CHATEAUBRIANT — CHATEAUNEUF
que le poids y est; quant aux devises , elles sont empreintes dans mon cœur : c'est là qu'il doit les chercher. « A quoi le roi répondit : « Cette femme a plus de courage que je n'en aurais attendu de son sexe. Allez, reportez-lui son or; je lui en aurais donné le double pour les devises. « Et ce double poids, comme valeur, eût été encore fort peu de chose. Bouchet et Brantôme rapportent que M^e de Chàteaubriant était une des trois femmes qui, lors de l'entrevue de François r" et de Clément Vil à Marseille, firent demander une dispense pour faire gras en carême. Le duc d'Albanie, chargé de cette commission, imagina qu'il valait mieux réclamer en leur nom la permission de transgresser, sans pécher, le sixième commandement du Décalogue , si bien que lorsqu'à l'audience du saint-père ces dames insistèrent' pour être affranchies trois fois par semaine de la loi commune , le pape entra dans la plus étrange colère, et se trouva fort heureux, après une explication , de n'avoir à se relâcher que sur un point de discipline. Cette plaisanterie, qui prouve avec quelle légèreté on traitait Mme de Chàteaubriant, explique aussi l'humeur que fit éclater son mari lorsqu'il n'eut plus à craindre qu'elle fût protégée par le roi. La malheureuse Françoise , rentrée sous la domination de l'époux dont elle avait déslionoré le nom, ayant perdu sa fille unique , vécut dans son château de Bretagne, si maltraitée par cet époux, qu'il fut généralement accusé d'avoir terminé ses jours par un poison dont elle mourut. En vain a-t-on nié une jalousie exercée sur une femme de soixantedeux ans ; en vain a-t-on rappelé le monument que le comte de Chàteaubriant fit élever à sa femme et que Marot et Nicolas Bourbon ornèrent chacun d'une épitaphe : la mort de Françoise fut toujours attribuée à son mari, et le don qu'il fit de tous ses biens au connétable de Montmorency semble confirmer l'opinion qu'il redoutait les poursuites de la justice.-
Mme (Je Murât , Lesconvel et d'autres ont publié des romans historiques sur les amours de la comtesse de Chàteaubriant. [Mme la comtesse Bradi, dans VEnc. d. g. d. m. ]
Varillas, Histoire de François I^' ; — Bayle, Dict. critiqve ; Chateaubriand , Études histor. — Enc. du dixneuvième siècle, art. François I". — Bcaatûme , M'Sm. — J. Niel, Portraits et personnages Us plus illustres du seizième siècle; 1848, in-fol.
CHATEACBRUN (Jean-Baptiste Vivien de), auteur tragique français , né à Angoulême, en 1686, mort le 16 février 1775. En f714 il fit jouer une tragédie de Mahomet II, que celle de Lanoue sur le même- sujet a|fait oublier. Attaché plus tard , comme maître d'hôtel!, à la maison du duc d'Orléans, fils du régent, il craignit, en travaillant pour le théâti'e, d'effaroucher ses scrupules religieux. Il continua bien de composer des tragédies , toutes imitées des auteurs . grecs et latins , objets de ses études continuelles , mais il les gai-dait en portefeuille. Le doc étant
mort, Châteaubrun; alors sexagénaire, n'eut plus la riiême réserve à garder envers son fils , dont il avait été sous-précepteur. En 1754, après un silence de quarante ans, il fit jouer les Troyennes, qui eurent du succès. L'auteur s'y est heureusement inspiré d'Euripide. Si la pièce est peu réguUère et écrite d'une manière inégale, elle offre un morceau d'éclat, celui des prophéties de Cassandrel, et plusieurs traits de situation et de sentiment. Elle dut beaucoup en outre à M'ies Clairon et Gaussin dans les rôles de Cassandre et d'Andromaque. Parmi les imitateurs secondaires de Racine , Châteaubrun est un de ceux qui offrent par moments un écho, de ce grand maître. Plus régulier que lui dans ses plans, Campistron, par exemple , n'a guère de ces traits heureux du cœur que les Troyennes présentent.
Philoctète (1755) et Astyanax (1756 ) suivirent les Troyennes. Le premier de ces ouvrages obtint un accueil assez favorable, mais ne se soutint pas longtemps ; le second ne fut joué qu'une seule fois. Châteaubrun avait composé deux autres tragédies , Antigone&l Ajax. Il les laissa dans un tiroir ouvert; et comme il demandait un jour à son domestique s'il n'avait pas vu deux gros cahiers de papier : « — Oui, Monsieur, « répondit le domestique ; mais je m'en suis « servi pour envelopper ces côtelettes de veau « que vous aimez tant. » Châteaubrun prit philosophiquement cette disgrâce, bien mortifiante pour un poète. Reçu à l'Académie française en 1753, il prolongea sa carrière jusqu'à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Le duc d'Orléans, son ancien élève , lui faisait une pension de deux mille écus. Quoiqu'il n'eût, du reste, aucune fortune, Châteaubrun légua une rente de cinq cents livres à chacune de ses deux nièces et une de trois cents à chacun de ses deux domestiques , en priant le duc, son ancien élève , de se charger de servir ces rentes, comme dernier témoignage de ses bontés. Non-seulement le prince répondit à cet appel , mais encore il ajouta douze cents livres pour chacune des nièces. Les Œuvres choisies de Châteaubrun ont été publiées avec celles deGuymond de la Touche ; Paris, 1814, Didot, I volume in-18, stéréotype. ,Th. Muret.
• Dictionnaire des théâtres.
CHATEàUFORT. VoyCZ BOYSEAU.
CHATEAUNEUF ( L'àbbé DE ) , musicographe français, originabre de Savoie, mort à Paris, en 1709. Il fut le parrain de Voltaire. On a de lui : Traité de la m.usiquedes anciens; Paris, 1725, in-S" , ouvi-age posthume.
Fétis, Hiogr. universelle des musiciem,
CHATEAUNEUF ( L'ÉPiNE DE ) , poctc et diplomate français, né vers 1753, mort à Hambourg, en 1800. Cousin de Dumouriez,il suivit d'abord la carrière militaire ; mais il l'abandonna pour entrer dans celle des consulats, et fut suc» cessivement chancelier de Peyssonel à Smyrne, à Tripolitza, consul par intérim de la Morée,