‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 15 sur 206 · MUSSET · texte numérisé non relu

MUSSET

traire à cette obsession, il rechercha de grossière» ; Ter* que lui inspira cet orageux sentiment à la

fin de cette belle pièce des Souvenirs datée rie 1841, il s'écrie :

distractions, et on a essayé de rejeter sur une femme illustre la responsabilité des tristes faiblesses des dernières années d'Alfred de Musset. Cette interprétation est évidemment fausse. L auteur de Don Paes, de Namouna et de Rolla avait déjà tant donné aux sens, qu'une passion même malheureuse ne pouvait guère avoir sur lui d*influence corruptrice. La vérité est que cette passion le releva un moment, et si elle le laissa retomber trop vite, elle le porta dans l'intervalle ,vers des hauteurs idéales où son génie n'avait pas encore atteint. Ce fut sous cette influence qu'il écrivît, sous le titre de Nuits, les quatre grandes méditations qui parurent dans la Revue des Deux mondes : La Nuit de mai (18 juin 1S3&); La Nuit de décembre (1er décembre 1835); La Nuit d'août (15 août 18,36); Lfi Nuit d'octobre (15 octobre 1837). « Ces quatre pièces , dit M. Sainte-Beuve, marquent la plus haute élévation de son talent lyrique. La Nuit de mai et celle d'Octobre sont les premières pour le jet et l'intarissable veine de la poésie, pour l'expression de la passion âpre et nue. Mais les deux Nuits de décembre et d'août sont délicieuses encore, cette dernière par le mouvement et le sentiment, l'autre par la grâce et la souplesse du tour. Toutes les quatre, elles forment dans leur ensemble une œuvre qu'un même sentiment anime et qui a ses harmonies, ses correspondances habilement ménagées, v Le même critique, comparant les Nuits avec YAllegro et le Penseroso de Milton, a dit : « Dans les Nuits plus terrestres , mais aussi plus humaines de M. de Musset , c'est du dedans que jaillit l'inspiration, la flamme qui colore, le souille qui embaume la nature; ou plutôt le charme consiste dans le mélange, dans l'alliance des deux sources d'impressions, c'est-à-dire d'une douleur si profonde et d'une âme si ouverte encore aux impressions vives. Ce poète, blessé au cœur, qui crie avec de si vrais san- ' glots, a des retours de jeunesse et comme des ' ivresses de printemps. Il se retrouve plus sen- 1 sible qu'auparavant aux innombrables beautés de l'univers, à la verdure, aux fleurs, aux rayons du matin, aux chants des oiseaux. » Dans La Nuit de mai, le poète, accablé par la douleur, se refuse aux sollicitations de sa Muse et ne veut pas chanter son dur martyre, qui, dit-il, « briserait «a lyre comme un roseau ». La Nuit de décembre est un touchant appel à la solitude. La Nuit d'août est comme un retour à la vie, à la jeunesse, à l'amour. • Aime et tu renaîtras», ' dilil :

Apres avoir •©offert, II bot souffrir encore: Il f tut aimer uds ce*»e après avoir aime.

La Nuit d'octobre, la plus passionnée, celle qui se rapporte le plus directement à la passion du poète, se termine par un pardon qu'il accorde et sollicite. On aime à croire qu'il resta sur cette impression clémente; en effet, dans les derniers

Un Jour je fat aime. J'aimais, elle était belle. J'enfouis ce trésor dam mon âme Immortelle Et je l'emporte a Dieu.

La Lettre à M. de Lamartine (1836) (I), qui peint > le même état du cœur, est inséparable des Nuits. Après de pareils accents, admirables sans doute, mais qui ne devaient pas se répéter, on e»|>érart qu'Alfred de Musset aboutirait à des créations plus purement poétiques, plus dégagées de ses émotions personnelles, plus convenables aussi a la maturité de l'âge. Le roman intitulé : La Confession d'un enfant du siècle ne répondit pas à cette attente , bien qu'il révélât dans l'auteur un très-remarquable talent pour le récit en prose. C'était encore le sujet de La Coupe et. tes Lèvres et de Rolla, moins l'ardente poésie de ces deux ouvrages. Cependant on pouvait pardonner et même admirer en quelques endroits cette confession, à condition que ce serait la dernière, et que le poète, laissant franchement son passé de côté, ou n'en tirant parti que dans la mesure permise à un artiste , arriverait enlin à des œuvres plus pures. Il devait être encouragé à cet effort par le succès restreint , mais trèsdistingué, qu'obtenaient en ce moment même les petites pièces qu'il publiait dans la Revue de*

(t) La Lettre à iV. de Lamartine reçut une tardive et sévère réponse. Oans des vers publiés eo ISW, M de Lamartine s'adressant » M. de Musset, bien prés de la quaran'aine, lut disait :

Enfant aux blond* chcveui Jeune homme au cceur de cire. Dont la lèvre a le pli des larmes ou du rire Selon que la beauté qui règne sur te» yeux Eut un regard hier ne» ère ou gracieux; Poétique Jouet de molle poésie.

Qui prends pour passion la vague fantaisie, Bulle d'air coloré dans une bulle d'eau, etc.. Alfred de Musset fut piqué de se voir traité ainsi, et dans le sonnet railleur placé en téte de ses Poétiet nouvelles (1851) il rangea malicieusement parmi le» choies gui t'en allaient >

Les rois, tes dlcnx vaincus, le hasard triomphant, Rosallnde et Saxon, qui me trouvent trop sage, Lamartine vieilli qui me traite en eiifauL Ce malentendu entre deux poètes faits ponr se comprendre aceùtesurla tombe du plu» Jeune.Dans son dit-neuvième Entretien, M. de Lamartine a rendu un touchant hommage « ce frère méconnu. « Ce n'est que depuis sa mort prématurée, dit il , ce nest qu'au moment où j'écris que j'ai ouvert ses volumes fermés pour mol et que j ai Ma enfln ses poésies. Abt combien en les Usant at-Je accusé le sort qui m'a privé d'apprécier el d'aimer pendant qu'il respirait un homme pour lequel je me sens tant d'attraits, et, oseral-Je le dire? tant de tendresse après ta mort! Oh? que ne l'ai Je connu plus tôt'.... O Musset ! pardonne-moi du sein de ton Elysée actuel! Je ne t'avais pas lu alors. Ah! si Je l'avais la. Je l'aurais adressé la parole, |e t'aurais touché ta main, je t'aurais

demandé Ion amitié.. Les Juviinllltés de ta vie el de

tes vers, tes gracieuses mollesses de ta nature ne m'aunlent pas écarté de loi, au contraire; il y a. des faiblesses qui sont an attrait de plus, parce qu'elles mêlent quelque chose de tendre, de compatissant, d'Indulgent à l'amitié, et qu'elles semblent Inviter notre main a soutenir ce qui chancelle et a relever ce qui tombe. » Ces paroles honorent celui qui les a prononcées et relui qui en est l'objet. Noos les avons citées pour les opposer a ccox qui Jugeraient Mouel trop sévèrement.

43 MU Deux Mondes. Deux ébaucltes dramn tiques i m • parfaites, mais passionnées et vigoureuse», André (tel Sarto et Otrenzaccio, avaient mis hors de doute sou aptitude pour le dialogue en prose. Les Caprices de Marianne (1833), Fantasio ( 1834), O/i ne badine pas avec l'amour (1834), La Quenouille de Barberine (1835), Le Chandelier (1835), il ne faut jurer de rien (IH36), petites composition* qui rappellent librement les comédies de Shakspcare, sont des enivres exquises, oit l'observation line, le sentiment l»;ger et tendre, l'esprit, la fantaisie lyrique se combinent avec un rare bonheur. Ijr Caprice (1837), plus rapproché de la peinture du monde réel . est encore charmant , mais trahit déjà un peu de lassitude. Alfred de Musset , comme s'il eût eu conscience de cette lassitude étrange à vingt-sept ans, laissa la comédie pour le récit en prose qui n'exige pas autant de verve et de vivacité. Ses nouvelles : Emmeline (1837), Les deux Maltresses (I&37), Frédéric et Bernerette (1838), Le Fils de Titien ( I83H) , Margot (1 838) , Croisilles (1839), ont bien de la (trace et de l'esprit, et sont écrites d'un stvle rapide, délicat, poétique; mais elles manquent de vérité et décomposition , et les dernières annoncent visiblement la fatigue. Ce n'est pas que le talent de Musset baissât. Quand il s'agissait de piquer au vif dans une prose alerte ou dans de* vers spirituels et •toujours poétiques les ridicules du jour ; quand il s'agissait de pleurer sur la mort de M«* Malibran, de saluer les débuts de M"' Rachel et de M4* Pauline Garcia, son talent se retrouvait tout entier; mais ce n'étaient là quedes accès passagers, et non l'application conliuuc, large et ferme d'un talent sûr de lui. L'incomparable poète de la jeunesse ne devait pas arriver à une féconde maturité. Si on osait répéter le mot cruel de Ilenri Heine, on dirait qu'Alfred de Musset à trente ans était un jeune homme d'un bien beau passé. Nul ne le sentait mieux que le poète lui-même En 1840, chei un de ses plus chers amis, M. Alfred Tattet, dans une nuit d'insomnie, il écrivit ces vers:

J'ai perdu ma force et ma vie, Et ne* awts et 10a gaieté-, J'ai perdu jusqu'à la Oerlé <Jul UiiâaU croire à mon genlc

Quand )'al connu la vente.

J'ai cru que c'était une aoUr; Oiuod icl'aicompriae et sentie, J'en etab dc|a deeusite.

Bt pourtant elle est Immortelle.

Et ctux qui «e sont pas»£t d'elle lcl-l>a* ottt toot ignoré.

bleu parle, il but qu'on lui réponde.

Le seul Won qui tnr reste au monde Est d'avoir quelquefois pleure.

Quand on est arrivé h ce point de découragement, quand on sent avec une telle amettume que l'on ne réalisera jamais la beauté idéale que Ton conçoit, il ne reste pins qu'à, mourir. Alfred de Musset ne savait que faire d'une vie que n'enel imitait plus le charme dn printemps. « Je suis k poêle de la jeunesse, disait-il à son frère; je

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1 dois m'en aller jeune avec le printemps. Je ne voudrais pas passer l'âge de Raphaël, «le Mo/art et de la divine Malibran. » La mort ne vint pas aussi vite qu'd le souhaitait. Il avait d'ailleurs des réveils de talcut qui auraient du le consoler. Deux contes dans le genre de La Fontaine, mats avec plus d.« décence, Simone, Syida, une excellente satire, intitulée : Lu Paresse, sont des beaux témoignage* de sa faculté poétique, dignes de ses beaux jours. Le public, qui l'avait traité fort légèrement du temps de ses chefwl 'oeuvre, lui prodiguait maintenant l'admiration. Ceux qui n'a v aient fait aucune attention à l'exquise fantaisie poétique du Chandelier et de // ne faut jurer de rien, s'émerveillaient du marivaudage prosaïque d'un de ses dernier» proverbes : Il faut qu'une porte sott ouverte ou fermée (18*5). Enlin son talent était si bien reconnu que les oeuvres , toujours aimables mais débiles, de son précooe déclin, Loutson, Bel line, étaient recherchées, applaudies. L'Académie française l'accueillait en 18a*2. La pince de bibltothe-

! cairc au ministère de l'intérieur, qu'il possédait sous Louis-Philippe, et qu'une décision malencontreuse lui avait enlevée en 1848, lui était rendue sous l'eiiqNre. Tout semblait devoir assurer le repos et la considération de son âge mûr lorsqu'il mourut subitement, dans la nuit du |<rmai 1857, d'une maladie de cœur. Il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif sur ce poète si aimé , 6i admiré du public choisi , mais qui n'a jamais eu l'autorité et l'influence de quelques autres talents contemporains. Cependant il est permis de penser que l'avenir lui assignera une des premières places parmi les poètes du dix-neuvième siècle. Aucun de ses illustres contemporains ne l'a tuqiassé pour la spontanéité du génie poétique, pour l'ardente et sincère expression de la passion , |>our la vivacité, la grâce et l'éclat de l'esprit; aucun ne représente plus Itdèletnent que lui cette disposition troublée, cette inquiétude desâmes.ce mélange de scepticisme et d'aspirations religieuses qui caractérisent notre époque.

Voici les titres de ses ouvrages : Contes d'Espagne el d'Italie; Paris, 1830, in-8'; — Un Spectacle dans un fauteuil, it<c livraison, contenant deux pièces dramatiques et un conte, le tout en vers; Paris, 1832, in-8*; 2' livraison,

! contenant des scènes en prose; Paris, 1834,

• 2 vol. in-8"; — La Confession d'un enfant du siècle; Paris, 1836, 2 vol. in-8°; édit. revue et corrigée; Paris ( aiarpentier). 1840- 1845, m- 12; — Poésies complètes; Paris, 1838, in- 12; nouv. édit., corrigée et ties-augmentée; Paris, 1847-1849; f" partie, Contes d'Espagne et

' d'Italie (1830); Poésies diverses ; 2e part.,C7/i

| Spectacle dans un fauteuil; 3* part., Poesits nouvelles (1835-1840); — Les deux Mai-

'■ tresses ; Frédéric et Bernerette i Paris, 1840, 2 vol. iu-8*; — Comédies et Proverbes; Paris

i (Charpentier), 1840, 1848, 1851, in-12, conte-

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