‹ Nouvelle correspondanceChapitre 67 sur 188 · A M. FÉLIX BOVET · texte numérisé non relu

A M. FÉLIX BOVET

Ce 16 mars 1867.

Cher monsieur,

Je suis bien ignorant de ces choses du dessin et du pinceau. La présente Académie française, qui n'est pas du tout la fille directe de l'ancienne, quoiqu'elle s'en flatte,

1. Qui avait écrit à Sainte-Beuve pour lui demander si l'on conservait à l'Académie un portrait original de Conrart.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 233 n'a, à ma connaissance, aucun portrait, — j'entends portraits originaux. Le plus sûr serait d'aller Bibliothèque impériale aux Estampes, et, là, demander ou M. Duplessis ou M. Kolloff. Ajoutez, quoique ce soit inutile, que c'est moi-même qui vous l'ai conseillé. — Peut-être aussi, en allant à la Bibliothèque de l'Arsenal, oh sont déposés les papiers Conrart^ trouveriez-vous quelque gravure : vous demanderiez de ma part M. Délerot ou M. Baudry.

Agréez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués.

CLXXVlî.

A M. HENRY HOUSSAYE*

Ce 23 mars -1867.

Cher monsieur,

Je suis très sensible à vos bonnes attentions. Votre nom vous recommandait tout d'abord, et l'ancienne amitié que j'ai eue pour les vô::res, pour votre mère elle-même. Et puis je vous ai vu encore enfant, ce que vous ne savez pas. Aussi, quand j'ai vu éclore un helléniste et un esthéticien de l'antiquité, je me suis dit que les générations héritaient l'une de Fautre avec variante et que le fils ne faisait que transjjoser savamment le père.

1. Lettre écrite en réponse à l'envoi de V Histoire d'Apelles et d'une étude, publiée dans une Revue, sur la nouvelle orthographe des noms grecs.

J'ai lu votre article et je lis votre livre. Sur ce chapitre de Torthographe, j'ai bien des doutes ; vous-même, vous convenez que la logique mène bien loin et au delà du but, au moins pour le moment; je voudrais qu'une traduction fut moins hérissée. On en est venu à barbariser Homère. Mais, selon moi, la barbarie des Grecs (si barbarie il y a) ne ressemblait pas aux autres barbaries, — celtique, germanique, Scandinave, etc. Il me paraît manquer quelque chose d'essentiel à l'Homère traduit, si cette traduction le fait trop ressembler aux Eddas. J'aimerais à retrouver, même dans la traduction la plus fidèle, le charme. Ce cil arme, à mes yeux, si on pouvait le reproduire, serait la plus grande des fidélités.

Je vous remercie d'avoir pensé à moi pour cette première édition d'Âpelles, la seconde eût-elle quelques corrections de plujs. Ce premier jet d'un jeune talent, même avec ses excès de sève, a tout son prix à mes yeux. Je - me complais avec vous à ces tableaux de VÂrtémis et de la Vénus Ânadyomènej que vous tirez et concluez des ravissantes poésies dont vous nous donnez des traductions vivantes.

Agréez donc, cher monsieur, avec mes compliments et mes vœux pour une carrière si bien inaugurée, l'assurance de mes sentiments dévoués.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

CLXXVIÏI.

A M. LOUIS DÉPRET.

Ce 29 mars -1867.

Eh bien, cher monsieur, il me semble que voilà Tarticle retrouvé! Vous y complétez toutes vos bienveillances. J'ai lu dans Fintervalle avec plaisir ce que vous avez écrit sur Longfellow^. J'ai retrouvé aussi de vous dernièrement des souvenirs de Windsor. Ces délicatesses et celles que vous portez dans le roman font un peu contraste, dans mon esprit, avec ce goût si prononcé que je vous vois pour le grand romancier Balzac. Vous allez me croire incurable; mais je ne romps pas d'une semelle à son sujet. Je reconnais (bien entendu) le talent, la puissance, et (je ne demande pas mieux d'employer le terme) un coin de génie, mais un coin seulement : et tout à côté^ des exubérances, des jactances, des exagérations, des hallucinations, auxquelles il m'est impossible de me rendre. Gavarni, lui, avait la fertilité et le goût. C'est en cela que je le préfère. Je suis resté, malgré tout, de l'école classique, de celle d'Horace, du chantre de la forêt de Windsor^ et même, en n'y mettant plus du tout de passion, je reste obstiné par ce côté de mon esprit et dans ce for intérieur de mon sentiment.

Je vous serre la main avec reconnaissance et suis tout à vous.

AU MÊME

Co 30 mars 1867.

Cher et aimable critique,

J'ai un r'après coup. Je me rappelle votre question sur Comprendre, c'est égaler. Je ne puis croire que Raphaël ait dit semblable chose dans le sens où cela est évidemment faux. Mais vous le trouverez dans la dédicace des Parents paumes^ une de ces dédicaces à des princes étrangers (celui-là est romain) que M. (ie Balzac, qui faisait le noble et qui ne l'était pas, nous jetait comme de la poudre aux yeux. Ce prince romiiin avait fait un commentaire sur Dante, par ou Balzac l'égalait tout bonnement à Dante, en vertu de la maxime : Comprendre^ c'est égaler. Ce sont là des hyperboles piquantes, à coup sûr. Mais (je vous le demande), si cela n'était dans une dédicace, pourrait-on juger que c'est une vérité de sens commun? — Je continue de plaider devant le juge.

Tout à vous.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

OLXXX.

A M. DUBÉDAT, CONSEILLER A LA COUU DE LIMOGES.

2 avril i8G7

Monsieur,

Je n'ai pas oublié que vous m'avez posé, il 3^ a queiî|ues années, des questions d'un intérêt commun pour tous deux. Je refais en ce moment une édition de Port-Royal, augmentée d'un volume, qui, par conséquent, en aura six. C'est dans les appendices que j'ai surtout ajouté. Youlezvous me permettre, avant d'arriver au troisième volume de cette réimpression, de rattacher votre nom à la lettre à un magistrat^ qui date de 1860? Si cela ne vous était point parfaitement agréable, je ne le ferais certes pas. Je vois avec plaisir que vous poursuivez ces sérieuses études sur Port-Royal. Yous m'avez parlé de Tabaraud : j'ai beaucoup vu, dans ma jeunesse, d'anciens oratoriens qui, à la table de M. Daunou, s'entretenaient de Tabaraud, le dernier des vrais oratoriens d'autrefois. Les nouveaux diffèrent beaucoup des anciens.

Agréez, monsieur, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.

GLXXXl.

A M. JULES LOISELEUR/ BIBLIOTHÉCAIRE DE LA VILLE d'ORLÉANS.

Ce 19 juin 1867.

Monsieur,

Excusez, je vous prie, un malade qui ne bat que d'une aile. J'avais lu, dans la Revue contem'poraine^ Tune au moins de vos excellentes dissertations^. Ces questions spéciales méritent en effet d'être traitées comme un problème, et Ton arrive, comme vous le faites, à des conclusions et solutions presque rigoureuses. Yous me faites très bien comprendre que la force de Mazarin était plutôt dans le non-mariagC;, tandis que la force de madame de Maintenon, à trente-cinq ans de là, était dans le sacrement. Yous êtes là dans une voie particulière et neuve : les lièvres lèvent devant vous, et il me semble que vous continuerez celte chasse et ne les manquerez pas. Yolre livre ouvre une série de piquants chapitres.

Yeuillez agréer, avec mes excuses encore et mes remerciements, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

1 . Mazarin a-t-il épousé Anne d'Autriche ? — Gabrielle cCEstrées est-elle morte empoisonnée? Un vol. in-18, Hachette, 1867.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

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