A MADAME LOUISE GOLET
4 juin 1853.
Madame,
Je ne m'explique pas bien la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire. Il semble, en vérité, que j'aie quelque tort envers vous et envers votre talent. Je ne crois pas qu'il y ait eu quelque décret qui m'oblige à parler au public de vos poèmes : et j'ai droit de trouver votre exigence, madame, des plus étranges. Quoi! il faut que, sous peine de paraître vous manquer, j'explique au public en quoi je vous admire et en quoi je cesse de vous admirer, là où je vous trouve de la force et de la puissance, là où je souffre de ne pas rencontrer la délicatesse ou la pudeur qui sied dans l'expression des sentiments ! J'ai reçu, en eflet, une brochure intitulée le Poème de la
Femme ;yy ai lu une épigraphe de Gœthe, où il est dit : Vous hommes, avec votre force et vos désirs^ vous secouez Vamour même dans vos embras sèment s ! J'ignore ce que pensent les amis et les juges sévères du poème: mais je sais ce que je pense de cette affiche du poème. Si, comme femme du inonde et de la société, vous me demandez des compliments et des louanges, je suis tout prêt à vous en donner, certain d'ailleurs que votre talent en mérite toujours en quelques parties; si, comme femme de lettres, vous me mettez, comme cette fois, le couteau sur la gorge, pour me forcer à dire tout haut ce que je pense, je me révolte, — ou plutôt je demande grâce et je vous supplie, madame, de me permettre de rester poli, respectueux et plein d'hommages pom^ le talent et pour la personne en général, sans que j'aie à entrer dans les explications du critique .
Lxxxvni.
A UN r.OMPATRIOTE.
Paris, 2^ septembre 1853.
Mon cher monsieur et compatriote,
Seriez -vous assez bon pour me rendre le service que voici : j'ai besoin, pour ma nomination dans la Légion d'honneur 1, de mon acte de* naissance légalisé. Voici une
1. Sainte-Beuve avait refusé deux fois, sous Louis-Philippe, d'être chevalier de la Légion d'honneur. Sa nomination n'en était pas moins constante, à ce qu'il parait, car il fut créé offi-
lettre pour M. le maire, qui était toute prête, et que j'allais adresser par le canal de madame Dumont, ma bonne cousine, qui me rendait, d'ordinaire, tous ces bons offices. Les circonstances douloureuses où est la famille ne me permettent pas de recourir à aucun de ses membres, en un tel moment, pour un détail de ce genre. D'un autre côté, je suis en retard auprès de la Chancellerie, Je vous serai donc bien obligé, mon cher monsieur, de vouloir bien me faire arriver, par la poste. Pacte ou l'extrait, dès que vous Paurez. Votre silence au sujet de Bernis me montre que vous n'aurez rien trouvé. Hélas! c'est sur Le Sage^ quMl faudrait trouver quelque chose. Peste soit de M. de Tressan, gouverneur du Boulonnais, qui n'a pas su fixer à temps ses souvenirs !
Agréez d'avance mes remerciements ; et croyez-moi
Tout à vous, mon cher monsieur.