A M. CALVERT
Ce 2 décembre 1868.
Cher monsieur,
Oh ! cette fois, je reçois bien décidément le très aimable et si bien étudié Portrait du critique. Comment exprimer comme je le sens ma gratitude pour tant de soin, d'attention pénétrante, de désir d'être agréable tout en restant juste? 11 y avait certes moyen d'insister bien plus sur les variations, les disparates et les défaillances momentanées de la pensée et du jugement à travers celte suite de volumes. C'est toujours un sujet d'étonnement pour moi, et cette fois autant que jamais, de voir comment un lecteur ami et un juge de goût parvient à tirer une figure une et consistante de ce qui ne me paraît à moi-même dans mon souvenir que le cours d'un long fleuve qui va s'épandant un peu au hasard des pentes et désertant continuellement ses rives. De tels portraits comme celui que vous voulez bien m'offrir me rendent un point d'appui et me feraient véritablement croire à moi-même. Et quand je songe à Pimmense quantité d'esprits auxquels vous me présentez sous un aspect si favorable et si magistral dans ce nouveau monde de tant de jeunesse et d'avenir, je me prends d'une sorte de fierté et de courageuse confiance, comme en présence déjà de la postérité.
Le mal auquel vous voulez bien vous intéresser est tout