A M. AMÉDÉE ROUX
Ce 28 décembre <858.
Monsieur,
J'ai à vous offrir de bien sensibles remerciements pour le beau présent que vous m'avez fait de ces Lettres très curieuses du comte d'Avaux et aussi pour l'attention indulgente que vous avez accordée à une trop incomplète étude 2, Je trouve dans votre volume de quoi faire mon profit sur plus d'un point. Me permettrez- vous d'exprimer un regret? C'est que le billet compromettant pour madame deMaintenon ne soit accompagné d'aucune explication ou d'aucune restriction ; — car enfin il est bien dur, si ce billet n'est point d'elle authentiquement, si ce n'est qu'une copie, non signée assurément, de ce qui lui est attribué par conjecture, d'être jugée là-dessus par des lecteurs qui n'y apporteront pas de critique. C'est à vous, monsieur, dans une publication ulté-
1. Sainte-Beuve parle ici de la magnifique édition des Lettres du comte d'Avaux à Voiture, imprimées à Lyon par Louis Perrin, et publiées, chez Auguste Durand, par M. Amédée Roux.
2. Une petite guerre sur la tombe de Voiture^ article recueilli depuis dans les Causeries du Lundi, t. XII.
rieure, de dire vous-même quel degré d'autorité vous accordez à ces lignes 1.
Agréez, monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée.
A M. ERNEST RENAN
Ce 30 décembre 1858.
Cher confrère,
J'ai reçu un bien beau présent. Vous qui avez pour habitude d'élever tous les sujets que vous traitez, qu'est-ce lorsque vous en rencontrez un à souhait et qui correspond pleinement à toutes vos forces? Job est un de ces sujets-là. Je n'avais osé jusqu'ici m'y lancer ni me figurer que je le comprenais, faute de guide. Voici le guide et l'artiste trouvés, en cela comme en bien d'autres' choses. Vous êtes ae ceux qui, à chaque ouvrage nouveau, à chaque nouveau témoignage qu'ils donnent d'eux-mêmes, font mieux sentir le prix de l'estime qu'ils accordent.
Agréez mes vœux, clier confrère, et croyez-moi tout à vous.
i. Voir rédition des Lettres du comte d'Avaux, page 72. — Ainsi que M. Amédée Roux l'a reconnu lui-même, cette lettre attribuée à madame Scarron par le manuscrit de Conrart, est proba* blement apocryphe, et l'on peut en dire autant de deux autres billets adressés à Fouquet.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE