‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 14 sur 206 · ET · texte numérisé non relu

ET

dont le poète l'a recouvert (l). Le sujet, qu'il serait impossible d'analyser ici, est, sous une autre forme, le même que celui de La Coupe et les Lèvres; c'est encore, dans un cœur envahi par la débauche , l'amour qui apparaît an dernier moment et meurt au contact du vice.

Telles étaient les peintures dans lesquelles Alfred de Musset se complaisait lorsque s'accomplit un des événements les plus importants de sa vie morale et littéraire. Cet épisode a exercé une telle influence sur son talent , il a été tant de fois raconté par les deux personnes qui y étaient le plus directement intéressées et si injurieusement commenté par d'autres, qu'il est permis d'en dire quelques mots dans le but de rétablir la vérité. En 1833 commença entre l'auteur de Namouna et la femme célèbre qui signait i du pseudonyme de George Sand une liaison qui devait être ia grande, l'unique passion sérieuse de sa vie (2). Les deux poêles voyagèrent en Italie dans l'hiver de 1833-1834, et s'arrêtèrent à Venise. Là Alfred de Musset fut atteint d'une fièvre cérébrale qui mit ses jours en danger. A peine convalescent, il quitta Venise, mais seul. Dix ans plus tard , dans des vers a son frère revenant d'Italie, il lui demandait s'il avait trouvé son pauvre cœur resté à Venise. Les souvenir* de cet amour gardèrent pour lui un charme qu'il subissait encore même lorsqu'il semblait le maudire. On a dit que pour se sous-

(1) Ce déplorable abus de la poésie eat tortout sensible dans la peinture du sommeil de la Jeune fille qui est le dernier amour de Boita.

Est-ce sur de la neige ou sur une statue Que celte lampe d'or, dans l'ombre suspendue, Fait onduler l'aïur de ce rideau tremblant ? Non, la neige est plus pale et le marbre est moins blanc. C'e»t un enfant qui dort. — Sur se* lèvres ouvertes Volllge par Instants un faible et doux soupir ; Un soupir plus léser que ceux de* algues vertes Quand le soir sur les mers volUgc le téphlr...

C'est un enfant qui dort sous ce* cp.ils rideaux.

Une enf>n t de quinze ans. — presque une leune femme ;

Rien n'est encor forme dans cet être char m int.

Les pas silencieux du prêtre dans l'enceinte Font tressaillir le cœur d'une terreur moins sainte, O vierge ! que le bruit de tes soupirs légers. Regarde! cette chamvrc et ce» Irais orangers, Ces livres, ce métier, cette branche bCnite Qui sp penche en pleurant sur un vieux crucifix - Ne chercherait- on pas le rouet de Marguerite Dans ce mélaocollque et chaste paradis ? . . . .

Et ce qui suit Jusqu'à ces vers :

Oh! la fleur de l'Eden. pourquoi l'as-tu fanée, Insouciante enfant, belle Ét é aux blonds cheveux ?

Les lecteurs de' Rolla savent qnelle est cette vierg ■ et ce qu'est ce paradis Dans ces fraîches et éclatantes couleur*, des couleurs dignes de l'Kden. appliquées a des objets équivoques et Impurs on a l'Image de la poésie de Musset avant la passion qui lui Inspira les poèmes des Nuit».

[i Sur cette liaison, qui a donné lira récemment i deux regreitab'es publications : Elle et Lui, de George Sand ; Lui et Elle, de P.«ul de >lus*ct. Il faut lire la première de* Lettre» d'un royayeur dr C.eorgr San:!, publiée dans la Revue âe$ Deux Mondn IIS mai 1M») ; on trouve la un magnifique portrait d'Alfred de Musset a vingt-trois ans, portrait Ddéte, quoique tracé par une main passionne.

Page 1