‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 120 sur 185 · LE PROÔRÈS, DE LYON · texte numérisé non relu

LE PROÔRÈS, DE LYON

Ce ii octobre 1868.

Monsieur,

Je ne lis que d'aujourd'hui l'article ^ue vous avez bien voulu consacrer à mon dixième tome des Nouveaux Lundis. J'ai beaucoup à vous remercier, et de votre bienveillance personnelle pour l'auteur, et de la forme sous laquelle vous

lui avez présenté quelques objections. J'en reconnais la jus-* tesse pour plus d'une. La vérité est que je suis un peu moins décidé en matière de politique qu'en fait de philosophie. J'ai peine en politique à ne pas faire un peu comme les médecins empiriques qui font, à l'occasion, fléchir les principes absolus. Il serait plus aisé dans une courte conversation de m'expliquer, sinon de me justifier entièrement là-dessus. Mais, encore une fois, monsieur, soyez le bien remercié pour votre obligeant et bienveillant article, et veuillez agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

CCLXYI.

A M. l'abbé MOIGNO.

Ce 12 octobre 1868.

Monsieur l'abbé.

J'ai lu avec grand intérêt votre magnifique programme. L'apologétique chrétienne a besoin d'être renouvelée de temps en temps, et vous serez l'apologiste, avec un tel ouvrage, du moment présent et de la jcirconstance moderne. Cette fois, vous aurez fait le Cosmos universel. J'ai assez traversé dans ma vie très variée et d'égale longueur à la vôtre, de phases analogues bien qu'inférieures, pour me figurer ce que pourra être une telle conception remplie par un homme de science et d'imagination qui sait choisir ses points. En vérité, si j'avais à définir l'esprit de l'homme, je crois que je le ferais en disant : « C'est quelque chose

qui sait se retourner dans tous les sens et qui a réponse à tout. » J'ajoute encore, en vous lisant, ce mot que vous ne désavouerez pas : « La foi est un don. » Je serai très heureux que vous me fassiez l'honneur de venir causer de ces choses un matin à une heure. C'est un moment où l'on est plus seul. Je suis moi-même un invalide, et je ne sors que peu. Veuillez agréer, monsieur l'abbé, l'assurance de mes sentiments respectueux.

À M. ERNEST RENAN

Ce 12 octobre 1868.

Mon cher ami.

Je regrette bien de n'avoir pas été chez moi la dernière fois que vous y êtes venu. Je désirerais bien enlever votre assentiment pour décider Michel Lévy à publier un. choix de Mélanges du docteur Strauss, que M . Charles Ritter, de Morges, a traduits avec grand soin et qu'il lui a proposé d'éditer. Michel Lévy doit vous consulter à son retour. M. Charles Ritter doit vous consulter aussi pour le choix définitif des morceaux. Quelques pages dHntrodmtion de vous décideraient Lévy, à coup sûr. Quelques-uns de ces morceaux de Strauss que j^ai lus m'ont fait l'effet (si j'ose employer cette comparaison) de ces pages admirables que vous avez consacrées à la mémoire d'une sœur.

Agréei, cher et savant ami, l'hommage de mes sentiments dévoués, et veuillez offrir mes respects à madame Renan.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. Ml

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