CLOVIS
sur une élévation ; il vit de loin un feu qui sortait de la J)asilique de Saint-IIilaire et semblait voler vers lui, comme pour indiquer qu'aidé de la lumière du saint confesseur Hilaire , le loi triompherait plus facilement de ces bandes hérétiques, contre lesquelles le pontife lui-même avait souvent soutenu la foi. Clovis défendit à toute l'armée de dépouiller personne ou de piller le bien de qui que ce fût dans cet endroit ou dans la route....
« Cependant Clovis en vint aux mains avec Alaric , roi des Goths , dans le champ de Vouglé, à trois lieues de la ville de Poitiers. Les Goths ayant pris la fuite selon leur coutume, le roi Clovis, aidé de Dieu, remporta la victoire. Il avait pour allié le fils de Sigebert-Claude, nommé Clodéric. Ce Sigebert boitait, d'un coup qu'il avait reçu au genou à la bataille de Tolbiac contre les Alemans. Le roi , après avoir mis les Goths en fuite et tué leur roi Alaric, fut tout à coup surpris par derrière par deux soldats, qui lui portèrent des coups de lance sur les deux côtés. Mais la bonté de sa cuirasse et la légèreté de son cheval le préservèrent de la' mort. II périt dans cette bataille un grand nombre d'Auvergnats, qui étaient venus avec Appolinaire , ainsi que les premiers des sénateurs. Après le combat, Amaîaric, fils d' Alaric, s'enfuit en Espagne, et gouverna avec sagesse le royaume de son père. Clovis envoya son fils Théoderic en Auvergne par Albi et Rodez. Celui-ci soumit à son père toutes les villes depuis la frontière des Goths jusqu'à celle des Bourguignons. Alaric avait régné vingtdeux ans. Clovis, après avoir passé l'hiver dans la ville de Bordeaux et emporté de Toulouse tous les trésors d' Alaric , marcha sur Angoulême. Le Seigneur lui accorda une si grande grâce qu'à sa vue les murs s'écroulèrent d'eux-mêmes. Après avoir chassé les Goths , il soumit la ville à son pouvoir. Ayant ainsi obtenu la victoire, il rentra dans Tours , et offrit un grand nombre de présentsà la sainte basiUque du bienheureux Martin.
« Clovis , ayant reçu de l'empereur Anastase des lettres de consul , fut revêtu, dans la basilique de Saint-Martin, de la tunique de pourpre et de la cblamyde , et posa la couronne sur sa tête. Ensuite, étant monté à cheval, il jeta de sa propre main, avec une extrême bienveillance, de l'or et de l'argent au peuple assemblé sur le chemin qui est entre la porte du vestibule de la basilique de Saint-Martin et de l'église de la ville, et depuis ce jour il fut appelé consul ou auguste. Ayant quitté Tours, il vint à Paris , et y fixa le siège de son empire. Théoderic vint l'y trouver....
« Le roi Clovis, pendant son séjour à Paris, envoya en secret au fils de Sigebert, lui faisant dire : « Voilà que ton père est âgé, il boite de « son pied malade : s'il venait à mourir, son <i royaume t'appartiendrait de droit ainsi que n notre amitié. » Séduit par cette ambition, Clodcric forma le projet de tuer son père. Si-
gebert étant sorti de la ville de Cologne, et ayant passé le Rhin, pour se promener dans la forêt de Buconia, s'endormit à midi dans sa tente ; son fils envoya contre lui des assassins, et le fit tuer, dans l'espoir qu'il posséderait son royaume. Mais, par le jugement de Dieu, il tomba dans la fosse qu'il avait méchamment creusée j)our son père. Il envoya au roi Clovis des messagers pour lui annoncer la mort de son père, et lui dit : « Mon père est mort, et j'ai en mon pou- <t voir ses trésors et son royaume; envoie-moi « quelques-uns des tiens , et je leur remettrai « volontiers ceux des trésors qui te plairont. » Clovis répondit : « Je rends grâce à ta bonne « volonté, et je te prie de montrer tes ti'ésors à « mes envoyés , après quoi tu les posséderas « tous. ■» Clodéric montra donc aux envoyés les trésors de son père. Pendant qu'ils les examinaient, le prince dit : <( C'est dans ce coffre « que mon père avait coutume d'amasser ses <c pièces d'or. « Ils lui dirent : « Plongez votre « main jusqu'au fond pour trouver tout. » Lui, l'ayant fait et s'étant tout à fait baissé, un des envoyés leva sa francisque, et lui brisa le crâne. Ainsi cet indigne fils subit la mort dont il avait frappé son père. Clovis, apprenant que Sigebert et son fils étaient morts, vint dans cette même ville , et ayant convoqué tout le peuple , il lui dit : « Écoutez ce qui est arrivé. Pendant que « je naviguais sur le fleuve de l'Escaut, Clo- <c deric , fils de mon parent , tourmentait son « père en lui disant que je voulais le tuer. '< Comme Sigel>ert fuyait à travers la forêt de « Buconia, Clodéric a envoyé des meurtricrsqui « l'ont mis à mort ; lui-même a été assassiné, je « ne sais par qui, au moment où il ouvrait les !< trésors de son père. Je ne suis nullement « complice de ces choses. Je ne puis répandre « le sang de mes parents , car cela est défendu. « Mais puisque ces choses sont arrivées , je « vous donne un conseil ; s'il vous est agréable, « acceptez-le : Ayez recours à moi, mettez-vous « sous ma protection. » Le peuple répondit à ces paroles par des applaudissements de mains et de bouche, et l'ayant élevé sur un Iwuclier, ils le créèrent leur roi. Clovis reçut donc le royaume et les trésors de Sigebert, et les ajouta à sa domination. Chaque jour Dieu faisait tomber ses ennemis sous sa main, et augmentait son royaume, parce qu'il marchait le cœur droit devant' le Seigneur, et faisait les choses qui sont agréables à ses yeux.
« Il marcha ensuite contre le roi Cararic. Dans la guerre contre Syagrius, Clovis l'avait appelé à son secours ; mais Cararic se tint loin de lui; il ne secourut aucun parti, attendant l'issue du combat pour faire alliance avec celui qui remporterait la victoire. Indigné de cette action, Clovis s'avança contre loi, et l'ayant entouré de pièges, le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous deux, enjoignant que Cararic fût ordonné prêtre et son fils diacre. Comme Ga-