DE G. -A
SAINTE-BEUYE.
A M. MARTINET, DE l'académie des BEAUX-ARTS.
Ce 21 octobre.
Cher confrère^
Je viens à yous en soiliciteiii% et pour un ami presque intime, qui a de grands désirs d'être admis comme membre libre dans votre Académie, et qui a des titres par son goût des arts, par les excellents et distingués discours qu'il a prononcés dans les circonstances publiques où il représentait le ministre^ par l'impulsion qu'il donne à cette branche si intéressante du ministère d'État. Cest M. Pelletier. Tout ce que vous pourrez faire pour lui, je vous en serai aussi reconnaissant que si c'était pour moi : ce serait un aimable collègue que vous vous donneriez d'ailleurs, et d'un caractère très sûr. Mais j'oublie que je parle à un juge, à un conclaviste presque, qui ne doit compte à personne de son vote. Chut ! excusez-moi, cher confrère, et croyez-moi bien tout à vous^.
A M. MEYERj INSPECTEUR PRIMAIRE.
. . . Montesquieu parlait volontiers par traits, en images.
1. On regrette qu'une autre lettre de Sainte-Beuve à M. Martinet, recommandant la candidature de Barye à l'Académie des Beaux-Arts, ne se soit pas retrouvée. Elle avait été dictée par Sainte-Beuve à son secrétaire.
Pour la religion^ je crois, malgré tout, qu'il n'en a\ait guère qu'un respect politique et social. Dans ses Pensées^ on lit que la dévotion, c'est' Vidée qu'on vaut mieux qu'un autre. Je crois cela bien plus le fond de sa pensée que ses belles paroles tant citées, et qui ne sont que des précautions magnifiques peut-être ; mais il vaut mieux ne pas fouiller au delà. 11 avait, selon moi, une forte tête avant tout, et méprisant toute sorte de choses (comme il le laissa échapper dans les Lettres persanes) ; il se contint depuis, et ne parla plus qu'avec sérieux, sentant au moins la grandeur de l'invention sociale, sinon de la nature humaine.
A M. POULET-MALASSIS
Ce ii décembre.
Monsieur,
Je m'étais dit une bonne partie des choses que vous me dites, lorsque j'ai reçu la visite de mon ancien camarade G..., que je n'avais pas vu depuis des années. 11 ne m'a plus paru en état de mener à fin ce qu'il avait projeté et avancé il y a déjà longtemps. Il faudrait lui adjoindre un coilaboraleur effectifs et je ne sais si ce sera possible. Si je savais quelqu'un de propre à cette lâche, je l'indiquerais et à vous et à lui.
J'ai relu mon traité avec Charpentier, sur le Tableau de la poésie française au xvi^ siècle. Je suis libre en effet de réimprimer dans un autre format que le sien, et plus
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 385 grand. Nous pourrons donc y penser, monsieur, et, dès que je serai libre de l'impression de Port- Roy al^ j'aviserai à perfectionner ce volume et à le rafraîchir d'érudition pour le rendre digne des autres ornements que \ous méditez.
Agréez, monsieur, mes remerciements et l'expression de mes sentiments très distingués.
XYIII.
A M. F. POUY, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE, A AMIENS.
Paris, 29 mai.
Monsieur,
Je sais très peu de chose sur le passé de ma famille paternelle, et, ce peu, je l'ai su d'une tante qui a élevé mon enfance. Mon grand-père et mon arrière-grand-père paternels étaient de Moreuil, où ils étaient notables ou maires, du moins le bisaïeul. C'est dans les registres de l'état civil de Moreuil, où mon père est né également, que vous pourrez trouver la réponse la plus probable à la question sur laquelle je regrette de ne pouvoir mieux vous renseigner.
Je recevrai et lirai avec plaisir le travail que vous me faites l'honneur de m'annoncer.
Ce 5 avril.
Monsieur 1,
11 me serait très agréable de vous répondre en vous prêtant l'unique petit volume que j'ai des Lettres neuchateloises : par malheur, il est déjà prêté et promis encore après de deux côtés. Je ne crois pas qu'on en ait d'autre ici : on en aurait, je crois, de Neuchatel, en écrivant aux imprimeurs Pelitpierre et Prince^ qui ont fait la réimpression il y a quelques années ; cette réimpression est suffisamment exacte^ sauf un mot qui gâte une jolie scène : c'est quand Meyer se baisse et baise la rohe ûq mademoiselle Prise : on a mis la main dans la réimpression. Lorsque mon petit exemplaire aura fait son tour^ si, monsieur, votre envie n'est point passée, et si vous n'avez point écrit à Neuchatel, je me ferai un plaisir de vous satisfaire.
Veuillez recevoir, monsieur, mes remerciements pour une attention si flatteuse et l'expression de ma parfaite considération.
Jeudi 17.
Monsieur,
Je ne puis qu'être infiniment reconnaissant de votre ai-
1 . La sLîscription de cette lettre et des suivantes n'a pas été donnée par la personne qui les a communiquées.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 387 mable attention „ Votre morceau me parait plein de vues justes et même, dans les reproches que vous faites, je ne contesterai pas. C'est le remède qui est difficile : le tirage se fera sans doute, mais est-ce nous-mêmes qui pouvons le faire? Je suis bien persuadé qu'on pourrait composer une admirable anthologie avec des vers contemporains; mais, si une telle collection choisie pouvait s'entreprendre, ce ne serait pas en France, où les auteurs et les libraires ne le permettraient pas : on se ferait toute sorte de mauvaises affaires et même des procès. Il faudrait acheter au poids de l'or ces vers choisis de nos grands poètes. Si on vivait en Suisse ou en Belgique, on pourrait sans trop de remords risquer une telle entreprise; ce n'est que moyennant un tel détour que votre vœu pourrait être rempli.
Merci toujours, monsieur, de Tavoir exprimé en voulant bien y joindre d'une manière si honorable mon nom et croyez à mon sentiment de gratitude et de considération bien distinguée.
Ce ^s janvier.
Monsieur,
J'ai le tort do ne vous avoir pas encore écrit selon votre désir pour vous exprimer un avis sur les papiers que je tiens de votre aimable confiance. Ce que j'ai lu me paraît, monsieur, trè^ digne d'estime et vous avoir demandé beaucoup de recherches en effet.; pour la forme cependant,
j'aurais quelques observations à vous adresser : et aussi sur les jugements que vous portez quelquefois. Il m'est impossible, par exemple, d'entendre qualifier d'entreprises gigantesques des compilations comme le Dictionnaire de la Conversation, assez mauvais ouvrage où il peut se rencontrer quelques bons articles. Ce n'est guère qu'en causant que je pourrais entrer dans ces détails. Voulez-vous venir reprendre un de ces jours votre manuscrit ? Je le tiendrai demain mercredi à votre disposition, à trois heures.
Agréez, monsieur^ l'expression de mes sentiments très distingués et très obligés.
Ce 20.
Je voudrais bien vous aller rendre réponse, chèré madame, ce soir à dîner, mais j'ai invité l'abbé de Cazalès à un dîner maigre : ainsi je suis empêché. Mon maître grec s'appelle Pantasidès il est né au Pinde, mais il demeure ri\Q Mazarine^ 13. Il est très capable; je crains seulement qu'il ne nous quitte dans peu de temps pour aller à Marseille suivre l'éducation de jeunes Grecs qui y sont. Pourtant, comme ce dernier point n'est pas encore décidé, je vais lui parler demain, car je le vois. Je lui demanderai
1. Voir sur cet excellent homme le portrait qui en a été tracé dans Souvenirs et Indiscrétions (pp. 138, 143 et suivantes).
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 8S3 ses conditions, les miennes seraient un peu trop chères, ce aie semble. Je lui donne cinquante francs pour dix leçons ; mais je iui parlerai .
A bienlôt, chère madame; croyez à mes respectueuses amitiés.