A M. CHÉRUEL
Ce 26 février 1866-
Mon cher recteur,
Je suis des plus sensibles à votre amical adieu. Je trouve seulement que vous me traitez avec un peu trop de cérémonie : nous avons fait campagne ensemble dans le Fléchier et dans le Saint-Simon, et, quoique divisés un peu sur l'appréciation de ce dernier, nous sommes encore plus d'accord sur bien des points. Je vous souhaite là-bas i du loisir pour continuer vos belles et fortes études. Il n'y a rien de plus sûr et de plus nourrissant que l'histoire. Je l'éprouve chaque jour. Vous nous en avez donné l'utile exemple.
Tout à vous.
1. M. Chéruel^ venait d'être nommé recteur de l'Académie de Strasbourg.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
AU MÊME
Ce 14 mars 1866-
Clicr recteur,
Qu'il ne soit pas dit pourtant que je ne vous remercie pas pour ce coup d'épaule si net et si vigoureux que vous avez donné dans l'affaire de l'ami Bergmaun^.
Vous avez vu là devoir et justice, mais il y avait manière vos deux lettres, je le sais, ont fait le meilleur effet. M. Nisard n'a pu s'empêcher de dire : « Yoilà un recteur qui débute bien. » C'est bien débuler en effet et sous les meilleurs auspices, que de contribuer à sauver un homme de mérite et innocent.
Tout à vous.
1. M. Bergmann, doyen de la Faculté des Lettres de Strasbourg, ami de jeunesse de Proudhoii et l iin de ses exécuteurs testamentaires, n'avait pas craint de mettre des commentaires exégétiques à un ouvrage posthume de ce dernier, les Evangiles annotés, qui furent, comme on s'en souvient, condamnés par les tribunaux. Un des avocats ayant cru défendre le livre en disant qu'un membre de l'Université y avait travaillé, il s'ensuivit une dénonciation contre M. Bergmann, qui fnt mandé devant le Conseil supérieur de l'Instruction publique. îl arriva un diman' he matin à Varls, et se rendit immédiatement chez Sainte-Beuve avec M. Lang'ois,. autre exécuteur testamentaire de Proudhon. — On sait qu'un des premiers actes de Sainte-Beuve, après sa nomination au Sénat, avait élé d'écrire une grande Etude (qui est devenue un volume) sur le célèbre philosophe économiste, et c'est ce qui l'avait mis en rapports amicaux avec ces messieurs. M Bergmann, en particulier, lui avait fourni un très grand nombre de lettres. — Sans perdre de temps, sous le coup de destitution qui me.'iaçait le
GLXIIL
A M. WILLIAM-L. HUGHES
Ce 19 mars -1866.
Cher monsieur,
11 y a, dans cette Revue européenne^ un certaia Horace Street qui sait bien des choses et qui se permet le libreéchange, comme si cela était stipulé dans le fameux traité de commerce : j'y gagne et, si vous le connaissez, veuillez bien l'en remercier.
Sur la question de la connaissance qu'avait Milton de Du Bartas, je serais très obligé à M. Horace Street, s'il voulait bien m'indiquer, à son loisir, où Ton trouve la preuve précise de cette influence. Milton a-t-il, en quelqu'un de ses écrits, cité Du Bartas ? M. Sandras donne-t-il ce passage en sa thèse ?
A cette prochaine vacance de Pâques (là, je compte' comme les écoliers par congés et vacances), je demanderai à M. Horace Street, ou plutôt à M. William Hughes, de faire une petite lecture anglaise à mon intention.
Tout à vous, cher monsieur.
savant doyen, Sainte-Beuve passa toute sa matinée du dimanche à dicter des lettres pour les membres du Conseil, devant lequel allait comparaître le lendemain M. Bergmann. On a donné, dans le tome II de la Correspondance^ par la lettre adressée à M. Ravaisson (12 mars 1866), un échantillon de celle qu'il écrivit aux autres et qui était à peu près la même pour tous. Un de ceux pourtant sur lesquels il avait le plus compté se montra le plus rétif, et c'était un protestant. M. Charles Giraiid agit, au contraire, en parfait voltairien dans cette affaire, qui n'eut pas de suite, grâce à l'intervention de Sainte-Beuve.
DE G. -A. SAINTE-BEUVE