A M. JULES RICHARD, RÉDACTEUR DU FIGARO
Ce samedi 7 mars 1868.
L'Académie des sciences morales et politiques vient de faire aujourd'hui samedi un choix qui est un acte. Elle a choisi pour membre, en remplacement de M. Cousin, M. Yacherot, ancien directeur des études à l'École normale, métaphysicien distingué et qui n'est pas du tout un matérialiste comme l'a prétendu M. Guizot, mais qui serait plutôt un idéaliste. M. Vacherot^ esprit sévère, consciencieux, voué à la science pure et rien qu'à la science, est une des intelligences les plus honorables de ce temps-ci. Faut-il ajouter que, pour son livre de la Démocratie^ il avait été condamné en police correctionnelle il y a quelques années, sous prétexte qu'il présentait et proposait l'idéal d'un gouvernement futur et libéral qui devait surgir avant la fin du siècle? On a remarqué avec plaisir qu'au sein de l'Académie, MM. Delangle et Troplong ont voté en définitive pour M. Yacherot. L'opinion publique leur en tiendra compte. M. Thiers aussi est venu exprès voter pour M. Yacherot...
(Note parfaitement exacte à l'usage de l'excellent et de plus en plus sérieux rédacteur.)
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
CGllî.
A M. L. EABAUD-LARIBÏÊRE , A VILLEGHAISE, PRÈS CONFOLENS (gHARENTE).
Ce 8 mars i86S.
... Je n'ai pas eu l'occasion de parier de dom Rivet dans mon Port'Roijal, qui s'arrête à la ruine du monastère et qui n'entre qu'à peine dans le xviii^ siècle. J'aurais pu, il est vrai, consacrer à dom Rivet une notice dans mes appendices, à cause de sa rédaction du Nécrologe. Mais, dans le tome VIlï de mes Causeries du Lundi^ à l'occasion de V Histoire littéraire de la France, j'ai rendu une justice sommaire à ce digne travailleur. Vous trouveriez cette page dans la première édition des Causeries (tome VlII, page 2^1).
La vie de ces honnêtes religieux était si uaiforme et si cachée, que je n'ai rien rencontré de plus particulier sur dom Rivet que ce qui en est dit dans la notice de V Histoire littéraire. Il appartient tout entier à ce janséaisme du xviii^ siècle qui mériterait son historien et son biographe. Il n'y a qu'une notice bien courte sur lui au tome III du petit Nécrologe, J'y vois pourtant avec peine le trait final : Il était extrêmement attaché aux convulsions. Pourquoi la vertu, le . mérite, la sincère et parfaite prud'homie sont-il sujets à ces éclipses de lumière?
CGIV.