A MADEMOISELLE DE SENANCOUR
Ce 12 août 4868.
Mademoiselle,
Je suis profondément reconnaissant de votre bonne lettre et de votre envoi. J'ai lu avec le plus vif intérêt cette sorte
de confession interne et continue. J'en ferai bon usage et vous renverrai bien exactement ToriginaL Si j'avais le plaisir de causer avec vous, je vous ferais voir chez un poète anglais, M. Matthew Arnold, de belles stances à la mémoire d'Oberman, qui sont de Tannée dernière. Quinet a aussi parlé du même Oberman dans son dernier livre sur la Révolution, Tout cela n'est pas sans doute ce que Fauteur luimême ou sa fille pourrait écrire d'exact ou désirer de tout à fait vrai; mais la gloire n'est qu'un grand nuage doré, une sorte de mirage qui plane sur le paysage réel. Oberman vivra, le nom de Senancour ne sera jamais oublié. C'est là un dédommagement pour tant de tristesses obscures, subies avec courage et constance. — Je ne serai moi-même heureux que lorsque, à propos de quelque occasion que je prévois, j'aurai prononcé, dans le Sénat, le nom de l'auteur des Traditions religieuses.
Je suis tout à vous, mademoiselle, avec gratitude et respect.
Ce U août 1868.
Monsieur ^,
J'ai à m'excuser d'un long retard. L'état de ma santé vient souvent à la traverse de tout. J'ai lu les pièces que vous me faites l'honneur de m'adresser. Il m'est difficile d'entrer par lettre dans l'examen que vous paraissez désirer ; permettez-moi de vous dire qu'il est un degré de cri-