‹ Nouvelle correspondanceChapitre 40 sur 188 · A ANDRÉ VAN HASSELT · texte numérisé non relu

A ANDRÉ VAN HASSELT

Février 1808.

Mon cher monsieur.

Ce n'est point oubli, ce n'est point paresse, c'a été un véritable torrent qui m'a pris tout ce mois de janvier et dont je me dégage à peine. J'ai songé bien des fois à vous remercier de votre poétique envoi et de votre amical souvenir. Les années et l'érudition vous ont laissé poète: c'est un bonheur que tous n'ont pas. Les deuils mêmes ont respecté en vous la faculté du chant et vous inspirent. Je retrouve dans votre nouveau recueil^ les notes que notre

lé Nouvelles Poésies. Bruxelles, 1857.

jeunesse a aimées, sous leur variété brillante, ballades, chansons de mésanges, paraboles mystiques, essais de rythmes légers. Un de mes regrets, quand je pense à mes années de Belgique, c'est de n'avoir pas causé avec vous de cette poésie à laquelle vous êtes resté pratiquement fidèle et qui m'a quitté, sans que j'aie cessé de la préférer à tout.

Agréez, cher monsieur, avec mes compliments sincères, l'expression de mes sentiments de haute estime et de sympathie.

XGIX.

A M. ERNEST RENAN

Ce 17 mars 1858.

Cher monsieur,

Je suis bien en retard pour vous remercier de votre beau livre. Je Fai bien goûté à cette seconde lecture. Que de vues finies et probables v us y avez ajoutées, même en ne paraissant qu'analyser les autres dans votre préface 1 Je ne saurais vous dire combien je suis heureux de voir ainsi la vraie méthode philosophique s'appliquer à de telles questions et tourmenter si bien ces grands et mystérieux problèmes, les circonscrire et les serrer de telle sorte, qu'on aura bientôt, sinon la solution précise, du moins la conception nette de cette solution. Continuez sans vous laisser troubler par les injures et les déclamations qui font rage depuis quelque temps autour de vous : ces cris-là sont une

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 149 marque de ce que vous valez et de ce qu'ils craignent. Permettez-moi une seule remarque : quand je reçois ces preuves de votre amitié et de votre estime, il y a un mot que je voudrais effacer et que je vous prie de n'y plus mettre. Vous êtes de ceux qui ont pour devise nil admirari^ h plus forte raison neminem, surtout quand ce quelqu'un ne peut aspirer à un tel sentiment de la part de personne, et se contente, pour sa plus haute et sa plus légitime ambition, d'espérer de mériter que vous lui disiez un jour qu'au milieu de ses dispersions et de ses vagabondages, il a entrevu quelques idées qui ont été des lueurs avant le jour.

Agréez, cher monsieur, l'expression de mes dévoués sentiments.

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