‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 65 sur 200 · CHIN-KOUNG · texte numérisé non relu

CHIN-KOUNG

mières années du dix-neuvième siècle. D'abord destiné à l'état ecclésiastique , il quitta bientôt cette carrière pour le barreau. 11 occupa pendant la révolution plusieurs places dans la magistrature, et devint, vers 1 796, président du tribunal criminel de la Seine. Il étudiait le droit lorsqu'il publia le Discours de l'abbé Fleury sur les Ut bertés de l'Église gallicane, avecun commentaire par M. l'abbé de C. de L.; Paris, 1765, in-12. Ce commentaire , plein d'érudition, mais trop partial en faveur du jansénisme, attira air jeune éditeur des critiques auxquelles il répondit i par plusieurs dissertations sur les droits du saintsiége , et les libertés de l'Église gallicane. Parmi les autres pubUcations de Cliiniac, les plus importantes sont : Discours sur la nature et les dogmes de la religion gauloise , servant de préliminaire à l'histoire de l'Église gallicane; Paris, 1769, in-12; — Histoire des Celtes de Pelloutier, nouvelle édition , revue , corrigée et augmentée; Paris, 1770 et 1771, 8 vol. in-lî ou 2 vol. in-4"' ; — Histoire des capitulaires des rois de la première et de la seconde race; Paris, 1779, in-8° : c'est une traduction de la préface des Capitularia de Baluze ; — Capitularia regum Francorum de Baluze, nouvelle édition, revue et augmentée; 1780, 2 vol, infol.; — Essai de philosophie wioraZe; Paris, 1802, 5 vol. in-8''.

Galerie des conteinporains. — Quérard , la France littéraire.

CHINIAC DE LA BASTIDE {Jean-Baptiste), moraliste français, né en 1745, mort en 1768. On a de lui : le Miroir fidèle, ou entretiens d'Ariste et de Philandre, avec la critique du plan d'éducation deJ.-J. i?ot<5sea?< ; Londres et Paris, 1766, in-12.

Quérard , la France littéraire.

CHiN-KOUNG, empereur de la Chine, succéda à Fou-Hi, 3,218 environ avant J.-C. Voici, d'après les annales chinoises, l'histoire ou jilutôl la légende de ce prince. Il inventa la charrue, et apprit aux hommes à cultiver les champs. H sema les cinq sortes de blé; alors le peuple apprit à se nourrir de grains. Il leur apprit aussi à tirer du sel de l'eau de la mer. On dit q-i'il fit un livre sur l'art militaire , et qu'il était habile à la guerre. « Il établit des marchés publics, y fit arriver tous les- peuples du monde, et^y ramassa toutes les marchandises de l'univers. On les échangeait mutuellement , et ensuite chacun se retirait dans sa contrée. » On lui attribue aussi l'invention de la médecine. « Ce fut lui qui distingua toutes les plantes , et en détermina lés diverses propriétés. Il composa des chants snn la fertilité de la campagne, inventa une trèsbelle lyre, et une guitare ornée de pierres pré-^ cieuses , pour adoucir les mœurs du peuple et te rappeler à la vertu. Il sacrifiait au Seigneur saprênie dans le temple de la lumière. Monté sur un char traîné par six dragons, il mesura le premier la figure de la terre : il lui trouva 900,000

321 CHIN-KOTJNG — CHIOCCO

U de l'est à l'ouest sur 850,000 li du nord au sud. Les proportions de ces deux nombres fabuleux (en supposant la mesure de longueur

dont il est ici question la même que le li actuel

chinois, qui est de 75 de lieue) sont remarqua-

' blés ; car on sait que le diamètre de l'équateur,

ou rayon équatorial , est plus long que celui des

i pôles, ou rayon polaire, de 10,910 toises, selon

'■■ les derniers calculs de M. L. Saigey. Mais ce que

I l'on regarde comme certain , c'est que le li an-

: cien chinois était plus petit que le li actuel. Dans

i l'impossibilité de déterminer la valeur du li ancien

' chinois, il n'en résulte pas moins ce fait curieux :

la différence des deux rayons cités, différence

;qui suppose évidemment l'aplatissement de la

1 terre vers ses pôles , quoique dans des proportions plus fortes , il est vrai , que celles des calculs modernes.

Puutbier, la Chine, dans V Univers pittoresque. CHIN-TSOUNG , empereur de la Chine , régna

de 1573 à 1619. D n'avait que dix ans lorsqu'il

succéda à son père Mo-Tsoung. D se fit remarquer par la droiture de son caractère, et par

'son esprit vif et pénétrant, qui le rendit habile

dans les sciences chinoises. Il ordonna que désormais ce sejait aux frais du souverain que les

jeunes licenciés de toutes les provinces se ren-

iraient à la capitale pour y subir l'examen où

'on confère le titre de docteur; il assistait lui-

inème à cet examen. Tous les jours , dès quatre

leures du matin , il lisait les requêtes qu'on lui

irait présentées, et y répondait sm'-le-chainp.

I ordonna , pour la commodité du pubhc, que

on imprimerait, une fois par chaque saison de

'année, le nom, le degré et la patrie de chaque

nandarin ou fonctionnaire de l'empire; et cet

isage s'observe encore exactement aujourd'hui.

1 fit exécuter d'immenses travaux pour diriger

e cours des fleuves et irriguer le sol , mais, malgré ses soins, la sécheresse fit de grands ravages

ous son r^ne. Chin-Tsonng eut aussi à soutenir

le longues guerres. En 1594, les Japonais enva-

lirent la Corée. Le roi de ce pays , contraint de

irendre la fuite , envoya aussitôt des ambassa-

lems en Chine pour demander des troupes auxi-

iaires. Ces secours furent immédiatement en-

oyés, et les Japonais essuyèrent une défaite

omplète. Chin-Tsoung fut moins heureux contre

3S Tartares Mantchous. Ceux-ci se bornèrent

3ngtemps à faire des incursions sur le territoire

liinois ; mais enfin ils se crurent assez forts pour

'emparer des villes,! et en 1618, après avoir

lublié un curieux manifeste, dans lequel ils énu-

néraient sept griefs capitaux contre la dynastie

égnantedes Ming, ils envahirent l'empire chinois. Us s'emparèrent d'abord du Liao-Toung ,

jt pénétrèrent ensuite dans le Pé-Tchili , qu'ils

oumirent presque tout entier. Ils se disposaient

aême à attaquer la capitale de l'empire, lorsqu'ils

urent repoussés par les troupes chinoises et

orcés de se retirer dans le Liao-Toung. Le chef

es Mantchous se déclara hautement empereur

NOUV. BIOGR. UmVERS. — T. X.

de la Chine, sous le nom de Thian-Ming {décret du ciel ou décrété par le ciel). Ce prince a reçu de ses descendants, empereurs de la Chine, le titre posthume de Taï-Tsou ( le grand ancêtre de la dynastie). C'est en effet à l'année 1616 de notre ère que la Table chronologique de tous les souverains qui ont régné en C/rine , publiée en 1767 par ordre de l'empereur Khien-Loung, de la dynastie tartare mantchoue , qui renversa celle des Ming, place le commencement de sa dynastie, en indiquant cependant, en seconde ligne , les règnes simultanés des derniers empe reurs des Ming. En 1619, Chin-Tsoung opposa aux Tartares une armée de six cent mille hommes, soutenue de douze mille auxiliaires envoyés par le roi de Corée. La victoire, longtemps indécise, resta à Thian-Ming , qui marcha sur Pé-king. A l'approche de l'armée tartare, la consternation fut si gi-ande dans la capitale, que l'empereur résolut de se retirer à Nan-King. Son premier ministre lui représenta que cette fuite augmenterait le courage et l'audace des ennemis, et occasionnerait de grands troubles dans l'empire. Chin-Tsoung hésitait encore à quitter Péking, lorsque la mort l'enleva à ses cruelles perplexités.

Ce fut sous le règne de cet empereur que les premiers missionnaires jésuites pénétrèrent en Chine, pour y prêcher le christianisme, et qu'ils éprouvèrent aussi leur premièie persécution. Le P. Michel Royer entra en Chine en 1581. En janvier 1601, le P. Matthieu Ricci arriva jusqu'à la cour de Chin-Tsoung, Après la mort de ce missionnaire, arrivée en 1610, Clùn-Kio, gouverneur de Nan-king, excita en 1615 la première persécution contre les chrétiens. Ceux des missionnaires qui n'avaient pas été pas mis à mort ou transportés à Macao furent forcés de se cacher. La persécution ne cessa que deux ans après la mort de Chin-Tsoung.

Pauthier, la Chine, dans VVnivers pittoresque. — Le P. Alvarez Semedo, Histoire universelle de la Chine. — Le P. Couplet, Tabula genealogica trium familiarum imperalium monarchix Sinicse.

cuioccARELLi {Barthélémy), historien napoUtain, né en 1580, mort en 1646. On a de lui : Antistitum Ecclesiœ neapoUtanse catalogus, ab apostolorum tempore ad annum 1643, in-fol., sans date; — de Illustrïbus scriptoribus qui in civitate et regno Neapolis ab orbe condito ad annum 1646 floruerunt, ouvrage posthume, publié par Jean-Vincent Meola; Naples, 1780-81, 2 vol. in-4°.

Meola, Bartholomœi Chioccarelli vita, en tête de son édition du de Illustribus scripioribus.

CHIOCCO {André), médecin italien, né à Vérone, dans la seconde moitié du seizième siècle, mort le 3 avril 1624. Il professa la médecine à Vérone; il est surtout connu comme adversaire de Telesio. On a de lui : de Balsami natura etviribus juxta JDioscoridis placita carmen; Vérone, 1596, in-4° ; — de Cœli Veronensis clementia;Md., 1597; in-4";— Questionum

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philosophicarum et medicarum libri très; ibid., 1593, in-4°; Venise, 1604, in-4°;— Psoricon, seu de seabie, libri duo, carminé conscripti; Vérone, 1593, m-4°; — Com mentarius quœstionum quarurndam defebre malt moris et de morbis epidemicis; Item disputatio de sectione veux in obstruclione ab humorum qualitate; Venise, 1614, in-4°; ■ — Musseum Francisci Calceolarti junioris, a Benedicto Ceruto incœptum, et ab Andrœa Ckiocco perfectum; Vérone, 1622, in-fol.

« Cet ouvrage, dit Éloy, contient les différentes sortes de corail , les coquillages , les dépouilles de plusieurs petits animaux, les fruits étrangers les plus rares , les fossiles ; et tout cela est représenté par des figures , dont la plupart sont excellentes. C'est dommage qu'on ait tant cité les anciens dans les explications , et qu'on ait si souvent employé leurs propres termes pour ex.primer des choses qui pouvaient être rendues avec plus de précision et de grâce » ; — de Collegii Veronensis illustribus medicis et'philosoph'ts, qui collegium, patriam et bonas artes illustrarunt ; Vérone, 1623, in-4°.

Eloy , Dictionnah-e historique de la médecine.

* CHioBiAïiOLO {Giovanni-Maria), peintre bolonais , florissait dans la première moitié du dix-septième siècle. Il fut un des meilleurs élèves du Francia , et il ne fut inférieur ni à l'Aspertini, ni à îiiaoceii'zio d'irriola; malheureusement il suivit de trop près les traces de son maître , et ne sut pas se défaire entièrement de la sécheresse de l'ancien style. E. B-n.

Orlandi, ^ftiiecedarjo. — Malvasia, Felsina pittrice — Lanzi , Storia pittorica. — Ticozzi, Dizionario.

*CHiOMAiiA, héroïne grecque, épouse du létrarque galate Ortiagon, dont Polybe, Plutarque et Tite-Live ont célébré la vertu. La défaite que ses compatriotes avaient éprouvée au mont Olympe, l'an 189 avant J.-C. , l'avait rendue prisonnière des Romains. « Les captives gauloises, , dit M. Amédée Tliierry, avaient été placées sous la garde d'un centurion avide et débauché, comme le sont souvent les gens de guerre. La beauté de Chiomara était justement célèbre; cet liommc s'en éprit. D'abord il essaya la séduction ; • désespérant bientôt d'y réussir, il employa la violence; puis, pour calmer l'indignation de sa victime, il lui promit la liberté. Mais, plus avare encore qu'amoureux, il exigea d'elle, à titre de rançon , une forte somme d'argent , lui permettant de choisir entre ses compagnons d'esclavage celui qu'elle voudrait envoyer à ses parents, jjour les prévenir d'apporter l'or demandé. Il Hxa le lieu de l'échange près d'une petite rivière qui baignait le pied du coteau d'Ancyre. Au nombre des prisonniers détenus avec l'épouse d'Octiagon, était un de ses anciens esclaves : . elle le désigna , et le centurion , à la faveur de la nuit, le conduisit hors des postes avancés. La nuit suivante , des parents de Chiomara aiTÏ- ■vèrent près du fleuve , avec la somme convenue

en lingots d'or; le Romain les attendait déjà, mais seul avec la captive , car il n'avait mis dans la confidence aucun de ses compagnons. Pendant qu'il pèse l'or qu'on vient de lui présenter, Chiomara, s'adressant aux deux Gaulois dans sa langue maternelle , leur ordonne de tirer leurs sabres et d'égorger le centurion. L'ordre est aussitôt exécuté. Alors elle prend la tête, l'enveloppe d'un des pans de sa robe, et va rejoindre son époux. Heureux de la revoir, Ortiagon accourait pour l'embrasser; Chiomara l'arrête, déploie sa robe , et laisse tomber la tête du Romain. Surpris d'un tel spectacle, Ortiagon l'interroge ; il appiend tout à la fois l'outrage et la vengeance. « O femme ! s'écria-t-il , que la fidé- «■ lité est une belle chose ! — Quelque chose de « plus beau , reprit celle-ci , c'est de pouvoir « dire : Deux hommes vivants ne se vanteront « pas de m'avoir possédée. » L'historien Polybe raconte qu'il eut à Sardes un entretien avec cette femme étonnante, et qu'il n'admira pas moins la finesse de son esprit que l'élévation et l'énergie de son âme.

Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, 1. 1. — Polybe, XXII. — Plutarque. de Mulierum virtute. — Valèrc- Rlaxirae, VI. — Tité-Livc, XXXVIll, 12.

CHION (Xifdv), philosophe grec, vivait veni 350 avant J.-C. Fils de Matris , noble citoyen d'IIcradée, sur le Pont, il fut un des disciples de Platon. Avec l'aide de Léon ou Léouidc , d'Euxénon et d'autres jeunes gens nobles , il mit à mort Cléarque, tyran d'Héraclée, en 353. La plupart des conspirateurs furent tués sur-l,champ par les gardes du tyran , les autres dirent pris au bout de quelques jours, et périrent dans les tortures. Héraclée retomba sous h cruelle tyrannie de Satyrus, frère de Cléarque. Kous avons sous le nom. de Chion treize leltres fort remarquables, mais évidemment supposées. Elles semblent avoir été composées par quelque philosophe platonicien des premiers siècles do l'ère chrétienne. Imprimées pour la première fois dans la Collection des lettres grecques publiée par les Aide, Venise, 1499, in-8°, elles parurent séparément, parles soins de Caselius, Rostock, 1583, in-4°, et avec une traduction latine, ibid., 1584, in-4°. Une édition plus complète, fondée sur une nouvelle recension des manuscrits , avec notes et index , fut publiée par^ J.-T. Cober; Leipzig et Dresde, 1765, in-8". La meilleure édition des Lettres de Chion est ceik; qu'a donnée J.-C. Orelli, daos le même volume que les Fragments deMemnon; Leipzig, 1816, in-8°. Elle contient le texte grec, la traduction latine de Caselius , les prolegomena de A.-G. Hoffmann, la préface de Cober, les notes de Cober, Hoffmann et Orelli.

Meranon.dans les Fragmenta fiistoricorum çrœco-^ rum, t. 111. — Justin, XVI, 5. - .\.-G. Hoffmann, frofe-N gomena ad Chionis Epist. grxc. — Sifilth , Dictionafii^ uf greek and rom. biography .

* CHIONIDE , auteur comique grec , vivait 1 1 Athènes dans le cinquième siècle avant noùfftl

CHIONIDE - CHIRAC

ère. n fut l'un des premiers qui travaillèrent pour le théâtre, et il avait fait représenter plusieurs de ses pièces avant que n'éclatât la guerre des Perses. Il n'est parvenu jusqu'à nous que les titres de trois de ses comédies, les Héros, les Perses, et les Mendiants ( encore cette dernière composition lui est contestée ), et quelques vers épars dans Athénée , quelques motê que d'infatigables philologues ont glanés dans les lexicographes. G. B.

Fabricius, Bibliotheca grasca, H, 482. — Bode, Gesch. der drammatischen Dichtkunst der Hellenen, 11,30.

CHIRAC (Pierre), célèbre médecin français, né à Conques (Aveyron),en 1650, mortle l"mars 1732. Destiné à l'état ecclésiastique par ses parents, qui étaient pauvres, il fit à Rhodez de modestes études, et se rendit ensuite à MontpeUier pour y étudier la théologie. Placé en qualité de précepteur chez le chancelier de l'université, Chicoyneau, qui l'avait distingué parmi ses condisciples , il y prit le goût de la médecine, et renonça sans regret à une carrière pour laquelle il ne s'était jamais senti beaucoup de vocation. Reçu docteur en 1682, Chirac, qui avait fait de l^ûatomie l'objet spécial de ses recherclïes, se mit à enseigner cette science, qu'il regardait comme la base la plus solide de l'art de guérir. Nommé en 1687 à une chaire de médecine, grâce au crédit de Chicoyneau, le jeune professeur justifia par le succès de ses le'oons la faveur qu'il venait d'obtenir. Mais les paisibles fonctions du professorat ne pouvaient suffire à son immense besoin d'activité, et il se faisait nommer en 1692 médecin des armées en Catalogne. Ayant à traiter à la suite du siège de Rosas une épidémie de dyssenterie où échoua l'ipéi cacuanha, il substitua avec succès à ce remède, I encore nouveau, le lait coupé avec la lessive de ; sarment de vigne : traitement qui n'a pas eu i d'imitateurs , que je sache. A peu de distance ; delà, Chirac, dont la réputation s'étendait de jour \ eu jour, était appelé à Rochefort , où sévissait \ une épidémie de fièvres pestilentielles désignées i sous le nom de mal de Siam, et il y déployait i. un dévouement au-dessus de tout éloge. Per- > suadé que l'autopsie pouvait seule lui révéler les causes et la nature d'une maladie jusque alors

■ peu étudiée, il ouvrit ou fit ouvrir sous ses yeux quatre à cinq cents cadavres. Toujours sur la brèche , l'intrépide Esculape ne pouvait échapper au fléau meurtrier qui faisait tant de vic-

■ times autour de lui : il fut frappé ; mais d'avance , il avait tracé d'une main sûre le traitement au- 1 quel il voulait êtse soumis , et dont l'exécution 1 devait être confiée à un simple chirurgien. Il 1 eut l'honneur d'avoir réussi , et , ce qui vaut * mieux encore , le bonheur de survivre. Sa con- I valescence, longue et difficile, ne fut pas perdue ' pour la science : elle lui permit de recueillir les

matériaux de son Traité des fièvres malignes. On ne comprend pas que Chaumeton , l'aiiteur de la notice consacrée à ce médecin dans la

biographie Michaud, et d'autres écrivains après lui , aient passé sous silence cette belle page de la vie de Chirac. Par un inconcevable oubli, Chaumeton ne cite pas même le remarquable ouvrage dont ces faits furent l'occasion.

De retour à Montpellier, après une absence de plusieurs années, Chirac remonta dans sa chaire, et trouva la même faveur dans son auditoire. Ce n'est pas qu'il brillât par la méthode ni par l'élocution ; mais il était rare qu'il ne portât pas la lumière dans les questions qu'il traitait. Lors même que ses idées étaient paradoxales ou communes, l'air d'autorité, le ton convaincu avec lequel il les développait les faisait passer fpour choses nouvelles et profondes. Des discussions scandaleuses s'élevèrent à cette époque entre quelques médecins et lui, pour des motifs assez futiles , et à l'occasion de travaux de peu de valeur. Chirac, il faut le dire , n'y eut pas toujours l'avantage. Emporté par son caractère violent et par une ombrageuse vanité , il manqua à la fois de dignité et de modération. Mais laissons là de puérils déJîats, indignes du mérite et de la gravité des hommes qui y figurèrent , et suivons Chirac dans la nouvelle et brillante carrière qui va s'ouvilr devant lui. Appelé en 1706 par le duc d'Orléans, depuis régent, à le suivi-e dans ses campagnes d'Italie et d'Espagne, et nommé médecin du prince, qu'il avait guéri d'une blessure dangereuse reçue au poignet, le professeur de Montpellier, dont l'ambition n'était pas médiocre, et qui se sentait poussé par le vent de la fortune, vint se fixer à Paris, où il obtint bientôt une vogue prodigieuse. Ici se place un trait de la vie de Chirac que nous n'aurions garde d'oublier, car il suffirait à lui seul pour honorer sa mémoire. C'était en 1720 ; la peste ravageait Marseille , livrée , par la terreur qu'inspirait le fléau, au plus affreux abandon. C'est alors que le médecin du duc d'Orléans , âgé de soixante-dix ans , et arrivé au faîte des honneurs, de la réputation et de la fortune , voulut aller offrir ea personne à la cité désolée le secours de son expérience et de son dévouement. Il fallxit pour l'empêcher de partir que son illustre client lui eu intimât l'ordre. Le prince ne lui laissa pour dédommagement que le soin de présider à toutes les mesures qui pourraient être prises pour secourir les Marseillais ; et Chirac dut se résigner à envoyer à sa place le fils de son ancien protecteur, Chicoyneau, devenu son gendre. Nommé successivement associé libre de l'Académie des sciences, surintendant du Jardin des plantes et premier médecin de Louis XV, qui l'avait anobli, ce grand praticien poussa jusqu'à l'âge de quatrevingt-deux ans son active carrière, s'occupant de son art jusqu'aux dernieis moments de sa vie. Il mourut à Marly , à l'âge de quatre-vingtdeux ans, d'une fluvion de poitrine.

Chirac a été jugé diversement. Élevé par les uns à la hauteur d'un réformateur, il n'aurait, selon d'autres , dû sa renommée qu'à des succès

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