CHARTRES — CHAS
France. Le jour où l'héroïne tomba au pouvoir ides ennemis, Renaud écrivit aux habitants de iReims une lettre dont l'analyse a été conservée à l'histoire , et que l'histoire doit flétrir. « Il donna advis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Cornpiègne, et comme elle ne vouloit croire conseil , ains ( mais ) faisoit tout à son plaisir; qu'il estoit venu vers le roy ung jeune pastour, gardeur de brebys des montaignes de Gévaudan en l'évesché de Mande , lequel disoit ne plus ne«ioins que avoit faict la Pucelle, et qu'il avoit commandement de Dieu d'aller avec les gens du roy. . . et que Dieu avoit souffert prendre Jehanne la Pucelle, pour ce qu'elle s'estoit constituée en orgueil , et pour les riches habitz qu'elle avoit priz ; et qu'elle n'avoitjfaictce que Dieu lu y avoit commandé, ains avoit faict sa volonté. » (1) L'auteur de cette letti'e, qui osait railler l'héroïsme, était digne de son suffragant , Pierre Cauchon ( évêque de Beau vais), sur le territoire duquel la Pucelle avait été prise , et qui revendiqua le droit de la juger. Il n'usa pas même d'une remontrance envers ce sufTragant, pour lui enlever sa victime (2). Ministre de Charles VU, il se garda de lui conseiller un recours au pape, pendant les douze mois qui s'écoulèrent entre l'arrestation de Jeanne et son supplice.
Cependand Renaud de Chartres sut se ménager jusqu'à sa mort la confiance et les faveurs croissantes du monarque. Le 17 juillet 1429 il avait, comme archevêque de Reims et premier pair de France , sacré le roi. Au mois de septembre suivant, il fut adjoint à Charles de Bourbon et au comte de Vendôme , pour le gouvernement de l'Ile de France et du Beauvoisis. Sou crédit personnel , si ce n'est son influence politique , survécut même au«. révolutions de palais qui, en détruisant successivement les favoris du roi, finirent par dessiller les yeux de ce prince et le firent entrer dans des voies nouvelles. Renaud de Charti'es présida comme négociateur eu comme pontife aux unions de Charles de Bourbon (1424) avec Agnès de Bourgogne; de Louis, dauphin (juin 1436), avec Marguerite d'Ecosse; d'Iolande, fille du roi ( août 1436 ), avec Amédée IX de Savoie ; de Catherine , sœur de la précédente princesse (juin 1438), avec le comte de
(1) Extrait de la lettre originale de Renaud de Chartres, fait par Jean Roger, cbroniqueur du seizième au dix-septième siècle. Voy. Quicherat, Procès de la Pucelle, t. v, page 168.
{ 2) Pierre Cauchon, voué, comme on sait, aux Anglais, assouvissait contre la vierge innocente une vindicte particulière : Au retour de Reiras, en i429, la présence de la T'ucelle et l'élan national qu'elle entraînait avalent suffi pour susciter à Beauvais l'insurrection des habitants -. ceux-ci après avoir expulsé Pierre Cauchon, leur seigneur à la fois temporel et spirituel, arborèrcntimmédiatement le drapeau du roi dé France. Telle était la source de son anifuosité personnelle. Renaud de Chartres, s'il avait été pourvu d'une âme élevée, devait se sentir lié envers la Pucelle par une obligation tout opposée ; car c'était elle aussi qui avait reconquis Reims surjes Anglais, et qui, en restituant la cité du sacre au roi de France, avait rendu à Renaud de Chartres sa pairie et son siège métropolitain,
NOUV. BIOGR. DNITERS. — T. X.
Charolais , plus connu sous le nom de Charles le Téméraire; et de Charles d'Orléans (novembre 1440 ) avec Marie de Clèves. Indépendamment des bénéfices ecclésiastiques ci-dessus mentionnés , Renaud de Chartres eut encore le prieuré commendataire de Saint-Pourçain,- transféré en 1435 de Reims à Embrun (translation que du reste il n'accepta point ) ; puis il fut administrateur des éghses d'Agde (1435) et d'Orléans (1439), reçut enfin, le 28 décembre de cette dernière année, la pourpre romaine des mains du pape Eugène IV, sur les instances du roi de France. En 1435 il fut un des plénipotentiaires qui signèrent le célèbre traité d'Arras, par lequel fut consommée la réconciliation du monarque Français avec le prince bourguignon. En avril 1444, une sorte de congrès définitif s'ouvrit à Tours pour arrêter les bases d'une trêve qui devait être perpétuelle enti'e la France et l'Angleterro. Le cardinal chancelier s'était rendu à. Tours pour prendre part aux négociations-, lorsqu'il mourut subitement, peu de jours avant la signature du traité. Vallet de Viriville.
Galliachristiana nova, tome IX, colonnes 133 à 137. — Anselme et Dufourny , Histoire généalogique de la maison de France, tome VI, page 399. — J. Quicherat, i'rocès de la Pucelle et aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne Darc (Paris I34i-i850, 6 volumes In-S").
CHAS (/. ), jurisconsulte et compilateur français, né à Nîmes, vers 1750, mort vers 1830. Il fit ses études chez les jésuites, puis vint à Paris, où il exerça la profession d'avocat. Le manque de clientelle le força à chercher dans la Uttérature des moyenc d'existence. Peu d'écrivains ont atteint la fécondité de Chas et la facilité avec laquelle il a su trouver des termes élogieux pour chacun des gouvernements qui se sont succédé en France depuis 1784, époque à laquelle Chas pubha son premier ouvrage. Malgré tant d'abondance et de flexibilité. Chas est mort de misère, après avoir vécu plusieurs années de la charité publique. Ses principaux écrits sont : J.-J. Rousseau justifié, en réponse à M. Servan; Neufchâtel, 1784, in-12; — Réflexions sur les immunités ecclésiastiques, considérées dans leur rapport avec les maximes du droit public et l'intérêt national; Paris, 1788, in-8°; avec l'abbé de Montignon; — Esprit, maximes et principes de Fontenelle; 1789, in-12; — Esprit, maximes et principes de D'Alembert, 1789, in-12; — Esprit, maximes et principes de Thomas; 1789, in-12 ;— Esprit, pensées et maximes de l'abbé Maury, député à l'Assemblée nationale; 1791, in-S"; — Histoire philosophique et politique des révolutions d'Angleterrejusqu'à lapaixde 1783;Paris,1799,3voI. in-8°; — Tableau historique et politique de la dissolution et du rétablissement de la monarchie anglaise, depuis 1625 jusgu''en 1702; ibid., 1799, in-S"; — Histoire politique et philosophique de la révolution de l'Amérique septentrionale; ibid., 1800, in-S"; — Sîir Bonaparte, premier consul de la repu-