A M. LE COMTE DE GIRCOURT
Ce 22 juillet 1861.
Cher monsieur,
Sans d'extrêmes souffrances, que j'attribue en partie à la chaleur, j'aurais déjà eu l'honneur de vous répondre. Votre jugement est d'ordinaire, pour moi, une règle et une direc-
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tion. Dans le cas de Yiennet pourtant, je résiste. Soit souvenir invétéré, soit prévention littéraire, je ne puis accorder beaucoup plus à ce rimeur intrépide que sa longévité. Il ne parlait que de lui, ne citait que lui, ne pensait qu'à lui, et à la suite de toute cette personnalité outrageante, le talent ne venait pas ; il ne venait que des boutades d'esprit dans ses Fables et Satires. Je suis donc resté un romantique du vieux temps par rapport à Yiennet, et ma plume se briserait dans mes doigts avant de pouvoir aller avec lui au delà d'une certaine estime.
En vous parlant ainsi, je ne vous dissimule pas qu'il y a peut-être un peu des nerfs du malade ou du souffrant. Oh! que j'envie ceux qui peuvent marcher, s'asseoir, se promener à pas lents.
Ces choses si simples, je ne les fais désormais qu'au prix d'intimes douleurs. — Mais à qui viens-je parler de douleurs, à vous qui avez été témoin de tant de souffrances héroïquement et angéliquement supportées !
Agréez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.