A M. GUSTAVE BERTRAND
Ce iO août i869.
Monsieur,
Aucun point de vue parmi ceux auxquels prêtent ces deux volumes ne pouvait me toucher plus au vif que celui que vous présentez. Je suis bien peu juge, étant partie à ce degré ; mais, en vérité, il me semble qu'il y a beaucoup de choses à dire dans le sens où vous avez bien voulu le faire et je vous remercie de l'avoir si bien et si indulgemment indiqué.
Dans ces Portraits, il y a une considération que je me permets de vous soumettre. J'ai toujours été très sensible (plus peut-être qu'il ne faudrait) à ce qu'était la personne d'un auteur. Si cette personne est distinguée, honnête, vertueuse, simple, sensée, sensible ou spirituelle, j'en tiens grand compte dans le jugement de l'œuvre, cette œuvre ne fût-elle pas tout à fait à la hauteur de l'homme. — Si le personnage est violent, grossier, aveugle d'amour-propre, extravagant en doctrine, peu délicat, débauché (et il s'en est vu de tels), j'ai toujours eu peine à ne pas rechercher dans l'œuvre quelque reflet de ces défauts, et mes jugements ou plutôt mes impressions ont dù s'en ressentir : ce qui peut
1. Après un article de la Patrie du 25 juillet 4869 sur les Portraits contemporains.
étonner et choquer, aujourd'hui qu'il n'y a plus que les
œuvre!=^5 et que la personne a disparu.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments très obligés et distingués.
CGCXXIII.