‹ Nouvelle correspondanceChapitre 58 sur 188 · Au sujet de son Dante et Goethe · texte numérisé non relu

Au sujet de son Dante et Goethe

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. m yées, délicates, inspirées par je ne sais quel amour d'au delà. Je me laissais, il- est vrai, distraire dans ma fragilité ' ar bien des choses, et quelques-unes passagères : est-ce la faute d'Amaury^ si, comme Goethe, il se laissait fasciner et éblouir à des cheveux d'un blond éclatant? C'est un ancien reproche, et je ne puis me décider à en rougir. Mais, aujourd'hui, je me plais à écouter Diotime sous sa forme la plus pure, la plus sévère, et très aimable encore ; ce dernier ouvrage où elle a résumé toute son éducation d'esprit, tout le miel de sa doctrine et de sa poétique sagesse, m'enchante ; il m'instruit, et je ne puis mieux faire désormais que de prendre Fauteur pour guide toutes les fois que je voudrai aller vers ces belles régions. Diotime m'a rappelé tout Dante et m'a conduit plus avant que n'avait fait aucun commentateur dans le sens de la grande œuvre. Comme elle y marche d'un pied ferme et le front dans la sérénité ! Pour Gœthe, elle mo l'a rappris ou appris tout entier : car, bien que, dans ces dernières années, j'aie lâché de le mieux connaître et de me pénétrer de lui, je ne suis, en l'étude de cette grande nature, qu'un novice et un aspirant. Elle me Fa éclaircie et fait comprendre de droit fil autant que cela est donné à un Français comme moi. Sur le second Faust^ elle est allée aussi loin qu'on le peut avec la lampe mystérieuse : s'il y reste de Fombre et des obscurités, c'est sans doute que Gœthe lui-même, sur celte fin, a cherché plutôt qu'il n'a trouvé et que sa lampe vacillait aussi. Mais Diotime a fait là une œuvre qu'elle seule, parmi nous, pouvait faire. 11 y a trois âmes dans ce livre, et qui n'en font qu'une : un seul génie avec étoile et fïamleau.

Puis-je, après cela, parler de vieilles amitiés fidèles autant que muettes et de mon inviolable attachement ^ ?

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