OBSERVATION XI
Note sur une léiomyome solitaire de la peau par M. Ch. Audry (Toulouse). Annales de dermatologie el de syphilis 1988.
Voici une observation pour servir à l'histoire chnique et histologique des myomes de la peau.
Une robuste jeune femme de trente-deux ans se plaignait d'une petite tumeur qui oceupait la peau du bras gauche au niveau de l'insertion deltoïdienne et sur la face postérieure du membre. Elle ne savait pas du tout à quoi en attribuer l'origine et savait seulement qu'elle la portait depuis plus de dix ans; elle ignorait du reste si elle l'avait auparavant. A cette époque elle était constituée par un petit grain, qui s'était accru avec une extrème lenteur. Il n'y avait jamais eu de douleurs vives, cependant la tumeur était devenue un peu sensible depuis quelques mois.
Au point indiqué il yavait une petite néoplasie grosse comme un pois, enchâssée dans le derme. L'épiderme qui la recouvrait était au niveau de l'épiderme voisin. Cependant, il adhérait manifestement à la petite masse intradermique. Celle-ci était très superficielle. Arrondie, elle avait une consistance très ferme, élastique, sa couleur était celle de la gelée de pomme, c’està-dire d’un jaune brun, légèrement rougeûtre. Il n'y avait pas d'inflammation ni de vascularisation au pourtour, pas d'adhérences aux parties profondes.
Je pensai à un myome de la peau et l'excisai. Le nodule était composé par un tissu compact blanchâtre, fibroïde, baignant dans le tissu cellulo-graisseux. Il n'était pas enkysté.
Alcool. Essence de cèdre, Coloration par l'hématéine (éosine et picrofuchsine) le bleu polychrome (glycerinæthermischung, bleu, fuchsine orange au tanin) orcéine, picro-carmin de Ranvier L'orcéine avec le bleu polychrome et de picro-carmin de Ranvier donnèrent les meilleurs renseignements.
NO ie
£piderme. Un peu d'amincissement de la couche cornée et de la couche granuleuse. Eléidine normale, kératohyaline peu abondante.Espace périnucléaire des cellulesmalpighiennes très accusé.
Dans son ensemble, l'épithélium semble un peu épaissi aux dépens du corps muqueux, les papilles sont très prononcées.
Au demeurant, l'épithélium est sensiblement normal. Derme papillaire absolument sain.
Poils et glandes. Dans leur structure ils sont normaux, mais leur topographie présente des particularités remarquables.
La néoplasie étant globuleuse, apparaît circulaire sur les coupes; elle se rapproche de l’épiderme par son sommet, qui-est d’ailleurs fortement aplati. Nulle part les poils et les glandes ne pénètrent dans le néoplasme même, mais sur les bords ils occupent leur étage normal. Au fur et à mesure qu'on se rapproche du pôle de la tumeur, le tissu conjonctif normal où ils baignent diminue d'épaisseur, et ils peuvent de moins en moins s'allonger. En fin de compte ils arrivent à disparaitre presque complètement entre la tumeur et l’épiderme; cependant, dans la mince couche de tissu cellulaire sous-jacente à l’épithélium, on retrouve en deux ou trois points des poils, avec leur gaine sébacée, fortement comprimée, repoussée en dehors, refoulée presque dans les papilles mêmes.
Ainsi le néoplasme nous apparait comme développé au niveau ou un peu au-dessous du niveau des follicules pileux.
Tumeur. — La tumeur mème baigne positivement dans le tissu conjonclif, dont rien ne la sépare d'une manière brusque et nette. Le tissu conjonctif est entièrement sain, complètement dépourvu d'inflammation, et avec un réseau élastique normal.
Examinées à un faible grossissement, les coupes, colorées à l'orcéine, offraient au niveau du néoplasme un premier caractère frappant. la raréfaction considérable du réseau élastique. Cette raréfaction s'annonce assez brusquement. Dans l'aile du néoplasme, on retrouve çà et là des travées élastiques dispersées, dissociées les unes dans les autres, encore robustes, non morcelées ni rongées, mais séparées par le tissu fondamental de la
tumeur, issu qui n'en présente point de (races.
Kobe
Le tissu du néoplasme est formé par des éléments extremement allongés, tous plus ou moins parallèles, qui paraissent plexiformes sur les préparations montées dans la résine de Dammar, mais plus homogènes, plus denses sur les coupes colorées du picro-carmin el montées dans la glycérine. Ces éléments franchement fusiformes sont colorés en rose jaunâtre par le carmin, et leur noyau est également allongé et fusiforme. Ce sont des fibres musculaires lisses, faciles à distinguer des cloisons conjonctives qu'on retrouve encore dans l'intimité même du tissu néoplasique. Elles sont dirigées dans tous les sens, coupées sous deux angles variables et, dans quelques points, nettement et solidement fasciculées.
Cette masse musculaire baigne, comme on l’a vu, dans une atmosphère de tissu conjonctif ordinaire très mince du côté du Üüssu cellulo-graisseux. Elle n'a évidemment aucune connexion avec les organes profonds.
Il est extrêmement probable qu'elle représente une hypertrophie des arrecteurs des poils, peut-être d’un seul poil disparu ou refoulé. Sur la marge, en un point, on voit manifestement une bande de fibres lisses se dégager, plonger en plein tissu cellulaire, et aller s'appliquer sur une gaine pilo-sébacée. Il n'y
avait pas de vaisseaux dans le tissu néoplasique.