‹ Nouvelle Contribution à l'Étude des Myomes de la PeauChapitre 33 sur 35 · A: LA · texte numérisé non relu

A: LA

Guidé par ces résultats, M. Carle fit une seconde opération le 20 septembre. Après avoir curetté toute la surface malade et fait disparaitre toutes les granulations, il cautérisa fortement la région, insistant surtout sur les bords et au niveau des points ulcérés. Malgré une suppuration en nappe assez abondante les jours suivants et un arrêt de quelques jours, l'épidermisation reprit son œuvre toujours de la même manière, gagnant concentriquement de la périphérie au centre,

On pansa la malade à l'acide picrique ou au nitrate d'argent sur les points trop exubérants. Quelques pointes de feu localisées quand de petites ulcérations paraissaient vouloir se former.

Actuellement la plus grande partie de la lésion est recouverte d'épiderme solide. Au centre persiste une portion grosse comme une pièce de 2 francs avec un épiderme aminci et fragile, qui semble, par sa continuation directe avec l’épiderme ambiant,

devoir en prendre peu à peu les caractères.

Examen histologique d’un fragment prélevé dans le point le plus bourgeonnant du bourrelel fau niveau de l'ulcération

sourcilière).

Au microscope, les coupes semblent avoir intéressé le bourgeon suivant un sens perpendiculaire à son axe central, car on constate à sa périphérie une coque hémorragique qui fait un anneau complet. Cette coque hémorragique est relativement récente.

Il y a bien par places du caillot récent fibrineux et déjà hyalin, mas la plus grande partie de l'anneau hémorragique est fourni par des globules rouges emprisonnés par de la fibrine fibrillaire. En un point immédiatement sous-jacent à la coque hémorragique on trouve une petite lunule d'épithélium du type malpighien. En dehors d'elle, l'axe du bourgeon présente une constitution exclusivement cellulaire qui, suivant les points que l'on observe, présente des caractères histologiques différents,

Pour une grande part, cette partie centrale offre des cellules

fusiformes, souvent assez volumineuses, à noyau bien visible, à fuseau protoplasmique un peu rose. Ces cellules fusiformes sont dispersées en tourbillons de faible amplitude. Les traînées qui exécutent les tourbillons sont souvent en continuité de tissu avec des cellules fusiformes anssi, mais plus allongées, plus minces, qui prennent un protoplasma contenant, lui, une substance qui, au picro-carmin, prend une (einte rouge acajou. Enfin ces dernières cellules prennent une petite striation fine suivant leur grand axe. Le noyau de ces dernières cellules ne paraît plus vésiculeux et prend une forme en bâtonnet, Ces dernières cellules sont incontestablement des fibres musculaires lisses qui sont très aisées à distinguer des autres cellules fusiformes, et l’on passe des unesaux autres par des transitionsinsensibles.On peutse demander si, véritablement, il y a des formes cellulaires plusembryonnaires. En effet, 1l y a dans cette partie centrale du bourgeon des zones de cellules rondes à protoplasma vésiculaire à peine visible, à noyau bourgeonnant et peu homogène. Mais ces zones de cellules rondes peuvent tout aussi bien être des cellules dues à une infection de surface. Toutefois, rien ne permet dans le cas particulier de la distinguer nettement, et l'on ne peut pas dire si vraiment elles répondent à des points dits « sarcomateux » de la tumeur, ou à des points d’inflammation banale superficielle, Toutefois, le diagnostic de léiomyome est indiscutable. Sa qualité de tumeur jouissant au moins d’une certaine malignité est surabondamment prouvée par les formes de cellules en fuseau sans

substance musculaire.

En sl.

OBSERVATION XXII (inédite).

(Due à l'obligeance de M. le professeur agrégé Gangolphe.)

Epithélioma de la paupière inférieure.

N.. Marie-Louise, vingt-sept ans, couturière, entre le 22 juillet 1899 dans le service de M. Gangolphe.

Pas d’antécédents héréditaires, n1 personnels.

Début, il y a dix mois, par une petite tumeur indolore de la grosseur d'une tête d'épingle de verre, siégeant au milieu de la conjonctive de la paupière inférieure. L'ablation a été faite aussitôt. Depuis, la tumeur a récidivé cinq fois, devenant toujours de plus en plus volumineuse, restant toujours indolore. La dernière ablation remonte à deux mois. La tumeur na jamais été aussi volumineuse ; elle repousse en avant toute la paupière inférieure et fait saillie par-dessus, recouvrant en partie le globe oculaire quand la malade ouvreles yeux. L'œæil est sain ; la vision est conservée sans aucune altération, Un peu de strabisme interne du côté de l'œil malade.

Ganglions le long de la carotide.

Urine : pas d'albumine.

27 juillet. — On fait l'ablation de la tumeur en conservant la peau de la paupière.

27 Septembre 1899. — La tumeur a récidivé pour la septième fois et l'on fait l'ablation totale de la paupière inférieure.

10 novembre 1900. — La malade va très bien: son œil est complètement guéri ; elle ne souffre pas, la tumeur a complète-

ment disparu et aucune autre grosseur n'est apparue, Examen histologique pratiqué par M. leprofesseur agrégé Paviot. Tumeur de la paupière inférieure.

Les coupes montrent une tumeur étalée en surface, très fragile, Le,

reposant sur un tissu conjonctif infiltré d'hémorragies plus ou

TOI EE moins étendues; sa surface, au contraire, est à nu et parait en désintégration,

Histologiquement et à un faible grossissement, la tumeur ne paraît constituée que par de petites cellules rondes et dépourvues de stroma. À un fort grossissement, la plus grande partie de cette nappe est bien en effet constituée par de petites cellules se touchant toutes,ne paraissant pas avoir de limites cellulaires nettes ; le noyau est vésiculaire, mais bourgeonnant, plongeant dans un protoplasma peu abondant, granuleux et légèrement jaunâtre. Mais en différents points, et surtout vers la profondeur, par îlots, les cellules deviennent fusiformes, certaines prennent un corps protoplasmique fusiforme très allongé, et quelques-unes enfin offrent l'aspect assezcaractéristique defibres, cellules, avec fuseau musculaire rouge acajou. Ces points sont malheureusement trop peu nombreux pour qu'on puisse affirmer à coup sûr que l’on à affaire à un létomyome malin. Cependant, en éliminantlelymphosarcome par l'absence de réticulum adénoïde, la tumeur sudoripare par l'absence de formation tubulaire, la tumeur sébacée par l'aspect des cellules, c'est bien la (umeur musculaire lisse maligne au moins localement qui paraît le plus probable,

OBSERVATION XXII (inédite).

(Due à l'obligeance de M. le D' Albertin, chirurgien des Hôpitaux

de Lyon.)

S. L. âgé de trente et un ans, entre à la salle Carnot pour une tumeur de la région sus-hyoïdienne latérale gauche. Comme antécédent, rien de particulier à noter.

Bonne santé habituelle ; pas d'apparence strumeuse.

La tumeur à commencé il y a deux ans par une glande souscutanée indolore. Elle a aujourd’hui le volume d’une noix et paraît assez mobile sur les plans profonds. Les caractères de consistance, de forme, font penser à un gros ganglion cervical

chroniquement enflammé.

EN

11 y a même en un point un peu d'adhérence de la peau. On décide de pratiquer l’ablation de la tumeur.

Le malade est opéré au mois de janvier 1898. Après incision de la peau, on essaye d’énucléer la tumeur, mais on éprouve la plus grande difficulté à cause des adhérences cellulo-fibreuses périphériques. Le centre de la tumeur est un peu ramolli et on relire une substance rougeâtre, mise de côté pour être examinée au point de vue histologique. On complète l'intervention par l'ablation à la curette du contenu de la loge, on cautérise au chlorure de zine et on draine. Au bout de quinze jours la plaie est presque cicatrisée, il reste une petite fistule et le malade quitte l'hôpital. On lui recommande de revenir si la plaie ne se ferme pas. La suppuration à continué jusqu'au mois de mars, où elle à presque cessé; mais elle revient bientôt plus abondante qu'auparavant.

Trois mois après, le malade revient, présentant une récidive in situ de la tumeur. On constate une large excavation au niveau du siège primitif de la tumeur. Le fond de cette cavité a l'aspect bourgeonnant, la peau est envahie par l'ulcération. Le volume de la tumeur s'est acru; celle-ci occupe la région sushyoïdienne latérale et empiète sur la région cervicale. Le 9 août 1898, on enlève avec les doigts et sans hémorragie cette tumeur du volume du poing.

On fait un curettage en surface et on panse à plat.

On envoie au laboratoire d'anatomie pathologique un morceau de peau de la région sus-hyoïdienne avoisinant et recouvrant la tumeur.

Les surfaces n'ont aucune tendance à la cicatrisation et donnent lieu à un suintement très abondant.

L'élal général du malade s'est modifié, Il devient cachectique. Après être resté quinze jours à l'hôpital, il en sort pour rentrer chez lui, Nous ignorons ce qu'il est advenu, mais il est probable que ce malade est mort de cachexie progressive.

Le pronostic porté par M. Albertin s’est vérifié. Nous avons appris en effet que le malade est mort le 25 mai 1899, neuf mois après la seconde opération,

RÉSUARE

On fitle diagnostic de tumeur maligne ganglionnaire récidivée dans la coque ganglionnaire qui n'avait pas été enlevée.

L'examen histologique démontra que l'on avait affaire à un liéomyome cutané malin.

En résumé, myome cervical latéral ayant évolué avec les caractères d’une tumeur maligne, c’est-à-dire ayant récidivé

sur place et produit de la cachexie générale.

Examen histologique fait par M. le professeur agrégé Paviol.

La plus grande partie du tissu néoplasique, que nous avons observé dans nos coupes, est représenté par une nappe de petites cellules rondes, étendues à la face profonde du derme avec quelques îlots cependant, serrés çà et là dans l'épaisseur de celui-ci, et surtout dans la loge connective lâche des glomérules sudoripares.

Sur nos coupes on peut voir trois couches de cellules néoplasiques superposées de la profondeur vers la surface. Plus profondément on a affaire à des cellules rondes à noyau pâle, vésiculeux, toujours muni d'un à deux nucléoles; leur protoplasma est nettement visible et jaunâtre. Plus superficiellement, c'est une couche de cellules très embryonnaires, presque réduites à leur noyau vigoureusement coloré. Enfin, à la face profonde du derme, semblant dériver directement des deux couches profondes, est une nappe presque continue de fibres musculaires lisses, bien reconnaissables à leur fuseau musculaire rouge acajou, un peu pâle mais net.

Nulle part, même dans les zones à cellules rondes, 1l n’y a de réticulum adénoïde apparent.

Il ne s'agit donc sûrement pas d’un lymphosarcome; d'ailleurs, dans la portion où la tumeur n'est formée que de cellules rondes, celles-ci sont trop inégales, à protoplasma trop visible pour être des globules blancs.

Ce protoplasma jaunâtre, bien visible, pourrait à la rigueur se voir dans les cellules d'un néoplasme des glandes sébacées ; toutefois, nous aurions rencontré des cellules plus adultes,

Mises

offrant de véritables granulations graisseuses. Il n'en a rien été.

Il ne s'agit pas non plus d'un néoplasme sudoripare ; car le protoplasma de ces cellules rondes n'est pas assez clair pour un épithélium sudoripare.

En définitive, le diagnostic le plus probable histologiquement est celui de tumeur musculaire lisse ; mais tumeur maligne, car en grande partie la tumeur est embryonnaire ; ses cellules n'arrivent à former qu'une faible couche musculaire adulte à la périphérie. Le point de départ est probablement les arreclores pilorum.

Léfomyome cutané malin,

OBSERVATION XXIV (inédite).

Nous devons cette observation aux indications que nous a données M. le professeur agrégé A. Pollosson, et surtout aux renseignements recueillis près de M M... parent du malade, et qui a bien voulu nous autoriser à les publier.

M. J... aurait été soigné en 1883 pour diabète ; à cette époque, on a trouvé du sucre dans ses urines.

Le malade, très intelligent, avait une profession demandant beaucoup d'activité. Il se surmena en effet beaucoup, étant en quelques jours successivement à Paris, Bruxelles, Vichy, et en Normandie ; il passait cinq à six nuits sans dormir.

Sur la peau, on trouve une petite tumeur congénitale siégeant à l'épaule droite; son fils, bien portant, porte une tumeur semblable à la même région; un petit-fils, âgé de quelques mois, également bien portant.

Une fille morte en bas âge. A la suite d'une chute, il se serait formé, dans la région lombaire ou sacrée, une excavation pouvant renfermer un œuf, Elle fut opérée par M. le professeur Ollier, 1l y a une vingtaine d'années.

En décembre 1893, le malade, âgé de cinquante-huit ans, vil

survenir à l'extrémité du nez, une petite grosseur du volume

raser

d'une tête d’épingle. Elle n’était pas douloureuse, mais provoquait de violentes démangeaisons, A cause de ses relations, le malade la dissimulait sous un petit pansement. à

Il en accepta facilement l'ablation, qui fut faite dans un département voisin du Rhône.

Le médecin fit une incision, un curettage, et aurait fait un pansement avec une poudre caustique blanche.

La plaie guérit en très peu de temps, mais au bout de deux mois il se produisit une récidive, Le malade se fit opérer une première fois par M, A. Pollosson, puis une deuxième, puis une troisième.

Dans ses nombreux voyages, le malade consulta beaucoup de médecins. Les uns essayèrent le (traitement spécifique, il faut dire que le malade lui-même avait essayé presque tous les médicaments à l'intérieur ; mais les médecins, devant l'allure envahissante de cette affection, auraient préféré pour le malade que ce fût une affection de jeunesse.

Dans un voyage à Paris, le malade alla consulter le D' Darier, Celui-ci préleva à la curette un pelit morceau de la tumeur pour en faire l'examen histologique. Il conclut à un myome, Ce diagnostic fut confirmé par un second examen pratiqué à Lyon par M. le professeur Bard,

Finalement, la tumeur marchait toujours, il fallut enlever le nez. L'ablation fut faite par MM. M. et A, Pollosson, et la pièce pathologique envoyée séance tenante à M, Darier, qui en avait fait la demande en cas d'opération radicale.

Puis le malade porta une pièce artificielle faite par le D: Martin.

Cependant, il continua à souffrir horriblement, surtout les derniers mois, On essaya de calmer ses douleurs par la morphine, qu'on lui donnait sous le nom de valérianate de quinine:; il mourut en décembre 1897, quatre ans après le début de son mal.

as

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