‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 152 sur 200 · CLÉON · texte numérisé non relu

CLÉON

torique, de là aussi la haine et le mépris dont l'accablèrent les défenseurs des vieilles mœurs et des institutions antiques. Il ne faudrait pas cependant prendre à la lettre les plaisanteries d'Aristopliane , et voir un ouvrier dans l'homme d'État que le poète désigne sous le nom ironique de Paphlagonien. Cléon, fils de Cléénète , hérita de son père d'un atelier de tannerie , et, tout en 8'occupant des affaires publiques, il continua à le f feire exploiter par des esclaves. Il débuta dans j la carrière politique en attaquant Périclès, dont ■ le.s institutions lui plaisaient , mais dont la puissance lui faisait ombrage. N'osant pas s'en prendre directement au grand homme qui depuis trente ans gouvernait Atiiènes avec tant de gloire, il l'attaqua dans ses amitiés. 11 accusa Anaxagoras d'avoir dit que le soleil était une masse de matière incandescente (|A05pov ôtànupov). Enhardi par le succès de cette première attaque , il fit à Périclès une opposition continuelle, qui troubla les derniers jours de ce grand orateur. Dans une comédie, représentée pendant l'hiver qui suivit la première invasion de l'Attique, Hermippe nous montre Périclès mordu par l'ardent Cléon (ÔYixQsk atOwvi KXéwvt). Celuici en vint même , la seconde année de la guerre du Péloponnèse, à une accusation directe, dont l'objet est resté douteux. Accusa-t-il Périclès d'avoir provoqué la guerre ou de ne pas la faire avec assez de vigueur ? On l'ignore ; on sait seulement que les accusateurs de Périclès ne remportèrent qu'une demi-victoire , et furent forcés d'attendre sa mort pour s'emparer du pouvoir. Elle arriva en 428, et à partù' de ce moment Jusqu'en 422 on peut regarder Cléon comme le chef de la démocratie athénienne. Il se montra l'adversaire déclaré du parti de la paix et le partisan des moyens violents et extrêmes. Eu 427, la prise de la ville de Mitylène, qui, après s'être révoltée contre Athènes, fut forcés de se rendre à discrétion , lui fournit une occasion de se i montrer impitoyable. Il proposa et fit passer un décret qui condamnait à mort tous les citoyens mâles et adultes de Mitylène, et réduisait leurs femmes et leurs enfants à une servitude perpétuelle. Une galère fut' aussitôt expédiée pour aQer signifier cette cruelle résolution à Pachès , commandant de l'armée qui venait de s'emparer de Mitylène. La nuit amena la réflexion : le peuple, honteux de sa férocité , remit eu délil>ération le décret proposé par Cléon ; celui-ci le défendit avec un implacable acharnement. Bien que le discours que Thucydide prête au démagogue atliénien n'ait rien d'authentique, et que l'historien de la guerre du Péloponnèse , ennemi politique de Cléon, le traite avec une rigueur trop partiale , cependant celui-ci , s'il ne prononça pas les paroles sanguinaires qu'on lui attribue, eut le tort de proposer un décret atroce, qui heureusement ne fut pas exécuté. Un excellent citoyen , nommé Diodote, prit le parti de l'humanité, et le fit triompher. Le décret fut

rapporté. Une galère chargée de porter à Pachès la nouvelle décision de l'assemblée partit aussitôt, et arriva au moment où les Mityléniens venaient d'entendre leur arrêt de mort.

Dans ce grand débat Cléon avait joué un rôle odieux, et il avait été vaincu. C'était assez pour donner prise aux mordantes railleries des poètes comiques ; il eut encore le malheur de se brouiller avec le plus redoutable de tous. En 426, aux Dijonisiaques de la ville , en présence des nombreux alliés que la curiosité attirait à Athènes, Aristophane fit représenter ses Babyloniens. Il attaquait le système d'élection par le tirage au sort, et offrait probablement aux spectateurs une esquisse peu flatteuse de la démocratie athénienne. Cléon n'était pas nommé dans cette comédie, mais son parti y était attaqué, et lui-même pouvait se sentir blessé par quelques allusions. Il accusa juridiquement le poète d'écrire des comédies sans être Athénien , et de discréditer par des plaisanteries injurieuses le gouvernement d'Athènes en présence de ses alliés. Mais en même temps qu'il poursuivait l'auteur des Babyloniens, il était lui-même accusé de concussion et forcé de restituer cinq talents (environ 25,000 fr.), qu'il avait illégalement perçus sur quelques insulaires. Malgré cette condamnation, il ne semble pas avoir déchu dans la considération du peuple, et il reparaît en 425 plus puissant que jamais. Les Lacédémoniens, qui assiégeaient Pylos, avaient dû, à la suite d'un grave échec, abandonner dans l'île de Sphactérie quatre cent vingt Spartiates pesamment armés, avec un nombre supérieur d'hilotes ; l'île fut bientôt bloquée parle général athénien Démosthène. A cette nouvelle, le gouvernement Spartiate, s'effrayant de la position de ses soldats, qui d''assiégeants étaient devenus assiégés , chargea des ambassadeurs d'aller à Athènes conclurela paix àdes conditions honorables pour les deux parties belligérantes. Cléon , craignant que la paix ne diminuât, ne détruisît peut-être son pouvoii-, travailla de toutes ses forces à augmenter la présomption des Athéniens. Il demanda" qu'avant tout les troupes assiégées dans Sphactérie se rendissent et fussent échangées contre les places de Nisée, Pégé, Trézène et Achéa, perdues en 445. De pareilles conditions étaient inacceptables. Les négociations furent rompues, et des deux côtés on se prépara au combat. Démosthène resserra le blocus de Sphactérie, mais il n'osa pas tenter une attaque ouverte contre une île escarpée, couverte de bois, et défendue par ces terribles Spartiates qui passaient pour invincibles, Cependant l'hiver approchait; le blocus, chaque jour plus difficile, allait devenir impossible. Les Athéniens, se voyant sur le point de perdre les avantages qu'ils avaient espéré retirer de la prise de Sphactérie, commençaient à s'irriter contre celui qui avait fait manquer la paix. Cléon, inquiet pour son crédit, proposa d'envoyer au camo de Démosthène des commissaires chargés

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