‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 49 sur 200 · CHEVERT — CHEVERUS · texte numérisé non relu

CHEVERT — CHEVERUS

au 17 décembre 1742, Chevert y fut laissé avec dix liiiit cents hommes seulement, les malades et les convalescents. Avec une aussi faible garnison, il soutint le siège quelque temps. Mais enfin, ne pouvant plus résister, il voulut au moins sortir avec les honneurs de la guerre. Il écrivit au prince Lobkowitz, général en chef de l'armée autrichienne, qu'il allait faire sauter la ville, et périr sous ses décombres avec la garnison et les habitants, si on ne lui accordait pas une capitulation honorable. Il obtint tout ce qu'U demanda. Il servit ensuite avec distinction en Dauphiné et à l'armée d'Italie. Il fut créé maréchal de camp en 1744, et lieutenant général en 1748. En 1757, grâce à une habile manœuvre qu'il commanda, il décida le succès de la bataille d'Hastenbeck. A la tête de seize bataillons et des volontaires , il reçoit l'ordre d'attaquer le bois qui couvre la gauche des ennemis : il apei'çoit le marquis de Brehant, colonel de Picardie; il le prend par la main, et lui dit : « Jurez-moi, foi de chevalier, que vous et votre régiment vous vous ferez tous tuer jusqu'au dernier plutôt que de reculer. » L'ennemi, protégé par l'épaisseur de la forêt , tire impunément sur les Français. Laval- Montmorency, Bussy tombent jmorts , avec un grand nombre d'officiers. Chevert parcourt les rangs ; quelqu'un lui fait observer qu'il a oublié de prendre sa cuirasse : « Et ces braves n'en ont pas ! » dit-il en montrant ses grenadiers. Il se met à leur tête , enfonce les ennemis , les contraint à quitter les sommités du bois pour descendre dans la plaine et d'abandonner le champ de bataille. Chevert cessa d'être employé en 1761, à cause de sa vieillesse. Il avait été nommé commandeur en 1754, et grand'croix de Saint-Louis en 1758. Il fut enterré à Saint-Eustache, où on lit encore aujourd'hui cette épitaphe, attribuée à Diderot.

Sans aïeux, sans fortune, sans appui, Orphelin dès l'enfance.

Il entra au service à l'âge de onze ans; Il s'éleva, malgré l'envie, à force de mérite, Et chaque grade fut le prix d'une action d'éclat. Le seul titre de maréchal de France A manqué, non pas à sa gloire.

Mais à l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle. Éloge hist. de Chevert; dans le Mercure de France; Î769. — Courcelles, Dict. hist. et biographique des généraux français. — Sabatier, Galerie française, t. 111. — Le Bas, Dictionnaire encyclopédique de la France.

CHEVERUS ( Jean-Louis-Anne-Madeleine Lefebvre i>e ), cardinal français, né à Mayemie, le 28 janvier 1768, mort le 19 juillet 1836. Issu d'une des meilleures familles de Mayenne , M. de Cheverus se distingua, dès sa première jeunesse, par son esprit, sa piété et ses heureuses dispositions. Sa mémoire était prodigieuse, et pendant tout le cours de ses classes il obtint les plus brillants succès. Tonsuré à douze ans, et l'année suivante nommé prieur de Torbechet, avec le titre d'aumônier extraordinaire de Monsieur, frère du roi, il entra au collège Louis le Grand en 1780, pour y continuer ses études. Il devint ensuite, par la voie des concours , élève

du séminaire de Saint-Magloire, dirigé par les Pères de l'Oratoire. En 1790, à l'âge de vingttrois ans, il fut ordonné prêtre, alors que les biens du clergé étaient envahis, le serment prescrit et qu'U n'y avait plus à attendre que la pau-; vreté , la persécution et la mort. Nommé chanoine du Mans, puis vicaire et peu après curé de Mayenne, ''avec les pouvoirs de vicaire général, il refusa de prêter le serment exigé, et se réfugia successivement à Laval et à Paris, d'oii il passa en Angleterre. Traqué par la police , il se trouvait sous un déguisement près du couvent des Carmes lors des massacres des 2 et 3 septembre. Ayant refusé les secours du gouvernement anglais , il se vit obligé de donner des leçons de mathématiques ; puis, devenu plus habile dans la langue, il exerça à Londres le saint ministère. Au moment de la malheureuse expédition de Quiberon, M. de Cheverus voulut accompagner l'évêque de Dol, qui l'avait nommé son grand-vicaire. Renonçant généreusement à son patrimoine , il partit ensuite pour le Nouveau-Monde, où l'attendaient dans la ville, toute protestante, de Boston d'immenses travaux à accomplir. Cette tâche n'était point au-dessus de son zèle, et il put répondre au saint-siége, qui l'avait interrogé sur le succès de sa mission : « Dans ce pays, où il y a peu d'années l'Église catholique était un objet d'anathème, le nom de prêtre un objet d'horreur, on nous considère, on nous aime, on pense honorablement de nous , on se conduit de même. « Jouissant de la confiance universelle, recherché comme littérateur, il refusa la plus brillante cure de Philadelphie , et après avoir fondé une église à Newcastie, il passa chez les sauvages de Pénobscot et de Passamaquody, dont il avait appris la langue.

Après trois mois de séjour parmi ces peuplades, pendant lesquelsM. de Cheverus supportaavec la plus évangélique patience des privations de toutes sortes, il retourna à Boston, où sévissait la fièvre jaune. Tandis que les ministres protestants se cachaient^au loin pour échapper au fléau, il se dévoua généreusement pour tous. Cette conduite augmenta encore la considération dont il jouissait déjà. Ayant ouvert une souscription pour l'érection d'une église à Boston , le président de la république se fit porter le premier sur la hste. Peu de temps après, il se fit également admirer et chérir par les protestants de Northampton (1801). En 1808, promu par Pie vn à l'évêché de Boston et sacré malgré lui premier évêque de cette ville , il disait, en montrant aux étrangers sa petite chambre, mal meublée : « Vous voyez mon palais épiscopal; il est ouvert à tout le monde. » Vivant d'aumônes, il accueillait à sa table frugale tous ceux qui s'y présentaient. Ses fonctions épiscopales ne l'empêchaient pas de confesser, de catéchiser et d'aller chaque année passer trois mois chez les sauvages de Pénobscot. Les protestants l'invitaient à prêcher

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