CHEVRET — CHEVREUL
rappelé à lui-même et au principe universel des êtres, de la science et du vrai bonheur ou explication du tableau central. La première édition ou plutôt la première ébauche de cet ouvrage parut en 1791, sous le titre de Tableau centraldes opinions et deVéducationpublique.
Quérard , la France littéraire.
* cav.\Rv.\Ji. {Michel-Eugène), célèbre chimiste, membre de l'Institut, est né à Angers, le {31 août 1786. Son père, médecin de proTince assez distingué pour que le docteur Pariset, secrétaire de l'Académie de médecine, lui aitconisacré un de ses Éloges de fin d'année, prit un soin itrès-attentif de son éducation. M. Eugène Chejvreul fit ses études à l'école centrale d'Angers , joù il rencontra pour rival son compatriote Bé- *lard, le savant professeur d'anatomie. Il s'établit lentre ces deux adolescents d'un grand avenir «ne lutte qui servit à les fortifier l'un et l'autre, et qui leur inspira prématurément le goût de la ^oire. M. Chevreul a souvent reconnu avec quel- Hue fierté les progrès qu'il avait dus à cette "longue concurrence, qui le laissa plus d'une fois vaincu, mais d'où il était sorti vigoureux, et. infatigable; tandis que Béclard, prompt eraent larvenu à la célébrité, grâce à une élocution faile et à sa puissante mémoire, n'a joui de sa aute situation que pendant peu d'années , des ;fforts excessifs ayant lassé son intelligence et j^brégé ses jours.
M. Chevi-eul vint à Paris en 1803. Il avait dixepî tns, et, dès lors très-réfléchi, il savait déjà ;e quïl voulait et par quelle voie l'obtenir. Il ap- Ibrit la chimie sous Yauquelin. C'était le meilleur ilnaître, le conseiller le plus sincère et le plus *lésintéressé protecteur. En 1810, et n'ayant que wingt-quatre ans , il devint aide naturaliste au iJMuséum , place qui en chimie avait une telle Importance, qu'elle a cessé de subsister, des proifesseurs en ayant pris de l'ombrage. Quelques ipnuées après on le nomma professeur des jkciences au collège Charlemagne , puis officier Ipe l'univer.sité, examinateur à l'École polytechioiique, et enfin directeur des teintures et professeur de chimie spéciale aux Gobehns , où des innovations en fait de couleurs associées signalèrent sa science pratique, son influence com- ^nençante, son goût judicieux. En 1826 M. Cheivreul succédait à Proust dans la section de «hiniie de l'Académie des sciences ; et trois ans jplus tard, Vauquelin étant mort, il obtenait au Jardin des plantes la chaire de chimie appliquée, jque son maître avait illustrée par un enseigne- ^nent incomparable. Plus récemment M. Chej\Teul était nommé membre de la Société royale jde Londres , promu dans l'ordre de la Légion jd'honneur, et associé à un grand nombre de 3Corps savants, où sa juste renommée avait de- |Vancé son affiliation. Telles sont les principales ,récom[ienses de publications et de découvertes |dont nous n'avons encore rien dit. I M. Chevreul fonda tout à coup sa réputation
par un ouvrage analytique sur les corps gras d'origine animale. Cet ouvrage , commencé huit ou neuf ans avant d'être intégralement publié, a fait époque dans la science par sa méthode rigoureuse et philosophique; et dans les arts, par la multitude de ses applications et la grandeur de ses résultats. A combien d'industries ses recherches, si exactes, n'ont-elles pas donné naissance, et combien d'autres ont été par elles utilement métamorphosées! Sans elles on ne connaîtrait pas la bougie stéarique, qui s'est si rapidement substituée à la bougie de cire , et qui lutte déjà de prix et d'usage avec d'autres éléments d'éclairage plus grossiers. On ignorerait sans cet ouvrage et l'emploi de l'acide oléique pour la préparation des laines à tisser, et ces imitations des essences des plantes, origine d'un nouveau commerce qui s'universalisera de. plus en plus. Aussi ne doit-on ni regretter ni s'étonner si M. Chevreul, alors âgé de soixante-six ans, a reçu delà Société d'encouragement, en 1852, un prix de 12,000 francs, fondation du marquis d'Argenteuil, pour son ouvrage sur les corps gras publié depuis trente ans et en partie connu depuis quarante. « Ce prix, lui dit publiquement M. Dumas, la Société d'encouragement se sent honorée de pouvoir vous le décerner. Il consacra l'opinion de l'Europe sur des travaux servant de modèle à tous les chimistes. C'est par centaines de millions qu'il faudrait nombrer les produits qu'on doit.à vos découvertes. Le monde entier se livre à leur fabrication , et trouve dans leur emploi de nouvelles sources de salubrité et de bien-être.... )< A ces éloges magnifiques, M. Chevreul répondit avec émotion que sans doute ce n'était pas lui que l'on couronnait , mais que c'était sa méthode, ayant pour guide l'amour de la vérité. "■ Vous récompensez en moi, ajoutait M. Chevreul, la méthode que j'ai choisie de bonne heure pour la compagne inséparable de mes travaux, et à laquelle je dois mes succès; cette méthode , je suis heureux et fier de la voir couronner en ce jour, un des plus beau.s. de ma vie. » M. Chevreul n'a pas borné là ses travaux. On lui doit un Cours de chimie appliquée à la teinture , et un ouvrage remarquable sur la loi du contraste simultané des couleurs et des assortiments entre objets colorés. Cette dernière production atteste en M. Chevreul un puissant degré de réflexion, philosophique, et une grande aptitude à généraliser, à rendre scientifiques les observations les plus familières. Depuis 1828 l'auteur faisait aux Gobelins , sur l'association des couleurs , un cours fort abstrait, qui n'était bien compris que par un petit nombre d'adeptes. On prétendait avant lui qu'il ne fallait disputer ni sur le goût ni sur les couleurs. Cette opinion était devenue proverbiale. M. Chevi'eul nia la justesse du proverbe et de l'assertion, et il composa une espèce d'esthétique à l'usage des teinturiers, des fabricants et des artistes. La ville de Lyon, qui avait eu pour préfet le comte