CHILDEBERT
30} ii
deux tois étaient d'accord pour élever ces enfants au trône. Ils envoyèrent donc , au nom de tous deux, à la reine, qui demeurait dans la même ville, et lui dirent : « Envoie-nous les en- « fants, que nous les élevions au trône. » Elle , remplie de joie, et ne sachant pas leur artifice, après avoir fait boire et manger les enfants , les envoya, en disant ; « Je.croirai n'avoir pas perdu « mon fils, si je vous vois succéder à son « royaume. » A leur arrivée , les enfants furent pris aussitôt et séparés de leurs serviteurs et de leurs gouverneurs; on les enferma à part, d'un côté les serviteurs, et de l'autre les enfants. Alors Childcbert et Clotaire envoyèrent à la reine Arcadius, portant des ciseaux et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la reine , il les lui montra , en disant : « Tes fils, nos seigneurs, « ô très-glorieuse reine , attendent que tu leur « fasses savoir ta volonté sur la manière dont il « faut traiter ces enfants ; ordonne qu'ils vivent « les cheveux coupés, ou qu'ils soient égorgés. » Consternée à ce message, et en même temps émue d'une grande colère, en voyant cette épée nue et ces ciseaux, elle se laissa transporter par son indignation, et ne sachant, dans sa douleur, ce qu'elle disait, elle répondit imprudemment : « Si on ne les élève pas sur le trône, j'aime mieux (c les voir morts que tondus. » Mais Arcadius, s'inquiétant peu de la douleur de la mère, et ne cherchant pas à pénétrer ce qu'elle penserait ensuite plus réellement, revint en diligence près de ceux qui l'avaient envoyé , et leur dit : « Vous pouvez continuer, avec l'approbation de la reine, ce que vous avez commencé , car elle veut que vous accomplissiez votre projet. » Aussitôt Clotaire, prenant par le bras l'aîné des enfants , le jeta à terre, et, lui enfonçant son couteau sous l'aisselle , le tua cruellement. A ses cris , son frère se prosterna aux pieds de Childebert , et lui saisissant les genoux, lui disait avec larmes : « Secours-moi, mon très-bon père, « afin que je ne meure pas comme mon frère. » Alors Childebert, le visage couvert de larmes, tlit : « Je te prie, mon très-cher frère, aie la gé- « nérosité de m'accorder sa vie ; et si tu veux « ne pas le tuer, je te donnerai pour le racheter « ce que tu voudras. » Mais Clotaire, après l'avoir accablé d'injures, lui dit : « Repousse-le « loin de toi , ou tu mourras certainement à sa ((. place ; c'est toi qui m'as excité à cette affaire, « et tij es si prompt à reprendre ta foi ! » Childebert, à ces paroles, repoussa l'enfant, et le jeta à Clotaire, qui, le recevant, lui enfonça son couteau dans le côté, et le tua, comme il avait fait à son frère. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les gouverneurs; après qu'ils furent morts, Clotaire, montant r à cheval, s'en alla, sans se troubler aucunement du meurtre de ses neveux, et se rendit avec Childebert dans les faubourgs. La reine, ayant fait poser les petits corps sur un brancard, les conduisit, avec beaucoup de ehants pieux et des lamentations, à l'église de
Saint-Pierre, où on les enterra tous deux de) même manière. L'un des deux avait dix ans , < l'autre sept. « Ils ne purent, dit Grégoire (! Tours, prendre le troisième, Ciodoald , qui ft sauvé par le secours de braves guerriers; d^ daignant un royaume terrestre , il se consacra Dieu, et s'étant coupé les cheveux de sa propi main , il se fit clerc. Il persista dans les bonne œuvres, et mourut prêtre. » Childebert et Clc taire se partagèrent ensuite les États de leui neveux. Mais ils ne furent pas longtemps d'a( cord ; leur haine éclata après la mauvaise issi d'une expédition qu'ils avaient faite ensemble ( Espagne, et dans laquelle ils avaient perdu moitié de leurs troupes. Childebert ravagea aloi les États de Clotaire, et excita Chramme à : révolter contre son père. Mais bientôt après mourut, à Paris (558); et comme il ne laissa pas d'enfant mâle , ses États revinrent à Cl taire, qui devint alors le seul roi des Fiancs (1
CHiLnEBËRT n, roi d'Austrasie, fils de S gebert et de Brunehaut , né vers 570, mort ( 596. Il fut proclamé en 575, sous la tutelle de ; mère, qui lors de sa captivité fut remplaci dans l'administration du royaume par un consi de régence, composé de seigneurs austrasieii Peu de temps après que Childebert eut pris li même les rênes de l'État, la mort de son ont Contran l'appela à la succession des royauini de Bourgogne, d'Orléans, et d'une partie i celui de Paris ; mais son règne fut de courte d rée : il mourut empoisonné, à l'âge de vingt-s ans , au moment où il se préparait à conquérir Neustrie. Il laissait deux fils : Thierry, qui t le royaume de Bourgogne , et Théodebert, q devint roi d'Austi-asie (2).
CHILDEBERT III, dit le Jiisle, fils ( Thierry 1", roi des Francs, né vers 683, mort i 711. Il fut proclamé en 695, à la mort de Ci vis m, son frère; mais, de même que ses dei prédécesseurs, il ne régna que de nom. Le véi table roi fut Pépin le Gros ou d'Héristal , qu avec le titre de maire du palais, eut toujours ui J autorité souveraine. Childebert III mourut « laissant un fils, Dagobert, qui porta aussi, apri lui, le titre de roi (3).
(1) On ne connaît de Childcbei-t l" qu'une senleptèc< c'est un très-beau triens , publie par Bouteroac et l blanc, et qui présente d'un côté le nom royal auto d'un buste armé d'un bouclier. Childebertus aEJ et au revers un chrisme anse et accosté des lettres i sur un globe, avec la légende arelat. ci vit.
(2) On connaît de Childebert U un tiers de soa d'i frappé en son nom, en Auvergne, ainsi que rindiqucntl grandes lettres AR, initiales de AKvernis civitas, et ui
autre pièce, au revers de laquelle on voit un dragon avs des caractères que Ton n'a pu encore déchiffrer compl tement. On attribue encore ù Childebert II une piécct bronze, dont le champ présente d'un cOté Eldeberti: et de l'autre un chrisme. dans un feuillafrc. C'est avi une autre pièce, où on lit le nom dcTHEODORictrs, .etq pourrait tout aussi bien appartenir àThéodoriclcGt**! qu'aux princes mérovingiens du même nom, la se* espèce de cuivre qui figure dan.s la série mérovingicni?
(3) Nous ne connaissons aucune monnaie que ft puisse attribuer avec certitude à ce prince. Le nom*
GHILDEBERT
Grégoire de Tours, Histor. — Frédegaire, Chron. — \ugustin Thierry, Récits des temps mérovingiens. — Sisoondi, Histoire des Français, l, 2. — Michelet, Hist. de .'rance, I. — Henri Martin , Hist. de France. — Le Bas, )ict. encyc. de la France.
CHILDEBRAND, prince franc, vivait vers le liîieu du huitième siècle. Selon le continuateur e Frédégaire, il était fils de Pépin d'Héristal t d'Alpaïde, et frère de Charles Martel. Ce peronnage, qui est un des plus insignifiants del'his- )irede France, est cependant un de ceux dont on est le plus occupé. H combattit les Sarrasins vec Charles Martel, fit le siège de Narbonne, et iteivint dans les querelles de ses neveux, après i mort de Charles. A partir de 741, les annales i; chroniques ne parlent plus de lui; mais les énéalogistes sont venus , qui l'ont illustré en oulant faire de lui un des ancêtres de la dyaslic capétienne. Les plus grands érudits du f'cle dernier se sont engagés dans des discuscns interminables, pour démontrer la descenance carloringienne de Robert le Fort, l'ancêtre voué et reconnu des Capétiens. En se rattahant à Childebrand, Duchesne, Du Bouchet, les ainte-Marthe , Le Cointe, etc., y ont consacré juîe leur érudition, aidée de toutes les subtilités e la dialectique. Pauvre sujet d'escrime pour es iiommes si estimables ! Mais de tout temps :s érudits se sont passionnés pour des questions avant de valeur que celle que leur donnait leur réoccupation. Adrien Valois a eu le bon esprit -:. réfuter toute cette généalogie d'invention loaerne, et c'est aujourd'hui un point en dehors e la discussion. Ce n'est pas tout. Childebrand it encore, au dix-septième siècle, le héros un poème épique; mais il y a longtemps que ;oileau a fait justice du poète et du poème, par eux vers que tout le monde connaît. On trouera le résumé de toutes les discussions relaties à Childebrand dans la préface du tome X de 1 collection des historiens de France , et aussi ans un mémoire de Foncemagne.
Le P. Anselme, Hist. généalogique, t. 1. — Sainteiarthe, Hist. nénéalofjiqve de la France, 1. XI. — Col- ■'cfiun des historiens de France, t. X. — Foncemagne, ans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et clles-tettrcs, t. X.
CHiLDÈRïC. Trois rois des Francs ont porté
e nom, savoir :
CHiLDÉRïC i^'', roi des Francs, fils de Méroée, mort en 481. Il succéda à son père en 458. l,a dissolution des mœurs de ce prince ayant iioYoqué les ressentiments des hommes fibres li! royaume, il se vit forcé de quitter ses États t de chercher un asile dans la Thuringe, auprès l'un roi dont il séduisit la femme; et la royauté ut déférée, suivant les vieilles chroniques, au naître de la milice des Romains.
Childebert, qui se lit sur des triens frappés dans" deux ocalités de Bourgogne désignées par les légendes du revers, tetra fecit et bomis, n'est ni celui de ce prince il celui d'un roi du même nom. H désigne le monétaire, linsl que les légendes Meroveus, d'une monnaie de Chalon-sur-Saône, et Chuudericus mon., d'une pièce [rappée à Metz.