenen, vol. II. — Mansp, Sparta, HL

CLÉOMÈIVE, Grec de Naucratis en Egypte, mis à mort vers 323 avant J.-C. Il fut nommé par Alexandre le Grand nomarque des districts arabes de l'Egypte et reccTCur des impôts de tous les districts de cette contrée; mais il ne fut pas, comme on l'a cru quelquefois, satrape d'Egypte, car les autres nomarques de ce pays restèrent indépendants de son autorité. Il remplit avec la plus odieuse rapacité sa charge de receveur général. Pendant une disette qui désolait les contrées voisines de l'Egypte, il imposa sur les blés de ce pays un droit d'exportation considérable. Dans une autre ciiconstance, il éleva de sa propre autorité le prix du blé de dix drachmes à trente-deux. Il ordonna aux habitants de Canope de venir s'établir à [ Alexandrie , reçut d'eux une somme énorme pour révoquer cet ordre, et cependant le fit exécuter quelque temps après. II mit aussi un impôt sur la superstition des Égyptiens, en ordonnant,de tuer tous les crocodiles, et en forçant les prêtres de racheter la vie de leurs animaux sacrés au prix d'une rançon considérable. Alexandre, qui pendant longtemps avait semhlé ne pas s'apercevoir des exactions de son nomarque , finit par lui promettre son pardon s'il faisait élever un magnifique monument à Héphaestion.

Elans le partage de l'empire d'Alexandre, Cléomène fut laissé en Egypte avec le titre d'hy-. parque, et sous le commandement de Ptolémée. Celui-ci le fit mettre à mort, comme partisan de Perdiccas. Ce n'était là qu'un prétexte ; en réalité Ptolémée voulait s'emparer des 8,000 talents que possédait Cléomène.

Arrien, Anabasis, III, 5 ; VII, 23. — Quinte-Curce, IV, 33 § 5. — Droysen, Gesckichte Alex.

CLÉOMÈNE, sculpteur athénien, vivait vers 220 avant J.-C! Pline le cite comme l'auteur du groupe des Thespiades ou Muses de Thespies , placé par Asinius Pollion dans un de ses palais de Rome, peut-être dans sa bibliothèque du mont Palatin. Cléomène , qui ne semble pas avoir joui d'une grande célébrité chez les anciens , nous intéresse surtout aujourd'hui'parce que son nom se trouve gravé sur un des plus précieux restes de l'antiquité, la Vénus de Médicis. Sur la base de cette admirable statue on lit l'inscription suivante ;

KAEOMENHS AnOAAOAQPOr A0HNA1OS EnOIHLEN.

(Ouvrage de Cléomène, fils d'Apollodore, Athénien.)

C'est à tort que plusieurs critiques modernes ont regardé cette inscription comme une imposture, et réclamé pour Phidias, Praxitèle ou Scopas, la gloire d'avoir sculpté la Vénus de Médicis. Visçonti a fort bien démontré que l'inscription citée plus haut était authentique. D'ailleurs, quel que soit le mérite de cette statue, beaucoup trop vantée par Winckelmann, il est bien évident qu'elle n'appartient pas au siècle de Périclès. Le

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