Voir E. Benoist, Œuvres de Virgile, t. II, Introduction
mier volume quelques digressions qui m'avaient donné ridée qu'on pourrait y en adjoindre quelques autres. Mais ces jeux d'amateur n'étaient point votre fait et vous êtes rentré plus que jamais dans le vrai de la bonne méthode 1 .
J'ai été désolé d'avoir pu manquer d'égards, sans m'en douter, envers ce maître et arbitre des virgiliens, Wagner. Je viens de lui écrire à Dresde pour m'excuser. Veuillez, si vous lui écrivez, lui dire que je réparerai ma faute à une prochaine réimpression.
Me permettrez-vous une observation ? c'est au sujet de votre ponctuation et du sens qu'elle entraîne, au livre 11 de VÉnéide, vers 4-33. Je ne consulte que l'oreille et le courant naturel du sens, et je mets la virgule après Danaum. Manu veut dire par mon courage. Je ne croirai jamais que Virgile ait laissé ce Danaum en l'air pour attendre manu h huit mots de distance. Tela va très bien avec Danaum^ et vices est un de ces mots vagues qui viennent par redoublement ; le Danaum enjambe par-dessus et va rejoindre tela par attraction et entraînement 2.
1. Sainte-Beuve avait d'abord exprimé le désir (Voir Nouveaux Lundis, t. XI, p. 197) de voir se conserver dans les éditions françaises de Virgile, indépendamment de la partie philologique, une certaine part de critique littéraire admirative^ et aussi « quelques accessoires historiques qui fissent ornement». M. Benoist s'empressa, dès le début du second volume de son Virgile, de discuter cette opinion et développa les raisons qui l'empêchaient de s'y ranger. Avec une absence de parti pris et d'entêtement bien rare, Sainte-Beuve le félicite de n'avoir pas suivi son conseil. (G. L.)
2. Il importe pour l'intelligence de cette intéressante discussion, qui montre Sainte-Beuve philologue, de rappeler les vers
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 357 Excusez mon impertinence, mais en ceci j'obéis à un sens intime d'homme qui était né pour faire des vers latinj^.
Agrépz, cher monsieur, tous mes comphments, remerciements et laissez-moi ajouter, mes amitiés.
CCGXVl.
AU MÊME
Ce 29 juin 1869.
Cher monsieur et ami,
Je prends acte de tous vos excellents arguments. Vous me direz si les quelques philologues qui comptent dans notre Université rendent les armes sur la virgule de ce Danaum,
Aujourd'hui, je viens vous prier d'une chose. J'ai écrit pour m'excuser auprès, du respectable Wagner, qui a bien
auxquels il fait allusion. Il teniit pour la ponctuation généralement acceptée en France :
Teslor iii occasu vestro nec tola nec ullas Yitavisse vices Danaum ; et, si fata fuissent Ut caderem, meruisse niann.
M. Benoist, au contraire, avec le philologue hollandais Peerlkamp et toute l'école allemande, mettait un point et virgule après vices et rapportait Dana///// à manu. Il crut devoir maintenir uno opinion qui, à détaut de l'harmonie et de l'oreille invoquées par Sainte-Beuve, avait poui" elle la grammaire et la métrique. Sainte- Beuve tient bon lui aussi ; il reviendra vivement a la charge dans sa lettre du 9 juillet. (G. L.)
voulu me répondre par une belle lettre en latin. Mais j'aimerais à savoir les propres termes de sa plainte pour pou- . voir poser l'appareil à l'endroit juste ea réimprimant. Je vois bien que je lui ai trop retiré en le présentant comme simple annotateur à la suite de Heyne : pourtant c'est bien ainsi quil s'est présenté. Lo cinquième volume qui donne son texte à lui est-il donc le point de départ d'une nouvelle revision critique ? Je ne pourrais, sans bouleverser tout mon article, introduire dans le texte que quelques modifications, mais je compte bien lui faire large part et faire amende honorable dans une note. Si j'avais sous les yeux le texte de son grief, elle en serait meilleure i.
Pardon de tout ce soin et croyez- moi, cher confrère en Virgile,
Tout à vous.
JP.-S. — J'aurai cette semaine, par Klincksieck, l'édition parahilior que vous m'avez indiquée.
1. Dans l'article consacré au tome P'" du Virgile de M. Benoist {Moniteur universel du 2 décembre 1867), Sainte-Beuve avait écrit d'abord : « Wcgner, en donnant la quatrième édition du Virgile (de Heyne) et en se permettant d'y indiquer quelques corrections et d'y ajouter ça et là des perfectionnements... » Wagner se plaignit avec quelque dépit dans une revue allemande de la part assez mince qui lui était faite dans l'œuvre commune des éditeurs de Virgile. Sainte-Beuve s'empressa aussitôt d'écrire au vénérable doyen de la philologie allemande, pour s'excuser d'un manque d'égards involontaire (voir lettre du 16 juin 1869) et dans la réimpression de son article, au tome XI dos Nouveaux Lundis, il modifia (page 178) la phrase citée plus haut, en y ajoutant une note qui rendait pleine justice à « l'arbitre des virgiliens ». C'est une preuve, ajoutée à tant d'autres, des scrupules de Sainte-Beuve en matière de critique et de son désir d'exacte justice. (G. L.)
CGGXVlî.
A M. OCTAVE PIRMEZ.
Paris, ce 30 juin
Monsieur,
Je vous remercie d'avoir pensé à moi pour me faire lire vos Jours de solitude.
C'est toute une jeunesse, toute une vie, — toute celle du moins qui mérite croire vécue et qu'on s'en souvienne.
J'ai repassé avec vous sur bien des traces d'autrefois.
Je vous ai suivi (comme si je me souvenais .moi-mêmej dans les beaux lieux que vous avez parcourus et oii vous avez recueilli et semé bien des rêves.
C'est tout un cycle, naturel et poétique tout ensemble. Vous avez fait Phistoire de bien des pèlerinages et de bien des cœurs.
La philosophie de Marc-Aurèle, qui couronne cette tristesse sereine, est une belle conclusion.
Heureux qui peut y habiter en paix, assez près et assez loin des hommes!
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et de mes sympathies.
CCCXVlll.