Port-Royal, édition de 1867, t. II, p
Mais laissez-moi, du moins; monsieur et cher poète, vous exprimer ici mes sentiments de haute estime et de vive sympathie.
GXCII.
AU PRINCE NAPOLÉON
Ce 5 janvier 1368.
Monseigneur,
Je n'ai pas d'expression pour vous remercier de l'honneur historique de ce choix : il couronne à jamais ma courte carrière publique ^.
Trop faible encore pour écrire, je vous demande la permission de dicter, non seulement pour que l'écriture soit plus lisible, mais afin que ma pensée puisse se développer .
Votre éloquente protestation me paraît parfaite de tout point. La logique en est inattaquable, tout se tient, tout se serre, les contradictions sont mises en pleine évidence : une chaleur intérieure et qui n'éclate que par places donne à l'ensemble mouvement et vie.
Je n'ai, monseigneur, à vous supplier que de vouloir
1. Le prince Napoléon avait adressé à Sainte-Reuve un mémoire, sous forme de lettre, d'une éloquence véhémente et passionnée, sur les affaires de Rome et la politique de l'Empire, au lendemain de Mentana. C'était une éclatante rupture avec la politique du moment. Sainte-Reuve était censé devoir communiquer au Siècle ce document, destiné à faire grand bruit, et il avait déjà corrigé l'épreuve d'une lettre d'envoi de lui à M. Havin, qu'on lira plus loin, quand il fut prévenu que la publication n'aurait pas lieu. {Voir cette lettre à l'appendice.)
DE G. -A. SALNTE-BEUV E. 249 bien changer deux mots, ou plutôt un seul mot qui se répète à quelques lignes de distance. Il s'agit du mot indécise appliqué à la politique de Tempereur.
Monseigneur, votre protestation est toute de première impulsion, de bon sens indigné et de jet patriotique : je ne saurais dire qu'il y ait de Part, mais, s'il y en a, il ne peut être que sur un point : au moment où vous montrez que le ministre est allé à rencontre ou au delà de la pensée de l'empereur, la première règle et je dirai la première habileté est de ne pas appliquer un mot désobligeant à la politique de l'empereur.
On sait assez, monseigneur, que la politique récente de l'empereur n'est pas la vôtre, qu'elle n'est, ni de votre goût ni de votre humeur. Vous le dites et cela suffit, mais, au lieu de ce terme d'indécis qui remonte à l'homme et qui qualifie désobligeamment un système, veuillez, je vous en supplie, accepter ou trouver une expression plus neutre, indifférente, disant la même chose, mais sans nuance qui asse faire la grimace au début.
Il faut que l'empereur, lisant voire manifeste, se dise et dise même peut-être à M. Roiiher : « Il a raison. » — On sait qu'il a déjà dit : « Vous êtes allé bien loin aujourd'hui. »
Cette légère précaution prise, toutes les lois de la persuasion sont observées, et le glaive ensuite n'en entre qu'avec plus dé force pour découdre toutes ces lâchetés et ces inconséquences.
Je vous demande pardon de mon instance, et je vous apporte, monseigneur, l'entier hommage de mon admiration, de ma gratitude et de mon dévouement.
A M. RAPETTI*.
Ce 7 janvier 1868.
Mon cher ami,
Tout tient-il ? J'ai toujours et il me revient une certaine inquiétude sur la phrase concernant la politique impériale. Si l'on a enlevé équilibre ^ a-t-on au moins laissé pondération ou pondérer ? Sans cela, la phrase reste désobligeante et mon intention échoue. Veillez, je vous supplie, jusqu'au dernier moment.
11 faudrait, au moins, une politique pondérée, oscillante^ etc.
A vous.
A U MÊME
8 janvier 1868.
Mon cher ami,
Je reviens au point qui m'est essentiel et je continue de proposer une petite liste d'expressions au choix qui, toutes, tendent à définir sans désobliger : une politique de pondé-
1. M. Rapetti avait été chargé de porter à Sainte-Beuve le manifeste du prince Napoléon, dont il est question dans la lettre précédente.
ration, une politique pondérée, une politique tempérée, une politique expectante, une politique de temporisation.
Quoi ! parmi ces expressions neutres, aucune ne trouverait-elle grâce ?
Tout à vous.