SAINTE-BEUVE
AU MÊME
Ce dimanche soir.
Combien ai-je à vous remercier, monsieur, de tout ce que vous me faites lire d'agréable, de flatteur, et de ce que vous nous préparez de poétique? Si votre lettre-prologue m'a beaucoup fait rougir, vos traductions en vers m'ont charmé. Je serais heureux d'en causer avec vous et je venais le tenter. Veuillez me dire, par un petit mot à la poste, quel jour vous pourriez venir vers sept heures du soir pour que je vous attende.
Recevez, monsieur, l'expression de ma gratitude. Cordiaux sentiments bien distingués.
XIÎl.
AU MÊME
Vendredi.
Vos vers sont charmants, et que vous êtes bon de ne pas m'en croire indigne, malgré mes distances et mes irrégularités! Vous avez vu peut-être que nous en avons mis dans la Revue de Paris d'il y a trois semaines ? Je regrette bien que nous n'ayons pas eu Violette de 7nars et les Glaneurs pour les ajouter au bouquet : mais ce sera pour une pro-
chaîne fois. Soyez de plus en plus sévère et pur dans vos vers, pur à Toreille, pur pour le style ; ne faites pas de mots nouveaux comme espéreiirs. Hélas ! nous en avons trop fait, c'a été notre mal. Le simple et le vrai, quand le poétique y est d'ailleurs, voilà ce qui triomphe.
J'irai vous voir sans faute un de ces après-midi, après quatre heures.
Amitiés.
AU MÊME
Ce jeudi.
Vos vers ont été les bienvenus, monsieur, et les vôtres bien particulièrement.
Je veux cloîtrer mon âme et En voyage sont dignes de tout, même de ce voisinage d'Uhland. Pourquoi ne pas traduire les siens vous-même? Combien les sonnets (d'Écho et la Forêt) me plaisent ! Je suis, par malheur, dans ce moment tout à la prose et pour longtemps. Port-Royal me cloître, mais j'aime à entendre du dehors les voix : cœur très peu contrit, vous le voyez bien. J'espérais, en voyant la belle lune de ces soirs, pouvoir vous aller dire cela bientôt ; mais voilà le déluge revenu. Je n'ai pas du moins voulu tarder plus longtemps à vous redire mes remerciements et tous mes sentiments très dévoués.